CHAPITRE III
Édifices destinés aux amusements publics.
Les Romains avaient consacré aux spectacles cinq espèces d’édifices, savoir: le cirque, F amphithéâtre, les bassins pour les naumachics, le théâtre et YOdéon.
Cirque.
Le cirque était un espace très-vaste , beaucoup plus long que large , dont les côtés latéraux . à peu près parallèles entre eux, étaient garnis de sièges; l'espace compris entre les côtés servait pour les courses soit à pied, soit à cheval, soit avec des chars 4 2 ou \ chevaux.
Le cirque le mieux conservé que l'on connaisse est celui de Caracalla , hors des murs de Rome, le long de l'ancienne voie Appia et auprès du magnifique mausolée de Cecilia Metclla. Ce cirque est représenté pi. XXII , fig. 5.
Au milieu du cirque se trouve un massif en maçonnerie aa, nommé Spina, qui s'élevait d'environ 6 pieds au-dessus du sol , et sur lequel étaient placés anciennement : 1* des obélisques; 2“ des colonnes qui soutenaient les statues de la Fortune et de la Victoire; 5* des trépieds et des autels. Aux deux extrémités de la Spina étaient des piédestaux demi-circulaires bb qui supportaient trois colonnes nommées mette; ces piédestaux creux contenaient une petite chapelle consacrée à Consus , divinité tutélaire des jeux circéens. La Spina laisse d'un côté un espace plus large que de l'autre pour donner aux chars une plus grande aisance au commencement de la course.
L’enceinte qu'environne le cirque mmmm supportait les gradins en pierre sur lesquels les spectateurs étaient assis. D’un côté , celle enceinte était terminée par un demicercle au milieu duquel se trouvait la principale entrée A. Du côtéopposé était un corps de bâtiment BB nommé earceres, où étaient les loges et les remises pour renfermer les ehevaux et les chars. Deux tours ce s'élevaient aux angles. La façade des earceres était ornée de refends et de thermes, de trophées et de quadriges; les voûtes étaient décorées de caissons peints en arabesque.
Les gradins du pourtour reposaient sur une voûte à arc rampant; le remplissage entre la voûte et les gradins était formé par des cruches ( amphorœ ) qui s'emboîtaient les unes dans les autres, et dont les interstices étaient remplis par un mortier en pouzzolane. Les gradins étaient interrompus par deux grandes loges n,n (meniana) destinées pour l'empereur et pour les grands personnages.
Le cirque de Caracalla n’était ni le plus grand ni le plus magnifique de Rome, qui eut jusqu’à quinze cirques, parmi lesquels on distingue le circu» agonati», élevé par Alcxandre-Sévère dans l'emplacement où est la place Navone; le cirque de Salluste ,
dont il existe encore des débris remarquables; le cirque de Néron, qui est aujourd'hui remplacé par l'église de Saint-Pierre.
Le drcut maximus, placé entre le Palalin et le mont Aventin, surpassait tous les autres. La première construction fut faite par Tarquin l'ancien, 776 ans avant l'èrc chrétienne. Il changea ensuite de forme et fut successivement augmenté et embelli par Jules- César, Auguste, Tibère, Caiigula et Néron. Des jardins occupent maintenant son emplacement; maison distingue assez nettement la forme de son plan primitif, et l'on trouve de distance en distance quelques ruines de son enceinte à fleur de terre. Il avait environ 2, (MK) pieds de long sur 800 de large. Denis d'Halicarnasse assure qu'il contenait cent cinquante mille spectateurs.
Les jeux circéen» étaient très-somptueux; ordinairement une marche magnifique parcourait le cirque avant le spectacle. Celte espèce de procession était composée aiosi qu'il suit : une troupe de jeunes patriciens à cheval , les chars qui devaient courir, des coureurs et des voltigeurs [dettiUore») ouvraient la marche ; venaient ensuite les prêtres, les sénateurs, les magistrats qui présidaient aux jeux , et les simulacres des dieux placés sur des chars; après eux venaient des athlètes et des danseurs déguisés en faunes et en satyres. Des musiciens suivaient celte marche pompeuse , et allaient ensuite se placer sur les terrasses qui couvraient les carceret. Souvent ce cortège était embelli par les dépouilles des nations vaincues, exposées sur des chars.
Les cours commençaient aussitôt que le cortège s’était retiré; on en distinguait de trois sortes sortes : les courses de chars, de chevaux et à pied. Les chars étaient attelés de deux et le plus souvent de quatre chevaux. Du temps de Domitien , ou introduisit l'usage de faire courir de jeunes filles dans le cirque.
Le cirque de Milan construit en 1804 est le seul monument moderne de ce genre. Il contient environ 15,000 spectateurs; sa forme est ovale; les murs principaux sont en pierres de taille ; des voûtes en maçonnerie soutiennent les gradins qui provisoirement sont en gazon; une magnifique loge, ornée de très-belles colonnes, s'élève sur le milieu d'un de scs flancs. Des canaux et des écluses sont disposés de manière à pouvoir inonder l'iutérieur de ce cirque et à le convertir en uu vaste bassin.
Le Champ-dc-Mars à Paris offre un emplacement très-favorable pour y construire un cirque magnifique, comme on l'avait projeté il y a trente ans.
Naumachies.
De grands bassins environnés de gradins servaient aux naumachies. c'est-à-dire, aux joiltes ou aux combats des galères qu'on supposait montées par des nations différentes.
Le premier spectacle de ce genre fut donné à Rome sous César, dans le grand cirque dont la position le mettait à portée de recevoir les eaux du Tibre que l'on faisait entrer par un canal fait à cet usage.
Domitien fit ensuite construire sur le bord du Tibre un édifice magnifique uniquement destiné à cette sorte de spectacle. Dion rapporte quelques détails d'une des fêtes que Domitien donna dans ce monument ; elles durèrent plusieurs jours de suite. Pendant que les galères étaient un jour aux prises, il survint un orage affreux; l'empereur ue voulut permettre à personno de sortir du spectacle pour se mettre à l’abri , de sorte que beaucoup de personnes y gagnèrent des maladies et en périrent. Pour consoler le peuple de cette mésaventure, Domitien lui donna pendant la nuit un grand souper.
Le lac Fitein , ayant une forme presque circulaire et étant entouré de montagnes, forme un amphithéâtre naturel où l'on peut placer un très-grand nombre de spectateurs. Claude choisit ce lieu pour donner aux Romains une fête horrible. Vingt-quatre galères, montées par des criminels condamnés à périr, furent placées sur le lac. Une machine s’élevait au milieu et portait un triton qui devait donner le signal du combat avec une trompette parlante d'argent. Dés que les combattants aperçurent l’empereur, ils se mirent à crier : Ave, Imperator , morituri te ealutant; Claude leur répondit : A vetevos . Les malheureux, prenant cette réponse pour une marque de bonté de l'empereur, crurent que c'était leur grâce qui leur était accordée, et en conséquence ne voulaient pas combattre; ce que voyant l'empereur, il entra dans une fureur terrible, et, les menaçant de les faire périr tous par le fer ou par le feu , il les obligea d’en venir aux mains, et de se battre avec fureur.
Amphithéâtre.
L’amphithéâtre était un vaste édifice ovale, garni dans tout son périmètre de gradins ; il était destiné aux combats des gladiateurs et aux combats des bêtes féroces. Ces spectacles barbares commencèrent à Rome environ 264 ans avant Jésus-Christ. Ils furent en usage jusqu'au temps d’Honorius, qui les prohiba par une loi promulguée en Tan 403 de l'ère chrétienne.
La plupart des amphithéâtres furent en bois. Tels étaient celui de César dont parle Dion; celui de Néron mentionné par Pline, Tacite et Suétone, ainsi que celui qu'un certain Atlilius fit construire auprès de Fidcncs, et lequel s'étant écroulé au moment du speclacle fut la cause de la mort de vingt mille personnes.
Quelques amphithéâtres avaient le mur extérieur en maçonnerie , mais l’intérieur était en bois. Il en existe de cette espèce à Mmes, à Pola et à Rome auprès de l'église Sainte- Croix, où se voient les restes de l’enceinte d’un amphithéâtre ainsi conformé, et dont les murs sont en briques.
On ne connaît que trois amphithéâtres dont l'intérieur et l'extérieur soient en maçonnerie , ce sont : le Colisée, l’arène de Vérone, -e t l'amphithéâtre de Capoue.
Le Colisée fut commencé par Vcspasien et terminé par Titus. Suivant le témoignage de Victor, cette immense construction fut finie dans l'espace de deux ans et neuf mois. Biennio jiosl, ne mente» fere novem amphitheatri perfecto opéré. Il fut restauré successivement par Domiticn, Antonin-le-Pieux, Héliogabalc, Alcxandre-Sévère ( posl e.ruttionem) , Macrin et Gordien-le-Picux; il parait qu’on doit ajouter aussi le nom de Théodoric au nombre de scs restaurateurs.
Le plan de cet édifice surprenant (pl. XXVI, fig. 3, 4) est un ovale dont le grand diamètre a 580 pieds et le petit 481 ; un ovale concentrique au premier forme l'arène, e'est-à-dirc, la place destinée aux combats. L’arène avait 264 pieds de longueur sur 165 de largeur.
Le mur d'enceinte (pl. XXVI, fig. 1, 2), avait 156 pieds de hauteur, était orné de quatre ordres d’Architcctnrc; le rez-de-chaussée, le premier étage et le second avaient des portiques ouverts, composés chacun de 80 arcades. Un tiers de cette enceinte existe encore en entier.
Quelques médailles de Vespasîen et de Domiticn représentent les Arcades du Colisée, ornées de statues. J'ai fait des recherches pour reconnaître si ces statues ont réellement existé; j'ai trouvé en effet, an premier et au second étage, des traces non équivoques des piédestaux qui les supportaient. On y discerne encore les trous des goujons et des
crampons qui les assujettissaient et les entailles faites en dehors des parapets pour les placer. Plusieurs de ces piédestaux, en marbre blanc, se trouvent parmi les débris disséminés dans ce grand monument, et leurs dimensions se rapportent exactement aux traces que nous venons d'indiquer.
