CHAPITRE V
Des Edifices qui servent aux réunions publiques.
Placée publique ».
Les places publiques des anciens sont décrites par Vitruve dans le cbap. I" du V* livre, ainsi qu'il suit :
« Le forum, place publique chez les Grecs, est carré; un double et ample portique l’environne tout autour. Ce portique, surmonté d'architraves en pierre ou en marbre, a des galeries au-dessus.
» En Italie , l'usage étant de donner des combats de gladiateurs dans ces places, cette circonstance exige que le portique ait des entre-colonnemenls plus larges, et que sous ce portique soient placées des bouliques, etdes galeries au-dessus ( meniana ), où seront disposés les bureaux des receveurs publics.
ÉDIFICES POUR LES RÉGNIONS PI BLIQÜES. 2f>9
• La grandeur de la place sera proportionnée à la population de la ville; on évitera qu'elle soit trop petite lorsqu'elle sera très-fréquentée , et réciproquement , qu’étant trop grande, elle ne paraisse déserte. Elle aura en largeur les deux tiers de la longueur.
« Les colonnes du second étage doivent être moins élevées d'un quart que celles du premier , parce que le bas étant plus chargé doit avoir plus de force. »
La méthode antique de donner aux portiques autant de largeur que les colonnes ont de hauteur , a pour objet d’éviter que le soleil , la pluie ou la neige , ne puissent atteindre les personnes qui y stationnent ou qui s’y promènent.
Léon-Baptiste Alberti prescrit que les édifices qui environnent une place ne soient pas plus élevés que le tiers de la largeur , ni moins que la sixième partie.
L’entrée de plusieurs places antiques était décorée par des ares de triomphe, ainsi qu'on l’observe dans les magnifiques débris du Forum romain; au milieu étaient érigées des statues équestres ou des colonnes triomphales.
Plusieurs édifices publics avaient l’entrcc sur ces places, tels que les basiliques, les curies, le trésor public, et les prisons.
basiliques.
Les basiliques étaient des salles spacieuses analogues aux bourses modernes, et dans lesquelles se réunissaient les marchands et les plaideurs, pour parler de leurs affaires.
« Les basiliques, ditVitruve, doivent être situées dans un lieu chaud et bien abrité, afin que ceux qui les fréquentent journellement , pendant l’hiver, pour le trafic, ne soient point incommodés par l’inclémence de l'air. Leur largeur ne sera pas moindre du tiers de leur longueur , ni plus de la moitié, si ce n’est quand le local s'oppose d'une manière absolue à l’adoption de cette proportion.
« Si la longueur du local est grande , on formera aux deux bouts des chatcidiqucs. (Suivant l’opinion d'Alberti et celle de Palladio, qui sont très-probables, cette partie, nommée clialcidica ou causidica , était un tribunal où le prêteur et les juges siégeaient.) La Basilique Julienne d’Aqtiilinus a des chalcidiques à ses deux extrémités.
« La hauteur des colonnes des basiliques sera égale à la largeur des portiques, et cette largeur sera le tiers de l'espace du milieu. Les colonnes d'en haut doivent être plus petites que celles d’en bas, comme il a été dit précédemment. Le soubassement de l'ordre supérieur ( pluteus ) doit avoir de hauteur les trois quarts de ces mêmes colonnes, afin que ceux qui se promènent dans la galerie supérieure ne soient point vus des gens qui trafiquent en bas. Les architraves , les frises et les corniches auront les proportions attribuées aux divers ordres.
» Les basiliques sont susceptibles de majesté et d'élégance. J’en ai fait construire une à Fano (dit Vitruve) disposée ainsi qu'il suit : La nef du milieu a 120 pieds de long et l‘0 de large. Les portiques ont 20 pieds de largeur. Les colonnes, y compris les chapiteaux, ont 50 pieds de haut et 5 de diamètre; elles ont derrière elles des pilastres de 20 pieds de haut , larges de 2 pieds et demi, et ayant une saillie d'un pied et demi pour soutenir les pou très qui portent les planchers, lesquels divisent le portique en deux galeries l'une au-de ssus de l'autre. Ces pilastres s’élèvent dans la galerie du haut à 18 pieds au-dessus du plancher et soutiennent le toit qui couvre les galeries, ün espace ouvert se trouve entre ce toit et l’architrave des grandes colonnes pour donner du jour à la salle.
« Quatre colonnes sont placées à chacun des deux bouts , et huit à un des longs côtés , y compris celles des coins; mais le côté opposé n'en a que huit, parce que les deux du pailicu sont ôtées, afin quelles n’cmpéchent pas de voir le temple d'Auguste, lequel est
au milieu de celle face qui regarde la place publique. Dans le temple d'Auguste se trouve un tribunal qui a la forme d’un demi-cercle coupé, ayant 46 pieds sur 15. Par cette disposition , les personnes qui trafiquent dans la basilique ne dérangent point les plaideurs qui sont devant les juges.
« L'architrave des colonnes est composée detrois poutres, adossées, surchaquccntrecolonnement. Cette architrave est interrompue et fait un retour d'équerre daas la partie ouverte qui correspond au temple d’ \uguste.
« Le toit ne repose pas immédiatement sur l'architrave , mais sur d’autres poutres parallèles à cette architrave, élevées, de 5 pieds au-dessus , par des massifs en maçonnerie carrés et ayant 4 pieds de côté.
« La disposition susdite épargne beaucoup de peine et de dépense, par la suppression des ornements que l'on place ordinairement au-dessus des architraves; en adoptant un seul ordre, on lui donne plus de majesté et de magnificence. •
Curies.
