CHAPITRE II
Des Habitations.
T.e nombre des parties qui doivent composer les habitations varie suivant ('importance sociale des personnes destinées à les occuper; lorsqu’on connaîtra la distribution con- venable aux habitations les plus grandes et les plus magnifiques, il sera facile de descendre par une progression décroissante à celle des habitations les plus modestes.
Avant d'examiner les parties en détail , occupons-nous des masses que doit présenter l'ensemble.
Forme du plan général.
Plusieurs motifs très-importants concourent à rendre la forme rectangulaire préférable à toutes les formes courbes ou polygones, pour en former le périmètre d'une habitation, quelle que soit son espèce. Cette forme est en effet celle qui satisfait le mieux aux convenances que la solidité, l’économie, la régularité, ta simplicité et ia commodité exigent.
Elle satisfait mieux à la solidité parce que , 1* les murs principaux et les mnrs de refend, étant parallèles , résistent avec une égale uniformité sur toute leur étendue; tandis que la distribution des plans courbes ou polygones produit des efforts variables , exige des grosseurs également variables qui détruisent la régularité, diminuent l'espace et augmentent la consommation des matériaux ; 2* les voûtes exercent uniformément leur poussée et sont en même temps d'une plus facile exécution ; 5° les poutres, les solives, les fermes , qui composent les planchers et les combles, ayant des dimensions , des espacements et des conformations exactement uniformes , remplissent mieux le double but de relier les murs et de supporter les charges qui leur sont imposées: réciproquement ces parties essentielles sont mieux affermies dans les murs, qui les soutiennent avec plus de force ; 4“ la liaison des murs , dans les angles , se faisant d'équerre , a U plus grande vigueur possible.
L’économie en éprouve un grand avantage. 1" Il est évident que la taille des pierres et la main-d’œuvre de murs en ligne droite sont, à égalité de circonstances , moins dispendieuses que celles des murs qui suivent en général le développement d'une courbe ou d’un polygone; 2* on éfiargne tous les matériaux absorbés par les grosseurs irrégulières des murs , des massifs et des voûtes ; 5" on ne perd pas de l’espace Inutilement.
La régularité , la symétrie et la simplicité y gagnent également. 1* Les divisions et les subdivisions se font toutes 4 angles droits ; 9* la forme rectangulaire des parties permet de donner aux portes, aux fenêtres et aux cheminées des positions qui concilient la symétrie intérieure avec la régularité extérieure sans le secours des contre-murs obliques et des remplissages irréguliers; 5” les compartiments des panneaux, des voûtes, des planchers, peuvent recevoir cet accord, cette harmonie, cette distribution régulière et proportionnée qui en fait le mérite; et on évite au contraire les mutilations et les altérations de forme qui contrarient le goût et la raison.
Les convenances qui dépendent de la commodité sont intéressées non moins que les autres à l’adoplion d’un plan rectangulaire. 1* La cage des escaliers étant également rectangulaire , on peut éviter l'usage des gradins obliques , aussi dangereux qu'incommodes , et dont on fait un trop fréquent usage à Paris; 2" ce pian facilite l'introduction
de la lumière dans les diverses pièces et le renouvellement de l'air, si nécessaire pour la salubrité; 3" les toits ayant des pentes régulières et uniformes, l'écoulement de l'eau se fait complètement et promptement.
Toutes ces raisons et plusieurs autres que nous pourrions ajouter, prouvent qu'un plan rectangulaire est le plus convenable pour les habitations , et qu'on ne doit se permettre d’en choisir un autre si les circonstances locales ne I exigent impérieusement. Ainsi Milizia a grand tort de faire un crime aux architectes parce qu'ils préfèrent cotte forme, et d'attribuer ce choix à la stérilité d imagination.
Quasi lutte le nostre abitazioni (dit cet auteur), sieno case o pa/azzi, in città, o in campagna f sono di forme assai comutUj e senza invenzione. bn pa/azzo non è cite un rettangolo, i suoi cortilirettangoli, sale rettangole ,ed uncentinajo di camere, di comerini , digabinelti , lutte rettangolarmente da/ar tnorire di noja. Si potrebbe benissimo approfiltare di quaicunquc figura rcgolare , curia, relia e misti/inea si neltulto , corne nette parti delta distribu zione intenta ; e si avrebbe quetta varietà, die tanto dilelta. In campagna specialmente ta carietà dette forme sirende più brillante et puo giungere anche ai singolare con darc allé abitazioni apparenze di spelonche , di capanne f di quadrupedi , di votali/i f dt navi edi altre bizarrie che diverebbero plausibili , e forte anche ragionecoli, quando fossero ben collocate e ben espresse. In Ronia sut Gianico/o potvebbe piantarsi il va ratio di Troja e non il vascello di Giraud , il quale starebbe a niera viglia a l'etiezia , e alla S. Lucia a mare di iïapoh-
11 faut avouer qu'il est difficile de concevoir comment un homme de goût et de mérite comme Milizia ait pu émettre des idées aussi ridicules, des rêveries aussi extravagantes que celles de donner aux maisons la forme des cavernes, des chaumières, des oiseaux, des quadrupèdes , des vaisseaux, et de planter sur le Janiculc è Rome une maison de campagne représentant le cheval troyen. A la vérité, le comte Giraud a fait construire un palais hors la porte Saint-Pancrace à Rome, qui a quelque ressemblance avec la forme extérieure d'un vaisseau de ligne engagé parmi les rochers; mais cette bizarrerie n’a pas trouvé d'imitateur , a été blâmée par les hommes de goût, et elle serait certainement aussi inconvenante à Venise et à Naples qu'à Rome. C’est en laissant un libre essor aux écarts déréglés de l'imagination, c'est en s'affranchissant des entraves gênantes mais nécessaires des convenances, que l'on détourne l'art de son but, qu'on l'entraîne dans de fausses routes qui le conduisent de chute en chute à son anéantissement.
L'ouvrage de Milizia a eu un succès mérité eu Italie , parce qu’en effet il contient de bonnes choses, et il a contribué à déraciner plusieurs abus en les combattant vertement : mais Milizia, d'un caractère frondeur, a souvent enveloppé dans la même proscription des choses réellement abusives avec d'autres qui ne l'étaient pas ; il a parfois outré les principes, et en a déduit de fausses conséquences ; enfin il n'a pas assez bridé son imagination fougueuse. Voila pourquoi les jeunes artistes doivent lire cet auteur avec précaution et n'admettre les principes qu’il enseigne qu’aprés les avoir soumis à un mûr examen.
Un plan rectangulaire étant, comme nous l’avons démontré, le plus convenable pour une habitation quelconque, il en résulte que lorsqu'on est libre de choisir une figure rectangulaire plus ou moins allongée, on doit préférer le carré, parce que : 1“ celte figure est parmi les rectangles isopériniètres (qui ont le contour de même longueur développée), celle qui renferme le plus grand espace; 2* parce que, à chacune des faces, les murs, également éloignés des angles de retour, ont une même consistance. (Voyez ce que nous avons dit page 77.)
Lorsqu'on ne pourra donner au périmètre total du plan la (orme carrée, il faudra faire en sorte que les cours et les autres divisions principales aient autant que possible celte figure.
Si l’on adopte un plan de figure carrée , la distribution principale pourra être disposée de plusieurs manières différentes :
1° Quand la grandeur du plan est médiocre , on pourra le couvrir entièrement (pl. XII, fig. 7); alors une salle éclairée par le haut occupera le centre, ainsi que Palladio l’a pratiqué dans plusieurs maisons de campagne des environs de Yicence.
2* Lorsque l'édifice est vaste, il doit avoir au moins une cour, soit pour faciliter l’éclairage des pièces , soit pour plusieurs asages domestiques que nous expliquerons progressivement. S’il n’a qu'une seule cour, elle peut être disposée de deux manières, c'està-dire, ou elle occupera le centre (pl. XII, fig. 8), et quatre corps de bâtiments l'envelopperont de tous côtés ; ou bien (pl. XII, fig. 9) elle sera ouverte dans la partie antérieure , et trois corps de bâtiments en formeront le pourtour.
3* Quand un édifice carré doit avoir deux cours , si l'on enveloppait ccs cours de bâtiments de tous les côtés, elles seraient disproportionnées et auraient une longueur excessive en comparaison de la largeur ; voilà pourquoi il sera plus convenable de laisser à chacune un côté ouvert, ainsi que la fig. 10 l'indique .
4“ On peut renfermer quatre cours égales dans un carré (fig. 11). Ce parti a été adopté par Vanvitelli dans le grand palais de Caserta, appartenant au roi de Naples.
Lorsque l'édifice est carré et n'a qu’une seule cour, nous préférons qu'elle soit ouverte du côté de la rue ou de la place sur laquelle l'édifice est situé, parce que les points de vue extérieurs et intérieurs acquerront plus d’étendue et plus de variété. Une grille, un portique , un péristyle ouvert avec un arc dans le milieu , formeront l’entrée de la cour et embelliront les points de vue sans les limiter.
La forme rectangulaire allongée comporte aussi plusieurs distributions différentes : 1* l'édifice peut être entièrement couvert (fig. 12); 2" il {veut contenir deux cours et avoir pour façade ou un de ses petits côtés (fig. 13), ou un de ses grands côtés; 3° il peut avoir trois cours (fig. 14); 4" il peut en avoir cinq (fig. 15).
Façades.
Nous nommerons simples les façades en ligne droite, qui ont une hauteur uniforme et qui n'ont point les parties saillantes que l'on appelle avant-corps ; telles sont les façades de la plupart des maisons et des hôtels qui, donnant sur la rue ,' doivent en suivre l'alignement.
Les façades simples sont de trois espèces : 1» elles n’ont aucune autre décoration que celle qui résulte des chaînes, des portes et des fenêtres ; 2» elles sont décorées d’arcades ouvertes ou fermées ; 3* des ordres d’ Architecture en relief les décorent.
La plupart des palais de Rome ont des façades de la première espèce ; cependant plusieurs d'entre elles présentent un aspect imposant . plein de noblesse et de majesté , quoique des traces de mauvais goût se laissent fréquemment apercevoir dans les détails secondeires. Cet effet dépend de diverses causes : 1° de la grandeur de la masse totale, comparativement au petit nombre de subdivisions qu'elle présente; 2” de la saillie forte et bien prononcée des corniches qui séparent les étages, et surtout de celle de l'entablement final ; 3* des saillies correspondantes qu'ont les chambranles des croisées ornées de frontons et de riches moulures ; 4* du large espacement et de la médiocre grandeur des fenêtres, comparativement à la hauteur des étages, laissant ainsi de grands espaces
31g DES HABITATIONS.
pleins et lisses , qui donnent à la masse un air de gravité et la font paraître plus grande qu’elle n'est en effet.
