‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 119 sur 252 · ÉLÉPHANTIASIS ET ÉTATS ÉLÉPHANTIASIQUES · texte numérisé non relu

ÉLÉPHANTIASIS ET ÉTATS ÉLÉPHANTIASIQUES

1° et 2° La ligature de V artère du membre et la compression digitale de V artère sont deux méthodes fort discutées et fort discutables. (Voir les ouvrages de chirurgie.) Elles semblent avoir donné quelques résultats heureux, mais elles présentent de tels inconvénients et de telles incertitudes de succès qu’elles ont été presque généralement abandonnées.

3° IL ablation de la partie malade est une mesure radicale qui doit être conseillée dans certains cas, en particulier dans l’éléphantiasis limité au scrotum, au prépuce et aux grandes lèvres. Nous ne disons rien du mode opératoire, car c’est du ressort de la chirurgie.

4° Les scarifications linéaires trouvent parfois leur indication dans les périodes de début de l’affection, quand elle a une marche fort lente, comme cela s’observe assez souvent dans les éléphantiasis de nos pays, et lorsqu’il persiste un noyau induré ou œdématié entre les poussées lymphangitiques : on les combine d’ordinaire avec les pulvérisations prolongées faites avec de l’eau bouillie, ou de l’eau très légèrement sulfureuse, ou phéniquée au 1/500, au 1/250, ou résorcinées au 1/1000.

5° La compression élastique du membre malade est un excellent procédé qui donne presque toujours des résultats, sinon parfaits, du moins satisfaisants. On l’associe d’ordinaire à divers autres moyens thérapeutiques qui agissent dans le même sens, tels que les frictions, le massage méthodique (que nous ne saurions trop recommander), les douches sulfureuses chaudes, les douches de vapeur, les pulvérisations (voir plus haut), les bains alcalins ou sulfureux , etc... Les ulcérations superficielles ne sont pas une contre-indication à la compression, mais s’il y a des plaies trop profondes, trop suintantes, si elles se compliquent de gangrène, il vaut mieux les panser pendant un certain temps et même tâcher d’obtenir leur cicatrisation avant d’appliquer le bandage compressif.

Hébra conseille de traiter d’abord les phénomènes inflammatoires par des topiques appropriés : « Il emploie des cataplasmes, des bains tièdes, des embrocations avec de l’huile, de la graisse ou des onguents pour ramollir et faire disparaître les amas épidermiques et les croûtes. 11 fait ensuite pratiquer des frictions d’onguent mercuriel, et tenir la partie malade dans la position horizontale ou mieux un peu élevée.

Quand le membre est préparé à subir l’action de la compression, on peut se contenter d’un bandage ouaté compressif, mais il est préférable d’appliquer pardessus ce bandage, d’après les règles que l’on trouvera dans tous les traités de chirurgie, une bande de caoutchouc que l’on surveille, et que l’on remet tous les matins : on exerce ainsi sur le membre des pressions continues régulières de plus en plus fortes.

6° Les médecins brésiliens, qui ont à traiter beaucoup d’éléphantiasis, ont préconisé Y électrisation des parties malades. D’après les Drs Moncorvo et Silva da Araujo, les courants continus auraient pour effet de ramollir les tissus indurés, et les courants intermittents provoqueraient la résorption des tissus ainsi modifiés. Quand ils se servent de l’électricité galvanique, ils mettent le pôle négatif sur les points malades, et le pôle positif sur les tissus sains à une certaine distance. La durée de chaque séance varie de cinq à trente minutes (voir, pour plus de détails, les traités d’électrisation).

C’est surtout l’électrolyse négative ou bipolaire que nous avons essayée dans les cas d’éléphantiasis nostras que nous avons eu à traiter jusqu’ici, et ce procédé nous a donné quelques résultats. 11 nous a semblé qu’il arrêtait la marche enva-

TABLEAUX D’ENSEMBLE ET SYNDROMES INCLASSABLES

hissante de l’affection, et qu’il en favorisait parfois la régression. D’après ce que nous savons maintenant des courants et des effluves de haute fréquence il nous semble qu’il serait indiqué de les employer.

ESTHIOMÈNE

Le nom d ' Esthiomène a été donné par Huguier en 1848 à des ulcérations chroniques de la vulve accompagnées d’hypertrophie éléphantiasique des parties avoisinantes (Dubreuiih, Pratique Dermat.).

