CHAPITRE IV
Edifices consacrés à l’Instruction publique.
* Palestre* et Xystes.
Chez les Grecs , les palestres et les rystes étaient des édifices consacrés à l’instruction des jeunes gens de l’un et de l’autre sexe, et aux exercices gymnastiques, qui avaient pour but de donner au corps toute la force, toute l’agilité, toute la souplesse dont il est susceptible. C’est là que la jeunesse, après avoir écouté les leçons des grammairiens, des rhéteurs, des philosophes, s’exercait à la course et à la lutte, et passait ensuite dans des bains chauds ou froids. Des plantations et des portiques lui offraient en outre une promenade agréable.
Vitruve nous fait connaître cette sorte d’édifice dans le XI" chapitre du V" livre :
« Les palestres, dit Vitruve, doivent avoir des péristyles carrés ou longs, qui aient deux stades de tour. Trois des portiques de ces péristyles sont simples; mais le qua-
trié me, qui regarde le midi, est double, a lia que le vent uc puisse pousser la pluie
jusqu'au fond.
» De grandes salles ( exedrœ ) sont disposées autour du portique et servent aux leçons des grammairiens, des rhéteurs et des philosophes.
« Le long du portique double se trouvent les pièces suivantes, savoir : 1" Yephebeum (école pour les jeunes garçons) ; c'est un lieu spacieux rempli de sièges; 2* le coriceum (école de filles) , et ensuite le conisterium, salle où les lutteurs se disposent au combat.
« A un des angles du portique est le bain d’eau froide, nommé loutron par les Grecs. Au côté gauche de Yephebeum est Yelœothesium (lieu où étaient déposées les huiles et les essences pour oindre les corps).
« Le pmpnignetim { chambre où était le foyer ou les fourneaux à l'usage des bains) est placé à l'autre angle du portique; à coté se trouve une chambre voûtée, modérément chaude, d'où l'on passe dans le laconicum (chambre plus chaude pour suer). Le bain chaud est à coté.
« Au-delà du péristyle se trouvent (rois autres portiques, dont un lui est adossé; les deux autres sont situés à droite et à gauche. Celui qui est tourné vers le septentrion a une largeur égale à la longueur des colonnes; l'autre, qui regarde le midi, est simple, mais beaucoup plus large , parce qu'il doit servir de lieu d'exercice à couvert pour les lutteurs pendant l'hiver : à cet effet, le milieu de ce portique est plus bas que le sol environnant, de la hauteur de deux marches; les spectateurs ont ainsi tout à l'entour un espacement plus élevé de dix pieds de largeur. Ce portique, nommé xyslos, se trouve situé sur un emplacement qui contient des allées de platanes, et où l'on trouve de distance en dislance des bancs en maçonnerie pour s’asseoir.
■ Auprès de là se trouve le stade , qui est un lieu découvert , disposé pour la course et pour la lutte; il doit être assez vaste pour qu’un grand nombre de personnes puissent assister à ces sortes d’exercice. »
Les édifices immenses nommés Thermes, dont on voit encore les débris étonnants à Rome, furent construits sur le modèle des palestres des Grecs, mais avec plus d'étendue et de magnificence. On y voit encore les exedres dont parle Vitruve : c 'étaient des niches demi-circulaires très-vastes, avec des bancs dans le pourtour. Le stade des thermes de Dioclétien subsiste encore en grande partie ; mais comme les thermes servaient nonseulement aux mêmes usages que les palestres, mais avaient la destination plus spéciale de bains publics, nous nous réservons d'en (varier avec plus de détails dans le chapitre sixième.
Adrien, dans son immense résidence à Tivoli, connue sous le nom de Ville Advienne, a fait construire tous les édifices qui composaient les palestres des Grecs. Cet empereur, qui avait beaucoup de goût pour l'Architecture, s’était proposé d'inviter cl de distribuer, dans un parc très-vaste , quelques-uns des lieux célèbres et des monuments de la Grèce et de l'Égypte. Voici cc que Sparticn nous apprend à cet égard : Tiburtinum cil/atn mire œdi/icatit , uJin ea et provinciarum et tocorum ceteberrima nomiita inscriberet, vetuti canopum , Pœcilem, Tempe vocaret ; et ut nihil prœmiUeiet, etiam inferos fi mit.