J’ai en outre remarqué qu’au quatrième ordre on voit au milieu de chacun des entre-colonncmcnts, qui n’est pas occupé par une fenêtre, cinq trous symétriques dans lesquels étaient fixés les ornements en forme de boucliers ( clipei ) , que l’on voit dans les médailles citées précédemment.
Les statues placées au milieu des arcades ne pouvaient pas être plus convenablement placées ; elles ornaient tout à la fois l'extérieur et l’intérieur, et elles étaient parfaitement abritées.
L'architecte du Colisée a su concilier d’une manière admirable les convenances trèsdifficiles exigées par ce grand monument. 1* Dans une enceinte de 580 pieds sur 481, il est parvenu à placer commodément plus de 50,000 personnes distribuées suivant leur rang social ; 2" il a décoré avec magnificence les emplacements réservés pour l'empereur et pour les personnes de haut rang, sans interrompre la continuation des lignes, et sans masquer la vue à aucun des spectateurs; 3” il a laissé une place libre au centre ayant 264 pieds sur 158; il a su, par des moyens ingénieux, préserver les spectateurs du danger que les bétes féroces qui combattaient en ce lieu auraient pu leur faire éprouver.
Le lecteur nous permettra, vu la grande importance de ce monument, de lui exposer sommairement quelles devaient être la distribution et la décoration de ses parties , d'après l'examen le plus attentif que nous avons fait de tous les débris que les feuilles récentes ont mis à découvert.
Avant d'entreprendre cette exposition, il est à propos de transcrire les vers suivants, de la septième égloguc de Calpurnius , qui renferme une description très-curieuse de l'intérieur du Colisée:
Vidimut in cœlum Irabibus tpcclacula ledit.
Surgere , tarpeïurn propé despectantia culmen , Immensosque gradua. .
Balte ns et gemmit , en iUila porticut aura Cerlalim radiant; nec non ubi finit arenœ Proiima marmoreo peragit tpedacula muro :
Sternitur adjunctit ebur admirabile Irvncit,
Et coit in rulitum , tereli gui lubricum axe Im positon tubila rertigine fatleret unguet ;
Excuteretque fieras ; aura quoqtte torta refulgent Relia, quœ lotit , in arenam dentibus , extant Dentibut œqualit ; et erat ( mibi crede Iqrcota Si qua fidet ) , nostro dent longior omnit aratro.
Le Colisée, vu intérieurement, présentait six parties principales : 1” Yarena, 2” le soubassement, 3” les gradins de marbre, 4“ le balteus, 5* les gradins de bois, 6“ le portique.
L'arena, c'est-à-dire , la grande place destinée aux combats, avait au-dessous des caves voûtées qui servaient de prisons aux bétes féroces. On fit des fouilles en 1813 qui mirent en évidence ces souterrains dont divers auteurs anciens ont fait mention.
On lit dans Tite-Live : carrerez incirco, et cavens terreasin amphithealro...
Vospicus dit.... neqtie erat bestiarum impetus ille , qui eue cavei» egredienlibus tolct.
Des trappes s'ouvraient pour donner passage aux animaux qui sortaient des souterrains et allaient combattre dans l'arène ; elles se fermaient aussitôt après. Anunicn- Marcellin compare ta furie de Maximinus à celle des bêtes féroces qu'on lâche dans l'amphithéâtre lorsque les trappes sont ouvertes.... difracti * tandem svlutœ posticis...
Plusieurs précautions étaient en usage pour préserver les spectateurs des dangers effroyables qui seraient résultés si les animaux féroces eussent pu s'élancer sur les gradins. Premièrement, un fossé nommé Eu ripe était creusé entre l'arène et le podium (c'est-à-dire le mur qui servait du soubassement aux gradins).
Le fossé n'aurait pas suffi pour empêcher les tigres et les léopards de s’élancer sur les spectateurs. Les vers de Calpurnius, que nous avons rapportés précédemment, nous apprennent que le podium était défendu par des pointes saillantes, par un filet, par des palissades et des rouleaux tournants : tous ces objets étaient ornés avec luxe. Le filet était doré; maison ne sait précisément si c’était un filet en cordes dorées, soutenu par des montants en fer, ou bieu une grille dont les barreaux étaient confonnés à l'instar d'un filet. Les palissades et les rouleaux tournants étaient couverts d'ivoire et d'ébène.
Caligula imagina, pour décorer l'arène des amphithéâtres, de faire semer au lieu de sable, de la chrysocotte, qui est une espèce de malachite friable ou oxide de cuivre coloré du plus beau vert. On a renchéri encore sur ce raffinement de luxe, en faisant des compartiments avec de la poudre de marbre blanc , du minium cl de la chrysocolle. Deux grandes entrées situées aux deux bouts du grand axe conduisaient dans l'arène. C’est par là qu'entraient et sortaient les processions ou pompes amphlthéâtralcs qui précédaient les jeux et dont Prudence fait mention ; elles étaient analogues aux (rompes circéennes décrites par Ovide. C'est aussi par ces portes qu'entraient les andabates (gladiateurs qui combattaient à cheval), lesquels, suivant Isidore, étaient montés sur des chevaux blancs et précédés d'enseignes militaires. Les mimes, les tibiernes, les histrions, entraient également par ces portes pour venir faire leurs exercices qui servaient d'intermèdes aux combats sanglants.
Maffci a reconnu que l'amphithéâtre de Vérone avait des entrées analogues, Nette punie detr orato (dit-il) eraiw due grandi porte dette quali scavando ho trornto te soglie che mettra no nella piazia (arena), ed ho vednto dette grandi a grosse lastre de! jmvimento segnate dalla parte esterna di qua e di là , ed incavale jrrohabil-
mente da cancelti di ferra che si aprirano e serravano trapassati gti archi
delcorridorc di mezzo , par che si veggon ne mûri segnati di rastello o porta con cui si dovea impedire il passar oltra diretta mente a tutt’attri che agti altori.
La magnificence des spectacles cruels que l'on donnait dans les amphithéâtres, consistait à faire combattre en un même jour un grand nombre d’animaux rares; plus il y avait de sang répandu, plus la journée était brillante. Si nous devons croire au témoignage d’Eutropc, cinq mille animaux furent tués dans les combats que l'on donna dans le Colisée , lorsque Titus en fit l'inauguration; ce premier spectacle fini , l'on inonda l'arène, et il y eut d'abord un combat d'animaux aquatiques, puis une naumachie.
Plusieurs spectacles extraordinaires furent donnés au peuple romain dans le Colisée. Scptime-Sévère fit construire dans le milieu de l’arène une grande machine qui avait forme d'un vaisseau. Celte machine , à un sigual donné, se décomposa subitement , et il en sortit quatre cents bêtes féroces qui se livrèrent un combat acharné.
Quelquefois des gladiateurs se battaient contre les bêtes féroces; le plus souvent c'étaient des criminels coudamnés aux supplices. Si le criminel était assez heureux pour triompher de l'animal féroce, 41 était renvoyé absous.
ÉDIFICES DESTINÉS Al X AMUSEMENTS PUBLICS. 843
Le soubassement qui environnait l'arène était formé par un mur de 11 pieds d’épaisseur et haut pareillement de 11 pieds. Dans l'épaisseur de ce mur se trouvaient deux magnifiques loges pour l'empereur; elles correspondaient aux extrémités du jietit axe du plan. Des colonnes en marbre pnvonazzelto , ayant les bases et les chapiteaux en narine blanc , ornaient la façade des loges ; l'intérieur était revêtu en marbre précieux ; le plafond , de marbre blane . était garni en bronze doré. Douze loges plus petites étaient creusées dans le même mur ; l’intérieur en était également revêtu en marbre ; le plafond était en marbre blanc, avec des rosaces sculptées dans le même marbre. Ces loges, qui servaient probablement pour les vestales et pour les princesses de la famille impériale, avaient de riches parapets en marbre blanc sculpté.
On voyait en outre , dans ce soubassement , vingt-quatre grandes niches carrées, dan* lesquelles devaient être placés les principaux magistrats. Ces niches, larges de G pieds, étaient surmontées d’un fronton soutenu par deux colonnes. L'intérieur de la niche était revêtu de bas-reliefs en sluc doré, disposés dans des compartiments carrés : on aperçoit encore quelques vestiges de cette décoration brillante.
Au-dessus de ce soubassement s’élevaient les gradins en marbre , réservés pour l'ordre équestre, les tribuns militaires, les tribuns du peuple, les prêtres et autres personnes distinguées. Monseigneur Torre a publié une inscription importante qui détermine les lieux assignés aux prêtres arvates dans l'amphithéâtre ; ils devaient se placer : 1” au premier mmiamtm, dans le coin douzième, sur huit gradins; 2» au second menianum, sur quatre gradins, au sixième coin; 3* au meninnutn le plus élevé, sur onze gradins de bois au njmiéru 63.
Cette inscription nous apprend que la partie qui comprenait les gradins de marbre était divisée en vimiani, en coins et en gradins. Pour en bien comprendre la signification , il faut observer que la série des gradins étail de distance en distance (sur la hauteur) séparée par des paliers qui continuaient tout autour sans interruption. Aux paliers correspondaient les ouvertures nommées vomitorii , d'où parlaient de- escaliers creusés dans les gradins mêmes et qui allaient d’un palier à l'autre; les projections de tous ces escaliers suivaient la direction des rayons de l’ovale. Ainsi on appelait meniamun la réunion des gradins compris entre deux paliers ; les coins étaient , dans chaque menianum , les portions comprises entre deux escaliers.