Une façade , quelle que soit son espèce , doit satisfaire aux convenances de la solidité réelle et apparente. Ces convenances veulent que les parties basses qui ont une plus grande charge à supporter présentent l’apparence d'une plus grande force. Ainsi les matériaux devront être plus volumineux et plus durs ,1c mur devra avoir un plus grand empâtement, les saillies seront moindres, les ornements seront plus simpleset d'un caractère plus grave. Les parties basses étant exposées à des chocs et à des frottements, on doit choisir les formes que ces causes altèrent le moins.
Conformément au principe que nous venons d’exposer , les façades qui ont des arcades au rcz-dc-chausséc devraient en avoir aux autres étages , sauf à rétrécir, par des remplissages, les ouvertures des étages supérieurs autant qu'il le faudra. Si l'on adopte tout autre parti , la façade, étant plus évidée dans la partie qui exige plus de force, présentera un contre-sens en oiiposition avec la solidité apparente, et ce contre-sens sera d'autant plus sensible que les ouvertures supérieures seront petites comparativement aux arcades.
Il faut aussi qu'il y ait de l'harmonie entre la grandeur des ouvertures placées aux divers étages. Nous devons avouer que les constructeurs parisiens ne cherchent pas toujours à procurer ce genre de mérite aux édifices qu’ils érigent. Une grande porte cintrée au rez-de-chaussée ou d'énormes arcades servent souvent de soubassement à des étages trés-peu élevés , et dont les fenêtres , prises individuellement , n'ont en surface que la huitième ou la dixiéme partie de la porte ou des arcades.
On voit sur la place du Châtelet un exemple de ce défaut d’harmonie, qui produit un effet très-désagréable ; on y a construit récemment une maison dont les premiers étages, ayant de grandes arcades, sont surmontés de petites ouvertures contiguës qui marquent le troisième étage. Ces contrastes choquants sont d'autant plus répréhensibles qu'il est presque toujours facile de les éviter.
On ne doit point oublier non plus que les cneoignures des édifices contribuant puissamment à leur force, on doit éviter de les affaiblir et de placer les fenêtres trop prés d’elles. L'irrégularité dans l'espacement des fenêtres n’ost tolérable que lorsqu’elle est motivée par des raisons majeures, évidentes et inévitables.
On pourra, dans plusieurs cas, décorer la façade par des ordres d'Architecture en relief, pourvu qu'on sache toujours leur donner l'apparence d'utilité résultant de leur destination primitive , qui est de servir de contre-forts et de chaînes, comme nous l’avons expliqué page 83. On rendra cette décoration inconvenante toutes les fois que des dispositions vicieuses contrediront celle apparence essentielle; ce qui arriverait, par exemple, si l'on mutilait les entablements, si on altérait capricieusement leurs formes et leurs dimensions.
Plusieurs palais de Venise présentent des ordres d'Architecture aux divers étages ; une disposition analogue se voit au pavillon centrai des Tuileries, érigé sur les dessins de Philibert Delorme; et à la cour du Louvre, dont le dessin primitif est dû à Lescot, abbé de Cluny.
Ce parti ne produit un bon effet que lorsqu'il est applique aux palais dont les étages peu nombreux sont très-élcvcs ; mais il devient mesquin si on l'applique à des maisons qui ont plus de trois é Liges , et dont chaque étage , par compensation , n’a qu'une |»etito élévation. La décoration la pins simple et la moins ornée est celle qui convient ie mieux I ces bâtiments, dont l'ornement doit résulter uniquement de la régularité, de l'harmonie des proportions et de la belle exécution.
Plus les ordres qui décorent une façade auront de saillie, plus ils produiront d’effet.
La simplicité des fenêtres et des autre» objets placés dans les entrecolonnemenU contribuera aussi à leur donner plus d'éclat, lin ordre d'Arcbitecture occupant incontestablement la première place parmi les objets de décoration qu’on peut appliquer à un édifice, il faut raisonnablement qu’il prédomine sur tous, et que réciproquement tous lui soient subordonnés. Ainsi on devra éviter un défaut qui est très-sensible dans la cour du Louvre ; c'est que les chambranles des fenêtres , trop ornés, trop saillants , trop volumineux, disputent la prééminence aux ordres dans lesquels ils sont enclavés; et ils font paraître ces ordres d'autant plus grêles et mesquins que les fenêtres sont trèsgrandes, et que l’entablement de ces fenêtres, très-rapproché de celui de l'ordre, a à peu près les mêmes dimensions.
En général , un seul ordre forme une décor ation qui convient mieux à la façade d’un hé tel ou d'un palais. Mais cet ordre ne doit occuper que la hauteur d’un grand étage , ou d'un étage et d’un entresol. Le rez-de-chaussée formera le soubassement de l'ordre, et sera ou lisse ou orné de refend. La simplicité et la gravité de ce soubassement lui donnera le caractère de solidité qui lui convient, et rehaussera l'éclat de l'ordre. Perrault a fait preuve de gotit et de perspicacité en donnant au rez-de-chaussée de la magnifique colonnade du Louvre la forme d'un soubassement lisse. L'on pourra se convaincre de la bonté du parti que cet architecte célébré a adopté, en comparant la colonnade du Louvre à celle du Garde-Meuble sur la place Louis XV, qui en est une imitation. On a eu la prétention de corriger celle œuvre d'un génie supérieur, laquelle, comme toutes les productions humaines , n'est point exempte de défauts; ccs défauts sont cependant de telle nature, qu’ils diminuent la perfection des parties, sans détruire i'admirable beauté de l'ensemble.
Le rez-de-chaussée des façades de la place Louis XV est formé par un portique à jour, dont les piliers, un peu grêles, semblent être le prolongement des colonnes supérieures, de sorte que l'ensemble, ayant trop de vide, n'offre pas cet aspect satisfaisant de solidité apparente que l’on admire au Louvre. De plus, le portique inferieur, présentant des renfoncements et des effets d’ombres analogues à ceux du péristyle, amortit nécessairement l'effet que celui-ci doit produire; au lieu que le péristyle de Perrault frappe fortement l'attention dn spectateur, parce que ( la simplicité des parties basses ne donnant point lieu à la distraction J elle est concentrée et pour ainsi dire absorbée par l'éclat imposant de celte partie magnifique.
Lorsqu'une façade a une grande étendue en ligne droite, les avanl-corps produisent une variété agréable, et forment en même temps des espèces de contre-forts qui augmentent la stabilité de l'édifice. (Voyez ce que nous avons -dit page 77.)
Les avant-corps proportionnés v en nombre, en grandeur, à l’étendue de la façade, ne doivent point être trop rapprochés; car alors la variélé dégénérerait en confusion, les parties perdraient leur majesté par une trop grande subdivision; de plus, iis masqueraient trop fréquemment la vue intérieure.
Si l’étendue du bâtiment n’est pas extraordinaire , un seul avant-corps pourra suffire : cet avant-corps, en occupant le milieu de la façade, ainsi que la fig. 5, pi. XIX, l'indique, permettra d’établir un grand salon d'apparat; et étant orué d’un péristyle, il formera un balcon couvert qui ornera avec élégance la partie centrale, et produira de la variété sans interrompre la continuation des lignes.
Une façade plus étendue comporte trois avant-corps , dont deux aux ailes , ainsi qu’on le voit fig. 2. L'avant-corps du milieu, plus élevé , peut recevoir uuc voûte cintrée, et les deux latéraux des frontons.
La fig. 1 représente une façade pyramidale, dont le pavillon du milieu s'élève au-des-
sus des denx parties latérales , qui sont elles-mêmes plus élevées que les ailes des extrémités. Ces ailes n'ont point de combles et forment des terrasses qui se trouvent dans le prolongement des appartements.
On peut varier de plusieurs autres manières la disposition des avant-corps et des pavillons : quelquefois on donne à la saillie de l’avant-corps du milieu une forme demi-circulaire, formée par la moitié du contour d'un salon circulaire, dont les fenêtres jouissent ainsi d'une vue plus étendue. (PI. XIX, fig. 2.) On voit à Paris un pavillon de cette espèce à l'hèlcl de Salm , du cùlé du quai.
Quelle que soit la disposition des avant-corps et des pavillons, il faut les employer avec modération, parce qu'ils occasionnent une plus forte dépense, et on doit faire en sorte qu'ils aient toujours un caractère bien marqué d'utilité et de convenance.
Les péristyles qu'on adapte aux façades peuvent avoir deux buts : le premier, de former un grand balcon couvert; le second, de servir de devanture à une loge (loggia). Les loges que l'on voit dans les beaux édifices d'Itaiie ne sont autre chose qu’un salon richement orné , dont le devant (ouvert) est décoré de colonnes. Les anciens ont fait usage de ces sortes de loges. En examinant attentivement les ruines du Colisée, j'ai reconnu dans l'intérieur de ce grand monument l'emplacement de deux magnifiques loges où l'empereur se plaçait quand il assistait aux spectacles aussi cruels que pompeux qu'on célébrait dans son enceinte.
Chacune de ces loges avait 51 pieds de long, 9 de largeur et 9 de hauteur: un péristyle de colonnes cannelées en marbre dit Pavonazetto décorait la façade; la soffile de la loge était en marbre blanc, dont les compartiments renfermaient des ornements en bronze doré. Les parois de la loge étaient revêtues d’un placage en marbre précieux de couleur ; des dalles de marbre blanc formaient le pavé. L'on entrait dans la loge par deux portes latérales.
Parmi les débris épars dans l’intérieur du Colisée, on voit: 1* plusieurs fragments des colonnes susdites , dont les cannelures sont remarquables ; 2" des portions de la sofiite dans lesquelles on observe les traces des ornements de bronze ; 3“ quelques petites parties du placage qui sont encore adhérentes au mur.
L’exemple que nous venons de citer fait connaître avec quelle magnificence les anciens décoraient les loges. Palladio, qui a suivi leurs traces avec un discernement exquis, a souvent appliqué à ses admirables fabriques, des loges dont la richesse et l'élégance sc combinent avec la beauté des proportions.
Les loges donnent le moyen d'adapter le plus économiquement possible des péristyles aux façades ; car n'étant autre chose qu’un salon dont on a supprimé le mur correspondant à la façade pour y placer des colonnes, l’on économise les gros massifs qui servent ordinairement de supports aux péristyles saillants.
Le péristyle d’une loge étant profond , il en résulte que de fortes ombres rendent son effet plus frappant.