Parmi les ruines on distingue l’emplacement de plusieurs exèdres , du stade, du portique couvert pour les lutteurs, du péristyle, ou grande cour environnée de portiques, à côté duquel se trouvaient deux bibliothèques, l’une grecque et l'autre latine, et le logement des professeurs.
L'état de dégradation très-avancée dans laquelle se trouvent toutes ces ruines , ne nous permet pas d’en donner des details plus précis ni plus circonstanciés. Les personnes qui
désirent connaître les recherches que les savants et les architectes ont faites à diverses époques sur ccs objets, pourront consulter les ouvrages de Marri, Kircher, Cabrai, Del-Ré, etc.
Les édifices modernes qui se rapportent à l'instruction publique, sont : 1* les collèges; 3* les universités, accompagnées des cabinets de Physique , d'Anatomie , d’Histoire naturelle, de Mécanique; de Jardins de Botanique et d’Agriculture pratique, et d'une grande Bibliothèque ; 3" les Écoles de Beaux-Arts avec les Musées.
Collège».
Un grand Collège doit avoir, premièrement, une cour spacieuse, carrée, environnée de portiques; autour de cette cour, au rez-de-chaussée, seront disposées les classes. La grandeur des classes sera proportionnée au nombre des élèves; leur forme se rapprochera, autant que possible, du carré; leur élévation sera égale au moins à la largeur; elles seront voûtées, et recevront la lumière par de grandes fenêtres demi-circulaires, qui correspondront aux lunettes de la voûte en arêtes du portique. Un rang de bancs sera adossé au mur ; un second , un troisième rang , etc., parallèles à celui-ci, s'avanceront vers le centre; ils ne seront point trop acccumulés; les sièges auront un dossier et des appuis latéraux; la table, en face, sera inclinée à l'instar d'un pupitre, et aura des tiroirs pour placer les livres cl les autres objets servant à l’étude. La chaire du professeur sera placée au fond sur une estrade. On n'oubliera pas d'établir, dans le vitrage de» croisées, un ou plusieurs vasistas, pour faciliter le renouvellement de l'air.
Pour chauffer les classes en hiver, le meilleur moyen est d’établir un grand poêle dans une pièce séparée, d'où partiront des tuyaux de chaleur qui aboutiront dans chaque classe. La pièce dans laquelle sera placé le poêle sera assez vaste pour pouvoir sertir de foyer pendant les récréations lorsqu'il fait mauvais temps. Aux quatre angles du portique seront placés de grands escaliers pour monter aux étages supérieurs; sous les rampes pourront être placés plusieurs cabinets d’aisance inodores.
Un des cûtés du portique contiendra le réfectoire , qui correspondra à une cour destinée pour les cuisines. Le milieu de cette cour, qui devra être aussi vaste que possible, contiendra un potager. Elle aura une entrée particulière , et dans son pourtour se trouveront les cuisines , les lavoirs , la buanderie et le logement des cuisiniers , des domestiques et des personnes de service.
Une troisième cour sera placée du cûté opposé ; elle aura également une entrée indépendante ; dans le pourtour se trouveront les logements du proviseur, du censeur, des professeurs , qui pourront être placés au premier et au second étage. Mais au rez-dechaussée (qui sera assez élevé pour n'étre point humide) se trouveront de grandes salles environnées d'armoires numérotées, lesquelles servent pour déposer les effets des élèves. La lingerie sera placée dans une de ces salles, au milieu de laquelle on établira une grande table pour le repassage du linge. A cûté des salles susdites se trouveront plusieurs cabinets pour peigner les élèves et pour d’autres usages de propreté. L’infirmerie pourra être située dans te corps de bâtiment dont nous parlons. Cette infirmerie sera composée: 1“ d’un certain nombre de cellules qui correspondront a un vaste corridor ; 2’ de chambres pour les gardes-malades ; 3" d’une cuisine pour faire chauffer les tisanes et pour préparer les médicaments ; U d'une salle à manger et d'une salle de récréation pour les convalescents.