Bernutz en 1874 et Fiquet en 1876 affirment que l’esthiomène est le lupus de la vulve. Cette opinion a semblé prévaloir pendant un certain temps. En 1889 Jacobi « considère l’esthiomène comme une ulcération banale survivant à un chancre mou et entretenue par une série de mauvaises conditions locales ». Dubreuiih et Brau en 1894, Koch en 1896, Barbour et Walker, Yerchère, Bandler étudient sucessivement l’esthiomène et en font « un ulcère chronique non spécifique à point de départ variable entretenu par des conditions locales et générales défectueuses » (Dubreuiih).

Jusqu’à plus ample informé l’esthiomène ne doit donc être considéré que comme un syndrome; mais toute cette question est à reprendre.

Symptômes. — - L’esthiomène est essentiellement constitué au point de vue objectif par des ulcérations et par une hypertrophie éléphantiasique des tissus.

Les ulcères siègent d'ordinaire à la commissure postérieure de la vulve, vers la fourchette, vers le méat uréthral, au fond des sillons qui séparent les grandes lèvres des petites lèvres et celles-ci de l’entrée du vagin. Ils peuvent avoir toutes les formes et tous les aspects : superficiels au début, irréguliers, sécrétant un liquide presque toujours fétide, à fond rouge marbré de jaune, ils deviennent peu à peu plus étendus, plus profonds. Parfois cependant ils restent superficiels, à bords calleux, mamelonnés; parfois ils sont étroits, fissuraires; parfois ils offrent des végétations polypi formes ; parfois ils sont térébrants, phagédéniques, détruisent le périnée, les petites lèvres, le méat, etc...

Ils sont entourés de tissus épaissis, infiltrés, quasi éléphantiasiques, souvent mamelonnés, rouges ou violacés, ou d’un rose pâle. C’est ainsi que le clitoris déformé peut atteindre le volume d’un œuf de poule et même davantage; les grandes lèvres forment deux énormes bourrelets ; il en est de même des petites lèvres quand elles sont intéressées. L’urètlire peut être maintenu béant, et il peut y avoir de l’incontinence des urines; l’anus est rétréci ou maintenu béant, etc...

Malgré leur énormité, ces lésions sont peu ou point douloureuses; mais elles exhalent une odeur fétide, ce qui ce conçoit, car elles sont constamment baignées par l’urine, les écoulements vaginaux et les sécrétions des ulcères.

La maladie s’aggrave lentement, progressivement, ou par poussées coïncidant d’ordinaire avec des lymphangites. L’incurie et la malpropreté favorisent l’évolution : les soins minutieux, les lavages et le repos donnent au contraire de l'amélioration.

Éiioiogie. — L’esthiomène est donc à un certain point de vue une maladie de l’incurie et de la misère. Et de fait on l’observe chez des femmes adultes, alcooliques, mal nourries et peu fortunées. La plupart ont eu de nombreux enfants, des maladies vénériennes diverses.

FOLLICULITES ET PÉRIFOLLIC ELITES

Pour Jacobi l’esthiomène débuterait le plus souvent par un chancre mou qui guérirait en tant que plaie virulente et laisserait des ulcérations inflammatoires et traumatiques simples. Bandler et Rille font jouer un rôle analogue à la syphilis tertiaire. Koch incrimine la gêne de la circulation lymphatique : ses malades avaient subi l'ablation de ganglions inguinaux ou avaient eu desadéniteschroniques. Audry etDalous soutiennent la même opinion (Esthiomèneano-recto-vulvaire et lymphangiomes : Journal des mal. eut. etsyphil., février 1903, p. 86). Il est évident que toutes ces conditions pathogéniques peuvent s’observer et concourir avec l’incurie des malades à constituer les lésions.

Diagnostic. — Il n’y a qu’un diagnostic pathogénique à essayer de poser en présence d’un cas d’esthiomène. En s’appuyant sur l’analyse de l’aspect des lésions, sur l’histologie, la bactériologie et les commémoratifs, on tâchera de préciser les causes premières de la maladie.

Traitement. — La médication devra découler de cette enquête. S’il y a de la syphilis antérieure on instituera le traitement hydrargyrique.

En tout cas il est indispensable d’imposer aux malades le repos, de leur donner des toniques et une bonne alimentation, de leur faire des nettoyages soigneux plusieurs fois par jour avec de l’eau bouillie simple ou très faiblement antiseptisée pour éviter les irritations locales. On pansera les plaies avec de l’aristol, de l’iodol, du sous-carbonate de fer, de l’ektogan, etc... On les touchera avec des solutions faibles de bleu de méthylène ou de nitrate d’argent : on isolera les unes des autres les régions malades.