Par un examen attentif que nous avons fait des murs et des voûtes qui soutenaient les gradins , en comparant les dimensions en hauteur et en largeur avec les dimensions des fragments de gradins épars en divers lieux, nous avons reconnu que le nombre des gradins de marbre était quarante-quatre, séparés en quatre mmiani par cinq paliers. Seize r omitorii débouchaient à chaque palier, excepté au premier palier auquel ne correspondaient que douze vomitorii; de manière que le nombre total des vomitorii était soixante-seize; soixante-quatre celui des escaliers qui allaient d'un palier à l'autre, et conséquemment soixantc-qualre les nombre des coins ( cunei ).
Les paliers servaient non-seulement de dégagements , mais TertulÜen nous apprend que les personnes qui arrivaient trop tard pour s'asseoir y restaient debout. Ces paliers avaient en largeur et en hauteur un tiers de plus que les gradins : 50,000 spectateurs pouvaient être assis sur les gradins de marbre.
Immédiatement ati-dessu s’élève tin mur que Calpurnius nomme batteus et qui existe encore en partie. Cet auteur dit qu'il reluisait comme s'il eût été couvert de pierres précieuses. Ce mur servait de soubassement aux gradins de bois; il était percé par seize portes et soixante-quatre fenêtres. La décoration du ballctis devait être une espèce de mosaïque formée par de gros morceaux de verre colorés . taillés à facette».
Dans l’ouverture des fenêtres devaient être posés des trépieds où l'on brûlait le aveu* odoriférant et d'autres aromates pour parfumer l'air.
Nous ferons observer ici le discernement exquis que mettaient les anciens dans le choix des ornements. En effet , ils employaient les revêtements de marbre précieux , les ornements délicats de stuc, les sculptures fines et élégantes dans les endioils qui devaient être vus de prés par les spectateurs les plus distingués; tandis que, dans les endroits les plus élevés, ils suppléaient, par l'éclat de la matière, à la finesse du travail, qui aurait été perdue à une aussi grande distance.
Au-dessus des gradins de bois s'élevait enfin un portique qui formait une couronne majestueuse à l'édifice. Il était composé d'un péristyle de quatre-vingts colonnes de marbre cipolin , couvert d'un plafond et d'un entablement en bois doré. Les femmes étaient assises sous ce portique. On lit dans Suétone... Fœmini* ex loco superiure tpeclare eoncessit. Au-dessus du portique était placé le bas peuple.
En dernier lieu, un peu plus haut, se trouvait un balcon, continué tout autour, et soutenu par de petites arcades imposlées sur des modifions saillants. Ce balcon servait aux soldais de marine destinés à la manœuvre du velarium, à cause de l'habitude qu'ils avaient de régler les voiles. (Voyez Lampridius , in Com. a mihlibus dassiarii».)
L'amphithéâtre était couvert par des voiles (velarium.) La difficulté de tendre, «le soutenir cet énorme velarium, était augmentée par la condition imposée de pouvoir le plier et le déplier fréquemment et avec célérité. Suétone nous apprend que Caligula se donnait fréquemment l'étrange et barbare plaisir de faire découvrir instantanément l'amphithéâtre où l’on donnait des combats de gladiateurs, quand le soleil était dans sa plus grande force, et alors de défeudre expressément aux spectateurs de quitter leur place.
Examinons quelles pouvaient être les dispositions de ce velarium. Dans la partie supérieure de l'enceinte du Colisée on remarque de grands modifions dans lesquels se trouve une cavité; perpendiculairement au-dessus de chacun d'eux, correspond un trou foré dans l'entablement. Ces modifions et ces trous servaient pour y placer des mâts, auxquels devaient nécessairement se rattacher les cordes du velarium ; l’enceinte totale du Colisée avait deux cent quarante modifions, ainsi deux cent quarante mâts étaient destinés à soutenir le velarium.
L'amphithéâtre de Pola et celui de Nîmes ont également des modifions et des cavités â la partie supérieure du mur d'enceinte. Ces monuments ne nous laissent donc plus de doute sur l'existence des mâts qui s’élevaient à des distances égales au-dessus du mur d'enceinte.
Maffei rapporte que, dans une fouille que l'on fit dans l'amphithéâtre de Vérone, on retrouva une pierre qui avait appartenu au couronnement de l’édifice et sur laquelle on remarquait diverses traces formées par le frottement des cordes qui servaient à l’usage du velarium. Ces traces indiquent que les cordes n’avaient qu’environ 4 lignes de diamètre.
D’après ces notions, qui sont les seules que les monuments nous aient transmises, voici comment nous procéderions pour établir un velarium sur un amphithéâtre de grande dimension.
Nous ferions d'abord construire un ovale dont le diamètre serait le cinquième ou le sixième de celui de l'amphithéâtre. Ainsi, pour le Colisée, cet ovale aurait environ 100 pieds de longueur, mesurés sur son grand diamètre.
L’ovale serait formé de trois rangs de madriers superposés plein sur joints ; des boulons traverseraient ces madriers pour les fixer, cl seraient terminés par des anneaux
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auxquels on attacherait les cordes , dont le nombre devrait être égal à celui des mâts placés au sommet de l'amphithéâtre.
A chacun des mâts serait attachée une poulie fixe, dans laquelle on passerait une des cordes dont nous venons de faire mention; alors des hommes appliqués à toutes ees cordes tireraient en même temps; l'ovale s'élèverait, et lorsqu'il serait parvenu à une hauteur déterminée, on fixerait les cordes et il se trouverait suspendu. L'ovale et les cordes formeraient alors un tronc de cône renversé, dont la surface supérieure produirait une sorte de plan incliné continu, sur lequel on pourrait étendre une suite de voiles qui couvriraient ce plan incliné. L’ovale restera ouvert par plusieurs motifs : 1" pour laisser écouler l'eau en cas de pluie; 2" pour donner issue aux exhalaisons produites par la grande multitude de personnes réunies ; 5“ pour laisser introduire une clarté suffisante.
Cela posé, la manœuvre des voiles est facile à expliquer. Chaque voile a la forme d'un trapèze, et jvorte en dessous un certain nombre de tringles en fer, parallèles entre elles, et placées perpendiculairement aux cordes qui soutiennent l'ovale; les tringles ont des anneaux que ces cordes enfilent. Des cordes sont attachées au bout inférieur de chaque voile et vont aboutir à des poulies de renvoi attachées aux mâts; une force médiocre, appliquée à ces cordes, suffira pour retirer en arrière la voile, laquelle retombera par son propre poids lorsque les cordes seront lâchées.
Supposons maintenant que le velarium soit déployé et qu'il s'agisse de le fermer subitement, il suffira de placer un nombre suffisant d'hommes qui, agissant sur les cordes des voiles, les attireront à eux simultanément et les fixeront. Il est facile d'établir un petit toit qui couvre les voiles fermées et les empêche de se dégrader. Veut-on déployer le velarium, on déliera les voiles et elles retomberont sur le plan incliné par leur propre poids.
On volt que, par le moyen que nous venons d'énoncer, la construction et la manœuvre du velarium, quelque grand qu’il soit, devient facile.
Cette construction est d'ailleurs la seule qui puisse expliquer d’une manière satisfaisante plusieurs '.faits que l'histoire rapporte. Martial parle d'un taureau qui fut élevé du milieu de l'arène jusqu’au vj/arium. On lit dans Dion que, dans une fêle funèbre donnée par Néron, un éléphant avec son cornac fut élevé au sommet de l’amphithéâtre et ensuite redescendu. Juvénal, dans sa quatrième satire, fait mention de quelques enfants qui furent soulevés jusqu'au velarium. Tous ces faits supposcut évidemment que l'on pouvait établir solidement sur le velarium les appareils nécessaires pour produire ces tours de force. Or, en admettant l’usage de l'ovale, on voit combien il était facile d’y adapter des moufles dont les cordes auraient abouti à des poulies de renvoi suspendues aux mâts. Pour ne pas ébranler le velarium durant ces manœuvres, on aurait eu soin de faire agir simultanément des cordes correspondantes à des mâts diamétralement opposés.
En admettant la construction que nous venons d'indiquer, on explique, avec la plus grande facilité, de quelle manière étaient produites ces rosées artificielles en usage dans les spectacles romains, au moyen desquelles on modérait la chaleur. Les historiens nous apprennent que l'on a poussé la recherche jusqu'à donner à celte pluie une odeur agréable en y joignant quelques liqueurs odoriférantes.
Pour produire l'effet indiqué, il suffit d’attacher aux cordes principales qui soutiennent le velarium, un tuyau en fer-blanc foré sur sa longueur d'un grand nombre de petits trous, et lequel doit être fermé à son bout inférieur et muni d'un entonnoir à son sommet. Un certain nombre de tuyaux étant ainsi disposés , la rosée artificielle sera produite toutes les fois qu'on les remplira de liqueurs.
Les 50,000 personnes qui pouvaient se placer commodément sur les gradins du Colisée avaient la faculté, sans encombrement, de se mettre à l’abri dans les vastes portiques qui environnaient les gradins du rez-de-chaussée et aux étages supérieurs. Le portique du rez-de-chaussée est double et a 56 pieds de largeur ; il tourne tout autour sans interruption; vingt grands escaliers à trois branches de 10 pieds de largeur ont leur entrée sur ce portique. Ces escaliers conduisent au corridor du premier étage, lequel est simple. Outre ce vaste portique, le rez-de-chaussée a un corridor concentrique qui se trouve sous le milieu des gradins ; 16 grandi escaliers , à une seule branche continue, avaient leur entrée sur ce corridor. Ainsi on pouvait monter au premier étage par 56 grands escaliers. Les escaliers des étages les plus élevés et les corridors étaient aussi nombreux que bien combinés.
Théâtres.