La salubrité et les mœurs s’opposent également à l'usage des dortoir», où les élèves couchent en commun. Chacun d'eux doit avoir une cellule séparée ; toutes ces cellules
auront leur entrée dans un vaste corridor, au bout duquel se trouveront les chambres
des maîtres du quartier.
Un jardin doit être annexé au Collège ; on disposera dans ce jardin un jeu de paume, des balançoires, des jeux de bague, un local pour s'exercer au tir de l'arquebuse , une espèce de stade destiné pour la course; enfin, on y réunira tous les amusements qui contribuent à développer et à perfectionner les facultés physiques.
Un grand Collège aura aussi son école d’équitation , composée d'un manège couvert autour duquel seront les écuries et le logement des personnes attachées à cet établissement.
Une salle pour le Dessin , une pour la Musique, et un petit théâtre, complètent l'ensemble des parties qui composent un grand Collège.
Université*.
Par ce nom nous désignons spécialement le local où l’on enseigne les hantes sciences. Il arrive rarement que l’on puisse renfermer dans une seule et même enceinte les Vastes et nombreuses parties qui composent une Université complète; car l’enseignement de plusieurs sciences exige des collections dont chacune occupe un grand local.
La physique expérimentale requiert un amphithéâtre , accompagné d’une galerie où l’on puisse y distribuer en bel ordre les machines et les appareils dont on se sert pour faire les expériences. L'amphithéâtre de Physique de l'Université de Pavie est un de» plus beaux que l’on connaisse, ainsique le cabinet des machines qui lui est annexé. II a une forme demi-circulaire. Les bancs, également demi-circulaires, s'élèvent par échelons jusqu’à environ la moitié de la hauteur de l'enceinte, laquelle est décorée, dans là partie supérieure, d’une magnifique colonnade en marbre. La voûte est ornée avec élégance. Un cabinet de Physique est composé d'une vaste galerie, dans le pourtour de laquelle se trouvent des armoires bien décorées , dont les devantures sont en glace. Cest là que les machines et les appareils les moins volumineux sont déposés ; les autres peuvent se placer au milieu de la galerie et au-dessus des armoires. Ces appareils et les machines doivent être classés suivant les diverses branches de la scicuce à laquelle ils servent.
L’enseignement de l’Anatomie requiert : 1“ un amphithéâtre dans le genre de celui de Physique, mais d'un style sévère et lugubre, analogue aux objets qu'on y expose. L’amphithéâtre de l’École de Médecine de Paris offre un bel exemple de ce genre. A côté de l'amphithéâtre doivent se trouver plusieurs pièces pour les dissections et les préparations anatomiques; une d’entre elles doit avoir une grande cheminée analogue à celle des cuisines. Ces diverses pièces correspondront a une cour, qui aura une entrée particulière, et qui sera munie d'une pompe ou d'une fontaine; elle» contiendront des tables épaisses en marbre : des cabinets contigus serviront pour y déposer les cadavres. Tous ces lieux doivent être parfaitement aérés et tenus avec une grande propreté.
Une grande galerie contiendra : 1° les préparations anatomiques soit en nature, soit en cire; 2“ une collection d'instruments et d’appareils de chirurgie; 5* une collection d'Anatomie comparée.
Les diverses branches de l’Histoire naturelle exigent de» emplacements encore plus étendus pour y disposer les produits principaux des trois règnes de la nature. L’amphithéâtre pour les démonstrations doit être accompagné d'un laboratoire de Chimie, afin que l'on puisse y effectuer les expériences que l'enseignement de la Minéralogie exige.
Le* collections relatives à l’Histoire naturelle sont de trois espèces : 1a première concerne la Minéralogie ; la seconde a rapport à la Zoologie ; la troisième , enfin , à la Botanique.