Les loges sont très-convenables en Italie , mais elles le sont moins en France, par la différence du climat; on peut cependant les employer dans les maisons de campagne qui ne sont fréquentées que pendant la belle saison , et dans les grands hùtels qui admettent des appartements d’été et des appartements d'hiver.
Cours.
Les pilais, les hùtels ont plusieurs cours qui servent à divers usages. La cour principale, dont la grandeur et la décoralion doivent être en harmonie avec l'ensemble de
l'édifice , sert |>our le stationnement des voitures ; les autres cours sont réservées spécialement pour les usages domestiques, et elles sont environnées par les écuries, les remises, les cuisines, les offices, la buanderie. Des cours secondaires que nous venons de nommer se désignent plus particulièrement par le nom de basse-cour. Dans ces cours, tout ornement fastueux serait inconvenant cl ridicule. 11 n'en est pas de même de la cour principale , qui peut admettre une riche décoration.
A Milan et dans plusieurs villes d'Italie qui, par leur position, sont à portée de se procurer aisément de gros blocs de granité ou de marbre à des prix modérés , on voit un grand nombre de cours décorées de portiques à colonnes monolithes isolées ; par la dureté de la matière elles présentent autant de solidité que d’élégance. Ordinairement deux portiques superposés occupent toute la hauteur du bâtiment , et à chacun des portiques correspond un étage et un entresol, et quelquefois un seul étage très-élevé. Parmi les beaux portiques de ce genre , on distingue spécialemcut à Milan ceux du séminaire, du collège helvétique, du grand hôpital , du palais des beaux-arts, etc.
C’est avec raison que l'on s’est limité à la superposition de deux portiques, quoique la plupart de ces édifices aient 60 ou 80 pieds de hauteur; ayant ainsi de fortes dimensions , ils produisent un effet plus imposant. Ces portiques offrent des promenades couvertes très-agréables et servent de dégagements aux diverses pièces des appartements.
Dans plusieurs édifices , le second rang des portiques est garni de remplissages dans lesquels sont contenues les fenêtres des étages supérieurs ; le portique du rez-de-chaussée restant ouvert facilite la circulation et offre un abri aux cochers et aux domestiques des personnes qui visitent la maison.
Des portiques dont nous venons de parler ainsi que les loges sont moins appropriés au climat de France qu’à celui d'Italie. Les portiques au rez-de-chaussée des cours peuvent être néanmoins d'un bon usage dans les édifices qui servent à l'habitation d’un grand nombre de personnes , tels que les casernes , les hôpitaux , les collèges , les communautés religieuses. La plupart des anciens couvents avaient de grandes cours environnées de portiques auxquels on donnait le nom de cloîtres.
Le plan général d’une grande habitation doit éprouver une foule de divisions et de subdivisions. Les divisions les plus importantes, et dont nous devons nous occuper en premier lieu, sont celles formées par les voûtes et planchers qui établissent les étages, et celles que les murs de refend, parallèles aux murs principaux, produisent; d'où résultent les portiques, les corridors et la distinction des appartements.
Étages.
L'étage inférieur se nomme rez-de-chaussée , parce qu'on le suppose au niveau de la rue ou de la chaussée. L’étage qui vient après, quoiqu’il ue soit que le second, suivant l'ordre naturel, se nomme toujours premier étage.
Des étages moins élevés que les autres deviennent souvent utiles, soit pour le logement des personnes qui ne sont pas assez opulentes pour occuper les grands appartements , soit pour servir de magasins ou de dépôts. Les entresols se placent ordinairement entre le rez-de-chaussée et le premier ; ils deviennent surtout utiles au-dessus des boutiques. Ils offrent aux marchands un logement modeste, d'où ils peuvent veiller à la sûreté de leur établissement tant de jour que de nuit.
Dans les palais et les grands hôtels, le premier étage a aussi son entresol, pour que les gciis de service puissent, en couchant immédiatement au-dessus de l'appartement de leurs maîtres, les servir svec la plus grande promptitude; on ^établit, à cet effet, des corridors et des escaliers secrets.
Le rez-de-chaussée, malgré son nom significatif, devrait toujours être élevé audessus du sol, et cela pour éviter l’humidité, aussi nuisible à la santé qu'à la conservation des meubles. Cet exhaussement donne en outre la faculté d’éclairer les souterrains, et de leur donner une hauteur suffisante pour pouvoir y établir, indépendamment des caves, les gardes-manger et les cuisines comme on le pratique dans les grands hôtels.
Les habitations grecques n’avaient que le rez-de-chaussée et le premier étage; souvent même le rez-de-chaussée n’était surmonté par aucune autre construction. Les maisons modernes , dans les plus grandes villes , présentent au contraire un trop grand nombre d’étages. On voit dans les quartiers populeux de Paris des maisons dont l’élévation semble rivaliser avec celle des tours , et qui ont jusqu'à douze étages. Ainsi, les modernes ont poussé bien loin, et trop loin sans doute, l'art d’entasser les hommes dans un petit espace , à peu prés comme les abeilles dans une ruche.
II résulte de bien tristes inconvénients de celte industrie abusive que l'avarice perfectionne continuellement. La salubrité en reçoit de funestes atteintes , surtout quand les rues sont étroites et tortueuses, et que les cours sont petites et encombrées; les vapeurs méphitiques qui se dégagent abondamment se trouvent alors renfermées de toute part et acquiérent de l’intensité par la concentration.
Plusieurs causes tendent à augmenter le dégagement de ces vapeurs nuisibles ; 1“ la saleté, inévitable dans un lieu qui contient une multitude d'individus de tout âge, lesquels, ou par défaut d’éducation, ou par insouciance, négligent presque toujours les soins et les précautions que la propreté exige; de sorte que les cours, les escaliers, les corridors, les latrines, offensent tout à la fois l’odorat et la vue: 2° les écoulements multipliés des lavoirs, des cuisines et autres, dont les conduits sont souvent engorgés, augmentent par leur stagnation l’activité du méphitisme. Ajoutez à cela le bruit incommode et continu, la perte de temps et le désagrément de monter à des hauteurs considérables par des escaliers étroits, obscurs et fatigants, et vous serez forcé de convenir que le pauvre laboureur, qui habile la plus chétive chaumière, est bien mieux logé que la masse du peuple dans les grandes villes; du moins, il respire un air pur , et son sommeil n’est pas interrompu par un bruit assourdissant.
Les inconvénients de l'accumulation dont nous nous plaignons deviennent encore plus graves dans les circonstances calamiteuses. Survient-il un incendie, il réduit au dén liment le plus affreux la multitude des pauvres créatures qu’il n'a pas ensevelies sous les décombres. Les maladies contagieuses trouvent dans eet amas d’individus un aliment funeste et un moyen prompt de se propager. Les tremblements de terre (qui heureusement ne sont pas fréquents en France) agiraient avec la plus grande activité sur des constructions à la fois trop élevées et peu solides.
La vigilance paternelle des gouvernements devrait réprimer cet abus, par de sages ordonnances qui limiteraient la hauteur des maisons et fixeraient le maximum du nombre d'individus qu'il serait permis de loger dans un espace déterminé. Comme une loi ne doit point avoir d’effet rétroactif, on devrait chercher tous les moyens d'affaiblir les mauvais effets résultants de l’accumulation actuelle , en élargissant les rues trop étroites et redressant celles qui sont tortueuses , en propageant autant que possible la méthode des latrines inodores, en exigeant que les tuyaux pour les écoulements soient bien disposés et dilment entretenus.
La méthode grecque, et celle en usage chez les nations orientales, de ne donner aux habitations qu’une hauteur médiocre, est , à cet égard , bien préférable. Les maisons des gens riches, chez les Grecs, n'avaient que le rez-de-chaussée. Leur plan , rectangulaire, était divisé en deux principales portions, dont l’une nommée gincconilis, servait
d'habitation aux femmes; la seconde, réservée pour les hommes, prenait le nom d’/indronides.
Les maisons chinoises ont un rez-de-chaussée et un premier étage; ce peuple, tenacement attaché à ses habitudes, est aussi constant à conserver les formes et les dispositions primitives des habitations que celles des vêtements. Il serait même dangereux de tenter des innovations à cet égard.
Les habitations des mandarins sont ainsi disposées : Une cour carrée occupe le centre; cette cour renferme une pièce d'eau environnée de rochers factices; des vases de porcelaine, contenant des (leurs et des arbustes, en décorent le pourtour. Des poissons dans la pièce d'eau, et des oiseaux à riches plumages, animent cette décoration à la fois simple et élégante.
Les façades extérieures ne présentent qu’un mur lisse qui n’a d’autres ouvertures que celles des boutiques et les portes d'entrées; aucune fenêtre ne se trouve de ce coté, elles regardent toutes vers la cour; des coquillages transparents remplacent les vitres.
Les murs sont eu briques , les pavés en pierre ou en marbre coloré. Ces murs, à l'intérieur, sont couverts de papiers peints ou dorés , sur lesquels sont tracées particulièrement des inscriptions qui ont rapport à la religion ou à la morale.
Le rez-de-chaussée est distribué en plusieurs pièces qui ont ordinairement 21 pieds de longucnr et 20 de largeur. L’étage supérieur contient une grande salle qui occupe toute la longueur de la maison; mais on peut la diviser à volonté, à l’aide de cloisons mobiles formées en guise de paravents. Elle est spécialement destinée au logement des étrangers.
Appartements.
On dit qu’un corps de bâtiment est double lorsque sa largeur peut contenir deux appartements adossés l'un à l’autre; on le nomme dami-doubte lorsque les pièces qui composent l'un des appartements accolés , sont plus petites que les autres; on distingue enfin par le nom de simple , le bâtiment dont la largeur n'embrasse qu’un seul appartement.
Les palais et les grands bétels contiennent plusieurs espèces d'appartements. Ce mot appartement dérive du mot latin partimenlum qui signifie répartition ; il indique l’ensemble des pièces destinées au logement d'un individu ou d’une famille.
On appelle appartements de parade ceux qui, ayant deux grandes pièces ornées avec magnificence , servent aux grandes réceptions et aux cérémonies extraordinaires. Les vestibules, antichambres, salons, galeries, chambres et cabinets, qui composent un appariement de parade, doivent former de longues enfilades dont on augmente l'effet par de grands miroirs placés à dessein; et on a soin de disposer artistement des objets de décoration dans les cours et dans les jardins, lesquels, étant aperçus dans les positions les plus remarquables de l'intérieur, augmentent la richesse cl la variété des points de vue.