Les théâtres des anciens étaient dévastés monuments en marbre ou en pierre, dont le plan ( pl. XXVII , fig. 1 ) avait toujours la forme d'un demi-cercle adossé à un parallélogramme; le demi-cercle était découvert et renfermait les gradins sur lesquels se plaçaient les spectateurs. Le parallélogramme avait une toiture qui le couvrait, à l'exception de la partie aa, qui était l'avanl-scène sur laquelle paraissaient les acteurs.
Le théâtre de Bacchus à Athènes est un des premiers théâtres permanents que l’on ait construits en Grèce; il était situé au bas de la citadelle d’Athènes, et bâti en marbre blanc. Son grand diamètre, pris extérieurement, était de 247 pieds ; les gradins occupaient 143 pieds; de manière que le demi-cercle vide au centre avait 104 pieds de diamètre. Une partie des gradins s’appuyait sur le penchant de la colline sur laquelle la citadelle d’Athènes était placée. Ce théâtre , qui pouvait contenir 15,000 personnes, fût restauré par ordre d’Adrien, l'an 124 de l'èrc chrétienne.
S parte avait aussi un beau théâtre à peu près semblable à celui d’Athènes ; les sièges de ce théâtre étaient creux sur leur largeur et plus bas du devant que du derrière.
Le théâtre d’Herculanum (ville qui fut engloutie sous les laves du Vésuve l’an 69 de l’ère chrétienne) est un des monuments antiques les plus curieux ; quelques parties en sont encore intactes. L’intérieur de cet édifice, orné avec richesse, était revêtu de marbre précieux, le pavé de l’orchestre était du plus beau jaune antique. Des peintures et des arabesques couvraient toutes les salles attenantes à ce théâtre.
Le diamètre total du théâtre d’Herculanum était de 234 pieds; 10.000 spectateurs pouvaient y être placés commodément. Le mur qui entourait la scène, enrichi de colonnes , de niches et de bas-reliefs , formait une décoration somptueuse. On entrait dans le théâtre par sept portes qui répondaient à un corridor où aboutissaient les escaliers.
Il parait que Rome n’a eu que deux théâtres permanents construits en maçonnerie, celui de Pompée et celui de Marcellus. Le théâtre de Pompée pouvait, dit-on, contenir 40,000 personnes; il était orné de tableaux, de statues en bronze et en marbre, transportés d’Athènes , de Corinthe et de Syracuse. Il offrait deux particularités remarquables : premièrement, il renfermait dans son enceinte un temple dédié à Vénus Victorieuse ; secondement, un aqueduc portait de l’eau à tous les rangs du théâtre pour la commodité des spectateurs, et pour rafraîchir le lieu.
Le théâtre de Marcellus contenait 22,000 personnes : le diamètre extérieur du demicercle était de 417 pieds, celui de l’orchestre de 194 pieds.
L’extérieur de ce théâtre était décoré de deux ordres d’Archileclure, l’un dorique et l’autre ionique; entre les colonnes étaient des arcades qui servaient à éclairer les corridors. La hauteur totale de l’édifice était de 61 pieds.
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Les théâtres des anciens se divisaient en gémirai en trois parlies (pl. XXVII, fig. 1): 1“ les gradins ce où étaient placés les spectateurs; 2° l’orchestre B; chez les Grecs, cet espace servait au* jeux des mimes et des danseurs; mais chez les Romains, il fut réservé pour les places distinguées, et c’est ou se plaçaient les sénateurs et les vestales; . 3" la scène na était entourée de trois cUtcs d'un mur dddd, décoré avec magnificence et percé de cinq grandes portes. Derrière la scène existait un bâtiment couvert qui contenait plusieurs pièces destinées h divers usages.
Les gradins sur lesquels le peuple s’asseyait étaient divisés, comme dans les amphithéâtres par des paliers f prercinctio) et par des escaliers qui conduisaient au* portes d'entrée {l'omitorii), par oU le peuple entrait , sortait cl circulait dans tout le théâtre. Dans quelques théâtres un portique s’élevait au-dessus des gradins, qu'il environnait.
Vitruve nous apprend que les Grecs avaient adopté l’usage de placer des vases d'airain sous les gradins, dans des cavités disposées à cet effet; ils croyaient que ces vases facilitaient la propagation du son. Cet usage était si commun , que les petites villes qui n’avaient point le moyen d'en avoir d'airain, en faisaient faire en poterie. Vitruve donne des détails assez étendus sur les moyens de disposer et de proportionner ces vases.
Voici ce que le même auteur nous apprend dans le livre V relalivement au* décorations théâtrales des anciens. « La scène doit être dégagée et disposée de sorte qu’au milieu il y ait une porte comme celle d'un palais royal , et â droite et à gauche , deux autres portes pour les étrangers. Derrière ces ouvertures on placera les décorations que les Grecs appellent (que l’on fait tourner), à cause des machines tour-
nantes faites en triangle, sur lesquelles elles sont placées. A chacune de ces machines doivent être adaptées des décorations de trois espèces, qui serviront au* changements, qui se font en tournant leurs diverses faces ; car cela est nécessaire dans la représentation des fables ; elles servent aussi pour faire apparaître des divinités.
« Il y a trois sortes de décorations théâtrales: la tragique, la comique et la satirique. Celles qui se rapportent à la première, représentent des colonnades, des frontons, des statues, et, en un mot, les ornements qui appartiennent à un palais. Les décorations de la scène comique représentent des maisons particulières avec leurs balcons et croisées. La scène satirique est ornée de bocages, de cavernes, de montagnes, et d’objets champêtres. »
Le grammairien Scrvius (qui vivait sous Constantin) nous apprend, dans ses Commentaires sur les Géorgiques de Virgile, qu'outre les décorations placées sur les machines triangulaires , les anciens en avaient d’autres posées sur des châssis que l’on faisait couler dans des rainures et qui se tiraient de part et d'autre. Il appelle la première espèce versati/is, et la seconde duclilis.
Les anciens avaient des rideau* nommés sipnrii pour cacher les changements de décoration.
On lit dans Poilu* , écrivain du temps de l’empereur Commode , qu'on voyait dans les tliéfttrcs , des machines au moyen desquelles des divinités semblaient descendre du ciel ou arriver du fond des enfers , et que ces machines étaient mues par des contre-poids. Suétone rapporte qu'à une représentation théâtrale à laquelle Néron assistait, un acteur qui jouait le rôle d'Icare éprouva malheureusement le même sort , alla tomber près de l'endroit oU était l'empereur, et couvrit de sang tous eeu* qui étaient autour de lui.
D'après le témoignage de Vitruve, il résulte que le lieu de la représentation était supposé dans l’espace au-delà du mur dddd (pl. XXVII, fig. 1), qui circonscrivait l’avantscène aa. Celte avant-scène, que les Grecs appelaient et les Romains put/>itum , était élevée de 10 à 12 pieds au-dessus de l’orchestre, avait une largeur égale au
double du diamètre de l'orchestre, une profondeur qui équivalait seulement à un cinquième environ de cette largeur. L'arant-scènc n'avait poiot de toit et ne pouvait avoir d'autre couverture que le velarium.
Le mur <lddd, orné avec la plus grande magnificence, était une partie intégrante de l'édifice, et ne devait jamais être caché à la vue des spectateurs, comme plusieurs auteurs Font supposé, et notamment Boindin, dans un Mémoire inséré dans le premier volume de l'Histoire de l'Académie des Belles- Lettres. Ce savant croyait que le siparium était suspendu aux deux angles de l'avant-scène, d'où on l'abaissait quand on voulait jouer, et on le relevait ensuite quand la pièce était finie.
Cette opinion n'est point admissible par plusieurs motifs :
1° Les dimensions de ce rideau auraient été immenses , et la longueur de celui du théâtre de Marcellus aurait dû être de 200 pieds à peu près. Comment imaginer qu'un objet si pesant et si volumineux ait pu être manœuvré sur le devant de l’avant-scène, laquelle, n'ayant point de toit, ne pouvait offrir des points de suspension ni assez solides, ni assez nombreux.
2° Si la supposition de Boindin était valable, dans ce cas, à quoi auraient servi les revêtements de marbre précieux, les colonnes, les statues, les bas-reliefs qui ornaient avec tant de somptuosité le mur qui entoure trois côtés de l'avant-scène? Nous ne pouvons douter de celte somptuosité ; car non-seulement le témoignage de Vitruve en fait foi, mais les débris antiques du théâtre d'Hcrculanum l'attestent d’une manière indubitable.
Boindin est tombé dans une erreur encore plus grave : il suppose que les décorations étaient placées en avant du mur du fond de l’avant-scène.
Il est d’autant plus nécessaire de combattre celte supposition, qu’elle a été adoptée sans examen par quelques auteurs estimés, qui ont écrit postérieurement. Boiudin ne l'aurait pas admise, s’il eût réfléchi aux dimensions colossales des théâtres antiques, dont l'ouverture de l'avant-scène avait, en terme moyen, plus de 200 pieds de largeur sur 60 d'élévation ; tandis que l'ouverture de l'avant-scène de la salle de l'Opéra n'a que ■41 pieds de largeur sur 36 de hauteur. La profondeur du pulpitum n'était, dans les théâtres antiques, que de 23 à 30 pieds; et la profondeur des théâtres modernes audelà du rideau , surpasse ordinairement 100 pieds. D’autre part, les théâtres anciens, étant découverts, ne présentaient, en deçà du mur du proscenium , aucun autre point d'appui solide que ce mur même.
Cette disposition du théâtre des anciens ne permettait nullement de placer les décorations en avant du mur du proscenium , qui (comme nous l'avons déjà dit) , décoré avec magnificence, était destiné à être continuellement exposé aux yeux du public. 11 serait absurde de croire que les anciens l'eussent embelli avec autant de recherche, si , de même que le mur du fond de nos théâtres, il eût été caché , ou par le rideau, ou pâlies décorations. Mais l'absurdité la plus choquante résulte des énormes dimensions qu'auraient dû avoir les châssis et les feuilles de décoration , si l’opinion de Boindin était admissible. Toute personne qui a quelques connaissances des constructions théâtrales comprendra l'impossibilité de former et de manœuvrer des feuilles de décoration de 60 pieds de. hauteur, sur 2!>ou 50 de largeur.