Un cabinet de Minéralogie complet devra résulter de trois parties distinctes. L’une renfermera la collection de Minéralogie proprement dite , et l'on y verra des échantillons de tous les genres et de toutes les espèces , classés régulièrement dans des armoires adossées au mur. et dont la devanture sera garnie de glaces. Ces armoires ne devront pas être trop élevées, afin que l’œil puisse discerner aisément tous les objets. Les échantillons les plus volumineux seront placés au-dessus des armoires , ou bien au milieu de la salle , sur des supports en forme de piédestaux. De* modèles de Cristallographie compléteront cette première partie.
La seconde partie du cabinet de Minéralogie sera consacrée à la Métallurgie. On y verra d'abord les appareils docimastiques, qui servent à essayer la qualité des mines; puis les modèles des instruments et des machines qui servent à l'exploitation des mines , tels que les sondes, les boenrds , les lavoirs, les fourneaux pour la fonte et pour le raffinage , les machines soufflantes, les bourdons et les cylindres de toute espèce ; les grues, potences, enclumes, tenailles, marteaux et martinets qui garnissent une grande forge, etc.
Des échantillons du travail progressif opéré par tous ces instruments et ces machines les accompagneront. De grandes cartes géologiques et topographiques, relatives aux mines, couvriront les murs.
La troisième partie, qui aura spécialement rapport aux applications de la Minéralogie, sera susceptible d'une décoration riche et élégante. Les roches, les marbres les plus rares et quelques productions métalliques, seront façonnés en forme de vases, de colonnes, d’urnes, de trépieds , etc. ; des ornements en bronze doré en relèveront l’éclat. Les pierres dures offriront de riches mosaïques , des incrustations à l’instar de celles usitées à Florence. A côté des substances qui servent pour former les poteries , les porcelaines et les cristaux, on trouvera les objets confectionnés qui s’y rapportent.
Une collection d'ouvrages en argile, antiques et modernes , classés par ordre chronologique, facilitera l’étude des progrès et des variations de celte branche importante de l'industrie.
Le cabinet de Zoologie contiendra des animaux empaillés, préparés ou conservés dans l'esprit de vin , de toutes les espèces qu'il sera possible de se procurer; Ils seront classés suivant le système de Linnéc, ou suivant celui que les professeurs auront jugé plus convenable. Des collections d'animaux fossiles et de substances animales pétrifiées , un cabinet d'Anatomie comparée, des ateliers pour les préparations , feront partie du cabinet zoologique.
La Botanique exige un cabinet et de vastes jardins. Le cabinet, à l'instar de celui de Florence, contiendra : 1* des modèles en cire colorée des productions végétales qui ne peuvent se conserver sans altération ; 2“ des préparations qui serviront à faire connaître la contexture des bois, des feuilles et des autres objets relatifs à la Physiologie végétale.
Dans le jardin on réservera un emplacement destiné pour les plantes officinales , un vaste bassin pour les plantes aquatiques, un bosquet pour les arbres de haute futaie, une colline artificielle, disposée de manière à offrir un endroit chaud, bien abrité, et convenablement incliné , pour certaines plantes qui exigent cette exposition.
Les arbustes seront placés dans des bandes assez étroites pour qu'on puisse les voir et les examiner de près, sans être obligé d'entrer dans ces bandes, au risque de les dégrader.
Les serres chaudes qui doivent être annexées à un jardin botanique sont de deux
sortes. La première, analogue à une orangerie ordinaire, doit contenir les arbustes placés dans des caisses et dans des vases qu'on y abrite pendant l'hiver. Cette orangerie aura de grandes fenêtres en arcades, tournées vers le midi, et contiendra un nombre de poêles proportionné à sa grandeur, pour ia chauffer au degré convenable, d'après l’indication du thermomètre qui y sera suspendu.
La seconde espèce de serre se distingue en ce que la face qui regarde le midi est couverte d'un vitrage incliné que l’on peut ouvrir et fermer à volonté , et que , pendant l’hiver, on couvre, en tout ou en partie, par des paillassons, que l’on relève ou que l'on abaisse à volonté.
