‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 100 sur 252 · TRAITEMENT EXTERNE. - SCARIFICATION · texte numérisé non relu

TRAITEMENT EXTERNE. - SCARIFICATION

C’est une petite opération relativement facile, qui ne présente d’ordinaire aucun danger quand on prend des soins sérieux d’asepsie et que l’on fait des pansements propres consécutifs. Elle est éminemment pratique, car elle ne réclame pas d’appareil compliqué, fragile ou coûteux.

Quand le raclage est superficiel, il ne laisse d’ordinaire pas de cicatrices; quand il est profond, il laisse au contraire presque toujours des cicatrices plus ou moins vicieuses suivant les malades, rétractiles, parfois même chéloïdiennes; aussi faut-il ne pas l’exécuter dans ce cas autour des orifices naturels et en des régions trop visibles.

B. Scarification. — La méthode des scarifications linéaires quadrillées telle que l’a créée E. Vidal après les essais de Dubini, de Volkmann, de Veiel, de Balmanno Squire. consiste essentiellement à couvrir les surfaces malades de petites incisions linéaires, parallèles entre elles, séparées les unes des autres par un intervalle qui varie suivant les cas d’un demi-millimètre a 2 millimètres, dont la profondeur varie suivant l’affection, suivant le but que l’on se propose, et dont la longueur varie également suivant les cas de 2 à 8 millimètres : d’ordinaire on croise cette première couche d’incisions d’une deuxième couche composée de coupures parallèles entre elles comme celles de la première couche et croisant ces dernières à angle aigu, de façon à former des losanges.

instruments. — On se sert pour les pratiquer d’un petit instrument connu en dermatologie sous le nom de scarificateur modèle E. Vidal. Il se compose d'une lame de 22 à 24 millimètres de longueur environ, de 2 millimètres et demi à 3 millimètres de large : la moitié inférieure est mousse et arrondie sur les bords; la moitié supérieure présente deux tranchants qui se rejoignent en formant une crête mousse sur chaque face; l’extrémité forme un triangle, dont les côtés se coupent au sommet sous un angle de 60 à 70 degrés, de telle sorte que dans sa partie terminale cet instrument peut agir comme un bistouri ou comme une aiguille, pour couper ou pour dilacérer suivant les cas ; en outre, grâce à sa petitesse, il permet d’exécuter ces diverses manœuvres avec une extrême précision en des points fort limités i.

Plus encore que pour le raclage, l’antisepsie est inutile pour la scarification. L’asepsie rigoureuse préalable ne nous paraît même pas indispensable. 11 faut toutefois n’employer que des instruments d’une rigoureuse propreté, trempés dans l’eau phéniquée, ou dans l’alcool camphré, ou mieux flambés. Nous ne voyons aucun inconvénient à ce que l’on fasse, avant l’opération, un savonnage soigneux des points malades, puis des lotions avec de la liqueur de van Swieten : il faudra cependant s’en abstenir lorsqu’on aura à traiter des peaux irritables ou des lésions inflammatoires. Nous avouons ne jamais prendre de semblables précautions et n’avoir jamais eu à nous en repentir.

Mode opératoire. — Il varie suivant chaque maladie que l’on a à traiter; on pourrait presque dire suivant chaque cas. D’une manière générale, voici comment il faut procéder.

On fait asseoir le malade sur une chaise : puis on immobilise la région à scarifier : la tête par exemple est solidement maintenue avec le bras gauche qui l’en-

1 Voir pour plus de détails sur tous ces points, sur l'historique de la question, sur les divers modèles de scarificateurs, sur les scarificateurs multiples, notre ouvrage sur le Traitement des dermatoses par la petite chirurgie et les agents physiques.

TRAITEMENT GÉNÉRAL

toure et l’appuie fortement contre la poitrine de l’opérateur. Avec les doigts de la main gauche, on tend soigneusement la peau de la région à scarifier de telle manière que les téguments ne puissent ni se rider, ni glisser sous le couteau.

La main droite tient le scarificateur comme une plume à écrire avec assez de fermeté pour l’empêcher de dévier ou de rouler entre les doigts, mais en même temps avec souplesse pour que les doigts gardent toute leur finesse de tact et puissent dans certaines maladies où c’est utile, comme dans le lupus vulgaire, apprécier les moindres différences de consistance des tissus.

On appuie cette main solidement par le petit doigt, ou par l’annulaire et le petit doigt, sur la région à opérer, puis d’un mouvement décidé, rapide, qui doit se passer tout entier dans la main sans participation ni du coude ni de l’épaule, comme un dessinateur qui fait des hachures pour ombrer un dessin, on trace sur la peau une série d’incisions parallèles que l’on recroise immédiatement d’une seconde série, parfois même, quand c’est utile, d’une troisième série d’incisions. Ces incisions doivent être courtes, égales, perpendiculaires aux téguments.

Il faut opérer vite, car la tolérance des malades a des limites : si la surface à couvrir d’incisions est assez vaste, au bout d’un laps de temps assez court, le patient ne peut plus supporter l’opération et l’on est parfois obligé de la laisser inachevée.

On ne doit que fort peu dépasser en profondeur les limites du mal : il faut tâcher de ne pas dépasser les limites du derme : quand on se conforme à ce principe, il se fait toujours des réunions par première intention, et l'on n‘a jamais de cicatrices consécutives. C’est un axiome que la scarification bien faite améliore souvent les cicatrices préexistantes, mais qu’elle ne laisse pas elle-même après elle de cicatrices visibles.

La scarification est suivie d’une hémorragie en nappe ordinairement insignifiante : le plus souvent il suffit comme pour le raclage d’appliquer une feuille d’ouate aseptique pour voir bientôt s’arrêter l’écoulement sanguin et les malades peuvent ensuite être laissés, si on le veut, sans aucun pansement.

Si l’hémorragie est plus abondante, on fait de la compression ouatée, puis on touche avec le crayon de nitrate d’argent les points qui persistent à saigner.

Soins consécutifs. — D’ordinaire, une fois l’hémostase obtenue, on fait une lotion de la surface scarifiée avec de l’ouate hydrophile imbibée d’eau boriquée, ou d’eau phéniquée, ou de liqueur de van Swieten; puis, suivant les cas, on laisse le malade sans pansement, ou bien on applique des pommades à l’acide borique ou à l’oxyde de zinc, ou à l’iodol, ou bien on met des emplâtres de composition variable suivant les cas : emplâtre boriqué, emplâtre à l’oxyde de zinc pur, à l’oxyde de zinc et à l’ichthyol, emplâtre rouge d’E. Vidal, emplâtre de Vigo, etc...

Les incisions de la scarification se cicatrisent en un laps de temps qui varie de deux à cinq jours suivant les cas, suivant la profondeur des incisions, le serré des quadrillages, le nombre des couches successives d’incisions.

D’ordinaire, on répète les séances tous les cinq ou sept jours : en moyenne une fois par semaine.

Effets de la scarification, ses résultats. — Ch. Audry et Thé venin ont étudié l’histologie des scarifications superficielles et leur réparation. Voici leurs conclusions portant sur des scarifications qui avaient divisé l’épiderme et le corps papillaire : « Au bout de vingt-quatre heures, l’épithélium est réuni, à un moment où le derme est loin de l’être; il n’y a de véritable réunion immédiate que pour l’épi-

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