La grandeur des pièces qui composent l'appartement de parade , la somptuosité de sa décoration , ne s'accordent pas toujours avec les commodités que les raffinements de la délicatesse exigent, surtout pendant l'hiver ; voilà pourquoi on dispose des appartements moins étendus, élégants sans être aussi fastueux, et qui servent pour l'habitation privée du personnage qui occupe le palais, et de sa famille. Dans les bâtiments demi-doubles l'appartement privé ou petit appartement est adossé au grand, et les deux se communiquent. Mais de fréquents dégagements, de nombreux escaliers secrets, des corridors disposes avec art, facilitent les communications et évitent les sujétions , sans interrompre 1a continuation des cnfdades cl sans nuire à la symétrie de chacune des pièces.
Ces dégagements , lorsqu'ils sont disposés avec goût, offrent le moyen de varier la forme des pièces à l’aide des cloisons légères dont ils sont formés.
Indépendamment de la division des appariements en grands et petits , dont les premiers portent le caractère de la magnificence, et les seconds offrent tous les raffinements qui peuvent contribuer au bien-être et à la délicatesse de la vie, on distingue aussi des appartements d’été et des appartements d’hiver. Les premiers, tournés vers le Nord et au rez-de-chaussée, ont de vastes pièces où l’air est rafraîchi par une douce ventilation. Les pavés, les parois du mur. sont revêtus de marbre, de mosaïque et de stuc. Des bassins et des fontaines jaillissantes ornent les salles; fai jardinières élégantes et des vase» en porcelaine et en cristal reçoivent les présents de Flore. Des vitrages colorés modèrent l’éclat de la lumière et produisent d’agréables reflets.
Les appartements d’hiver, plus petits, sont tournés vers le Midi; les fenêtres ont un double vitrage, les tuyaux de chaleur serpentent sous les parquets et dans l'épaisseur des murs. Des draperies élégantes ornent les murailles, des tapis couvrent les planchers, des perlières en velours ou en tapisserie des Gobclins sont suspendues à toutes les portes.
L'appartement de la dame diffère aussi de celui du mari : ces deux apiiartements doivent cependant être rapprochés et avoir des communications immédiates.
L’appartement de la dame sera orné avec plus d'élégancc et de légèreté , celui du mari avec plus de pompe et de gravité. L'un contiendra de jolis boudoirs, des cabinets pour la toilette, un petit appartement pourles bains; le second aura des cabinets d 'étude, des bibliothèques, des collections instructives d'objets d'art et d'érudition, une salle de billard , etc. Chacun de ces appartements contiendra un vestibule, une salle d'introduction, une salle de réception, la chambre à coucher, précédée de son antichambre et accompagnée de cabinets et d'un lieu à l'anglaise, ayant à côté ou au-dessus la chambre dn valet ou de la femme de chambre. Les chambres à coucher des deux appartements devraient être attenantes. La salle à manger, le salon de conversation , seront communs à tous les deux; mais chacun doit avoir ses dégagements et ses escaliers particuliers.
Telles sont les pièces qui servent d'habitation au maître du logis et à sa famille. Une foule d’autres parties sont destinées aux usages du service, comme les écuries et remises avec leurs dépendances , les cuisines , les offices et tout ce qui en dépend. Parcourons brièvement ces divers objets.
Écuries et remises.
Les écuries des palais sont accompagnées de nombreux accessoires, tels qu’une sellerie, un manège, une forge de maréchal-ferrant, des greniers, le logement pour les cochers, les écuyers, les palefreniers , les valets d'écurie et les diverses personnes employées au service relatif à cet objet.
Dans les édifices importants, les bâtiments qui composent les écuries et les remises doivent être disposés autour d'une cour particulière qui communiquera avec la grande cour; elle aura une entrée spéciale pour pouvoir exporter le fumier et faire les autres opérations que le service exige sans encombrer ni salir la grande cour.
Des fontaines, des abreuvoirs, des plantations, offrent des objets de décoration et d'utilité pour la cour des écuries, qui doit surtout être bien aérée. Si elle est très-spacieuse, on pourra former dans le milieu un manège pour dresser et exercer les chevaux.
Les écuries seront placées de manière que les portes et fenêtres principales soient tournées vers le septentrion , et que la lumière ne frappe pas directement la face des chevaux dont la vue en serait offensée.
Les écuries doivent être propres, bien éclairées, fraîches, ctla circulation de l’air doit y être bien établie ; elles seront voûtées et bien pavées. Quelques constructeurs conseillent de ne pas paver la partie immédiatement occupée par les chevaux. Quelle que soit la méthode que l'on adopte pour consolider le sol, on établira des pentes qui aboutiront dans un petit égout central couvert de distance en distance de pierres perforées , afin de favoriser l'écoulement des urines et entretenir ainsi la propreté, qui est essentielle pour le bien-être des chevaux.
Les palais ont ordinairement trois écuries séparées, la première pour les chevaux de carrosse, la seconde pour les chevaux de selle, la troisième pour les infirmes. Chaque cheval de carrosse exige un emplacement de 5 pieds de largeur; l’espace qu’un cheval de selle occupe est un peu moindre.
La longueur de cet espace, y compris la mangeoire, doit être de huit pieds; il en fautautant pour le passage; conséquemment une écurie simple aura 16 pieds de largeur.
Les écuries doubles sont de deux espèces, les unes ont un seul passage dans le milieu; elles occupent moins d’espace que les secondes, qui ont deux passages, et oû les chevaux se regardent tête à tète. Les écuries doivent être assez élevées pour que le renouvellement d'air s'opère d'une manière convenable; mais il faut que l'élévation ne soit point trop forte, pour éviter le froid pendant l'hiver; il suffit qu’elle soit un peu supérieure à la largeur.
Dans les grandes écuries, deux rangs de colonnes parallèles supportent une voûte à arêtes. L’entre-colonncment comprend deux ou trois places de chevaux. Celte méthode exige des murs moins épais et une moindre élévation que dans le cas où l’on adopte une voûte à berceau. Auprès des écuries doivent se trouver des magasins pour y déposer en bon ordre les harnais et les objets de sellerie. Les chambres des palefreniers n’en seront pas éloignées. La place la plus commode pour le dépôt des fourrages est le dessus de l'écurie, parce que, au moyen d'une trappe, on jette le foin immédiatement dans le râtelier; on peut aussi établir des tuyaux aboutissant à la mangeoire, pour y déposer l'avoine.
Le septentrion est l’exposition qui convient le mieux aux remises pour que le soleil ne puisse altérer le vernis des voitures. L’espace que doit occuper un carrosse est au moins de 21 pieds sur 9. On établira dans le pavé des charrières en bois qui faciliteront l’entrée et la sortie des voitures et les empêcheront de dévier de la place qui leur est destinée.
Cuisines.
Dans plusieurs hôtels les cuisines sont situées dans des souterrains , dont la voûta s'élève de quelques pieds au-dessus du niveau du sol, ce qui facilite l’introduction de la lumière.
Des palais plus considérables ont une cour affectée particulièrement aux cuisines, qui sont disposées tout autour. Les cuisines devront être voûtées, pour éviter les incendies; elles seront bien éclairées et suffisamment spacieuses.
On doit éviter soigneusement les exhalaisons méphitiques et nuisibles que produisent les cuisines , ou par défaut de propreté , ou par l’effet du charbon qu’on y brûle. Les Annales de l’Industrie contiennent la description d’une cuisine disposée suivant la méthode de M. D’Arcct , qui est parvenu à supprimer , par la ventilation , les miasmes incommodes que la plupart des cuisines renferment habituellement. Les procédés dont il fait usage sont analogues à ceux qu’il a appliqués, avec le plus grand succès, aux ateliers des doreurs, et que nous avons indiqués page 152.
22 <î DES HABITATIONS.
Dans la cuisine proposée par M. D’Arcct, les fourneaux et le four se trouvent placés sous Titre de la cheminée, qui est fort évasé et auquel sont suspendus des rideaux de toile ininflammable qui ferment plus ou moins l'ouverture de la cheminée sans empêcher la cuisinière d'agir Un petit fourneau , dont on peut d'ailleurs tirer parti, favorise et assure la circulation de l’air. Des tables de marbre sont dans une cuisine un objet fort utile (tour la propreté.
Une grande cuisine doit être accompagnée de plusieurs pièces, soit pour la préparation des pâtisseries , soit pour la confection des sucreries et des glaces qui composent le dessert; on désigne particulièrement par le nom d’office le lieu affecté à cet usage ; à l'office sont annexées une distillerie et une étuve. Auprès des cuisines doit se trouver le logement des personnes attachées à ce service.
Les lavoirs sont aussi une dépendance des cuisines. On doit apporter le plus grand soin dans la construclien des tuyaux qui en reçoivent les écoulements ; on ne doit rien négliger de ce qui peut prévenir les engorgements ou les émanations de la mauvaise odeur. On trouve dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, pour 1 année 1 1 1>7, un moyen proposé par De Parcicux , qui consiste à placer à l'entrée du conduit un petit réservoir de pierre incliné vers ce conduit: dans cette cuvette est placée debout une plaque qui se meut dans deux rainures. De cette manière l'eau pourra passer sous la plaque pour descendre dans le tuyau; mais la plaque étant constamment trempée dans- l’eau, elle empêche que l’air méphitique ne sorte du tuyau. Il faut renouveler l’eau dans le réservoir de temps à autre.
Une basse-cour et un potager compléteront les accessoires qui doivent entourer la cuisine d'un grand seigneur.
Les caves sont un objet non moins important. Elles doivent être voûtées cl bien pavées. Les caves servent à deux objets principaux : 1“ de dépôt pour le bois et le charbon ; 2» pour y renfermer le vin, les huiles et plusieurs autres objets de même nature.
A Milan, on a adopté la mauvaise habitude de former du côté de la rue, dans les caves, des dépôts de fumier; les ouvertures de ces caves, fermées par un grillage, laissent échapper une odeur très-désagréable. A Londres, les caves à charbon s’avancent sous les trottoirs , et des trappes qui y correspondent donnent le moyen d’y décharger immédiatement ce combustible.
Plusieurs écuries se trouvent placées , à Naples , dans les caves : cet usage répréhensible nuit à la santé des chevaux et surtout à la conservation de leur vue, qui s’altère par le passage subit de l’obscurité au grand jour. Les caveaux pour le vin n’ont pas besoin de plus de 9 pieds de hauteur, mesurée entre le pavé et la clef de la voûte; leur largeur doit être au moins de 12à 15 pieds, afin qu’on ait la facilité de tourner autour des tonneaux jiour les visiter. Ces caveaux seront pavés de dattes, cl le pavé aura des pentes dirigées vers le centre, où l’on formera une cuvette qui recevra le vin qui pourrait s’écouler en cas d’accidents.
