‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 117 sur 252 · ÉLÉPHANTIASIS ET ÉTATS ÉLÉPHANTIASIQUES · texte numérisé non relu

ÉLÉPHANTIASIS ET ÉTATS ÉLÉPHANTIASIQUES

ou au contraire hypertrophiée, exubérante, papillomateuse. Le derme épaissi et dur, mais infiltré de suc transparent, est tantôt blanchâtre, tantôt pigmenté. Il peut être creusé de cavités lymphatiques ou sanguines lui donnant un aspect aréolaire comparable à celui du bois vermoulu (Rindfleisch).

« Le tissu cellulaire sous-cutané plus ou moins hyperplasié est profondément remanié. C’est à ce niveau un aspect lardacé, une induration notable, une substitution de traînées fibreuses denses au tissu musculaire et graisseux, traînées fibreuses soudant le derme à l’hypoderme, l’hypoderme à l’aponévrose.

« De l’aponévrose elles irradient dans l’épaisseur des muscles qu’elles cloisonnent et se confondent finalement avec le périoste hypertrophié recouvrant des os parfois déformés... » (Dominici, loc. cit., p. 374).

Les gros vaisseaux, artères et veines, peuvent être chroniquement enflammés et épaissis. Les gros troncs lymphatiques peuvent être ectasiés, les ganglions lymphatiques sclérosés.

Les capillaires et les petits vaisseaux lymphatiques, les capillaires sanguins et même les veinules et les artérioles sont atteints « d’endo et de périvascularites avec thromboses récentes ou anciennes fibrino-leucocytiques ou conjonctives ». (Dominici.)

Les cellules fixes du tissu conjonctif subissent un processus d’hyperplasie et de prolifération des plus accentués ; il y a diapédèse de leucocytes polynucléaires, et même d’hématies : on trouve en outre des plasmazellen et des cellules macrophages. Il y a donc un processus inflammatoire évident. En outre le tissu conjonctif tend à se reformer sans réseau élastique et aboutit en fin de compte au tissu fibreux (Dominici).

Suivant la prédominance de l’œdème, des dilatations lymphatiques, des proliférations cellulaires, on a les variétés dites éléphantiasis des -pays chauds; suivant la prédominance du processus scléreux on a les variétés dites éléphantiasis nostras. Si les capillaires sanguins sont fort dilatés et arrivent à former des dilatations pseudo-kystiques, on a la variété dite éléphantiasis télangiectode. Si les vaisseaux lymphatiques sont fort dilatés, on a la variété dite lymphangiectode .

Étiologie et pathogéuie. — L’éléphantiasis afilarien est rare dans nos pays, mais il y existe, et, pour notre part, nous l’avons assez souvent observé. Nous ne pouvons rien dire de précis sur les causes qui président à son développement. 11 nous a paru à peu près aussi fréquent chez l’homme que chez la femme : chez l’homme il survient surtout à la verge et au scrotum, chez la femme aux membres inférieurs et à la face.

Il est fréquent dans toute la région des tropiques, dans la zone comprise entre le 30e degré de latitude Nord et le 35e degré de latitude Sud. Il ne semble pas possible d’établir une relation de cause à effet entre cette affection et la malaria; cependant elle sévit surtout dans les localités marécageuses, chez les sujets surmenés, exposés à des traumatismes incessants.

En 1892 Sabouraud a démontré de la façon la plus nette chez un malade que le streptocoque de Fehleisen existait dans le sang des régions qui étaient le siège d'une poussée aiguë d’éléphantiasis. Cette découverte, de la plus haute importance, explique de la manière la plus éclatante la symptomatologie de l’affection.

. Depuis lors on a retrouvé le streptocoque dans l’éléphantiasis afilarien des pays chauds.

