GALVANO-CAUTÉRISATION
nasales, et une pointe coudée très fine en forme d’aiguille pour la cautérisation des pustules acnéiques et des fins nœvi.
Mode opératoire. — Le malade doit être couché ou tout au moins commodément assis. La partie à traiter se trouvera en pleine lumière et solidement maintenue en place, soit par l’opérateur lui-même, soit par un de ses aides. Quand on opère sur la figure, on peut entourer solidement avec le bras gauche la'tête du patient qu’on immobilise ainsi, en l’appuyant soit contre sa poitrine, soit contre le dos d’un fauteuil. Quand la lésion siège sur un membre, on le maintient en place sur une table, de manière à agir avec sûreté et précision sur le point visé ; sinon le malade se dérobe par un mouvement instinctif dès qu’il voit le cautère s’approcher des téguments.
Quand on veut aller vite et faire souffrir le moins possible le malade, on se sert de cautères portés au rouge blanc : mais alors on peut avoir de petites hémorragies, et il faut n’avoir à pratiquer que des interventions relativement courtes, car, si elles durent un certain temps, on est bien vite ébloui par le fil de platine qui forme une véritable lampe électrique.
Il est presque toujours préférable d’employer le cautère porté au rouge sombre. La cautérisation est ainsi destructive en un point limité, il n’y a presque pas de rayonnement, pas d’hémorragie, enfin elle n’est que peu pénible pour l’opérateur, ce qui est un avantage assez appréciable lorsque l’on a, comme dans certains services de dermatologie, à cautériser des séries de malades.
La cautérisation ignée sert en dermatologie ou bien à enlever une petite tumeur cutanée faisant saillie en en détruisant le pédicule, ou bien à volatiliser une production morbide quelconque en la détruisant in situ.
A. Pour enlever une petite tumeur cutanée comme un papillome pédiculé, un molluscum pendulum, etc., on la saisit avec une pince à griffes, tenue de la main gauche, tandis qu’avec la main droite armée de l’électrocautère, on détruit le pédicule. Il faut ensuite, quand il s’agit d’une néoplasie susceptible de récidiver, en cautériser le point d’implantation de façon à faire disparaître les derniers vestiges du mal.
B. Pour détruire ou pour volatiliser une néoplasie d’une certaine étendue, il faut commencer par cercler soigneusement les parties atteintes en empiétant assez largement sur les tissus sains. Pour cela, on fait tout d’abord une couronne périphérique de cautérisations ponctuées, rangées linéairement les unes à côté des autres, puis on crible de pointes de feu toute la partie centrale.
Quand on ne veut pas s’exposer à trop détruire, et que l’on tient à n’avoir qu’un minimum de cicatrice, on peut ne détruire en profondeur la néoplasie que par couches successives dans une série d’interventions pratiquées à quinze ou vingt jours d’intervalle.
Soins consécutifs. — Les pansements que l’on doit faire après la cautérisation ignée varient beaucoup suivant les cas.
Quand il s’agit d’une toute petite tumeur que l’on enlève ou que l’on volatilise, il est préférable de ne faire aucun pansement, à la condition expresse que le malade ne touche pas à la croûte qui se forme rapidement sur le point touché. Lette croûte se détache spontanément au bout d’un laps de temps qui varie de huit a vingt jours, et l’on trouve au-dessous d’elle les téguments complètement cicatrisés.
Si le point touché est exposé à des frottements, il vaut mieux panser avec des morceaux d’emplâtre à l’oxyde de zinc pur ou boriqué. On change cet emplâtre
TRAITEMENT GÉNÉRAL
tous les jours : on nettoie les téguments avec de l’ouate hydrophile imbibée d’éther pour enlever la matière d’emplâtre qui adhère à la peau, puis on lotionne avec de l’eau boriquée et on applique un nouveau morceau d’emplâtre. Si le point opéré suinte trop, on fait le pansement matin et soir.
Quand on agit sur de vastes surfaces, il convient de panser tout d’abord avec des rondelles de tarlatane aseptique imbibées d’eau bouillie, d’eau boriquée, d’eau résorcinée, au 1/1000, ouau 1/500, recouvertes de taffetas gommé et maintenuesen place avec un bandage ou avec des bandelettes d’emplâtre. Dès que l’inflammation est moins vive, on panse directement avec des bandelettes d’emplâtre aseptique, emplâtre de zinc, ou d’iodol, ou d’aristol, emplâtre rouge d’E. Yidal.
Lorsque la cicatrisation tarde à se faire, on saupoudre d’abord la plaie avec une poudre cicatrisante quelconque, telle que l’iodoforme et surtout l’iodol, l’aristol, l’europhène, le sous-carbonate de fer, etc..., puis on recouvre avec l’emplâtre.