La fosse des latrines doit être éloignée autant que possible de l’endroit où sont les caveaux; car, bien qu’on fasse des contre-murs, on a toujours à craindre les filtrations, dont les exhalaisons sont très-nuisibles au vin.
Il faut que les escaliers qui conduisent dans les caves soient commodes et suffisamment larges pour qu’on puisse faire passer librement les tonneaux et les autres objets volumineux que Ton y dépose.
Il faut aussi établir une libre ventilation , d'autant plus nécessaire que des émanations dangereuses se développent dans ces lieux, et deviennent quelquefois mortelles en asphyxiant les personnes.
EtcaJiers.
La collocation «le l'escalier principal et des escaliers secondaires on de dégagement • n'est pas sans difficulté. On a plusieurs conditions a remplir, qui quelquefois sc contrarient : 1" le grand escalier, ample, commode , doit être bien éclairé; il est des cas où Ton facilite la distribution en tirant le jour par une ouverture dans le comble, que l’on couvre d’un fort vitrage ; 2" il faut que les personnes qui ont voiture puissent descendre à couvert le plus près possible de cet escalier, qui d’ailleurs doit être situé dans un lieu apparent ; 3° il ne doit point interrompre les enfilades principales ; 4“ les escaliers secondaires, aussi nombreux que le service le requiert, doivent être commodes sans occuper trop de place ; 5” ces escaliers, destinés par leur essence à éviter les sujétions et les longs détours, n’en doivent occasionner aucun.
Nous exposerons divers exemples de distribution moderne, après avoir vu ce que Vitruve enseigne relativement aux habitations antiques.
Maison s des anciens Bomains.
Voici ce que Vitruvc nous apprend, dans le livre VI, relativement aux habitations antiques:
« On distingue cinq espèces de cours ( cava-œdium ) ; savoir : la toscane, la corinthienne, la tilrastyte, la decouverte, et enfin celle voûtée.
« La toscane (pl. XX, fig. 5, G) se distingue par une saillie an dans le pourtour, formée par le croisement de quatre poutres. La cour reçoit les écoulements des toits.
« La corinthienne (fig. 3, 4) , plus ornée , a des colonnes qui, en soutenant les parties saillantes , forment un portkpic.
« La tétrastyle (fig. 1, 2) n'a que quatre colonnes angulaires; ces colonnes servent tout à la fois à soutenir les poutres qui forment la saillie et contribuent à donner une plus grande stabilité à l’édifice. (Voyez ce que nous avons dit page 142.)
« La découverte (fig. 7 , R) est celle qui n’a pas de saillie dans son pourtour. Un chenal creusé dans la corniche qui couronne Fédificc reçoit l'écoulement des toits. Celte disposition est favorable aux appartements d'hiver, parce que la saillie n'interrompt pas l’introduction de la lumière; mais le chenal, étant sujet à s'engorger, peut nuire à la charpente par la stagnation ou la filtration de l’eau.
* La cour voûtée (fig. 9, 10) se construit là où , l’emplacement étant resserré, les appartements supérieurs ont besoin d’être élargis. Tîn portique à arcade donne en effet le moyen d’augmenter l’espace de la cour au rez-de-chaussée et d'élargir de toute leur largeur les chambres du premier étage.
« Les vestibules ( atria ) se distinguent, par la différence de leurs proportions, en trois espèces; la première a en largeur les trois cinquièmes de la longueur; la seconde, les deux tiers ; la longueur de la troisième est équivalente à la diagonale d’un carré qui aurait chaque côté égal à la largeur du vestibule.
« La hauteur prise au-dessous des architraves est les trois quarts de la longueur. Cette hauteur ne comprend pas la hauteur de la so/Jile.
■i Des colonnes diviseront le vestibule en trois parties égales , si sa longueur n’est que de 30 à 10 pieds; si elle est de 40 à 50, chacuue des ailes latérales n’aura que les deux septièmes de la largeur ; si elle est de 00 à 80, elles n’auront que les deux neuvièmes ; et enfin elles auront chacune la cinquième partie de la largeur totale, si la longueur est de 80 à 100 pieds. Les compartiments de la soffite doivent être faits de telle sorte que la hauteur totale soit égale à la largeur.
« La salle nommée tablinum, qui vient après le vestibule, aura les deux fiers de sa largeur, si elle est de 20 pieds; mais on ne lui donnera que la moitié si elle est de 30 à 40 : les deux cinquièmes , si elle est de 40 à 50. Ces variations dans les proportions dépendent des convenances que la commodité et la distribution de ces pièces exigent. La hauteur du tablinum surpassera la largeur de la sixième partie sans y comprendre la profondeur des caissons.
« La porte de communication entre le vestibule et le tablinum sera les deux tiers de sa largeur , s'il a de petites dimensions ; dans le cas contraire , elle sera égale à la moitié. La grandeur des statues qui décoreront le vestibule sera proportionnée à la largeur des ailes. Les portes auront des proportions et des ornements en harmonie avec l’ordre. On pratiquera une ouverture à la voûte du vestibule pour l'éclairer; celte ouverture aura une largeur qui ne sera pas moindre que le quart ni plus grande que le tiers de la largeur du vestibule; sa longueur sera en proportion.
« Les péristyles (portiques qui environnaient une grande cour ou un jardin et qui formaient une promenade à couvert) doivent avoir en largeur les deux tiers de la longueur. Les colonnes auront une élévation égale à la largeur du portique. Les entre-colonnements n’auront ni moins de trois diamètres des colonnes, ni plus de quatre. Si cependant l'on fait usage de l'ordre dorique, il faudra régler les enlrc-colonncmcnts de manière à avoir un espacement régulier de tiiglyphes.
« Les salles à manger ( triclinia ) auront une longueur double de la largeur. A l'égard de la hauteur, on suivra une règle générale qui consiste à additionner la largeur et La longueur, et à prendre la moitié de cette somme.
•< Si les salles de conversation ( exedrœ , oeci ) sont carrées . la hauteur surpassera de moitié la longueur d'un des côtés. Les pinacothèques (galeries de tableaux) seront vastes; ainsi que les exodres,
« Les grandes salles d'apparat se divisent en trois espèces , savoir : les corinthiennes , les tétrastyles , les égyptiennes. Elles auront les proportions indiquées pour les triclines ; mais il faut qu’elles soient très-spacieuses, à cause des colonnes.
« Les corinthiennes n'ont qu'un seul ordre , posé sur un soubassement, et quelquefois sur le pavé ; l'entablement est en bois ou en stuc ; une voûte surbaissée les couvre (pi. XX, llg. 11 et 12).
« Les salles égyptiennes (fig. 2, 3, pK XXI) ont deux ordres superposés; le premier ordre forme un portique au pourtour de la salle; le second ordre est enclavé dans un mur qui surmonte le premier ordre : tout autour se trouve une terrasse découverte. Des fenêtres sont ouvertes entre les colonnes du second rang, qui n’ont que le quart de la hauteur de celles d’en bas. L’entablement du premier ordre n'est formé que d'une architrave. La disposition de cette salle a de la ressemblance avec celle des basiliques.
« Les Grecs avaient de grandes salles à manger qu’ils nommaient cysicénes. Ces salles étaient tournées vers le Nord, et avaient la vue sur un jardin ; elles avaient assez de largeur pour contenir deux tables et trois lits, (1) opposées l’une à l'autre.
« Il faut aussi qu'il y ait tout autour un espace libre suffisant pour le service. Elles ont à droite et à gauche des fenêtres qui s'ouvrent comme des portes, afin que de dessus les lits on puisse voir dans les jardins. La hauteur est égale à une fois et demie la largeur.
« Dans toutes les constructions que nous venons d'indiquer il faut s'accommoder à la situation du lieu, et surtout il faut prendre garde que la hauteur des murs voisins n’ôte pas
(1) Tout le monde sait que les anciens ne s'asseyaient point à table comme on te fait maintenant , raaia qu'ils étaient couchés sur tlei lits pli H au pourtour de celle table.
le jour; car si cela arrivait soit par défaut d'espace , soit de toute autre manière , U faudrait augmenter ou diminuer avec adresse les proportions prescrites ci-dessus.
« Expliquons maintenant les choses qui doivent être observées à l'égard de la collocation des diverses pièces pour qu'il en résulte des habitations commodes.
« Les salles à manger d'hiver et les bains doivent regarder le couchant d'hiver, parce que l'on a principalement besoin de la clarté du soir (1), et que le soleil couchant, éclairant directement , répande une douce chaleur dans la salle.
Les chambres à coucher et les bibliothèques doivent être tournées au soleil levant, parce que leur usage demande la lumière du matin ; outre que les livres ne sc gâtent pas autant dans cette situation que dans celles qui regardent vers le midi et le couchant, qui sont sujettes aux vers et à l'humidité, parce que celte même humidité que les vents du midi apportent , alimente les vers cl fait moisir les livres.
« Les salles à manger dont on sc sert au printemps et en automne doivent être tournées vers l'orient; car en tenant fermées les fenêtres jusqu'au moment que le soleil se fait voir vers le couchant, on règle la température de ces pièces de la manière ia plus convenable pour le temps que l'on a coutume de s'en servir.
« Les salles dont on fait usage l’été regarderont le septentrion , parce que cet aspect rend les lieux toujours frais, sains et agréables, n'étant pas exposés au cours du soleil. Cette position est aussi celle qui convient le mieux aux ateliers où l'on peint et où l'on confectionne les étoffes, parce que le jour qui y est égal à toute heure, entretient les couleurs toujours dans le même étal.
«Outre l'aspect du ciel, il faut observer, dans la distribution d'une maison particulière, de quelle manière on doit disposer les pièces destinées spécialement au maître du logis et celles où J'on admet aussi les étrangers : car dans les chambres à coucher, dans les salles à manger , les bains et autres lieux de cette nature , il n'entre que les personnes qui y sont appelées ; mais tout le monde a le droit d'entrer dans ceux qui sont publics , tels que les vestibules , les cours , les péristyles et les parties eu général destinées à des usages communs. Or les gens qui ne sont pas d'une condition fort relevée n’ont nul besoin de vestibules ni d’antichambres grands et spacieux, parce qu'ils vont ordinairement faire la cour aux autres et on ne la leur vient pas faire chez eux.
« Ceux qui font trafic des fruits de la terre doivent avoir à l'entrée de leur maison dea étables, des boutiques; et au dedans, des caves, des greniers, des celliers et d'autres commodités qui servent plus pour la conservation des marchandises que pour l'ornement et la beauté de la maison.