Les édifices qui portaient ce nom servaient pour donner audience aux ambassadeurs, et pour les séances du sénat ou des principaux magistrats. Rome avait plusieurs édifices de cette nature, tels que la Curia llostitia, la Curia Pompeii, la Curia Jvgusti et plusieurs autres. Le sénat ne s’assemblait pas toujours dans le même lieu, cl cc n'était pas toujours dans une des curies, mais il était souvent convoqué dans un des temples principaux ; le lieu où il s'assemblait le plus fréquemment était la Curia Hoslilia, située sur le Forum.
Voici ce qne Vitruve nous apprend relativement à cette sorte d’édifice , dont nous ne pouvons avoir une idée bien distincte, car on ne connaît ni à Rome , ni ailleurs, aucun vestige authentique des curies.
« La curie sera proportionnée à la grandeur et à la dignité de la ville. Si la forme de son plan est carrée, sa hauteur surpassera de moitié la dimeusiou d’un des côtés. Lorsque la longueur excède la largeur, la hauteur se détermine alors en prenant la moitié de la somme des deux autres dimensions.
« Les murs auront intérieurement, à la moitié de leur hauteur, une corniche saillante, soit en menuiserie , soit en stuc. Le but de cette partie saillante est d’empêcher que la voix des orateurs ne s’élève en entier vers le haut, et de faire en sorte qu'elle parvienne mieux aux oreilles des auditeurs en se réfléchissant. »
Indépendamment des forum , des basiliques et des curies, les anciens avaient plusieurs autres édifices qui , outre leur destination spéciale , servaient aussi pour se promener et se réunir : tels étaient les paies Ires et les xystes chez les Grecs, dont nous avons parlé page 255 ; les thermes chez les Romains, cl les promenades couvertes auprès des théâtres.
Promenades à couvert.
Auprès des grands théâtres les anciens plaçaient des promenades couvertes qui souvent étaient composées de plusieurs rangs de colonnes disposées en quinconce, comme les allées d’un bois régulier, et qui avaient aux quatre angles des escaliers pour monter à une terrasse placée au-dessus. Il existe encore à Rome quelques restes du Portique de Pompée , qui se trouvait à un petit éloignement du théâtre ainsi nommé. Le Portique d’Oclavie parait avoir servi de promenoir annexé au théâtre de Marccllus. Voici, au surjplus , ce que Vitruve dit de ces portiques :
« Derrière les théâtres doivent se trouver des portiques, afin que, quand il surviendra inopinément des pluies au milieu des représentations, le peuple puisse y trouver un abri en sortant du théâtre, comme on l'a pratiqué à l’égard du théâtre de Pompée à Rome, et à ceux d’Eumènes et de Bacchus à Athènes.
“ Les portiques doubles attenant aux théâtres seront d’ordre dorique à l’extérieur. Leur disposition doit être telle, que les distances entre les rangs de colonnes soient égales à leur hauteur. Les files internes pourront être plus élevées d’un cinquième j que celles des coiondes extérieures , et seront ou ioniques ou corinthiennes. »
Places publiques.
Les places publiques des anciens étaient désignées par le nom de forum, ainsi que nous l’avons dit : aucun forum n’a été plus célèbre que le Forum romain, soit par l'importance des événements dont il a été le théâtre , soit par la magnificence des monuments qui l'environnaient.
Description du Forum romain.
Les vestiges de celte fameuse place se voient au Campo-Vaccino, situé entre le mont Capitolin et le mont Palatin , dans un vallon qui se trouve à la proximité du Tibre. En comparant les auteurs anciens qui ont parlé du Forum , avec les ruines existantes , on reconnaît que sa forme devait élrc quadrilatère, de 200 pieds environ de largeur moyenne sur 550 à peu près de longueur réduite. Les monuments suivants garnissaient le cOté septentrional, immédiatement au-dessous du Capitole.
!• L’arc de Scptiine-Sévèrc , qui servait d’embouchure à la rue nommée Clivus Capitolinus, par laquelle on montait du Forum au Capitole. Cet arc , qui a remplacé celui de Tibère , fut érigé l’an 205 de l’ère chrétienne. Il est composé de gros blocs de marbre blanc : trois portes cintrées sont forées dans le massif; celle du milieu est bien plus grande que les deux autres; quatre colonnes composites ornent les deux façades; au-dessus de l’ordre, se trouve un attique fort élevé. Il était autrefois surmonté par un char à six chevaux en bronze dans lequel étaient placées les statues de Sévère, de Caracalla et de Gela; deux statues de soldats à cheval et deux à pied complétaient celte magnifique décoration. Le lecteur pourra se faire une idée plus précise de la conformation de cet arc, en examinant l’are du Carrousel, qui en est une imitation , améliorée il est vrai, mais non pas aussi somptueuse que l'original. On remarque à l'arc de Scptimc-Sévère, des traces non équivoques de la décadence des arts, qui, â l'époque de sa construction, était déjà bien prononcée.
2” Le MiHiarium aureum, qui était une colonne où commençaient les divisions mi/liaires de toutes les roules militaires de l'empire, de la même manière que la numération des bornes milliaires des roules de France commence au parvis Notre-Dame. En faisant des fouilles auprès de l’arc de Scptimc-Sévère , on a trouvé un massif circulaire qui servait de base à c emilliarium aureum in capite romani Fori statutum.
5" Le temple de Jupiter tonnant, construit par Auguste en action de grâces de ce que la foudre, qui avait tué un de ses esclaves, l'avait épargné. Ce temple, placé sur le penchant du mont Capitolin, avait son portail sur le Forum auprès du milliarium et de l’arc de Septime-Sévère. Ce fut le premier temple à Rome dont les murs furent construits avec de gros blocs de marbre blanc. Les colonnes qui en formaient le pourtour étaient monolithes, en marbre grec, d’ordre corinthien et cannelées : elles avaient 41 pieds de hauteur. Il en existe encore trois avec une portion d’entablement, qui, par l'élégance et
par la beauté des formes et des proportions, présente un objet d'étude très-précieux pour les architectes ; c’est un des modèles qu’ils affectionnent le plus. Andrea Fulvio nous apprend que , dans le quinzième siècle, des Romains ( indignes de ce nom ) ont détruit ce magnifique monument pour faire de la chaux avec le marbre dont il était composé.
