ÉLECTROLYSE
ce que l’aiguille du galvanomètre marque l’intensité de courant que l’on juge nécessaire. On la surveille constamment, car elle peut varier pendant l’opération, bien que le collecteur ne bouge pas, et on agit d’après les oscillations de l’aiguille; puis, dès que l’on juge que le courant a suffisamment agi, on ramène le collecteur au zéro. Cette manœuvre du collecteur doit être faite par une personne attentive, sans brusquerie, sans secousses, afin d’éviter le plus possible de sensations désagréables à l’opéré. Et cependant il arrive assez fréquemment que, malgré toutes ces précautions, le malade éprouve des secousses chaque fois que le collecteur passant d’une borne à l’autre augmente la force du courant. C’est pour cela que nous préférons au collecteur le rhéostat qui permet d’augmenter ou de diminuer l’intensité du courant sans la moindre secousse. En outre, quand il s’agit de certaines opérations minutieuses comme la destruction des poils par l’électrolyse par exemple, on est forcé de recourir à un aide pour régler le collecteur, car on n’a pas trop de ses deux mains pour manœuvrer l'aiguille seule à la face, ou le cliloréthyle et l’aiguille aux membres, et l’on ne peut d’ailleurs ni faire les grands mouvements nécessaires à la manœuvre du collecteur sans imprimer à l'aiguille des oscillations déplorables au point de vue de la bonne réussite de l’opération, ni surveiller à la fois le galvanomètre et les phénomènes de destruction des téguments qui se passent autour de l’aiguille.
Par contre, ce procédé est le procédé de choix pour le traitement des tumeurs érectiles ; il faut alors en effet fixer dans le voisinage du mal des plaques métalliques recouvertes de peau de chamois, de formes variées, soit annulaires entourant la tumeur, soit en croissant, aussi larges que possible, pour répartir le courant sur une grande surface et éviter ainsi les effets Réalisés, douloureux, caustiques, du pôle négatif; pour mieux protéger la peau si l’application du courant doit être de quelque durée, il est même utile d’interposer entre les téguments et la plaque une couche d’amadou mouillé. Puis on introduit l’aiguille ou les aiguilles dans la tumeur vasculaire et l’on fait passer des courants dont l’intensité moyenne est de 20 à 25 milliampères, mais qui peuvent varier suivant les auteurs de 10 à 60 milliampères. On comprend que, dans ce cas, il soit nécessaire de n’arriver que très graduellement à ces intensités. L’usage du rhéostat est donc indispensable.
11 l’est surtout quand on opère à la partie supérieure du visage, notamment au-dessus d’une ligne fictive qui joindrait les narines au conduit auditif. Cette région constitue en effet une zone dangereuse ; en ce point, même sans dépasser l’intensité moyenne de 15 milliampères, le courant provoque des sensations pénibles, telles que irradiations douloureuses, phosphènes, vertiges, éblouissements, syncopes même. C’est d’ailleurs en grande partie pour ces motifs que l’on établit le circuit électrique le plus court possible ainsi que nous venons de l’indiquer.
Quand on n’emploie que des courants de très faible intensité comme dans l’hypertrichose, et même dans les sclérodermies, les chéloïdes, toutes les fois en un mot qu’on utilise le pôle négatif, on peut tourner la petite difficulté de l’ouverture et de la fermeture du courant de la manière suivante :
On place sur les genoux du malade une épaisse serviette ; sur cette serviette on pose un cylindre métallique recouvert de peau de chamois et imbibé d’eau salée que l’on relie au pôle positif. On pousse la manette du rhéostat de façon à obtenir approximativement l’intensité que l’on juge convenable d employer. Puis on place son aiguille; et, quand elle a la situation voulue, on dit à l’opéré de saisir le cylindre. 11 peut le faire tout d’un coup, brusquement; mais alors le courant passe tout
TRAITEMENT GÉNÉRAL
de suite avec toute son intensité ; le malade éprouve dans ce cas une douleur plus ou moins vive suivant la lorce du courant utilisé et parfois même une secousse assez violente. Cependant beaucoup de sujets aiment mieux agir ainsi, surtout pour la destruction des poils par l’électrolyse.
Il est préférable de ne leur faire prendre le cylindre que progressivement. Pour cela ils posent d’abord le bout d’un doigt sur ce cylindre, puis ils ajoutent successivement les autres doigts, et quand ils les ont placés tous les cinq, ils le saisissent d’abord doucement, puis assez vigoureusement avec toute la main. Pour les personnes pusillanimes on peut remplacer le cylindre par une simple plaque métallique recouverte de peau de chamois, sur laquelle elles posent successivement une région de plus en plus grande des doigts et de la main. Les sujets qui veulent s’opérer eux-mêmes, comme cela arrive assez fréquemment pour l’hypertrichose par exemple, se servent d’une pédale sur laquelle ils posent progressivement leur pied nu. Grâce à cette manœuvre si simple et avec laquelle les malades se familiarisent très vite, le courant passe progressivement, sans secousses, et l’on évite d’employer un aide ou des appareils un peu encombrants.
Lorsque l’on juge que le courant a suffisamment agi, on dit au malade de lâcher le pôle positif : il laisse aussitôt retomber le cylindre sur la serviette qui recouvre ses genoux, et il se garde bien de laisser reposer la main sur cette serviette. car autrement le courant continuerait à passer, quoique fort atténué. On peut ensuite retirer l’aiguille sans provoquer de sensation douloureuse.
Intensité du courant à employer et temps pendant lequel on doit le laisser passer. — L’intensité du courant que l’on doit employer varie suivant les effets que l’on veut obtenir, suivant la maladie que l’on traite, suivant le pôle dont on se sert. Le temps pendant lequel on le fait passer dépend de son intensité; il est évident, en effet, que plus il est intense, moins on a besoin de le laisser passer de temps.
Quand on agit avec le pôle positif, comme dans le traitement des tumeurs érectiles, par exemple, on utilise des courants de 20 à 30 milliampères que l’on fait passer progressivement et lentement en commençant par le zéro. Le temps pendant lequel on doit les laisser passer varie suivant le volume de la tumeur : pour les nævi de moyen et de petit volume, deux ou trois minutes suffisent ; pour les gros angiomes, il est peut-être nécessaire de les laisser passer cinq à dix minutes; il faut aussi tenir compte de l’intensité du courant : on obtiendra, en effet, le même résultat en employant un courant de 10 milliampères pendant dix minutes, ou un courant de 30 milliampères pendant trois minutes. Le premier sera supporté assez facilement, le second sera beaucoup plus douloureux. On se guide sur l’aspect de la zone blanchâtre qui se forme autour des aiguilles pour savoir si le courant a suffisamment agi. On manœuvre le rhéostat en sens inverse pour revenir lentement et sans secousses au zéro.
Certains opérateurs vont jusqu’à employer des courants de 30 à 60 milliampères : nous croyons qu’avec des courants aussi intenses les effets destructeurs l’emportent sur les effets coagulants; le caillot est plus mou, plus diffluent. Avec des courants de 5, 10, 15 milliampères, certains médecins disent avoir obtenu de bons résultats.
Quand on agit avec le pôle négatif, il ne faut pas, au contraire, utiliser en dermatologie des courants ayant plus de 10 milliampères, sinon on s’expose à détruire trop vite et trop complètement les tissus et à avoir des cicatrices vicieuses.
TRAITEMENT EXTERNE