• Les gens d'affaires et les banquiers auront besoin d'appartements un pou plus beaux et plus commodes , mais qui soient bien fermés , afin d'être en sûreté contre les voleurs.
« Les avocats cl les personnes attachées aux magistratures doivent avoir des maisons encore plus propres et plus spacieuses, à cause de la multitude qu'ils reçoivent.
• Les personnes de haute condition et celles qui remplissent de grands emplois doivent avoir des vestibules magnifiques, de grandes salles, des péristyles spacieux, des jardins avec de longues allées ; il faut que chez eux tout soit beau et majestueux. Ils doivent de plus avoir des bibliothèques, des cabinets ornés de tableaux, des basiliques (nous expliquerons dans un autre chapitre ce qui est relatif aux basiliques). Leurs maisons auront la magnificence que l'on admire aux édifices publics, parce que dans ces habitations il se fait des assemblées pour les affaires d’état ainsi que pour les jugements et arbitrages qui terminent les différents entre particuliers.
(1) Les anciens /.visaient leur principal repas le soir.
•< Les édifices étant ainsi disposés selon les différentes conditions des personnes , on peut dire que l'on aura satisfait aux convenances. >
« La distribution des maisons grecques diffère de celle usitée par les Romains. Ils n’ont pas de vestibule; mais, de la première porte, l'on entre dans nn passage qui n’est pas fort large , où d'un côté sont les écuries, et de l’antre la loge du portier. Au bout de ce passage, nommé thyrorion, est une autre porte qui conduit dans le péristyle, qui a des portiques de trois côtés. Au côté qui regarde le n :di se voient deux piliers fort éloignés qui soutiennent des poutres. Si l’on déduit le tiers de l’espace entre ces piliers, le reste est égal à renfoncement de celte partie nommée protia» ou peraslat.
1 « Au-delà se trouvent de grandes salles oit les mères de famille filent avec leurs servantes ; à droite et à gauche du protia» sont situées les pièces appelées antitAa/ami (anti-chambres) et thaiami (chambres à coucher). Les salles à manger , les garde-robes (cel/rr famUiarica ) , et d'autres pièces , sont disposées autour des portiques. Celle partie de la maison s'appelle gyneronilit.
« A cette partie est jointe une autre plus grande et pins ample: elle a une grande cour environnée de péristyles tout autour. Quelquefois la cotonnade du côté du midi est {dus élevée , selon la méthode rbodienne. L'appartement des hommes contient de plus beaux vestibules et des portes plus ornées que le gyneemuti». Les portiques sont ornés de stuc ou lambrissés en menuiserie.
• Le long des portiques qui regardent le septentrion . il y a des salles à manger qua l'on nomme ryzicenet, et des cabinets de tableaux : à ceux qui regardent l'orient, il y a des bibliothèques; du côté du couchant, sont les salles de conversation : an midi, se trouvent des salles à manger assez vastes pour contenir quatre tables , accompagnées dé leurs lits , avec l’espace nécessaire pour le service et pour les jeux qui se font pendant le repas. C’est dans ces salles qu’on tient les festins des hommes, parce que l'usage veut que les femmes ne se mettent pas à table avec les homniès. L’appartement dont nous {Mirions se nomme andronidet , parce que les hommes seuls y habitent sans être interrompus dans leurs occupations par les femmes.
« A droite et à gauche du principal corps-dc-logis sont disposés des pavillons séparés, qui ont des portes particulières, des salles el des chambres commodes, destinées spécialement à l’usage des étrangers envers lesquels le maître de la maison exerce l’hospitalité. La coutume était qu’aprés les avoir traités le premier jour seulement , il leur envoyait ensuite les autres jours des [mulets, des oeufs, des herbages, des fruits et d’autres comestibles. Ces présents se nommaient renia. Ainsi, ceux qui voyageaient se trouvaient logés comme chex eux, pouvant vivre en leur particulier et en toute liberté. Des passages ou petites rues , nommées tnetanles, séparaient les logements des étrangers du bâtiment principal.
« Les maisons de campagne f ptevdo-vrbanet ) ne diffèrent des maisons de ville que parce qu’au lieu d’avoir les vestibules auprès de l’entrée principale , elles ont d’abord une grande cour environnée de portiques , et elles ont ensuile d’autre* portiques moins étendus qui ont vue sur des jardins. Après avoir expliqué la manière de disposer les maisons de ville. Il reste à exami nrr quelle est la disposilion qui peut donner à celles de campagne la commodité que leur usage demande.
« Pour bien situer une maison de campagne, il faut en premier lieu considérer quelle est l'exposition U plus saine, et tourner la maison de ce côlé. Sa grandeur doit être proportionnée aux terres qui y sont annexées, et à la quantité et qualité des objets qu’on y récolte.
« La grandeur des cours rustiques et leur nombre seront détermines par la quantité
du bétail et des charrues qui seront nécessaires. La cuisine sera dans le lien le plus chaud de la cour, près de laquelle on établira l’écurie des boeufs, qui sera disposée en sorte que ces animaux aient la face tournée vers le soleil levant. La largeur de cette écurie ne sera pas moindre de dix pieds, ni plus grande que quinze. La longueur doit être réglée sur la supposition que chaque couple de boeufs oecupe au moins sept pieds.
« Les bains ne seront point éloignés de la cuisine, pour la facilité du service, ainsi que les pressoirs à huile. Après le pressoir sera le cellier, dont les fenêtres doivent regarder le nord, car vers le midi la chaleur du soleil serait préjudiciable au vin. Au contraire , le dépét des huiles sera tourné du côté du midi, pour qu'elles ne gèlent pas l’hiver et que la douce chaleur du soleil les entretienne toujours coulantes.
• La grandeur des celliers doit être proportionnée à la quantité de vin que l’on recueille et au nombre des tonneaux, qui auront quatre pieds de diamètre au milieu, s’ils sont de la grande espèce. Si le pressoir n'est point à vis, mais à arbre, il faut qu'il ait au moins 40 pieds de longueur et 16 de largeur; ce qui suffira pour y travailler à l'aise. Si Ton a besoin de deux pressoirs, il faut que la pièce qui les contiendra ait 24 pieds de largeur.
« La grandeur des bergeries et des étables pour les chèvres doit être telle , que chaque animal n’ait pas moins de 4 pieds et demi de place, ni plus de 6.
« Les greniers seront élevés et tournés vers le septentrion, afin que la fraleheur du vent empêche les grains 'de s’échauffer et les conserve plus longtemps. Les insectes dévorateurs s’engendrent et se propagent plus aisément dans les autres expositions.
« Les écuries pour les chevaux doivent être situées auprès de l’habitation du maître, dans un lieu ehaud et bien abrité.
•r Pour éviter les incendies, les greniers où l’on dépose les fourrages, ainsi que les moulins, doivent être éloignés de ia maison.
m Les ornements et la distribution de la maison seront analogues à ceux des habitations de la ville , pourvu que cela puisse se faire sans préjudice des convenances que le local requiert.
« Tout édifice doit être bien éclairé; cette condition n’est pas difficile à remplir à la campagne, où les constructions ne sont pas assez accumulées pour ôter le jour, comme cela arrive fréquemment à la ville.
•< Afin de connaître si l’on aura assez de lumière et comment on doit l’introduire , on tire une corde du haut du mur qui masque le jour jusqu’à l'ouverture qui doit l'introduire ; et si , en regardant en haut le long de cette cordc , le ciel se voit à découvert , on sera assuré que ce lieu sera assez éclairé. Si, au contraire, on voit que le passage de la lumière est géné par les poutres , le haut des fenêtres ou tout autre objet, il faudra foire des ouvertures plus grandes et plus élevées, et disposer les fenêtres de manière qu’elles correspondent aux endroits où le ciel se voit à découvert. Cette pratique est surtout nécessaire pour les salles à manger, les passages et les escaliers, qui ont le plus grand besoin d'étre bien éclairés , parce qu’il arrive fréquemment que plusieurs personnes, quelquefois chargées, se rencontrent et se croisent. »
Hérodien nous apprend que les rues de Rome étaient fort étroites , les toits des maisons particulières avaient une grande saillie en dehors ; ee qui augmentait singulièrement Ic'dégât produit par les incendies. La plupart de ces maisons avaient un portique sur la rue ; mais ce portique n’était couvert que par un simple pianeber en bois. Néron, après le fameux incendie dont il fut l'auteur, ordonna que les maisons fussent isolées, hilies en briques et voûtées. Sous le régne d'Auguste, la ville de Rome acquit de grands embellissements. On substitua l'usage de briques cuites aux briques crues , dans la cons-
traction des maisons ; on éleva le rez-de-cbaussée au-dessus du niveau de la rue , on substitua des voûtes aux planchers, et enfin on institua un corps d'affranchis destiné, comme les pompiers modernes, à éteindre les incendies.
Tite-Live (liv. XXI) dit que les maisons ordinaires avaient trois étages. Mais Auguste promulgua une loi qui défendait de donner aux édifices particuliers plus de 70 pieds romains d'élévation. Trajan réduisit ce maximum à 40 pieds, parce que, de son temps, les inondations du Tibre avaient occasionné la chute de plusieurs maisons trop élevées, et le même désastre s'était renouvelé à l'occasion d'un tremblement de terre.
I.cs anciens Romains avaient des maisons de campagne d'une magnificence étonnante. Les magnifiques débris de la Ville- Aérienne, à Tivoli , nous en donnent une idée bien imposante. La multitude d’édifices de toute espèce, renfermés dans sa vaste étendue, lui donnait l'apparence d’une cité. Pline le jeune nous a transmis la description d'une de ses maisons de campagne, nommée Lattrenlinum , dans une épltre à Gailus.
L’entrée regardait le midi; du côté du levant se trouvaient les jardins de délices, tandis que les jardins rustiques occupaient le côté opposé; la principale façade était tournée vers la mer. Un portique circulaire occupait le centre de l'édifice; les murs étaient fort élevés et les fenêtres étaient garnies de lames d'albâtre transparent. Une cour rectangulaire la précédait et une autre plus grande venait ensuite. On entrait de là dans un Tcstibule et ensuite dans une salle à manger établie dans un avant-corps qui s'avançait vers la mer, pour pouvoir jouir du riche spectacle de la marine et' des côtes environnantes.