Dans celte serre, de longues caisses placées en amphithéâtre et par échelons reçoivent les arbustes qu’on veut y planter. Les arbustes que l'on cultive dans les serres exigent des degrés de chaleur plus ou moins forts, suivant leur nature; voilà pourquoi il est convenable que la grande serre soit séparée en plusieurs parties, aSn que l'on ait la faculté de les chauffer plus ou moins.
Lorsqu'un jardin botanique est assez vaste pour offrir des espaces libres, sans destination spéciale , on peut les employer utilement en y cultivant des plantes médicinales à l'usage des indigents.
Le magnifique Jardin des Plantes de Paris est embelli par un accessoire aussi instructif qu'amusant , et qui forme un objet d'admiration pour les étrangers : c'est la ménagerie dont la distribution élégante et pittoresque est digne des plus grands éloges. Les animaux herbivores parcourent librement un enclos destiné i chaque espèce en particulier; là ils se livrent librement aux habitudes qui leur sont propres, et ils offrent ainsi un moyen bieu précieux d'étude aux naturalistes, en même temps qu’ils jouissent d'un bien-être incompatible avec la triste captivité à laquelle ils sont ordinairement condamnés dans des huttes très-resserrées. Une petite fabrique dessinée avec goût est placée dans cet enclos; elle représente ou une chaumière suisse, ou une tour délabrée , ou un pavillon simple et élégant, etc. ; et elle offre un abri aux animaux et un objet de décoration au paysage environnant.
Les clôtures des enclos sont formées par des treillages rustiques , dont les enlacements variés sont en général d'un bon choix.
Une longue fabrique, dont la façade est ornée de pilastres doriques isolés, et les flancs, de deux pavillons saillants surmontés par un fronton , contient les cases pour les animaux féroces. Ces cases, fermées par des grilles, sont amples et donnent la facilité de les nettoyer, en faisant passer l’animal dans une case contiguë. Un corridor règne derrière les cases , et la saillie des pavillons a donné le moyen d'établir une grille à hauteur d'appui, pour empêcher que des spectateurs imprudents ne s'approchent de trop près. Les pavillons servent de logements aux gardiens.
Une boucherie à l'usage de cette ménagerie est établie dans un bâtiment qui en est peu éloigné. Pendant la nuit de gros chiens dogues veillent autour de la ménagerie.
Une grande écurie circulaire, ayant plusieurs grandes niches dans le pourtour, sert de logement à l 'éléphant, au bison d'Afrique, aux chameaux , aux chevaux et aux vaches d’espèces exotiques. Au dehors se trouve un emplacement environné d'une forte clôture en bois , surmontée de pointes en fer ; un bassin est pratiqué dans cet emplacement : c'est là que l'éléphant peut se promener et se baigner.
Les oiseaux aquatiques ont des enclos qui leur sont appropriés, au milieu desquels se trouve une nappe d'eau.
Les oiseaux de rapine sont enfermés dans des cases dont la devanture est garnie d’un treillage. Les oiseaux du paradis, les oiseaux mouches, et plusieurs espèces accoutumées
à une température chaude, sont dans un lieu clos, chauffé par des tuyaux de chaleur. Non loin de là les singes ont des cases qui leur sont destinées. Les mœurs exigeraient que l'entrée de ce dernier local ne fût pas permise aux femmes ; car les habitudes extrêmement obscènes de ces animaux leur présentent un spectacle qui n'est nullement édihant.
L’Agriculture pratique doit avoir un local qui lui soit spécialement destiné. Il serait à désirer qu’il fût assez vaste pour former une espèce de ferme expérimentale. On y verra des modèles de culture de toutes les espèces , des échantillons des diverses espèces de terrains, d’engrais, etc. Une galerie contiendra la collection des instruments et des machines aratoires les plus parfaites ; des modèles suppléeront à celles que l’on n'aura pas pu se procurer en nature.