4° A côté du temple de Jupiter tonnant se trouvait celui de la Concorde , bâti par Auguste , sur l’emplacement d'un édifice plus ancien ou les sénateurs et les magistrats se réunissaient souvent pour parler des affaires d'état. On ne voit maintenant que quelques débris de ce temple, lequel étant, comme le précédent, construit en marbre blauc , eut le même sort, malgré les réclamations énergiques adressées par Fulvio à Innocent IV contre ce déplorable vandalisme.
Du côté occidental, en partant du temple dont nous venons de parler, on trouvait d'abord une rue qui montait au Capitole et dont on voit encore les vestiges; puis le temple de Vespasien (nommé improprement temple de la Concorde). Le péristyle de ce temple était composé de colonnes ioniques monolithes, de granité, il en reste encore huit. Ce temple ayant été restauré dans les temps barbares, on y aperçoit les traces de la décadence de l'art qui régnait alors. Les parties de ce temple qui étaient en marbre furent réduites en chaux, ainsi que les temples de Jupiter tonnant et de la Concorde.
Le Comice, place de médiocre grandeur, plus élevée que le Forum , se voyait ensuite. D'un côté du Comice se trouvait la Curia H ont ilia , où le sénat tenait ordinairement ses séances. Cet édifice, foudé par Tullus Hostilius , était élevé de plusieurs degrés au-dessus du Comice; il fut restauré par Sylla, et reconstruit par Auguste, qui changea son nom primitif en celui de Curie Julienne en l'honneur de Jules-César. Sur la place du Comice on voyait aussi la Basilique Porcienne, et un autre édifice nommé Grecoslatii , ou les ambassadeurs étrangers se plaçaient durant les délibérations du sénat relatives à leur mission. Des grilles ou des balustrades, p/utei, séparaient le Comice d’avec le Forum.
Auprès de là était placée la tribune aux harangues, qui fut nommée Boslrum parce qu'elle était décorée d'ornements en bronze ( rostri ) des galères prises dans un combat naval.
Auprès de la place du Comice, sur l'extrémité du côté occidental du Forum, se voyait le portail du magnifique temple de Castor et Pollux , transformé par Caligula en un vestibule qui introduisait dans le palais des Césars, placé par derrière, et dont il existe quelques ruines assez remarquables. Claude le rendit ensuite à sa première destination.
On voit encore trois magnifiques colonnes appartenant à ce temple. Quelques antiquaires les ont attribuées au temple de Jupiter stator, lequel devait se trouver dans un autre local , peu éloigné sur la Foie sacrée. Les colonnes dont nous parlons sont d'une beauté admirable; elles forment un ordre corinthien aussi élégant que bien proportionnné ; leur hauteur est de 46 pieds , y compris le chapiteau ; elles sont en marbre blanc et cannelées.
Sur le côté méridional qui fait face au Capitole, on trouvait d'abord le temple de Vesta, qui, comme tous les temples consacrés à cette déesse, devait être circulaire. C'est là que six vierges (vestales) veillaient à la conservation du feu sacré et du Palladium. Le temple de Vesta était à côté de celui de Castor et Pollux dont nous venons de parler, et les deux formaient un des angles du Forum.
Au-delà du temple de Vesta était situé celui de Jules-César; puis on voyait l’arc érigé par Fabius-le-Censcur à l'embouchure de la Voie Sacrée. Cet arc devait se trouver à peu près en face de celui de Seplime-Sévèrc.
Le quatrième côté du Forum était orné d’édifices non moios remarquables. On y voyait :
1° La fameuse Basilique Émi/ienne vantée par Cicéron comme un monument trèssomptueux. Elle était ornée d'un grand nombre de colonnes de marbre phrygien qui la divisaient en cinq nefs , dont celle du milieu beaucoup plus large que les autres. Elle fut construite pendant le consulat de Paul-Émile, l'an 704 de Rome et on dépensa à sa construction près de six millions, que César envoya des Gaules.
2" Le petit temple de Janus, en bronze. Ce monument n'avait que la hauteur suffisante pour contenir la statue du dieu , laquelle était haute de 5 coudées. Ce petit temple existait encore l'an 307 de l’ère chrétienne; il a été décrit par Procope.
3° Le temple de Saturne , où était le trésor public.
Ainsi le pourtour du Forum romain était orné par huit temples , par deux basiliques, une curie et deux arcs de triomphe.
Au centre s'élevait la statue colossale en bronze de Domilien, qui fut ensuite destinée à représenter Constantin. Plusieurs colonnes surmontées de statues étaient érigées sur le Forum. On voit encore la colonne que Smaragdus fit élever en l'honneur de l'empereur Phocas , l'an 608 de l'ère chrétienne. Ce monument, dépouillé de sa statue dorée , a 34 pieds de hauteur. A un petit éloignement de cette colonne se voient les soubassements de deux autres colonnes honoraires en granité, dont les débris sont couchés à côté.
Le Forum était pavé avec de grandes dalles en pierre dure. Plusieurs places modernes surpassent le Forum romain en étendue et en régularité; mais aucune ne lui est comparable par le grand nombre , la magnificence et la célébrité des monuments accumulés autour de son enceinte.
Des diverses espèces de places.
Les places modernes sont de différentes espèces :
1“ Celles qui , à l’instar des places décrites par Vitruve , ont des portiques garnis de boutiques, et servent soit pour la promenade habituelle, soit pour la réunion et les rendez-vous des gens d’affaires;
2" Celles qui précèdent les grands édifices , dont elles deviennent, pour ainsi dire , un accessoire qui contribue à les rendre plus apparents et plus magnifiques ;
3" Celles situées dans les endroits où plusieurs rues se croisent , et qui ne sont autre chose que de vastes carrefours ;
4” Celles où l'on tient les foires et les marchés ;
5" Les places d'armes destinées aux exercices et aux manœuvres militaires.