Des deux côtés du vestibule se trouvaient des bibliothèques , et de l’autre une salle de repos et un trie Une. On trouvait ensuite l’appartement des bains du côté des jardins rustiques; le milieu du corps de bâtiment qui les contenait s'élevait au-dessus des toits en forme de tour. Dans cette tour étaient des chambres pour se coucher et reposer de jour pendant les grandes chaleurs; du haut de la tour, la vue s'étendait au loin.
Dans le corps de bâtiment en face étaient les triclincs et des chambres à coucher, lesquelles avaient la vue sur un magnifique jardin. Au milieu de ce corps de bâtiment était ouvert un passage qui conduisait dans le jardin , et des deux côtés se trouvaient deux petites pièces pour les valets de chambre.
Le quatrième côté de la grande tour avait, au milieu, un vestibule par où l'on entrait dans la cour circulaire, et des cuisines de chaque côté.
Sur le prolongement de l'appartement des bains , on trouvait un grand portique couvert pour se promener à l'ombre. 11 y avait vraisemblablement du côté parallèle et opposé un semblable ysortiqne.
La fig. 1, pl.XXH, représente le plan d'une maison de campagne antique à Pompela.
Extrait du second livre de Palladio.
Ce grand architecte donne, dans le second livre de son Traité d'Architeclurc , des préceptes très-utiles sur la distribution des habitations, accompagnés du dessin des admirables constructions qu’il a fait exécuter à*Vicence et aux environs de cette ville.
Une maison sera commode, dit-il, lorsqu'elle sera convenablement appropriée à la condition du propriétaire, lorsque toutes ses parties seront en correspondance avec l’ensemble et seront symétriquement disposées. Mais malheureusement il arrive trop souvent que l'architecte se trouve obligé de suivre plutôt la fantaisie de celui qui veut bâtir que les règles et les considérations dictées par son jugement.
Dans la distribution d'une habitation on doit apporter beaucoup de soin, nou-seulemeut aux parties principales, telles que loges, salles, cours, chambres et grands esca-
tiers (qui doivent être clairs . spacieux et faciles à monter) , mais anx lieux de moindre étendue et à ceux qui ont une destination moins noble; car un édifice à l’instar du corps humain , a certains membres nobles et beaux, et d'autres qui , quoique moins agréables à ta vue, sont cependant très-utiles et qui coopèreutau bien-être des premiers. Mais, ainsi que la nature a voulu que les plus beaux membres fussent les plus apparents, il faut aussi faire en sorte que les principales parties de l'édifice soient le plus favorablement exposées, et cacher autantque l'on peut les moins belles. C’est pourquoi, ditPalladio, j’approuve que dans la plus basse partie du bâtiment, laquelle se fait ordinairement un peu sous terre, on mette les caves, les magasins pour le bois, les garde-manger, les buanderies, les fours, et antres parties semblables, desquelles on a tous les jours besoin. Cette distribution nous apporte deux commodités: la première, de rendre libre l'appartement du rez-de-chaussée; secondement, de rendre cet appartement plus sain, son plancher étant exempt de l’humidité de la terre; son élévation lui donne en outre une apparenee plus élégante.
Une habitation doit contenir de grandes pièces, de moyennes et de petites, situées les unes à côté des autres , pour la commodité des communications.
Les pièces plus petites seront surmontées d’un entresol , dans lequel on pourra placer des cabinets pour divers usages et en faire le dépôt des meubles, des harnais et autres choses analogues qu’il serait inconvenant de mettre dans les pièces où l'on couche, où Ton mange et où l'on reçoit des visites.
Il est avantageux et commode que les chambres pour l'été soient spacieuses et tournées vers le septentrion, et celles d'hiver au midi et au couchant; celles-ci doivent être plus petites, parce qu’en été nous cherchons l’ombre et le vent, et en hiver le soleil; les petites chambres sont aussi plus faciles à chauffer que les grandes. Mais celles que l'on voudrait habiter pendant le printemps et l'automne regarderont vers l'orient et auront la vue sur des jardins ou sur la campagne. Les cabinets et les bureaux veulent également cette même exposition , parce qu'on y séjourne particulièrement pendant la matinée.
Les loges boggie) ou péristyles se placent ordinairement sur les faces de devant cl de derrière ; et lorsqu’on ne veut en foire qu’une seule , elle doit occuper le milieu ; si l'on en fait deux, on les met aux ailes ou pavillons angulaires. Ces loges servent pour s’y promener, pour y prendre des repas et pour divers autres usages. Elles sc font ou plus grandes ou plus petites selon la commodité ou l'étendue des bâtiments . mais leur largeur ne sera pas de moins de 10 pieds ni de plus de 20. Outre cela, toutes. les habitations bien distribuées ont dans leurs parties principales certains lieux où tous les autres correspondent; ces lieux au rez-de-chaussée se nomment vestibules, et salles aux étages / supérieurs. Les salles sont pour ainsi dire publiques et servent de stationnement aux
personnes qui attendent le maître du logis.
Les vestibules, sont, après les loges, le premier endroit qui se présente à ceux qui entrent dans la maison. Les salles peuvent en outre servir à toutes sortes de cérémonies; on peut y faire des noces, des festins , y jouer la comédie ; à cet effet, on les rend plus spacieuses que les autres pièces, afin d'y recevoir plus de monde.
La longueur des salles ne doit jamais excéder le double de leur largeur; mais plus elles approcheront du carré et plus elles seront belles et commodes.
La distribution des autres pièces doit être faite de manière que celles de la droite correspondent et soient de même grandeur que celles à gauche, afin que le bâtiment soit pareil départ et d’autre et que les murs supportent également le poids du comble. Si les chambres étaient plus grandes d'un côté que de l'autre, ce côté serait plus chargé . ce
qui pourrait nuire à la solidité et produire des inconvénients et enfin la ruine entière de
l’édifice.
Les proportions des chambres qui sont les plus belles , les plus élégantes et qui réussissent le mieux, sont les sept suivantes : 1* ronde, 2° carrée, ô* un tiers de plus que lo carré , 4" un carré et demi , 5“ un carré et deux tiers , fi’ ayant pour longueur la diagonale du carré , 7“ deux carrés.
Les pavés qui couvrent les planchers ou les voûtes se font à Venise soit avec du béton , soit avec des carreaux de terre cuite , soit avec des dalles de pierre dure ou de marbre. Les pavés en béton doivent être faits le printemps ou bien l'été , afin qu'ils puissent mieux se sécher. On pourra donner aux pavés en briques une plus belle apparence, soit en formant des carreaux de diverses couleurs par le mélange des terres, soit en variant leur forme. On emploie rarement dans les chambres les dallages en marbre ou en pierre dure, car ils sont trop froids pendant l'hiver; maison |>ourra les appliquer convenablement aux loges et aux lieux publics.
Le niveau du plancher de toutes les pièces qui composent un appartement doit »e trouver dans un même plan, et il ne fout pas que le seuil des portes soit plus élevé que le reste. On formera des entresols au-dessus des cabinets et autres pièces de petite dimension.
Le dessous des planrhers peut être orné de différentes manières. Plusieurs personnes aiment à voir un beau compartiment de solives fait avec exactitude et décoré de moulures; dans ce cas il faut que l'espacement îles solives soit d’une largeur et demie : si on leur donne une plus grande distance , le compartiment ne sera pas agréable à voir ; si on les tient trop rapprochées, le mur de dessus se trouvera comme divisé d'avec celui de dessous, et les solives venant à pourrir avec le temps , ou à être brûlées par quelque accident, le mur d'en haut tombera nécessairement en ruine. D’autres personnes aiment mieux des compartiments en stuc ou en menuiserie dans lesquels ou puisse insérer des peintures et qu’on orne de différentes manières.
Les chambres sont ou voûtées ou couvertes d'un plancher. La hauteur de ces dernières, depuis le pavé jusqu’aux solives, doit être égale à leur largeur; les chambres d'un étage au-dessus seront en général moins lia u tes d'un sixième que celles au-dessous.
A l'égard des pièces voûtées qui se fout communément au rez-de-chaussée , la hauteur de celles qui sont carrées surpassera la largeur d'un tiers ; mais à l'égard de celles dont la longueur excédera la largeur, pour avoir la hauteur on additionnera ces deux dimensions et on prendra la moitié de cette somme.
Ou bien on prendra une moyenne proportionnelle géométrique en multipliant la longueur et la largeur et en faisaut l'extraction de la racine carrée du produit. Ainsi, par exemple , si la longueur est de 9 pieds et la largeur de 4 , la hauteur sera 6.
Ou peut aussi trouver la hauteur par la méthode suivante : 1° ou détermine la hauteur par la première méthode; 2° on multiplie séparément la longueur par la largeur ; 5» on cherche un nombre qui, multiplié par la hauteur provisoire, soit égal au produit susdit. Soit 12 la longueur, 6 la largeur; la hauteur provisoire sera 9, le produit de la longueur par la largeur sera 72, et enfin le nombre qui multiplié par 9 (hauteur provisoire) donne 72, est 8 ; ainsi la pièce aura 8 pieds de hauteur.
En comparant ccs trois méthodes, la première donne une hauteur plus grande que la seconde, qui est elle-même plus grande que la troisième. On pourra donc se servir de l’une ou de l'autre de ces méthodes suivant les circonstances; et les proportious seront réglées de manière que, quoique la partie supérieure des voûtes d'un même étage se trouve au même niveau, la hauteur des pièces soit néanmoins eu harmonie avec les autres dimensions.
On peut former des voûtes à cul-de-four ou circulaires au-dessus du plan carré en formant des pendentifs aux angles.
Les fenêtres des divers étages doivent diminuer progressivement de hauteur d'un sixième. Les portes et les fenêtres de tous les étages doivent se correspondre bien exactement d'aplomb , et celles d'un même étage doivent se trouver sur le même alignement dans l'intérieur comme à l'extérieur, et cela pour qu'ou puisse jouir du coup-d’aeil des enfilades. Cette disposition contribue en outre, pendant l'été, à entretenir la fraîcheur par la ventilation.
Il ne faut point oublier de former au-dessus de chaque porte ou fenêtre des arcs de décharge, de crainte que le chambranle ne se brise et ne s'affaisse sous le poids de la partie supérieure. Il faut éloigner autant que l'on peut les fenêtres de tous les angles et de tous les coins du bâtiment, parce que ces parties qui contribuent essentiellement à lier la construction ne doivent point être ouvertes ni affaiblies.
Les tuyaux des cheminées doivent être placés dans l'épaisseur des murs et s'élever au-dessus du toit, pour que la fumée s'échappe librement ; aux cheminées des chambres lu tuyau aura deux pieds et demi de largeur sur 0 pouces.