La ville de Paris, riche en établissements scientifi>|ues de toutes les espèces, contient un immense dépût consacré à l'industrie, et dans lequel sont rangés les modèles ou les machines en nature qui servent aux Arts et aux Manufactures. Cet établissement, unique dans son genre, et auquel sont annexés des Cours extrêmement utiles de Mécanique, de Chimie et d'Économic industrielle , devrait servir de modèle pour en ériger d'analogues dans les principales villes manufacturières; avec celte différence cependant que celui-ci embrasse toutes les branches de l'industrie, tandis que ceux-là ne seraient affectés qu'à la branche principale cultivée dans chacune de ces villes. Lyon, par exemple, aurait un Conservatoire qui contiendrait tout ce qui peut faciliter les progrès de l'art de confectionner les étoffes en soie.
École det Beaux-Art*.
Cinq espèces d’enseignement forment l'objet spécial d'une école complète des Beaux- Arts , savoir : 1* la Peinture , 2° la Sculpture , 3" l'Architecture , 4* la Gravure , 5” l’Ornement.
L'école de Peinture exige au moins trois classes; la première, destinée pour les commençants, aura un nombre de tables et de bancs proportionné à la quantité probable d'élèves. A la partie posléricurade chaque table on placera des tringles et des supports pour y attacher les dessins qui servent de modèles. Des lampes à réflecteur horizontal seront suspendues au-dessus des bancs pour le travail du soir. Les bancs seront assez éloignés pour qu’on puisse circuler librement tout autour.
La seconde classe sera placée dans une salle ornée de modèles en plâtre moulés suites statues et les bustes antiques les plus célèbres. Chaque modèle sera placé sur un piédestal isolé, dont la partie supérieure, garnie de manettes, sera soutenue par un pivot qui lui permettra de tourner , et cela pour que l'élève puisse dessiner la statue dans des positions diverses. (La Vénus de Milo, au Musée, a un piédestal disposé de la manière que nous venons d'indiquer.) Cette classe recevra le jour d'eu haut, si cela est praticable.
La troisième classe est pour le modèle vivant , que l’on placera sur une estrade élevée. Un grand lustre sera suspendu à la voûte de la salle; cc lustre devrait avoir des réflecteurs mobiles pour que le professeur eût la faculté de varier à son gré les effets de lumière.
Les classes que nous venons d'indiquer servent également aux peintres et aux sculpteurs; mais ceux-ci doivent avoir une salle particulière qui leur serve d'atelier, pour préparer ce qui est relatif à la formation des ouvrages en plastiques.
La classe d'Architccturc sera conformée à peu près comme celle du dessin élémentaire. Les murailles seront garnies de tablettes supportées par des modillons de forme
élégante, sur lesquelles on déposera des modèles de chapiteaux, de frises, des fragments d'cntahlement, et d'autres objets relatifs à ce genre d'étude.
Une école de Beaux-Arts ne sera pas complète si elle ne renferme une classe destinée à l'élude des Ornements. Cette étude est profitable non-seulement aux architectes, aux peintres et aux sculpteurs , mais elle peut avoir une influence très-marquée sur les progrès de l'industrie. En effet, la prospérité d’une foule débranchés de commerce déjiend essentiellement du choix des formes, de la pureté, de l’élégance des ornements; tels sont l’Orfèvrerie, la Bijouterie, les bronzes dorés, les porcelaines et les cristaux, les meubles et les étoffes façonnées.
L’école des Beaux-Arts de Milan possède une excellente classe d'Orncmcnls qui a été fondée par le célèbre Giocondo Albertolli , et qui a influé singulièrement à répandre dans cette capitale le goiit des belles formes et des ornements bien choisis. Aucune autre ville n’a produit un aussi grand nombre d'excellents peintres de décorations pour le théâtre, de peintres décorateurs à fresque, de shicaleur * et de sculpteurs d’ornements en bois. Le brillant résultat produit par l'école d'Ornemcnls établie à Milan devrait exciter les autres capitales d'Europe à imiter cet exemple.
Une riche collection d'ornements moulés sur l'antique on sur les belles productions de ce genre qui se voient dans les édifices du quinzième siècle en Italie, sera annexée! la classe dont nous parlons.