Places analogues aux fori des anciens.
La place Royale de Paris pourrait être classée parmi les places de la première espèce si elle était plus fréquentée. Le Palais-Royal a encore plus de similitude avec les places antiques.
Turin possède plusieurs places régulières de cette première espèce; mais la plus célèbre d'Europe est sans doute la place de Saint-Marc à Venise; elle est plus remarquable par sa magnificence que par son étendue, par la beauté de scs édifices que par sa régularité. Sa situation, qui présente de tous côtés des points de vue riches, variés ou étendus , la rend surtout admirable.
Elle résulte de deux places rectangulaires qui se réunissent à angle droit. La première,
qui est la pins grande, a d’un côté les Procuraties vieilles, édifice du quinzième siècle, d’une légèreté et d'une élégance admirables, quoique les détails offrent un peu de maigreur. Un portique sc trouve au rez-de-chaussée; le premier et le second étage sont formés par des arcades soutenues sur des colonnes. Deux arcades de chaque étage correspondent à une arcade du rez-de-chaussée. La frise du dernier entablement contient autant de fenêtres circulaires qu'il y a d'arcades à chaque étage. Ce même entablement est surmonté d'une crénelure légère ornée de vases. Le long de deux autres côtés sont placées les Procuraties neuves , qui forment maintenant une habitation impériale. Cet édifice somptueux , construit par Scamozzi , résulte de trois ordres superposés, formés par des demi-colonnes en relief. Les entre-colonnemenls renferment , au rez-de-chaussée, des arcades; au premier, des fenêtres cintrées, dont les impostes sont soutenues par de petites colonnes ; au second , des fenêtres rectangulaires ayant des frontons alternativement à arc surbaissé cl à triangle. Les frises , les timpans des archivoltes , les clefs des arcades, les soffites de ces mêmes arcades et des entablements sont richement sculptés. Le tout est construit en pierre dure d'Istric et appareillé avec le plus grand soin. Le portique du rez-de-chaussée, élevé de trois gradins au-dessus de la place, est pavé en carreaux de marbre rouge et blanc. Ce portique, ainsi que celui des Procuraties , est garni d'un grand nombre de cafés et de belles boutiques.
Le magnifique portail de l'église Saint-Marc occupe le quatrième côté de la grande place. Ce portique, construit dans le onzième siècle, est d'un genre d'architecture qui participe du grec-romain et du gothique. Des mosaïques et des revêtements en marbre grec le couvrent en totalité. Un grand nombre de colonnes en porphyre et en vert antique, placées l'une à côté de l'outre, soutiennent les voûtes des trois grandes arcades de ce portail, au-dessus duquel se trouve une terrasse, où l’on voit les quatre fameux chevaux qui ont figuré pendant quelque temps sur la place du Carrousel à Paris.
Le clocher de Saint-Marc sc trouve à l'intersection de la grande place avec la petite. Ce clocher, qui est un des plus élevés d'Europe, a été construit dans le quatorzième siècle; on monte jusqu'au sommet par des rampes douces qui n'ont point de gradins. Ces rampes se trouvent placées entre le mur principal et un mur intérieur parallèle. Une pyramide à base carrée surmonte le clocher, et elle supporte une grande statue creuse et tournante qui représente un ange et qui fait l'office de girouette.
Des boutiques environnent le clocher de trois côtés, et sur le quatrième côté on admire un petit édifice en marbre, orné de sculptures en bronze, qui fut construit sur les dessins de Sausovino, architecte et sculpteur fameux. Ce monument, aussi élégant que riche , renferme une salle destinée aux adjudications publiques.
La petite place a la vue sur la Lagune ; elle présente d’un côté la façade de la bibliothèque de Saint-Marc, construite par Sansovino. Cette façade, très-belle, a, au rez-dechaussée, un portique tout à fait semblable à celui des Procuraties neuves , dont il forme le prolongement. Le premier étage est aussi semblable à celui de ces mêmes Procuraties, à l'exception de l’entablement, qui a une frise très-élevée. Au-dessus de cet entablement se trouve une balustrade en marbre , surmontée de statues et de deux obélisques.
Le palais ducal fait face à la bibliothèque de Saint-Marc; c’est un grand édifice gothique, dont le rez-de-chaussée et le premier présentent de riches portiques à jour. Mais par un contre-sens bizarre , un mur plein , fort élevé, les surmonte et semble les écraser.
Du côté de la Lagune, deux grandes colonnes monolithes en granité égyptien, soutiennent le lion de Saint-Marc et la statue de Saint-Théodore. Sur la grande place sont
plantés trois mâts dans de magnifiques piédestaux en bronze , et servent pour y arborer des pavillons les jours de fêtes.
La place de Saint-Marc est très-remarquable sous le rapport de l'Histoire de l'Art. On y voit des monuments du premier ordre qui caractérisent les époques principales. L'église de Saint-Marc est une des premières productions de la renaissance des Arts; le palais ducal est, dans le genre gothique, le plus riche palais connu ; les Procuraties vieille a, le clocher de Saint-Marc et la tour de l'horloge indiquent les progrès que firent les Arts dans le quatorzième siècle; et enfin la bibliothèque de Saint-Marc, les Procuraties neuves , et la loge des adjudications, indiquent le degré de perfection auquel ils étaient arrivés dans le quinzième siècle.
Places <jvi précèdent les grands édifices.
Parmi les places de la seconde espèce, c'est-à-dire de celles qui précèdent les grands édifices, la place de Saint-Pierre à Rome occupe incontestablement te premier rang.