Parfois on doit exciser les végétations trop exubérantes. Peut-être la radiothérapie ou l’électrolyse pourraient-elles donner des résultats contre les hypertrophies éléphantiasiques.

Il convient de continuer longtemps des soins d’hygiène minutieux pour prévenir des récidives.

A côté de l’esthiomène il convient de signaler une affection spéciale qu’ont décrite Daniels et Conyers (de Demerara), Galloway, Powell, et qui siège aux parties génitales de la femme dans les pays chauds. « La maladie débute par des papules qui s’accroissent, atteignent le volume d’une noisette, puis s’ulcèrent. Il se forme ainsi une surface granuleuse végétante et saignante qui finit par guérir en laissant des cicatrices dures, pigmentées, rétractiles, qui généralement s’ulcèrent à nouveau. La maladie dure ainsi pendant des années. » (Résumé de Dubreuilh.) (Voir granulome ulcéreux des organes génitaux dans la section des dermatoses probablement microbiennes à microbes inconnus.)

FOLLICULITES ET PÉRIFOLLICULITES

Le mot de folliculite créé par Hardy signifie lésion inflammatoire du follicule pilo-sébacé et du follicule sudoripare , quelle qu’en soit la nature. Si l’on veut en constituer un groupe morbide, on voit donc qu’il ne peut être que fort artificiel, et qu’il est immense. On devrait en effet y ranger toutes les inflammations superficielles et profondes, aiguës et chroniques du follicule pileux, des glandes sébacées et sudoripares. Mais, par une sorte de convention tacite, on s’est entendu pour réserver cette dénomination aux seules inflammations du follicule pilo-sébacé (voir plus loin l’article glandes sudoripares) .

Bkocq. — Dermatologie. 1. 20

ABLEAU

X D’ENSEMBLE ET SYNDROMES INCLASSABLES

Malgré cette restriction, le groupe artificiel des folliculites reste des plus confus : il devrait comprendre en effet :

A . Des processus torpides d inflammation qui , du moins à l’heure actuelle encore, semblent être amicrobiens comme la kératose pilaire, le pityriasis rubra pilaire, certaines localisations du lichen plan.

D. Des processus subaigus d' inflammation qui semblent être en relation avec des ' infections générales de V organisme peut-être par des toxines microbiennes comme les tuberculides folliculaires , le lichen scrofulosorum en particulier, comme certaines variétés de syphilides (syphilides lichéniennes, acnéiques, périfolliculaires, etc. . .)

C. Des processus subaigus et surtout aigus d inflammation d origine très probablement parasitaire et microbienne comme beaucoup d’affections parasitaires des poils, comme les suppurations périfolliculaires caractérisées objectivement par des pustules péri pilaires, comme les acnés, etc...

Peu à peu le sens attaché au mot de folliculite a perdu de son indécision tout en s’écartant, il faut bien le reconnaître, de son sens logique et primitif.

On en a progressivement distrait :

La kératose pilaire (voir ce mot, aux Dystrophies ) ;

Le pityriasis rubra pilaire (voir ce mot aux Réactions cutané es proprement dites ) ;

Les formes acuminées du lichen plan (id.);

Les tuberculides péripilaires (voir Dermatoses microbiennes) ;

Les syphilides péripilaires (id.);

Les affections parasitaires des poils (favus, tricbophyties, bien que ces dernières se compliquent assez souvent de folliculites véritables au sens moderne du mot) (voir Dermatoses parasitaires) ;

Enfin les acnés vraies que l’on décrit tout à fait à part (voir Dermatoses microbiennes).

Il en est résulté qu’à l’heure actuelle on réserve le mot de folliculites à des lésions assez spéciales d’aspect, et caractérisées par la formation de pustules d’emblée à l’orifice du follicule pilo-sébacé.

Ce groupe, très important, rentre dans les staphylococcies cutanées (voir Dermatoses microbiennes) . Il comprend :

Les folliculites suppurées ordinaires ;

La forme dite impétigo de Bockhart ;

La forme dite sycosis ordinaire ou sycosis staphylococcique par opposition au sycosis trichophytique dont on trouvera la description au chapitre Trichophytie :

Les folliculites décalvantes qui comprennent : l’acné décalvante ; le sycosis lupoide; l’acné nécrotique; l’acné kéloïdienne.