Malheureusement il ne nous est pas possible de faire du syndrome que nous

TABLEAUX D’ENSEMBLE ET SYNDROMES INCLASSABLES

venons de décrire une manifestation pure et simple de la streptococcie, car des recherches précises ont prouvé (Rénon, Veillon) que d’autres microbes que le streptocoque peuvent provoquer l’apparition de Eéléphantiasis nostras, et que le streptocoque ne s’y retrouve pas toujours (J. (juillet, pathogénie de Eéléphantiasis, thèse de Lyon, 1904).

En outre, comme le dit fort bien Dominici, rien ne permet d’affirmer que l’infection microbienne soit l’unique facteur pathogénique possible de cette affection. On peut encore soutenir que des auto-intoxications ou qu’un état anormal des systèmes nerveux et circulatoires soient susceptibles de lui donner naissance1.

IL Éléphantiasis filarien. — Il semble prouvé qu’une partie des éléphantiasis des pays chauds dépend de la filariose. « Cette pathogénie spéciale est démontrée parla transformation du lympho-scrotum en état éléphantiasique et par la présence du parasite filarien dans les tissus éléphanciés » (Dominici).

il est hors de doute à l’heure actuelle qu’on voit se développer de l’éléphantiasis chez des individus atteints de filariose. « Chez eux on observe l’Adéno-lymphocèle, l’hémochylurie, le lymphoscrotum d’une part, Eéléphantiasis d’autre part ». Donc des individus atteints de bosselures inguinales (adéno-lymphocèles) dues à des dilatations lymphatiques tenant à la présence dans le sang d’embryons de filaire voient se développer aux membres inférieurs des lésions d’éléphantiasis. De même un lymphoscrotum pur caractérisé par des cordons bosselés réductibles par la pression, par des sortes de vésicules transparentes, avec ou sans varicocèle lymphatique, peut aboutir à un véritable éléphantiasis des bourses.

Les caractères particuliers à ces éléphantiasis d’origine filarienne sont les suivants : 1° ils ont l’aspect clinique de l’éléphantiasis des pays chauds; ils peuvent donc atteindre un volume considérable; i2° les éléments œdème et dilatation lymphatique prédominent chez eux; 3° on peut observer chez les sujets qui en sont atteints les autres manifestations de la filariose; 4° on peut trouver, surtout vers les onze heures du soir, minuit, des fdaires dans le sang du malade, ou dans les mailles du tissu conjonctif, etc.

On devra soupçonner la possibilité de Eéléphantiasis fdarien toutes les fois qu’il s’agit d’un malade venant d’un pays où sévit la filariose. Les caractères que nous venons d’énumérer, et surtout la recherche des embryons de filaire dans le sang pendant la nuit, permettront d’établir le diagnostic.

Etiologie. Pathogéoie. — L’éléphantiasis filarien est une maladie des tropiques. L’humidité du sol pendant la saison des pluies et l'habitude qu’ont les indigènes d’aller pieds nus sont des causes prédisposantes. Tous les éléments d’une mauvaise hygiène jouent un rôle dans l’étiologie de cette affection. Toutes les professions qui obligent à travailler dans des endroits humides y prédisposent.

Les recherches de Wucherer, de Lewis, de Manson ont prouvé que dans cette variété d’éléphantiasis des pays chauds, on retrouve dans le sang un parasite

1 Voici les conclusions de Froment et Jambon (Soc. méd. des hôpitaux , 29 juillet 1904). « Il faut qu’il y ait une inflammation pour que l'éléphantiasis se produise ; mais les recherches bactériologiques ne permettent pas encore ni de préciser la nature de cette inflammation, ni en particulier de la rattacher au streptocoque. Par contre l'étude clinique montre que la notion d'érysipèle antérieur esc fréquente, mais non constante. Il semble que l'on doive admettre que toute infection de nature quelconque et d’origine exogène ou endogène, doit pouvoir, surtout lorsqu'elle est associée à la stase sanguine ou lymphatique, produire un éléphantiasis. » (Voir en outre Carie et Jambon : Gazette des hôpitaux, 24 décembre 1904.)

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