Cette place est formée de deux portions, une rectangulaire et l'autre ovale. Celle-ci, qui est la première que l'on rencontre et la plus grande, a 738 pieds de diamètre sur 588.
Le chevalier Bernin y fit construire deux portiques demi-circulaires dont tes milieux correspondent aux extrémités du grand axe. Chacun des portiques est composé de quatre files concentriques de colonnes doriques, en pierre Iraverliuc, qui les divisent en trois parties, dont celle du milieu est assez large pour que les voilures puissent y circuler; celte partie est couverte par une voûte annulaire, et les deux autres par des plates-bandes. Un fronton marque l'entrée de chaque portique, et un pavillon en avantcorps indique le milieu. Ils sont surmontés par des balustrades et par des statues.
Les colonnes ont 59 pieds de hauteur, l'cntre-colonnement a 9 pieds, la balustrade 5 pieds , et les statues 9 pieds et demi. Les portiques contiennent deux cent quatrevingt-dix colonnes et quatre-vingt-huit pilastres; le nombre des statues est de cent quarante.
L’extrémité postérieure de chaque portique se réunit à une galerie. Ces deux galeries . qui aboutissent à la façade de l’église renferment la partie rectangulaire de la place , qui a 296 pieds de longueur et 566 de largeur. Ces galeries sont ornées à l'extérieur par des pilastres doriques accouplés; l’entablement est semblable à celui des colonnades, et il est pareillement surmonté par une balustrade et par vingt-deux statues de chaque côté.
Carlo Fonlana a proposé de faire de l’autre côté du petit axe de l'ovale une autre partie rectangulaire semblable à celle dont nous venons de parler. Un grand arc de triomphe ornerait l'extrémité opposée à la façade de l'église. Cet arc formerait l’embouchure d'une large rue conduisant directement au château Saint-Ange.
Au milieu de la portion ovale se trouve l'obélisque égyptien que Caligula fit transporter d'Héliopolis et que Néron fit placer sur la Spina de son cirque (voyez page 238). Domenieo Fonlana, l’an 1586, le plaça dans la position qu’il occupe, par ordre de Sixte-Quint. Cet obélisque , qui a 78 pieds de hauteur, pèse environ 700 milliers. Il sert maintenant de gnomon à une méridienne, qu’en 1817 on a tracée sur le pavé environnant, dans lequel on a inséré des incrustations qui représentent les signes du zodiaque et les vents principaux.
Deux grandes fontaines jaillissantes sont placées, ainsi que l'obélisque, sur le grand axe de l'ovale ; elles sont uniformes; deux énormes bassins monolithes en granité reçoivent les jets d'eau composés d’une masse d’eau étonnante qui s'élève à 64 pieds au-dessus
du niveau de la place. Il est difficile d'imaginer une décoration plus nol.le et plus imposante que celle produite par l'obélisque et par ces fontaines, au sujet desquelles le lecteur pourra trouver des détails intéressants dans un ouvrage de Carlo Fontana ( Trattato deü’acque correnti ) (1).
Places pour faciliter la circulation.
On voit ii Paris des places remarquables de cette troisième espèce, qui comprend spécialement celles situées dans les endroits où plusieurs rues se croisent et que l'on peut considérer comme de vastes carrefours très-utiles pour faciliter la circulation et empêcher les encombrements. La forme circulaire que l'on a adoptée pour la place des Victoires est très-convenable, parce qu'elle contribue à rendre moins apparentes les irrégularités dans l'intersection des rues; irrégularités qui seraient bien plus sensibles si l'on choisissait toute autre forme. Les monuments situés au centre de ces places forment des points de rue remarquables pour toutes les rues qui y aboutissent directement.
La place Louis XV se rapporte aussi à cette troisième espèce; mais elle a en outre la destination spéciale de servir de centre aux points de vue ricbcs et variés que présentent les Tuileries , les Champs-Élysées, le palais de la Chambre des Députés, le quai d'Orsai , la belle rue Royale; et la magnifique église de la Madeleine, que l’on construit maintenant. Envisagée sous ce rapport, on doit des éloges à l'architecte qui a su lui donner de la régularilé , et l'orner avec richesse sans masquer aucun des points de vue principaux.
Lorsque les places ont une grande étendue , quelle que soit d’ailleurs leur espèce, on forme dans le milieu une sorte de jardin ou des allées, comme on le voilà la place Royale de Paris, à la place Bellecour à Lyon, et à la plupart de celles de Londres, oU des jardins environnés de grilles servent aux habitants du quartier, qui en ont les clefs. Cet usage est surtout utile dans les localités oU les promenades publiques sont éloignées.
La place de Padoue nommée Pralo delta tal/c contient un jardin dans le milieu ; un canal circulaire environné de balustrades en marbre, règne tout autour. Ces balustrades servent de support à des statues colossales représentant les hommes illustres èn tout genre que celte ville a produits; quatre ponts établissent la communication entre la place et le jardin. Celte conception, tout à la fois élégante et patriotique , fait le plus grand honneur à l’architecte qui en fut l’auteur et à la ville qui l'a adoptée.
Places pour tes foires.
Les places de la quatrième espèce servent aux foires et aux marchés ; ce ne sont ordinairement que des espaces plus ou moins réguliers où l'on plante chaque fois des échoppes ou des boutiques |>ortatives qui disparaissent lorsque la foire ou le marché sont finis. Ne vaudrait-il pas mieux imiter l’exemple que l'on voit à Vérone et à Bergame? Dans ces deux villes une vaste enceinte renferme des bâtiments légers et peu élevés , qui contiennent au rez-de-chaussée des boutiques et des magasins , et au-dessus des petits logements pour les marchands? Ces bâtiments sont rangés le long de plusieurs rues tirées au cordeau , dont les unes parallèles sont coupées à angle droit par les autres. La rue princi-
(1) Voici le litre détaillé de cel ouvrage curieux aur plusieurs rapporls. Trattato delt * aequo cor r.’nti , net quale ni nolificano le misure ed cspen'onze di eue; i giuochi ; e i nchersi , i quaii per mezza delCaria e det fuoro rrngona opérait daU’ acqua ; cou direrni ammaettrameHli intoruo al modo di farc condottl , pelote . botliui , etc. ; e un* rsala dctcrisioHe di tutlo quello che è Mtaloopenaloalta condotura deW acqua di tiracciano. Homo, lOtHl, in-folio.