L’école d’Architccture aura également une collection de modèles en piètre des ohefsd’œuvre de l’Architecture antique et moderne , et des fragments antiques de chapiteaux et d'entablement. M. Dufourny a formé une très-belle collection dp cette espèce; clic appartient maintenant au gouvernement ; on la placera dans une galerie qui fera partie des bâtiments de la nouvelle école des Beaux-Arts, à l’ancien couvent des Pelits-Angustins.
Munées.
Les Musées, dont l’utilité ne se limite point i présenter d'excellents modèles aux artistes, servent à répandre généralemcment l’amour des Arts et à propager le sentiment du beau et le bon goût. Sous ce rapport, ils contribuent aux progrès des arts mécaniques qui ont pour base le dessin.
Le Musée de Paris sc place au premier rang par la beauté du local , par la belle disposition et par la variété des objets qu'il contient. Il n’y a que le Musée du Vatican qui puisse lui disputer la prééminence. Un court examen comparatif de ces deux établissements admirables ne sera pas sans quelque intérêt.
Le Musée du Vatican renferme la collection d’ Antiques la plus nombreuse qui existe au monde. Six ou sept cents statues, plus de mille bustes antiques, une innombrable quantité d'inscriptions, de cippes, sarcophages, urnes, candélabres, vases et fragments d’Architecturc , sont disposés dans une trentaine de salles , dont plusieurs décorées avec une grande magnificence, et dans deux grandes galeries que le pape régnant a fait disposer. L’une des deux a été ouverte le mois de février dernier, et elle forme un des plus beaux morceaux d' Architecture moderne, par sa régularité, par le choix des proportions, parle godt exquis des ornements.
On admire dans l’immense collcclion du Vatican plus de trente chefs-d'œuvre du premier ordre, parmi lesquels l'Apollon , le Laocoon , le Torse , occupent le premier rang. Des mosaïques antiques, précieuses sous le double rapport de fart et de l’érudition, ornent le pavé de la nouvelle galerie , et de plusieurs salles. Les objets sont en général bien disposés , mais un peu accumulés. La grande magnificence de quelques salles fait
paraître les autres uu peu mesquines. Toutes les parties ne présentent point en général un ensemble aussi harmonieux que les galeries (les Antiques du Musée de Paris.
Celles-ci ne contiennent qu’environ le tiers du nombre des objets équivalents que possède le Vatican ; les cbefs-d’œuvre n'y sont pas non plus aussi nombreux : mais on y admire le bel ordre, l'élégante distribution des objets, la belle et riche décoration des salles, qui forment de longues enfilades, se communiquant l'une à l'autre sans interruption ; ce qui offre un ensemble ayant plus d'unité, plus d’homogénéité, et plus de régularité que n'en présente le Musée du Vatican : les pièces qui composent ce dernier ne se trouvent point à un même étage, et celles d'un même étage ne sont pas toutes de niveau.
Toutes les salles du Musée des Antiques à Paris ont un beau pavé en rfiarbre. Quelques-unes de celles du Vatican ont un pavé plus précieux, en mosarque antique; mais les autres à côté ne sont pavées que de briques. Plusieurs des pièces du Musée de Paris ont un magnifique revêtement en marbre qui couvre tous les murs; celles du Vatican ne jouissent point de cet avantage.
Outre les galeries des Antiques, le Musée du Vatican , ainsi que celui de Paris, contiennent plusieurs autres collections très-précieuses.
Au Vatican, une très-belle galerie, dont les murailles sont couvertes de cartes géographiques peintes h fresque et entourées de riches ornements en peinture et en stuc, introduit dans un grand appartement où sont disposées les belles tapisseries exécutées d’après les cartons de Raphaël. De là on passe dans un second appartement où l’on-voit les admirables peintures de Raphaël, que d'innombrables gravures et spécialement celles de Volpato , ont fait connaître aux amateurs qui n'ont pas pu les visiter. En sortant de ce second appartement, on trouve les fameuses loges dites de Raphaël, où ce grand peintre a exécuté ou fait exécuter par ses élèves un nombre prodigieux d'arabesques admirables par la beauté des formes et par la variété inépuisable des sujets.