Les décorations étaient placées au-delà du mur du proscenium (pl. XXVII, fig. 1), sur des supports rvvvv tournants et triangulaires. Ces supports, dont chacun soutenait trois feuilles de décoration , étaient placés derrière les cinq grandes ouvertures percées dans le mur, au-delà duquel la scène ou le lieu de la représentation était supposé se trouver. Les acteurs sortaient, il est vrai, hors de ce lieu et venaient déclamer sur le pu/pitum, pour se rapprocher davantage des spectateurs; de la même manière que nos ac-
teurs modernes viennent sur l'avant-scènc, et s’avancent souvent vers la rampe , quoique celte partie soit hors des limites des décorations, et se trouve correspondre sous l’ouverture de ('avant-scène, laquelle, ainsi que le mur du proscenium antique, est revêtue d’ornements permanents , qui n'ont aucun rapport avec les décorations peintes.
Ainsi , le pu/pUutn remplissait le même objet que l’avant-scènc actuelle, le mur du proscenium formait la façade permanente de la scène, qui, à cause de sa grande étendue, était percée de cinq ouvertures, au lieu que la façade de l'avant-scène actuelle, étant incomparablement plus petite, n’a qu’une seule ouverture. Il résulte de celte disposition que chacune des cinq ouvertures du proscenium devait avoir un rideau rium) , que l’on élevait ou que l’on baissait au commencement ou à la fin des entr’actes ; et on voyait à travers , le lieu de la scène figuré sur les toiles peintes adossées aux supports tournants.
Ode'on.
On appelait ainsi un théâtre couvert destiné pour les exercices de chant, de musique instrumentale et de déclamation , qui exigeaient une enceinte couverte et moins étendue que celle des grands théâtres dont nous venons de parler.
On voit encore à Athènes les débris de FOdéon que Périclès fit construire. Le plan de cet édifice était ovale; une partie reposait sur le roc et le reste sur un soubassement formé de gros blocs de pierres de taille; au-dessus de ce soubassement s’élevait une colonnade qui entourait l’édifice. Périclès fit lisage des mâts enlevés des navires pris sur les Perses pour former le comble de ce théâtre, qui se terminait en pointe.
L’Odéon d’Athènes servit aux jeux de musique établis par Périclès pour les fêtes des Panathénées, où il fut lui-même nommé juge et distributeur des prix. Cet édifice subsista jusqu’au temps de la prise d’Athènes par Sy Ha. Alors Arislion, qui commandait dans celte ville, fit brûler le comble de FOdéon, de peur que l’ennemi ne profitât des pièces de charpente qui le composaient pour assiéger la citadelle. L’Odéon fut ensuite rétabli par Ariobarzane Philopator.
Un odeon fait partie des débris intéressants que l’on admire à Pompéia. Ce petit théâtre était couvert comme le prouve une inscription que l’on y a trouvée ; il était, ainsi que le grand théâtre, annexé à la caserne des prétoriens.
Théâtres modernes.
L’opéra , spectacle mêlé de musique , de chant , de danses et de machines théâtrales , prit naissance en Italie au commencement du sixième siècle. En 1516 on représenta, devant le pape Léon X, la comédie de la Calandra , qui était en musique ; les décorations dont on se servit à cette époque furent peintes par Baltazar Peruzzi, excellent peintre et grand architecte.
La célèbre Académie Olympique ayant été fondée à Vicence Tannée 1555, les statuts de cette société littéraire prescrivaient que l’on s’occuperait de la déclamation , et que de temps à autre on représenterait des tragédies intéressantes et instructives. L’Académie fil d’abord construire un théâtre en charpente ; puis elle chargea le fameux Palladio de tracer le plan d’un théâtre permanent; en effet, ce grand architecte fit construire en 1580 un magnifique théâtre qui subsiste encore en lion état et qui forme un objet d’admiration pour les amateurs de la belle Architecture.
Le théâtre Olympique est le premier théâtre moderne qui ail été construit : cependant il surpasse encore tous les théâtres connus par sa solidité, sa beauté et sa magni-
licence. Palladio a adopté , pour le théâtre Olympique la forme et U disposition des
théâtres romains, et il a suivi les préceptes donnés par Vitruvc.
La partie de ce théâtre destinée aux spectateurs est une demi-ellipse, dont le grand diamètre qui se trouve sur l'alignement de l'avant-scêne , a environ 100 pieds; 13 gradins sont distribués autour de la demi-ellipse; et l'orchestre, qui se trouve compris entre les gradins et l’avant-scène, a 54 pieds de diamètre.
Au-dessus du dernier degré s'élève une colonnade d'ordre corinthien qui règne sur toute l'enceinte des gradins, et qui produit un effet admirable; la colonnade est surmontée d'une balustrade garnie de statues.
L’avant-scènc ( pulpitum ) a une ouverture de 70 pieds, et 20 pieds de profondeur; un mur orné avec magnificence forme le fond et les côtés latéraux de cet espace. Deux ordres d' Architecture, des bas-reliefs et des statues décorent ce mur, qui est percé de cinq (tories, savoir: trois sur la face et deux aux ailes en retour. Toutes ccs portes donnent entrée à des rues où sont représentés en relief des temples, des palais et des maisons. Ces décorations ont été exécutées d'après les dessins de Scamozzi.
La hauteur de la salle est de 52 pieds du dessus du pavé au-dessous du plafond, dont environ 18 sont occupés par les degrés, 20 parla colonnade, de sorte qu'il reste environ 14 pieds de vide entre cette dernière et le plafond de la salle.
Plusieurs motifs ont empêché d'adopter, pour les théâtres qui furent bâtis postérieurement, la forme si élégante , si noble et si régulière du théâtre de Vicencc. Les principaux sont : 1" le goût des représentations théâtrales à machines, qui ne peuvent avoir lieu sur un théâtre ainsi distribué ; 2“ l'usage que les gens riches ont adopté d’avoir des loges à leur disposition.
Le second théâtre permanent fut celui de Parme, que les princes de la maison Farnèsc firent construire vers l'an 1600. C’est le plus grand des théâtres modernes, puisqu'il peut contenir plus de 10,000 spectateurs.
La salle, demi-circulaire , est garnie de quatorze rangs de gradins qui servent de soubassement à deux ordres d'Architccture superposés qui supportent des galeries. Au bas des galeries régne une balustrade sur les socles de laquelle sont placées des figures d'enfants qui portent des candélabres pour éclairer la salle.
Dans le milieu dn rond-point de la salle est placée la loge du prince. L'avant-scènc forme deux retours d'équerre de chaque côté, et elle est décorée d'un grand ordre corinthien dans les entre-colonncmenls duquel sont placées des statues. La scène a 120 pieds de profondeur sur 93 de largeur. Ce bel édifice est très-dégradé, et on n’y joue plus depuis 1753 , parce que tes représentations y sont trop dispendieuses.
L'ancien théâtre de âliian fut construit à peu près à la même époque, c’est-à-dire vers 1600. Il a été détruit par un incendie en 1779, rebâti dans la tnéiue année avec plus de magnificence; il a reçu depuis de grandes augmentations dans la partie postérieure; il partage maintenant, avec le théâtre de Saint-Charles à Naples (nouvellement reconstruit), la prééminence sur tous les autres théâtres d'Europe pour la grandeur et la magnificence.
Le théâtre de Saint-Cassano à Venise fut construit en 1637 . Ce fut le premier disposé de manière à recevoir de nombreuses machines pour les changements à vue.
Le théâtre de Modènc, construit en 1638, servit de modèle au théâtre que Louis XIV fit bâtir aux Tuileries, sous la conduite d'Avanzini. Cette salle, qui a été renouvelée depuis, était appelée communément la Salle des machine* , parce que le célèbre Servandoni (architecte du portail de Sainl-Sulpice) y donna des spectacles de décorations et de machines qui eurent beaucoup de célébrité.
Le théâtre de Turin (représenté [d. XXVII, fig. 2) est un des plus remarquables d'Italie
par sa grandeur, sa beauté, par le nombre de ses issues et des pièces de commodité qui l'accompagnent; il est attenant au palais du roi , qui peut venir dans sa loge sans sortir de son appariement. La fig. 1 représente le plan du théâtre des Variétés à Paris; et la fig. 3, le nouveau théâtre Valie à Rome.
Voici une description sommaire du théâtre de Turin, qui fut construit en 1740, sur les dessins du comte Alfieri. Il occupe un emplacement de 252 pieds de long sur 100 de large. Des arcades permettent aux voitures d’arriver jusqu’au vestibule. La salle a la forme d'un fer à cheval; elle est garnie de six rangs de loges de trente-une chacun, à l’exception du deuxième et du troisième rang , qui n’ont que vingt-six loges, pour laisser libre l’emplacement qu'occupe la loge du roi, qui est un magnifique salon de 18 ou 20 pieds de diamètre.
Les loges ont chacune 6 pieds de largeur sur 6 pieds et demi de hauteur. Quatre escaliers , placés aux angles extérieurs de la salle , conduisent aux corridors qui entourent les loges. Les cloisons des loges sont convergentes au théâtre ; mais on a eu soin d'éviter toute espèce d’angles aigus , qui auraient pu absorber les sons et en empêcher la continuité.
L'orchestre est placé sur une voûte renversée , dont la disposition sert au renvoi des sons , et elle est bombée du côté du parterre , ainsi que toutes les banquettes qui y sont placées. L'avant-scène a 42 pieds d’ouverture en largeur et 59 pieds de hauteur à partir du bord supérieur de la rampe, qui est élevée de 5 pieds et demi au-dessus du sol de la salle.