Lorsque les bourgeons sont trop exubérants ou paraissent être de mauvaise nature, on les réprime avec la teinture d’iode, avec le nitrate d’argent seul ou combiné avec le crayon de zinc.
imiicatRms de la cautérisation ignée. — On emploie la cautérisation ignée dans le traitement du lupus vulgaire, surtout quand il s’agit de lupus des muqueuses buccale, pharyngée, nasale, de lupus des membres et des extrémités, dans les lupus érythémateux fixes rebelles, dans les petits épithéliomes superficiels, pour enlever des molluscums, détruire des verrues, des papillomes, des nævi vasculaires punctiformes et des nævi verruqueux, dans les acnés indurées rebelles, dans le rhinophyma, dans certaines folliculites rebelles de la moustache et de la barbe.
A propos de chacune de ces affections, nous indiquerons le mode opératoire spécial qu’il convient d’employer.
Disons d’une manière générale que les résultats de la cautérisation ignée sont d’ordinaire excellents quand elle est bien employée : mais l’opérateur doit être habile, prudent, et des plus attentifs.
On doit se défier des cicatrices vicieuses, souvent rétractiles, parfois chéloïdiennes qui se produisent fort souvent à la suite des cautérisations ignées profondes : aussi, quand c’est possible, ne faut-il pas en pratiquer à la face et autour des orifices naturels. D’ailleurs, ces cicatrices sont assez faciles à modifier par des scarifications et des applications d’emplâtres appropriés.
C. Air chaud. — On a fait dans ces derniers temps de curieuses tentatives pour traiter certaines dermatoses par les courants d’air chaud (voir Dauban, thèse de Paris, 1902. Emploi de l’air surchauffé en dermatologie).
L’instrument dont on se sert pour cela est composé d’une longue tige métallique terminée en pointe, percée d’une lumière centrale, et à laquelle on adapte une soufflerie en caoutchouc. On chauffe la tige métallique avec une flamme quelconque, gaz ou lampe à alcool, et, en manœuvrant la soufflerie, on projette par le bec de la tige une petite colonne d’air chaud sur le point que l’on veut modifier. Suivant l’intensité de la flamme, on a de l’air à des températures variables, lesquelles peuvent, paraît-il, atteindre jusqu’à 300°.
On a traité par ce procédé des lupus vulgaires, des lupus érythémateux, des chancres simples. On a publié d’excellents résultats : les quelques essais que nous avons faits nous ont paru peu concluants en faveur de l’efficacité de cette méthode.
TRAITEMENT EXTERNE. — RACLAGE
D. Electro-photo-caustique. — A côté de la médication par l’air chaud, signalons la nouvelle méthode que vient de préconiser Strebel, l’électro-photo-caustique ( Dermat . Zeits. 1904, t. XI, p. 30). Elle s’applique avec une lampe électrique à main portant un système de lentilles ou de miroirs destinés à concentrer les rayons calorifiques d’un arc voltaïque dont l’intensité varie de 2 à 20 ampères. On obtient ainsi des destructions cutanées dont on peut graduer à volonté l’intensité.
93 Médication chirurgicale proprement dite. — Nous rangeons sous ce titre les diverses méthodes sanglantes que l’on préconise depuis trente ans environ pour le traitement de certaines affections rebelles de la peau.
Les deux plus importantes sont le raclage et la scarification.
A- Raclage. — Le raclage consiste à enlever mécaniquement des portions de tissus malades au moyen d’un instrument formant grattoir : on en distingue deux variétés : a) la rugination, b) le curettage.
a) La rugination est un simple grattage destiné à détruire des productions morbides faisant relief au-dessus de la peau, ou étendues en nappe à la surface des téguments.
Elle doit être pratiquée parallèlement à leur surface et n’entamer le derme en profondeur qu’autant que c’est nécessaire pour atteindre la limite des tissus pathologiques. Cette profondeur varie, bien entendu, selon la nature de la lésion.
Dans certains cas, la rugination peut constituer à elle seule toute l’opération; il en est ainsi par exemple quand il s’agit de petites tumeurs superficielles comme les papillomes, les verrues, le molluscum contagiosum, etc...