ÉDIFICES POUR LES RÉUNIONS PUBLIQUES, pale est plus large; elle a une place dans le milieu, et celle place est ornée par une fontaine jaillissante ; toute celte enceinte est environnée de murs ou de grilles La foire de Vérone (dont on peut voir la description et le dessin dans l'ouvrage de Maffei intitulé l erona ilhatrata) est maintenant délaissée. Il n'en est pas de même de celle de Bergame, qui , étant très-fréquentée , est conséquemment bien entretenue.
Les rues d’une foire devraient être couvertes par des vitrages; ce qui produirait le double avantage d'abriter les marchandises placées sur les devantures des boulimies et de permettre au public de fréquenter la foire malgré le mauvais temps. * ’
Places d’armes.
Les places d’armes sont ordinairement des espaces très-étendus, des'dnés au* m 3 nœuvres militaires. Des allées touffues d’arbres doivent environner le bord de ces « paces, dans le but: 1" d’offrir un abri momentané aux soldats en cas d’oraite • 2- dè permettre pendant les grandes chaleurs de faire l'exercice à l’ombre; 3" de présenter
pendant les manœuvres un emplacement où le public puisse se placer sans danrer et sans gêner les évolutions. uanger et
Pour remplir ce dernier but, le sol des allées sera relevé au-dessus du niveau de la place, et il aura une pente bien prononcée vers cette même place. Une telle oente fari litera d ailleurs l’écoulement des eaux pluviales, et empêchera que les allées ne devien-' nent boueuses. Un petit canal revêtu en maçonnerie, sera creusé en bas de la pente pour recevoir l écoulcment. ^ P our
Dans les climats rigides du Nord on a imaginé de faire des places d’armes couverte* et chauffées, pour que les soldats puissent faire plus commodément l’exercice pendant l'hiver. On trouve dans le Recueil de Charpente publié par M. Krafft, les dessins dune grande salle d exercice que Paul I" fit construire à Moscou en 1790, à l’usaïc de 1 infanterie et de la cavalerie cosaque. Elle a 1800 pieds de long, sur 290 de farce à I extérieur, et 220 à l'intérieur. Ce qui donna l’idée à ce monarque d’entreprendre cette grande construction, fut la grande salle d’exercice de Darmstadt, qu’U vit avec ad nnration , lorsqu'en 1781 il visita une partie de l’Europe.
La grande difficulté que présentait cette construction, était de former un comble d’une aussi grande largeur sans supports intermédiaires.
Voici comment ce comble fut exécuté. Il a deux pentes avec une grande lanterne an milieu pour ec tarer l'intérieur. Les pentes sont dans la proportion du fronton * ne sont inclinées a l'horizon que d’environ 19 degrés. ’
Le principal soutien de chacune des fermes est un arc énorme en bois, formé de trois rangs de picces posées les unes sur les autres, assemblées à crémaillère et entretenues avec des boulons et des plates-bandes de fer. Les arbalétriers qui portent le toit et les grands entrait* de cette salle immense, sont suspendus par de fortes moises pendantes, assemblées aussi a crémaillère avec des boulons et des plates-bandes en fereUes sont entretenues par de grandes contre-fiebes formant croix de Saint-Andrf ’ “X* k " ne - par 500 P l r °P rc P° ids et PW sa charge additionnelle , supportant envi-
h?, m ' ,! m ’ a * ,'! UeUlUeS de flexion ; pour les réparer, on a proposé
d ajouter a chacune d elles une forte lierne cintrée.
» ^ ü " d < j° u '. re te dessous de la charpente. Autour de la salle règne (à environ la moitié de sa hauteur) une galerie avec des bancs en amphithéâtre, pour les specta-
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Basiliques moderne».
Nous ne parlons point ici des édifices sacrés qui portent ce nom , mais seulement de ceuxquiontune destination analogue à celle des basiliqucsanliques (page 268 ), qui servaient de lieu de réunion aux commerçants et aux plaideurs. Padoue possède un édifice fort ancien de ce genre. Il consiste en un salon très-vaste et très-élevé; une voûte postiche à berceau le couvre. Cette voûte, formée par des cintres en planches, est revêtue de plomb à l'extérieur. Ayant été détruite par un ouragan , elle fut reconstruite par Ferracina.
Le salon se trouve au premier étage et est environné d'un portique; le rez-de-chaussée, qui sert à divers usages, a également un portique.
Vicence a aussi une basilique disposée à peu près de la même manière, mais qui jouit de l'avantage précieux d'avoir été restaurée par Palladio, qui reconstruisit les portiques extérieurs avec l’élégance inhérente à toutes scs productions.
Bourse».
Les bourses ont succédé aux basiliques. On prétend que le mot bourse dérive du nom de la maison batidcr- Bourse , qui fit construire à Bruges un édifice où les commerçants de cette ville se réunissaient.