La scène a 106 pieds de profondeur; elle forme deux parties, dont la première a 76 pieds de largeur sur 72 pieds de profondeur, et l'autre n'a que 48 pieds de largeur. Le mur du fond donne sur une cour de 24 pieds de profondeur qui peut servir à prolonger la scène , et dans laquelle on peut faire des feux d’artifice. A coté de cette cour est pratiquée une rampe par laquelle on peut faire entrer les chevaux.
L'Italie possédait plusieurs salles de spectacle magnifiques, et Paris n'avait encore qu'une salle très-mesquine, connue sous le nom d'Hôtel-de- Bourgogne , lorsque Louis XIV, en 1660 , fit venir un architecte italien pour construire la salle des Tuileries. Plusieurs salles fort belles existent maintenant dans celle ville ; mais toutes laissent beaucoup à désirer, et aucune n’a un caractère monumental qui soit en harmonie avec la grandeur et la magnificence de la capitale de 4a France.
La nouvelle salle de l'Opéra présente une façade élégante , un foyer magnifique , un grand vestibule, des dégagements amples et commodes ; mais la salle a le défaut commun à toutes les salles de Paris, elle n'est point assez spacieuse comparativement au nombre des places qu'on y a disposées ; il en ré suite que les spectateurs y sont trop accumulés, surtout au parterre.
Sous ce rapport , les salles, en Italie, offrent bien plus de commodité : l*les banquettes ne sont pas si rapprochées; 2° elles ont des dossiers, et dans quelques théâtres les places sont séparées par des appuis latéraux; 3° on a ménagé (au milieu et autour des banquettes) un espace libre pour pouvoir circuler, entrer et sortir, sans gêner et salir un grand nombre de personnes, et sans être obligé d’enjamber plusieurs banquettes. Les loges, amples et commodes, sont autant de petits salons décorés de draperies et de glaces. Au théâtre de Milan chaque loge a, au-delà du corridor, un petit cabinet qui lui appartient.
Les grandes salles de théâtre maintenant en usage, ne contiennent que trois ou quatre mi Ile spectateurs ; elles sont composées de trois parties bien distinctes : 1* la salle, 2* le théâtre , 5° les vestibules, foyers, loges d’acteurs et autres pièces accessoires.
La forme la plus généralement adoptée est celle d'un fer à cheval. Les trois principales dimensions de la salle, c'est-à-dire la longueur, la largeur et la hauteur, doivent être à (k‘u prés égales. Dans les plus grandes salles connues, chacune de ces dimensions n’cxcède guère CO pieds.
Les grandes salles d’Italie ont six rangs de loges uniformes, séparées par de simples cloisons, et dont la devanture est ornée de draperies.
L'ouverture de l’avant-scène est à peu prés carrée , et rarement on lui donne 50 pieds de largeur. Celte partie doit être décorée avec magnificence.
Il est essentiel que le théâtre ait une grandeur suffisante pour le jeu des machines ; ses dimensions dépendent de celles de l'ouverture de l'avanl-scène. L’expérience a démontré que la largeur la plus convenable d'un mur du théâtre à l'autre , en dedans d'eeuvre, est le double plus un cinquième de celle de l'ouverture de l'avant-scène, et que cette largeur donne le moyen de manoeuvrer les machines avec facilité et sans danger. Les choristes , les danseurs, les comparses, trouvent à se placer sans gêner les ouvriers du théâtre.
Il faut autant d’élévation au-dessus de la plate-bande ou voussure de l'avant-scène, qu'il y a de hauteur depuis le plancher de l'avant-scène jusqu'à la plate-bande. Celte élévation, sous le comble, se nomme cintre.
La profondeur, sous le théâtre, doit aussi être égale à la hauteur de l’ouverture de l'avant-scène. Avec de telles dimensions, une décoration peut monter de dessous et en descendre tout entière du cintre.
La longueur doit être au moins double de la largeur de l’avant-scène, non compris l'espace depuis le rideau jusqu'à la rampe des lumières, qui forme le bord du théâtre, laquelle est en saillie sur l'orchestre et a une forme convexe.
Le plancher doit s'ouvrif dans foutes ses parties , et cependant il doit être construit avec la plus grande solidité. Il est couvert de planches mobiles en bois de sapin, de 15 lignes d'épaisseur, bien sèches et sans nœuds. Ces planches sont soutenues par de fortes poutres ou sablières qui sont placées suivant la distribution des rues ou plans du théâtre ; on appelle ainsi les lieux oit se meuvent les châssis des décorations. Chaque rue sert ordinairement à trois châssis de chaque côté , et à trois fentes des deux côtés ; dans quelques théâtres elle n’a que deux de ces fentes des deux côtés.
Le théàlre de l'Opéra est distribué sur treize rues ou plans. Dans chaque rue on distingue des fermes, des trappes , des trapiltons et des châssis. On entend par/ferwc* l'assemblage de six sablières qui occupent une largeur de 3 pieds; elles laissent entre elles cinq intervalles , dont le premier, le troisième et le cinquième servent pour le passage des châssis, et ont II lignes de largeur: les deux autres ont 8 pouces chacun.
La distance entre une ferme et une autre est de 3 pieds i pouces. Elle est couverte par les trappes , qui ne sont autre chose que des tables qui ont environ 3 pieds 8 pouces de longueur. Les trapillons sont les planches qui couvrent les vides que laissent entre clics les sablières qui composent une ferme.
Les trappes et les trapillons forment le plancher du théàlre , et sont posés de manière qu’ils peuvent se placer et se déplacera volonté, dans toute la partie du théâtre comprise entre les lignes qui marquent les limites des décorations; mais ils sont fixés à demeure dans les parties latérales au-delà de ces lignes.
La mobilité des trappes donne lieu d’établir instantanément des vides pour donner passage aux objets qui doivent monter du dessous et paraître sur la scène.
Sous le plancher du théâtre se trouvent deux ou trois autres planchers qui servent au jeu des machines. Tous ces planchers sont soutenus par des sablières qui correspondent bien exactement à celles qui composent les fermes du plancher principal. Des po-
(eaux soutiennent les sablières à 7 pieds de distance l'un de l'autre ; ils ont 4 à B pouces de grosseur cl une longueur de 18 à 24 pieds. De grosses pièces de bois nommées plate sforme i servent de base à ces poteaux , et elles reposent sur des petits murs en maçonnerie. Ces mêmes plates-formes servent en outre de supports à plusieurs rangs de treuils, au moyen desquels on fait mouvoir les châssis des décorations.
En posant la charpente des planchers on doit avoir la précaution de donner aux parties verticales 2 pouces environ de surplomb,- vers le fond du théâtre, pour qu’elles puissent mieux résister aux mouvements que la scène éprouve dans les manoeuvres journalières, et qui tendent, à cause de la pente du théâtre, à les faire pencher vers l'orchestre.
Les châssis de décoration sont placés sur des chariots qui se meuvent sur le plancher immédiatement au-dessous de celui du théâtre.
Les écartements d’une rue à l'autre sont entretenus dans le vide des trappes, par des entre-toise» en bois, servant de solives pour tous les planchers ; ces entre-toises sont fixées entre les sablières par des crampons de fer qui entrent très-juste dans les gâches arrêtées aux sablières. Des crochets en fer sont placés dans les espaces des trapillons, pour en empêcher l’écartement. Les plauchcrs inférieurs sont couverts de planches de sapin assemblées à rainures et à languettes.
Nous avons dit que chaque ferme du plancher supérieur est composée de six sablières ; les fermes correspondantes des autres planchers ne sont composées que de trois sablières; mais celles-ci ont 8 pouces de largeur sur 5 de hauteur, tandis que les premières n’ont qu'environ 5 pouces d'équarrissage : elles sont accouplées deux à deux pour former une rainure dans laquelle se meut un châssis de décoration. Dans les sablières du premier plancher en dessous, sont encastrées des barres de fer sur lesquelles se meuvent les roulettes des chariots.
Deux planchers sont placés sous le comble , pour servir à la manœuvre des rideaux et des décorations du haut. Sous ces planchers se trouvent quatre corridors adossés aux murs, deux de chaque côté, et plusieurs ponts volants sont suspendus à la charpente du toit. Des escaliers sont placés aux quatre angles du théâtre, pour monter aux corridors et aux planchers du comble.
Les premiers corridors suivent dans leur longueur une pente semblable à celle du théâtre , et cela pour que tous les châssis puissent passer également dessous. C’est sur ces corridors que se placent les ouvriers qui doivent lâcher les cordes de retenue des machines du haut.
Les corridors supérieurs sont de niveau sur leur longueur ; Us portent tous les contrepoids, les treuils et leurs équipages; des échelles sont fixées en dehors tout le long de ces corridors , pour pouvoir monter dans tous les endroits du comble.
Le premier plancher du comble se nomme le gril, parce qu'il est à claire-voie et que les planches qui le couvrent sont placées à distances égales. Ce plancher est destiné à porter les cylindres , les moufles et les cordages qui font mouvoir le rideau, les toiles du fond , les plafonds et les bandes d’air. Les solives de ce plancher sont espacées à 2 pieds 9 pouces l'une de l'autre, et ont de 5 à 7 pouces d 'équarrissage.
Le second plancher est également fait en gril et semblable au précédent. Son usage est de recevoir les machines qui enlèvent les plafonds des salles de bal, de concert, et tous les autres pbjels qui se rapportent à un service extraordinaire.
Au-dessous du premier plancher et entre les corridors sont suspendus des ponts de communication de deux espèces. Les uns, à demeure, sont en sapin, ont 15 pouces de large sur une longueur égale à la distance entre les corridors. Ils sont portés par des
pièces de bois pendantes Usées solidement aux solives du plancher par des étriers en fer. Des deux côtés de chaque pont sont attachés des appuis ou gardes-fou en bois. Ces ponts sont placés ordinairement a 6 pieds sous le plancher; ils serrent particulièrement aux ouvriers chargés de régler toutes les toiles.