Un autre appartement au dernier étage contient trente chefs-d’œuvre de Peinture, parmi lesquels on admire la Transfiguration de Raphaël et la Communion de saint Jérôme, qui, pendant plusieurs années, ont fait le plus bel ornement de la galerie du Louvre.
Tel est l'ensemble des objets qui composent le Musée du Vatican, auquel est annexée la bibliothèque et plusieurs cabinets qui en dépendent, et qui contiennent une grande quantité de vases étrusques , de médailles , d'instruments et de meubles antiques.
Le Musée de Paris, outre les autiques, contient environ 1400 tableaux des plus fameux maîtres de toutes les écoles , parmi lesquels on remarque plusieurs chefs-d'œuvre. Ces tableaux sont disposés avec un ordre admirable dans le salon d'entrée et dans la galerie , qui surpasse en grandeur et en magnificence toutes les autres connues.
Cette galerie, qui a 1458 pieds de longueur et seulement 50 de largeur, aurait présenté une disproportion choquante si l'on n’avait pris le parti de la séparer en plusieurs portions par de grandes arcades , que des groupes de colonnes en marbre soutiennent : ces arcades offrent en même temps une décoration d’un genre noble et magnifique.
Un socle à hauteur d'appui , formé par un revêtement en marbre , suit le pourtour de toute la galerie. La lumière est introduite par le haut dans quelques-unes des subdivisions de la galerie, et par les fenêtres dans les autres , ce qui forme des effets d'ombres très-pittoresques.
La voûte est ornée de compartiments à caissons peints et dorés.
Le Musée de Paris contient en outre une très-belle collection de dessins et une de vases étrusques.
Au résumé, le Musée du Vatican est plus riche en antiques, et celui de Paris a nn pins grand nombre de tableaux de toutes les écoles.
Les galeries de tableaux doivent, autant que possible, recevoir la lumière d’en haut; et lorsque cela ne se peut , les grands tableaux, au lieu d'étre suspendus à la muraille, seront placés debout par terre, et on leur fera faire un angle plus ou moins ouvert avec cette muraille, pour qu’ils puissent recevoir la lumière de la manière la plus favorable. Tel est le parti que l'on a adopté au Vatican; ce parti permet de voir de près le tableau et de bien étudier la touche du maître et le maniement du pinceau.
Les petits tableaux peuvent être suspendus à charnière sur un des côtés latéraux , à l’instar des portes; ce qui permet de les faire tourner plus ou moins pour profiter du jour le plus favorable. Les plus beaux tableaux de la galerie Borghète, à Rome, sont ainsi suspendus.
Bibliothèque t.
Les grandes Bibliothèques sont composées de vastes galeries, qui ont les murailles couvertes d'armoires pour y ranger les livres. Ces armoires s'élèvent jusqu’à la naissance de la voûte, et ont, au tiers à peu près de la hauteur, un balcon praticable, auquel on moule par des escaliers circulaires placés dans les encoignures.
On doit éviter soigneusement dans la construction d'une Bibliothèque tout ce qui pourrait favoriser les incendies; toutes les pièces seront voûtées; on n'établira aucuu tuyau de cheminée , ni aucun poêle qui soient insérés dans les murs contre lesquels les livres sont appuyés. Pour la commodité des étudiants, pendant l'hiver, on placera une ou deux salles contiguës à la Bibliothèque, mais séparées. Ces salles seront chauffées par des tuyaux de chaleur aboutissant à un poêle placé au rez-de-chaussée.
Le toit de la Bibliothèque doit être garni de paratonnerres; la cour aura une pompe susceptible de fournir de l’eau abondamment, et d'étre convertie en pompe à incendie en cas de besoin.
On disposera des galeries soit pour les manuscrits , soit pour les estampes , soit enfin pour les médailles et autres objets d'érudition. A côté de la Bibliothèque se trouveront les logements des personnes qui y sont attachées ; mais ces logements, qui ne seront pas adhérents au corps des bâtiments affectés spécialement à la Bibliothèque, seront disposés de manière à éloigner la possibilité qu'ils puissent devenir une cause d’incendie.