Parmi les bourses les plus célèbres d’Europe , on cite celles de Pétcrsbourg, de Londres , d'Amsterdam et de Berlin ; mais la nouvelle bourse de Paris l’emportera sur toutes les autres en grandeur et en magnificence, lorsqu'elle sera achevée avec tous ses accessoires. Quoique la forme extérieure de ce monument ait beaucoup de ressemblance avec les temples antiques, cependant elle a plusieurs différences caractéristiques qui la distinguent. De même que les temples antiques, un péristyle l'environne cl forme un magnifique portique corinthien dans son pourtour. Ce péristyle repose sur un soubassement continu , lequel, étant prolongé dans les parties antérieure et postérieure, sert de limite aux perrons qui précèdent ces deux façades. Mais tandis que les façades des temples antiques n'ont ordinairement que six ou huit colonnes, les siennes en ont quatorze. Les temples antiques ont constamment deux frontons qui s'appuient immédiatement sur l’entablement de l'ordre et qui sont l'indication des extrémités du toit. La Bourse n'a point de fronton; mais un atlique continu surmonte l'entablement et sert de soubassement au comble à croupes, lequel est formé par des fermes en fer , couvertes de feuilles en cuivre laminé.
L'intérieur, qui n’est point encore disposé, contiendra un vaste salon , autour duquel se trouveront distribuées les salles et les bureaux du tribunal de commerce, et plusieurs autres pièces à l'usage des agents de change.
Quelques personnes d'un goût sévère reprochent à ce monument d'avoir un caractère de haute magnificence , qui ne s'accorde point entièrement avec sa destination. Les temples (disent-elles) doivent indubitablement être plus magnifiques qu'une bourse réunie à un tribunal de Commerce; et cependant on y a employé un péristyle corinthien colossal et continu, qui chez les anciens était spécialement affecté aux temples, et qui est d’ailleurs le plus somptueux élément dont l'Architecture puisse disposer. Palladio (ajoutent-elles) a adopté dans sa basilique de Vicence un parti qui satisfait bien mieux aux convenances. Ce parti donne à l'édifice le degré de richesse et d'élégance que sa destination permet, sans en dénaturer le caractère par une somptuosité outrée. Ayant subdivisé le portique en deux parties supposées, il a produit le double avantage d'augmenter l'espace couvert accessible aux personnes qui doivent fréquenter journellement
cet établissement, et de rendre les portiques, à égalité de circonstances , plus larges et mieux abrités en cas de pluie.
Tribunaux ou Palais de Justice.
Chez les Romains, les tribunaux étaient ordinairement annexés aux basiliques; mais quelquefois les juges siégeaient dans un temple , ainsi qu’on le déduit de ce que Vitruve nous apprend rclalivementà la basilique de Fano, dont il fut l'architecte. (V. page 269.) A la nouvelle bourse de Paris , on a suivi la méthode antique en établissant dans le même édifice le lieu de réunion des commerçants et le tribunal de commerce.
Les édifices spécialement consacrés aux tribunaux doivent présenter, soit dans leur configuration extérieure, soit dans leur distribution interne, un caractère grave et majestueux. Us auront de fortes masses bien prononcées ; l'ordre dorique est celui qui leur convient le mieux.
Ils contiendront de grandes salles pour les audiences solennelles, et plusieurs autres moins vastes pour les audiences journalières; à côté de ces salles se trouveront les bureaux des greffiers , des antichambres pour les plaideurs qui attendent, des cabinets I l’usage des juges et des avocats, et une garde-robe où les magistrats pourront déposer leurs costumes avant de sortir du (valais.
Un grand vestibule précédera toutes ces pièces, qui auront d'ailleurs de nombreux dégagements, au moyen de corridors et d'escaliers secondaires.
Les salles d'audience sont divisées en deux parties, qu'une balustrade sépare. La première sert au public ; la seconde , élevée de quelques gradins au-dessus , est le tribunal proprement dit. Le président siège au fond sur une estrade plus élevée que le reste. Les fauteuils des juges sont disposés des deux côtés , sur un demi-cercle ; le procureur royal siège à une des extrémités du demi-cercle. Une table, qui en suit la courbure, est placée devant les juges; un riche tapis la couvre. Derrière le fauteuil du président, on place quelquefois le portrait du monarque, surmonté d'un dais. Lorsquela salle est fort grande, on peut établir une tribune tout autour, soutenue ou par des colonnes, ou par des modillons; cette tribune est destinée pour les dames et pour les personnes distinguées qui veulent assister aux audiences remarquables.
La forme de la salle peut être circulaire, ovale ou rectangulaire; sa décoration doit être simple et noble. Des compartiments réguliers orneront le plafond ou la voûte. Un riche lustre sera suspendu dans le milieu , pour le cas où les séances se prolongent le soir. Les murailles seront revêtues de marbre ou de stuc, ou bien couvertes de draperies, avec les armoiries et l'initiale du prince régnant.
Derrière le tribunal se trouveront deux salles de conférence, une pour les juges et l'autre pour les jurés; non loin seront placés des cabinets inodores à l’usage des mêmes personnes.
Le grand vestibule remplit en partie l’office des anciennes basiliques ; c’est là que les avocats et leurs clients se trouvent et se promènent en discutant les affaires qui les concernent. Par ce motif, on a nommé ce vestibule la salle des pas-perdus.
La salle des pas-perdus du Palais de Justice de Paris est une des plus vastes de ce genre. Elle fut construite par Desbrosses, à l’endroit où se trouvait primitivement la grande salle des festins de l'ancienne résidence royale.
Celte salle est divisée, sur la largeur, en deux parties égales , par de grandes arcades qui soutiennent la retombée des deux voûtes à berceau qui couvrent la salle. Ces mêmes arcades sont répétées en relief sur le mur du pourtour; des pilastres doriques enri-
«hissent les pieds-droits et soutiennent l’entablement, au-dessus duquel se voient, aux deux bouts , de grandes-fenêtres demi-circulaires qui éclairent cette salle , laquelle recevra un nouvel embellissement par le monument de Malesberbes que l'on construit dans ce moment.
On ne doit point négliger d'établir un café et un restaurant au rez-de-chaussée de l’édifice on dans toute autre situation convenable à cet usage.