S’il s’agit au contraire de lésions plus profondes, infiltrant le derme, la rugination ne constitue que le premier temps de l’opération, ce n’est qu’une manœuvre préparatoire qui doit être complétée par le curettage.
b) Le curettage consiste à pénétrer dans la profondeur du derme, à fouiller les logettes creusées dans son épaisseur, et à énucléer jusqu’aux plus petites parcelles de tissu morbide qui y sont enchâssées. La main doit être guidée dans ces manœuvres par la différence de consistance qui distingue le tissu normal du tissu pathologique. Le plus souvent, en effet, celui-ci est mou, friable, et contraste par son manque de résistance avec la fermeté des parties saines. En principe, il faut donc enlever tout ce qui est mou et s’arrêter quand l’instrument rencontre un tissu solide.
instruments. — L’instrument le plus commode pour pratiquer le raclage est la curette modèle E. Vidal. Elle consiste essentiellement en une lame à deux tranchants courbée sur le plat en forme de faucille. L’extrémité libre forme un bec, un crochet à la fois aigu et tranchant, tout à fait apte à s’insinuer dans les moindres dépressions et à poursuivre les prolongements néoplasiques à travers les faisceaux conjonctifs. Il convient d’en avoir une fort mince pour pénétrer dans toutes les anfractuosités, une moyenne et une forte, solide, volumineuse, pour abraser de grandes surfaces.
Il est inutile d’ajouter qu’il faut, lors de chaque intervention, aseptiser totalement ou flamber tout au moins les instruments.
Mode opératoire. — On tend soigneusement les téguments avec les doigts de la main gauche, afin d’avoir plus de prise sur le tissu morbide; puis on agit avec l’instrument solidement tenu de la main droite. S’il s’agit de racler une tumeur
TRAITEMENT GÉNÉRAL
papillomateuse volumineuse, on peut, pour avoir plus de force, prendre la curette à pleine main. Mais toutes les fois que Ton a affaire à de petites lésions comme une verrue plane, un molluscum, et surtout s’il est indiqué de curetter les clapiers d’un lupus, on doit tenir la curette comme une plume à écrire, afin de laisser aux doigts toute leur souplesse et leur sensibilité.
Ce sont en effet les doigts qui doivent apprécier, d’après la consistance des tissus que rencontre l'instrument, jusqu’où il faut agir. Cette finesse de tact nécessite une certaine habileté dans la manoeuvre de la curette et ne s’acquiert que par la pratique. Il est certain que le succès de l’opération dépend beaucoup de l’habileté et du doigté du médecin.
Quand on veut enlever totalement parle grattage une néoplasie, et surtout quand il s’agit de productions morbides infiltrant le derme, il est presque toujours bon d’abraser d’abord les tissus malades en bloc avec une grosse curette, puis de parcourir de nouveau toute la surface du mal avec de petites curettes de façon à poursuivre tous les prolongements de la néoplasie, quelques minimes qu’ils soient, et à les énucléer aussi complètement qu’il est possible.
Soins consécutifs. — Pour arrêter l’écoulement de sang qui se produit toujours plus ou moins abondamment à la suite du raclage, le moyen le plus simple consiste à appliquer en appuyant sur la plaie deux ou trois épaisseurs d’ouate et à renouveler plusieurs fois cette application, si c’est utile.
Si l’on n’obtient pas le résultat voulu au moyen de ce simple tamponnement, on en augmente l’efficacité en employant en outre certaines substances hémostatiques, telles que l’antipyrine en poudre ou en solution du 1/5 ou 1/10, le perchlorure de fer, le nitrate d’argent, l’adrénaline en solution au 1/1 000.
Si l’on a ouvert un vaisseau un peu volumineux, il vaut mieux le toucher avec une pointe d’électro-cautère portée au rouge sombre.
Si le sujet est hémophilique, albuminurique ou diabétique, on ne doit pas pratiquer de raclage, ou bien on ne le fait qu’en s’entourant des plus grandes précautions, et qu'après avoir tâté la susceptibilité du sujet.
Les pansements consécutifs varient suivant les cas1. Quand on a exécuté un vaste grattage avec asepsie rigoureuse, il vaut mieux panser avec de la poudre d’iodoforme ou de la gaze iodoformée; on recouvre d’une feuille d’ouate; on maintient avec une bande occlusive un peu compressive, et on fait des pansements rares.
Quand il s’agit d’une toute petite opération, on se contente de panser avec un emplâtre stérilisé, à l’oxyde de zinc pur, à l’oxyde de zinc boriqué, avec de l’emplâtre rouge d’E. Vidal, ou simplement avec un des nombreux taffetas souples transparents de la pharmacie moderne. Mais, règle générale, il faut qu’une plaie consécutive au raclage soit tenue parfaitement propre, et soit strictement pansée jusqu’à sa complète cicatrisation.
i u di cations du raclage. — Le raclage est surtout utilisé dans le traitement du molluscum contagiosum, des verrues, des végétations, du lupus scléreux papillomateux, du lupus vulgaire des muqueuses et des membres, de l’épithéliome superficiel. On l’utilise aussi parfois dans les kératodermies, dans le nævus verruqueux, dans quelques cas rares de lupus érythémateux, etc...
1 Voir le traitement de chaque affection dans laquelle on utilise le raclage pour les pansements consécutifs.