Ces folliculites décalvantes doivent sans doute leur aspect clinique si spécial à des associations microbiennes, le staphylocoque doré qui est l’agent primitif et primordial delà suppuration folliculaire y étant associé à d’autres agents pathogènes.

GANGRENES CUTANEES

On sait que l’on désigne sous le nom de gangrène la mortification locale des tissus chez l’être vivant.

C’est un syndrome qui peut être la conséquence des causes les plus diverses : il ne peut être considéré comme une maladie définie.

GANGRENES CUTANEES

Nous renvoyons aux traités de Pathologie générale pour l’étude d’ensemble des processus gangréneux, pour la description des gangrènes sèche, humide, de l'escarre, de sa production et de son élimination. Nous nous bornerons à exposer ici ce qui -est plus particulier à la gangrène des téguments.

Nous prions en outre les lecteurs de vouloir bien se reporter au bel article de Veillon et Ilallé sur les gangrènes disséminées de la peau chez les enfants. On y verra que ces auteurs distinguent : 1° les nécroses de la peau sans symptômes d’infection putride, simples nécrobioses, dans lesquelles on ne trouve que les microbes habituels de la peau; 2° et les gangrènes vraies de la peau avec putréfaction, c’est-à-dire avec fermentation spéciale, dans lesquelles il existe d’après eux un organisme pathogène qui n’est pas toujours le même, mais dont le caractère biologique commun et constant est d’être strictement un microbe anaérobie.

Symptômes. — La gangrène se manifeste tout d’abord par un changement de coloration de la peau. Dans la gangrène dite sèche, elle est le plus souvent d’un brun jaunâtre, d’un blanc noirâtre, parfois même complètement noire : dans quelques cas rares elle est d’un blanc mat tirant sur le

jaune pâle. Elle est en quelque sorte rétractée, affaissée au-dessous du niveau normal des téguments, dure, insensible au toucher, à la piqûre et à la chaleur. Dans la forme dite humide elle est grisâtre, mollasse, recouverte de phlyctènes remplies d’une sérosité roussâtre.

Dans certains cas les malades éprouvent au niveau des parties mortifiées des sensations de fourmillements, d’élancements, des névralgies térébrantes particulièrement pénibles.

Au bout de quelques jours il se produit tout autour de l’escarre une série de phénomènes appréciables à la vue, qui ne sont que le résultat visible du travail d’élimination opéré spontanément parla nature pour arriver à débarrasser l’organisme de la partie qui a été privée de vie et qui n’est plus pour lui qu’un corps étranger.

L’escarre s’environne d’une zone inflammatoire rouge plus ou moins étendue; peu à peu il se forme un sillon entre elle et les parties vivantes, sillon qui est le siège d’une suppuration plus ou moins abondante : l’escarre se décolle par les bords, se rétracte, et se détache progressivement des parties sous-jacentes en laissant une ulcération bourgeonnante qui évolue d’ordinaire rapidement vers la cicatrisation.

Il est inutile d’insister sur l’anatomie pathologique des trois zones que nous venons de décrire : d) zone centrale mortifiée ; b) zone intermédiaire d’élimination ; c) zone externe d’inflammation : elle ne présente rien de spécial.

Fig. 28. — Gangrène de la face d’origine inconnue.

gie. s»aïSao«-t;üsie. — La gangrène peut être la conséquence d’un traumatisme quelconque portant sur les téguments, ou d’un autre processus : d’où deux grandes catégories :

TABLEAUX D’ENSEMBLE ET SYNDROMES INCLASSABLES

A) . Gangrènes traumatiques-,

B) . Gangrènes non traumatiques.

A. Gangrènes traumatiques. — Elles peuvent reconnaître pour causes :

a) Le traumatisme direct comme la contusion, l’écrasement, etc...

b) Certains agents physiques comme le froid (gelure), la chaleur (brûlures), l’électricité (électrolyse, rayons X... etc)...

c) Les caustiques chimiques (pâte de Vienne, arsenic, acide sulfurique, et surtout les pansements phéniqués, etc... etc...).

Toutes ces lésions sont banales et ne réclament aucune étude particulière.

B. Gangrènes non traumatiques. — Cette catégorie est de beaucoup la plus intéressante.

On peut diviser les gangrènes non traumatiques en :

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