La collocation des escaliers exige du discernement ; il n’est pas toujours facile de les placer de manière à satisfaire il toutes les convenances et sans embarrasser le restant de l'édifice, Les escaliers ont besoin de trois sortes d’ouvertures; b première est l'entrée, laquelle sera d’autant mieux placée qu'elle sera plus apparente, qu'elle se présentera distinctement aux personnes qui entrent dans le logis, et que, en y arrivant, on apercevra les principales parlies de l'édiBec. Les fcnélrcs forment la seconde espèce d'ouver* ture; clics doivent élrc asser grandes pour que la lumière entre en abondance et se répande également ; la troisième espèce comprend les ouvertures par où l'on entre dans les appartements. Celles-ci doivent conduire dans des lieux amples . beaux et bien oroés. Un escalier aura les qualités requises s'il est clair, spacieux et facile à monter; les marches auront une largeur conforme à l'étendue et à la qualüé de l'édifice, qui ne sera jamais moins de quatre pieds , afin que si deux personnes se rencontrent , elles puissent commodément se faire place. On pourra établir, sous les rampes, des cabinets qui serviront à divers usages domestiques. La largeur des marches oc doit pas avoir moins d’un pied ni plus d'un pied et demi.
A l'égard des maisons de campagne, on aura dans leur distribution les mêmes considérations qu'à celles de b ville. On distingue deux sortes de maisons de campagne, l une pour le logement du maître avec sa famille , et l'autre pour le fermier qui fait valoir le terrain, conserve les produits du sol et nourrit les bestiaux. Les deux bâtiments auront une certaine correspondance entre eux, sans sc nuire. La maison du maître sera proportionnée à ses richesses et à sa condition. A coté de celte maison seront placées des constructions pour y renfermer les récoltes et ie bétail. Il est désirable que le maître poisse visiter le tout sans que la pluie ni l'ardeur du soleil puisse l’incommoder; des portiques serviront à cet effet; on pourra en outre y déposer du bois ou d'autres objets ; ils donneront aussi une plus belle apparence à l'édifice. Les logements des personnes de service attachées à la ferme seront commodes, et auront une grandeur suffisante.
De même les lieux destinés pour les bestiaux et les attirails de campagne, auront l'étendue que leur destination exige. Le logis de l'intendant ou économe et du gardien, doit se trouver près de feutrée , pour qu'ils soient à portée de veiller qu'aucun objet ne soit distrait frauduleusement.
Les écuries seront placées loin de l'habitation du propriétaire, pour que l'odeur du
fumier ne puisse l'incommoder ; mais elles seront situées dans un lieu chaud et oit Tair circulera librement.
Les caves placées dans les souterrains seront bien closes, loin du bruit, de la mauvaise odeur, et dans un endroit sec. Leurs ouvertures regarderont le levant ou le nord , pour que l'ardeur du-soleil ne puisse nuire aux vins en les faisant tourner. Le cuvier sera voisin des caves ; les cuves seront assez élevées pour permettre de vider le vin directement dans les tonneaux, à l'aide de tuyaux en cuir que l’on adapte à la cuve et que l'on dirige vers les tonneaux à remplir.
Les greniers seront placés vers le - nord, parce que de ce côté ils sont moins sujets à la chaleur et moins infectés par les insectes. Le soi de ces greniers sera couvert de planches , parce que la chaux est nuisible aux grains.
Les greniers à foin peuvent être placés du côté qui regarde le midi ou le couchant, parce que le foin étant une fois séché au soleil, il n'y a plus de danger qu'il se corrompe en fermentant.
Les instruments de labour seront convenablement placés sous les portiques du côté du midi. L’aire pour battre le blé sera exposée au soleil, spacieuse, bien affermie, un peu relevée au milieu ; des portiques se trouveront à sa portée, pour qu’on puisse , en cas d'orage, mettre promptement le blé à couvert. Il ne faut pas que celte aire soit trop rapprochée du logement du maître, à cause de la poussière; mais pas trop éloignée, afin qu'il voie ce qu'on y fait.
Toutes le s chambres , grandes . moyennes ou petites, doivent être distribuées de manière qu'elles aient entre elles et avec l’ensemble de l'édifice des correspondances réciproques soit de convenance, soit de symétrie, qui contribuent à la beauté et à la perfection du tout.
Dans les villes il arrive trop souvent que les murs des maisons voisines, les rues et les places publiques resserrent l'architecte dans certaines limites qu'il ne peut dépasser; la nécessi Lé l'oblige de s'accommoder au local , quelle que soit son irrégularité.
Palladio ajoute , à l'appui des principes qu’il enseigne , l’exemple de plusieurs édifices qu'il a fait construire.
Le plan et l'élévation (pl. XXIII, fig. 1, 2) représente le bel hôtel Chiericali , situé à Vicence , sur la place qui se nomme 1 ï/e. Cet édifice a un soubassement de cinq pieds de bailleur. Deux péristyles superposés ornent la façade. Les pièces principales ont des voûtes en arc de cloître; les moindres ont des voûtes à lunettes. La saHe correspond au milieu de la façade et communique avec une grande loge ouverte. La hauteur de cette salle arrive jusqu’au comble. Les plafonds des loges , ainsi que les murs , sont richement ornés de peintures.
Les fig. XXIII , pl. 3,4 représentent un autre bel hôtel du Palladio construit à Vicence. Cette ville est une des plus remarquables d'Europe , sous le rapport de l'architecture. Outre les belles productions du Palladio qu'ou y admire , se trouvent d'autres constructions fort intéressantes du Scamozzi cl du marquis Calderari : ce dernier fut un des meilleurs imitateurs du Raphaël de t Architecture.
Les environs de cette ville présentent en outre plusieurs maisons de campagne érigées sur les dessins de ces grands maîtres. Une des plus célèbres est celle représentée (pl-. XXIV, fig. 1,2); clic est connue sous le nom de Rotonda del Capra; elle se trouve à un quart de lieue hors de la ville, sur une colline d'un accès facile, et dans une position admirable où la vue présente de tous les côtés des perspectives les plus pittoresques. Voilà pourquoi le Palladio l'a ornée de quatre péristyles précédés chacun d’un perron. Les fig. 3, 4 représentent une autre maison de campagne par le Palladio.
On voit (pl. XXI, fig. 1 , AJ le plan et i élévation d'une très-belle maison üe campagne, construite par le Palladio, pour la maison Baducr, à laFralla, dans le Polcsin de Rovigo.
La maison s’élève sur un soubassement très-élevé, et présente, par la disposition des perrons et des portiques latéraux, un ensemble d'une élégance parfaite.
Scamozzi , moins pur dans sou style que le Palladio, est cependant, après lui, le plus grand maître de l’école vénitienne, et un des plus grand architectes des temps modernes. Il construisit à Venise le très-beau bâtiment de Prucurstios neuves qui décore avec une magnificence extraordinaire la célèbre place de Saint-Marc. Une des plus belles constructions dont il ait enrichi celte ville, est sans doute le beau palais Corner , qui a la vue sur le grand canal, et qui est représenté pl. XXV, fig. 1 , 2. Sur un soubassement rustique en talus , s’élève le rez-de-chaussée, surmonté d'un entresol et encadré dans le premier ordre d'architecture dont ce grand édifice est orné. De vastes appartements occupent le premier cl le second étage.
Ce palais a une grande cour carrée dont la décoration est analogue à celle de la façade extérieure.
La fig. ô représente le plan du premier élage du grand hôtel appartenant à M. Egerton , situé à Paris , rue Saint-Honoré, afin que le lecteur puisse comparer la méthode française de distribuer les appartements avec la méthode italienne. La première se distingue par l’art de savoir tirer parti des espaces les plus irréguliers, par la manière ingénieuse de former, à l'aide de minces cloisons, des cabinets, et des dégagements mullipbés et commodes. Des portes vitrées, des glaces non étamées introduisent dans ces lieux une lumière suffisante (quoique faible) qu'elles tirent des pièces principales sans les déparer. On observera aussi que de nombreux escaliers secrets évitent tout à la fuis de longs détours et des sujétions incommodes.
Il nous reste un mot adiré des immenses constructions qui composent la résidence des monarques : c'est pl utôl la réunion d'un grand nombre de monuments qu'un seul édifice.
De même que la dignité d’un souverain surpasse celle des autres individus, la magnificence de sa résidence doit surpasser celle de tout autre palais.
L’architeclurc peut ici déployer librement ee qu’elle a de plus beau et de plus éiégant. Un palais royal doit contenir non-seulement tout ce qui peut contribuer à la plus grande commodité possible , mais encore à l’agrément le plus grand ; il devrait offrir au monarque qui l’habile toutes les délices qui se trouvent éparses soit dans une grande ville, soit dans le paysage le plus riant. Il aura de grands jardins distribués avec autant de variété que de goût, dans lesquels l'art embellira la nature sans la soumettre à une régularité monotone et compassée. Ce jardin pourra renfermer des bains, des laiteries, des salles de danse et de comédie. Les appartements, aussi nombreux que lu requiert le nombre des princes composant la famille royale, seront accompagnés de grandes galeries ornées des plus belles productions de peinture et de sculpture, et de tout ce que la nature offre de plus rare et de plus curieux ; de riches bibliothèques , et de collections de tout genre. Une grande chapelle est indispensable. Un théâtre de cour doit y être également annexé. Les grands dignitaires, les officiers spécialement attachés au service de la cour , auront des appartements dans les édifices qui accompagneront le palais et qui seront disposés autour de la grande place qui le précédera, et qui devra avoir une grandeur suffisante pour que le monarque puisse y passer en revue sa garde. Sur la même place devront se trouver de grands corps-dc-garde pour l'infanterie et pour la cavalerie de service.
De vastes écuries, accompagnées de tous leurs accessoires, de nombreuses remises, se trouveront à la proximité du palais, ainsi que l'orangerie qui devra servir de promeut)
nade l'hiver, et qui aura une décoration relative à cet usage. Ainsi, un palais royal exige indispensablement un grand emplacement; car il serait ridicule de prétendre qu'un architecte remplisse toutes les convenances qu’il exige dans un emplacement resserré. La distribution doit offrir la plus vaste étendue , ornée de points de vue magnifiques et variés.
Le lecteur qui désire connaître la distribution des principaux palais royaux d'Europe, doit consulter le Recueil des plans de ces palais, publié par MM. Percier et Fontaine.
Ces palais sont tous gravés sur une même échelle , afin qu'on puisse juger de la différence de grandeur de chacun d'eux. On y verra que les Tuileries et le Louvre, lorsqu'ils seront réunis, comme c’est le projet, formeront le plus grand palais de l’Europe.