Les autres ponts sont volants et ne sont suspendus que par des cordages; ils n'ont d'autre appui ou garde-fou qu’une corde tendue horizontalement. On les fait de planches de sapiu de 16 pouces de large sur 15 lignes d'épaisseur; ils servent aux allumeurs, qui se placent dessus pour faire le service des lumières qui doivent éclairer les plafonds et les bandes d'air.
Les fermes de charpente qui soutiennent le comble d'un grand théâtre ont une grande portée et doivent soutenir un grand poids. On calcule que chaque ferme du théâtre de l’Opéra porte habituellement un poids de trente milliers. On ne saurait donc employer trop de soin pour les rendre solides sans qu’elles soient massives.
Les fermes du comble doivent correspondre â l’espacement des nies et être parallèles à leur direction. Ainsi , si les rues ont 6 pieds 4 pouces de largeur , l'espace d'une fenêtre à l'autre sera de 12 pieds 8 pouces de milieu en milieu. Le milieu de la première ferme, vers l'avant-scène, doit correspondre à un pied au-devant du premier ehâssisau deuxième plan, et les autres seront placés, comme nous l'avons dit, de 12 pieds 8 pouces en 12 pieds 8 pouces.
La correspondance exacte des fermes avec les rues du théâtre est indispensable pour que les toiles du comble se combinent convenablement avec les feuilles de décoration placées sur le châssis d'en bas.
On diminue la portée du comble en élevant perpendiculairement deux gros poteaux posés sur un mur en maçonnerie, pour soutenir chaque ferme. Il faut que ces poteaux soient placés de telle manière qu'ils ne puissent gêner le jeu des décorations. Dans quelques théâtres, an lieu des poteaux, on a construit des murs percés d'arcades. L'espace derrière les poteaux ou bien derrière les murs en arcades , sert â ranger, case par case, les châssis de chaque décoration.
Au fend du théâtre et à 6 pieds du mur principal , on pratique dans toute la largeur, jusqu'à l'aplomb des corridors du cintre, un couloir qui doit avoir 8 pieds de haut, afin que les troupes armées y passent aisément, lorsqu’elles doivent défiler à plusieurs reprises sur le théâtre. Au-dessus du couloir ou fixe dans le mur, de 6 pieds 6 pouces en 6 pieds 6 pouces, des tablettes pour y déposer les toiles à l'usage des cintres, plafonds et rideaux.
Le plancher du théâtre doit être exactement de nivean dans sa largeur, et sur sa longueur il doit être en plan incliné et avoir la pente d'un demi-pouce par pied.
Des pièces accessoires annonces au théâtre.
Un théâtre organisé à l’instar de l'Opéra de Paris doit avoir un grand nombre de pièces à l’usage des acteurs. Il lui faut, 1* deux foyers; l'un pour la danse et l’autre pour les acteurs chantants. Ils auront chacun au moins 36 pieds de longueur sur 20 de largeur. Le foyer de la danse aura un plancher convenablement élastique et dont la pente sera la même que celle du théâtre. Une grande glace sera située au bas de la pente, pour que les danseurs puissent se voir en pied;
2" Cinquante ou soixante loges d'actenrs , distribuées à différents étages dans les ailes de la salle et des deux côtés du théâtre;
3“ Deux grandes loges pour les choristes ; l’une pour 24 hommes, et l’antre pour autant de femmes;
4» Deux grandes loges pour habiller, dans chacune, 150 comparses; elles seront accompagnées d'un magasin pour y placer les armes et les autres objets;
5° Deux loges pour y habiller 20 petits garçons et 20 petites filles;
6° Deux pièces voisines du théâtre pour y déposer momentanément les guirlandes , les corbeilles et autres accessoires qui doivent servir dans le cours de la représentation.
Des magasins pour les décorations devraient être annexés au théâtre ou placés dans un édifice voisin.
La commodité du public exige plusieurs autres pièces vastes et convenablement ornées :
1° Un grand vestibule ou galerie couverte pour abriter les personnes qui sont à la queue, attendant la distribution des billets.
2“ De grandes arcades séparées de ce vestibule permettront aux voilures de se présenter à couvert devant une des portes du second vestibule , et de sortir sans encombrement.
5" Le second vestibule aboutira à de grands escaliers conduisant au parterre et aux loges. Ce vestibule, qui devra être bien chauffé l'hiver, sera garni, dans son pourtour, de sièges commodes à l'usage des dames qui , à la sortie du spectacle , attendent leurs voitures.
4* Un vaste foyer accompagné d'une salle de restaurant et d'un café sera placé au premier, au-dessus du vestibule. Ce foyer doit être disposé de manière à pouvoir servir de salle de concert.
o" Des escaliers aussi vastes que commodes aboutiront aux corridors environnant les loges; ces corridors seront spacieux, surtout aux premières et aux secondes loges, où la circulation est plus active.
6° A chaque corridor devront correspondre plusieurs cabinets d'aisance, rendus inodores par le procédé de M. D'Arcet,car il est essentiel d'éviter soigneusement toutes les odeurs et les émauatious désagréables près d'une salle dont l'air se trouve déjà vicié par la multitude de personnes qui y sont concentrées.
Aucune salle de spectacle ne doit être dépourvue de ventilateurs. Pour purifier l'air, et établir la ventilation , il suffit d'établir des tuyaux qui partent du plafond de la salle et vont aboutir à un fourneau d’appel qui attire l'air corrompu , lequel est remplacé par l'air pur introduit par d'autres tuyaux qui communiquent du dedans au dehors.
S'il est important de renouveler l’air, il ne l'est pas moins de prévenir les vents coulis, qui sont si incommodes et si nuisibles. A cet effet il faut que le dessous du plancher du parterre soit plafonné pour fermer le passage à l'air. (Ce plancher doit éfre en pente vers le théâtre d’un pouce et demi par pied.) Les portes de la salle devront être garnies de tambours et de portes battantes. Il serait utile que l'intérieur des loges fut plafonné.
M. Boullet (1) suggère de chauffer la salle du théâtre et la scène par des fourneaux placés dans les souterrains. Ces fourneaux, renfermés dans une pièce voûtée, seraient posés sur des pieds élevés, dans de larges cuvettes de plomb, entretenus pleines d'eau. Des tuyaux de chaleur partiraient de ces fourneaux et aboutiraient dans la salle, sur le théâtre , dans les escaliers et les corridors.
Moyen» de préserver le* théâtre* du danger du feu.
Le feu étant l'ennemi le plus redoutable des salles de spectacle, on ne saurait employer trop de moyens pour le combattre avec avantage. Voici les principaux : Un mur
(1) Essai tur l’Art de construire les théâtre». Cet ouvrage intéressant nous a fuurui plusieurs des détails exposes précédemment.
séparera la salle d'avec le théâtre ; il n’aura d’autre ouverture que celle de l’avantscène, qui peut se fermer complètement à l'aide d'un rideau métallique. Ce mur s’élève au-dessus du toit; il est terminé par des degrés praticables de chaque côté, afin de présenter, en cas d'incendie, un accès facile aux pompiers. Un autre mur entoure la salle et le théâtre, et les sépare des loges d'acteurs et autres pièces de service. On conçoit combien ces murs sont utiles pour arrêter la propagation du feu et pour limiter les effets funestes d'un incendie.
Il importe essentiellement qu'une salle de spectacle ail plusieurs réservoirs d'eau , lesquels doivent être établis, soit sous le théâtre, soit dans le haut. Ces derniers seront placés au sommet des quatre escaliers de service , qui doivent se trouver aux angles du théâtre. Ces réservoirs seront constamment pleins.
Un corps-de-garde de pompiers doit être annexé à chaque théâtre ; il sera voûté solidement, et assez spacieux pour que douze hommes puissent y manœuvrer facilement une grande pompe , toujours en bon état et dont le tuyau aboutira à un puits.
Voici une série de précautions très-sages que M. Boullet indique : 1° quatre pompiers veilleront continuellement dans leur corps-de-garde ; 2* indépendamment des pompiers, d'autres militaires seront en surveillance perpétuelle à la proximité du théâtre, pour que l'on ait toujours prêts des hommes en état de courir à la pompe ; 3" il y aura toujours de garde un ouvrier de chacune des trois parties du théâtre et un du dessous , parce que l'habitude de leurs travaux leur donne une grande facilité pour se porter chacun dans les manœuvres qu'il connaît parfaitement, et y donner du secours; 4" un grand nombre de seaux pleins d'eau seront placés en divers lieux du théâtre; ils seront munis d'une grosse éponge à l'aide de laquelle il sera facile d'éteindre le feu qui pourrait prendre aux châssis et aux toiles.
âl. Boullet a observé que le feu n'a point de prise sur le bois recouvert d'un pouce du plâtre. « J'ai vu, dit-il , après les incendies de trois théâtres où je me suis trouvé, des jambages de pierre réduits en chaux , et des linteaux de bois conservés intacts sous le plâlre. » Il propose conséquemment de revêtir de plâtre les bois qui seront susceptibles de l'élre sans nuire aux manœuvres et aux mouvements des machines.
M. Boullet a observé en onlre que l’action du feu n'est pas aussi prompte sur les toiles peintes (à la colle) des deux côtés que sur celles qui ne le sont que d’un seul côté, et que les premières brûlent très-lentement et sans flamme. Celte observation lui fait désirer que les toiles des décorations soient enduites des deux côtés d'une première couche de colle dans laquelle on aura délayé du plâlre très-fin passé au sas.
Éclairage de» spectacle».
La plupart des salles de spectacle en Italie n’ont point un grand lustre au milieu comme les salles de France. Deux motifs importants l'ont fait exclure : 1* il empêche à un certain nombre de personnes placées dans les loges de bien voir le spectacle : 2* il nuit aux décorations, en détruisant les effets de nuit, de demi-jour et les nuances de lumière nécessaires pour produire l'illusion.