Si le palais de justice avait une grande cour environnée de portiques, on pourrait dans ce cas se dispenser de donner autant de grandeur au vestibule.
HôteU-de-Vilte.
L'hôtel-de-villc le plus célèbre par sa noble architecture, et surtout par les souvenirs qui s’y rattachent , est celui de Rome , lequel remplace l'antique Capitole.
Le fameux Michel- Ange fut l'architecte de ce bel édifice , qui repose sur les arcades du Tabularium antique (archives du sénat) , du côté qui regarde le Forum ; de l'autre côté sa façade se trouve sur une belle place , sur laquelle sont situés également deux édifices uniformes et d'une architecture analogue à celle de l’hôtel dont nous parlons. Dans l'un de ces édifices on admire un riche musée de statues antiques ; dans l'autre, se trouvent : 1” une collection de tableaux ; 2* un magnifique appartement à l’usage des sénateurs (on nomme ainsi le corps municipal de la ville); 3° une collection qui est due au patriotrisme éclairé de l'illustre Canova. Cette collection, qui mériterait d'étre imitée dans toutes les grandes capitales, est composée de bustes des hommes illustres en tout genre que l'Italie a produits, et classés suivant le genre d'illustration auquel est due leur célébrité; ainsi les savants ont une salle qui leur est consacrée, les poètes une autre, U» hommes de lettres une troisième; viennent ensuite les architectes, les peintres, les sculpteurs, les musiciens, etc.
Les trois édifices qui ornent la place du Capitole sont décorés d’un seul ordre de pilastres corinthiens qui reposent sur des piédestaux. L’entablement est surmonté d'une balustrade, et des statues, placées au-dessus, correspondent à chacun des pilastres. Celui du fond, qui est l'Uôtclde-Vilie proprement dit, a un soubassement plus élevé, au devant duquel se trouve un bel escalier à deux branches. Une fontaine et les statues colossales de deux fleuves couchés enrichissent la face de ce bel escalier.
Un clocher s'élève au-dessus de cet édifice ; il est orné de trois ordres de pilastres ? et la statue de Rome triomphante le surmonte.
Au milieu de la place est érigée la célèbre statue équeslrc de Marc- Aurèle , en bronze (autrefois dorée). La place est ouverte dans la partie qui fait face à l’hôtel-de-ville ; une grande rue, beaucoup plus basse, se trouve au-dessous : on y descend p 3 r une rampe douce ornée de balustrades. Au sommet de 1a rampe , ces balustrades se replient à angle droit de chaque côté, et sont ornées de monuments antiques très-curieux , placés à distances égales sur des piédestaux qui coupent la balustrade. On voit, 1“ au sommet de la rampe des groupes de grandeur colossale, qui représentent Castor et Pollux domptant des chevaux; ces groupes ornaient jadis le théètre de Pompée; 2* deux grands trophées en marbre , connus sous le nom de Trophées de Marius ; 3" la statue de Constantin et celle de son fils; 4* deux colonnes milliaires surmontées d’une boule dorée; 5* au bas de la rampe sont placés deux lions égyptiens en basalte , qui versent de l'eau dans des coupes de granité.
La réunion de tous ces monuments, vus à un certain éloignement , présente un aspect plein de noblesse et de magnificence.
ÉDIFICES POUR LES APPROVISIONNEMENTS , etc. 281
La ville de Lyon offre un des plus beaux hûlels-de-ville de France. Celui de Paris n’est point digne de celte grande capitale ; on y remarque ce mauvais genre d’ Architecture qui , dans le commencement du seizième siècle , succéda en France au genre gothique , et lequel ne présente ni la solide légèreté de celui-ci , ni les belles proportions de l'Architecture antique.
L'hôtel-de ville d'Amsterdam est un des plus beaux d'Europe. Un avant-corps avec un fronton richement sculpté orne le milieu de ce bâtiment, décoré de deux ordres de pilastres superposés; il a aussi deux avant-corps latéraux, mais sans frontons; derrière celui du milieu s’élève un beau clocher circulaire. On reproche à ce monument la petitesse des portes principales, comparativement à la masse totale.
On voit au Musée un tableau capital de Vander-Heiden, qui représente ce bel édifice, avec la finesse admirable et la vérité frappante qui font le charme des productions de ce peintre célèbre
Salles des séances pour les Chambres.
La salle de la Chambre des Députés à Paris nous parait un modèle très-bien conçu de cette espèce de monuments. Son plan est demi-circulaire, les bancs où siègent les députés sont disposés en amphithéâtre dans le pourtour. Au-dessus s'élève une galerie pour le public, dont le devant est orné par des colonnes en stuc supportant un entablement qui fait le tour de la salle et qui marque la naissance de la voûte surbaissée dont elle est couverte; une ouverture vitrée, demi-circulaire, est pratiquée dans cette voûte pour éclairer la salle.
Le mur qui fait face à l'amphithéâtre a, dans son milieu, un hémicycle (on appelle ainsi une grande niche demi-circulaire couverte d'une voûte, qui forme un quart de sphère). Une estrade s’élève dans l'hémicycle, sur laquelle se trouve le siège du président , et la tribune placée entre deux escaliers qui y conduisent. Le mur est orné de niches qui contiennent les statues des grands législateurs. La partie de la salle qui n'est point drapée, est revêtue en stuc; un compartiment de caissons, ornés avec élégance, est peint sur la voûte.
Auprès de la salle se tronve un appartement de réception pour le Roi : des salles pour les conférences , une bibliothèque et plusieurs autres pièces de service à l'usage des députés.
Le public monte à la galerie qui lui est destinée par deux escaliers placés dans les angles qui se trouvent entre le demi-cercle de la salle et l'espace rectangulaire environnant. Ces escaliers correspondent immédiatement au péristyle qui forme la façade de ce monument.