Servandoni, pour concilier la mode, depuis longtemps établie en France, d'avoir un lustre, avec l’avantage de présenter les décorations de la manière la plus favorable, a pris le parti de faire descendre le lustre avant le lever du rideau et dans les enlr’actes ; mais de le faire remonter sous le plafond toutes les fois que le rideau s’élève. Ce moyen pouvait produire quelque inquiétude aux personnes placées sous le lustre, au parterre, M. Boullet a suggéré de couvrir le lustre, ; tendant la représentation, par le moyen d'une cloche de gaze bleu clair, que l'on remonterait pendant les entr'actes ; cette gaze
coulerait sur des fils de laiton. Le lustre , couvert de Gaze, maintiendrait un jour doux et égal dans les parties de la salle et ne nuirait pas aux effets du théâtre.
An commencement du siècle dernier , les salles de spectacle étaient éclairées d’une manière aussi désagréable que désavantageuse. Un grand nombre de lustres étaient suspendus au plafond; une partie éclairait la scène, l’autre éclairait la salle; ces lustres étant garnis de chandelles de suif, il fallait déranger fréquemment les spectateurs pour les moucher. Les plaintes réitérées du public en firent supprimer plusieurs; alors on suppléa à ceux de l'avant-scène, par les lampions de la rampe, et on substitua la cire au suif. On s’est déterminé ensuite à réunir en un seul tous les lustres de la salle. Les quinquets remplacèrent la cire; et en dernier lieu, le gaz hydrogène fut employé à cet usage.
L'illustre Lavoisier a proposé des moyens pour remédier, aux inconvénients que présente le mode d’éclairage ordinaire; il a inséré un Mémoire sur ce sujet dans l'Histoire de l'Académie des Sciences , pour l'année 1787.
« La rampe, dit-il, éclaire d’une manière trop vive la partie de la salle voisine du théâtre; l’espèce d'éblouissement qui en résulte, nuit à la distinction des objets placés sur le théâtre. Le lustre étant interposé entre le spectacle et quelques-uns des spectateurs, il est impossible qu’ils n'en soient (Mis plus ou moins offusqués; d'ailleurs les rayons qui partent de ce corps éclairant allant frapper l’œil du spectateur dans une direction qui est à peu près la même que celle dans laquelle il voit la scène , les objets placés sur le théâtre en sont obscurcis d'autant, au point même qu’on perd entièrement de vue ceux qui sont médiocrement éclairés. »
Pour remédier à ces inconvénients, Lavoisier propose de bannir tout lustre, tout corps éclairant de la partie de la salle qui est occupée par les spectateurs , et d’y substituer des lampes à réverbères elliptiques insérées dans le plafond ; elles auraient l'avantage de ne dérober à personne la vue d'une partie du spectacle, et d'ailleurs elles rempliraient l'office de ventilateurs. La lumière réfléchie par chacun de ces réverbères partirait du foyer inférieur de l’ellipse pour se répandre avec égalité dans la salle, et il suffirait de les multiplierct de les bien placer , pour éviter les mauvais effets que peuvent produire les ombres projetées du haut en bas. Il serait convenable en outre de placer sur la corniche de la salle des lampes à réverbères, dont la lumière , dirigée vers le haut , éclairerait convenablement le plafond.
Lavoisier a ensuite examiné si les lumières de la rampe pourraient être disposées d'une manière plus avantageuse qu’elles ne le sont habituellement; et il a reconnu qu'il serait utile de leur adapter des réverbères qui, en réfléchissant tous les rayons lumineux vers le théâtre, produiraient le double avantage de ne point éblouir les spectateurs placés dans la salle et de répandre sur la scène une lumière plus intense. Les réverbères devraient être construits de manière à éviter la déperdition des rayons lumineux qui se dissipent au-dessous du plan horizontal.
Il n'est pas moins important d'établir des réverbères aux lumières placées derrière les châssis pour éclairer les décorations ; car la partie de la sphère lumineuse qui tombe sur le châssis auquel elles sont adossées est en pure perte; non-seulement il y a économie dans ces cas à employer des réverbères, mais il en résulte un avantage réel du cûlé de l’effet. Pour rendre cet avantage encore plus précieux, Lavoisier propose que le réverbère soit tpobile, de manière que Ton puisse diriger à volonté une plus grande masse de lumière vers la partie de la décoration qui doit être plus fortement éclairée.
Les toiles du fond sont rarement bien éclairées, surtout si le théâtre a beaucoup de largeur. Cette partie de la décoration , qui est toujours vue de face et qui représente des
perspectives et des lointains , est une des plus importantes relativement à l'illusion qu'elle doit produire sur les spectateurs ; il est donc nécessaire qu’on puisse l'éclairer plus ou moins à volonté, et ce ne sera que par ce moyen que l'on pourra rendre avec vérité les divers instants du jour, l'ardeur du soleil, la lumière sombre d'un orage ou d’une tempête, un lever ou un coucher du soleil, une nuit, un clair de lune, etc, Ces différents objets peuvent se remplir d’une manière très-simple, par le moyen de réverbères paraboliques, ou même simplement sphériques , placés au-dessus de l'avant-scène, en dedans du théâtre, dans la partie que l'on appelle le cintre.
Ces réverbères seraient mobiles , afin de diriger la lumière dans les parties qu'on jugerait à propos d'éclairer le plus ; des gaies plus ou moins épaisses, qu'on pourrait légèrement colorer, des toiles claires que l'on baisserait par devant pour intercepter plus ou moins la lumière, formeraient le degré de nuit ou d'obscurité que l'on jugerait à propos, et donneraient à la lumière toutes les teintes que les circonstances pourraientexiger.
Lavoisier prescrit de ne pas se servir de réverbères planés , dont la courbure n'est jamais parfaitement exécutée ; mais de donner la préférence à ceux fondus, surtout pour les grands réverbères qui ne doivent point être déplacés.
Salles de dame.
Un cercle inscrit dans un carré forme le plan le plus convenable pour une salle de danse; une galerie soutenue par des colonnes doit régner tout autour et former un grand balcon ou loge continue , Où l'on montera par quatre escaliers pratiqués dans les espaces angulaires compris entre le cercle et le carré. Sur ce balcon pourra être placé l'orchestre, et le surplus sera accessible au public , qui jouira du spectacle de la danse sans gêner les danseurs et sans eu être gêné. Les autres spectateurs pourront se placer sous le portique qui soutient le balcon, dont le sol sera élevé de deux ou de trois marches au-dessus du niveau de la salle. Le plancher doit èlrc couvert de planches de sapin sans nœuds, et assemblées avec soin à laugueltcs et à rainures, pour quil ait Télaslicité convenable.
Une voûte sphérique, soit en maçonnerie, soit postiche , couvrira la salle, aura une ouverture vitrée à son sommet et sera ornée d’un compartiment de caissons contenant des bas-reliefs ou des rosaces. De nuit, la salle sera éclairée par des lustres suspendus dans les cntre-colonncmcnts. Des banquettes bien rembourrées seront disposées dans le pourtour, sous le portique, à l'usage des spectateurs et des danseurs qui veulent se reposer.
Des vestibules précéderont la salle, qui sera accompagnée d'un café et d'un buffcl. Les vestibules auront, de chaque cûté, des couloirs qui conduiront k des cabinets d aisance inodores.
Salies de concert.
Une forme circulaire est également ta plus convenable pour une salle de concert, qui pourra avoir, dans son pourtour, un ou deux balcons soutenus par des modifions élégants, et dont les soffilcs et les parapets peuvent être décorés avec goût, soil par des rinceaux , soit par des bas-reliefs , soit enfin par des emblèmes analogues k la Musique, k Apollon et aux Muses. •
L’orchestre sera situé au milieu sur de larges gradins qui environnent une estrade circulaire plus élevée; sur cette estrade se placeront successivement les chanteurs et les musiciens qui devront exécuter des concertos. Les gradins de l’orchestre seront envi-
ronnés d’un® balustrade. Le plancher de la salle sera incliné vers le centre en forme d’entonnoir; on y placera plusieurs rangs de banquettes concentriques; mais on aura soin de couper la continuation des banquettes par quatre ou six rues qui suivront la direction des rayons; ces rues faciliteront l’entrée et la sortie, sans trop gêner les personnes assises.
Des pièces de commodité , analogues à celles que nous avons indiquées pour une salle de bal , doivent accompagner également la salle de concert.
IFaux-Halls.
L’Angleterre a introduit l’usage des Waux-Halls, qui sont de vastes jardins dans lesquels sc trouvent distribués avec art des jeux de toutes les espèces. Ces jardins contiennent des lieux disposés pour la danse à découvert , et des salles couvertes pour le même usage. Une salle de concert, des billards, un jeu de paume, des salons pour les rafraîchissements, un emplacement pour les feux d’artifice, complètent la série des édifices que ces établissements contiennent ordinairement. Il est essentiel qu’il y ait des lieux couverts assez spacieux pour pouvoir abriter les spectateurs en cas d’orage. Les jardins et les fabriques qui y sont éparses doivent être distribués de la manière la plus favorable pour multiplier les points de vue et pour favoriser l’effet des illuminations de nuit.
L’emplacement pour le feu d’artifice sera précédé d’une place assez étendue pour que les spectateurs puissent bien voir le feu , et à un éloignement assez grand pour éviter les dangers que la chute des baguettes produit communément.
Si le local permet d’établir un petit lac artificiel dans le jardin, on pourrait former, dans le milieu , une lie pour le feu d’artifice.
Cette disposition produira le double avantage de rendre l’effet du feu bien plus agréable par sa réflexion dans l’eau, et de prévenir les accidents. D’ailleurs, ce lac offrira le moyen de varier l’amusement du public, par des joütes, par des courses de petits bâtiments, et autres amusements de ce genre. On pourra rendre ses rivages extrêmement pittoresques, en y plaçant artistement des rochers, des petits bois, des fabriques de divers genres, servant aux usages que nous avons indiqués ci-dessus.