I. — Traumatismes purs
Les pressions prolongées, les frottements, les frictions répétées, font subir aux téguments diverses modifications que nous avons étudiées plus haut.
DERMATOSES ARTIFICIELLES
Mais à ce groupe de traumatismes purs se rattachent deux catégories de faits sur lesquels nous devons donner quelques détails : Ce sont :
A. Les alopécies traumatiques directes.
B. Les gloss ites traumatiques .
A. Alopécies traumatiques directes. — Nous donnons le nom d'alopécies traumatiques directes aux alopécies qui sont le résultat de l’avulsion directe des cheveux, ou de l’usure des poils par le frottement, ou de l’action directe d’un agent extérieur nuisible. Nous désignons sous le nom d 'alopécie traumatique indirecte les chutes de cheveux consécutives à un coup ou à une blessure quand le traumatisme agit sur un tronc nerveux, ou sur les extrémités nerveuses. Ces alopécies doivent être rattachées comme aspect clinique et peut-être comme pathogénie aux variétés d’alopécie peladoïde qui reconnaissent pour cause une origine nerveuse.
Les alopécies traumatiques directes se subdivisent en trois groupes :
a) Alopécies par avulsion des cheveux ou des poils ; b) Alopécies par frictions ; c) Alopécies par traumatisme direct des téguments.
a) Alopécies par avulsion des cheveux ou des poils. — L’épilation thérapeutique rentre dans ce groupe ; on doit également y ranger cette curieuse manie qu’ont certaines personnes d’arracher constamment les cheveux et les poils en certains points du corps ou du cuir chevelu. C’est la trichomanie d’E. Besnier, la trichotillomanie de Hallopeau (voir ce mot aux Dermatoses d'origine nerveuse ou Trophonévroses) .
Ce groupe comprend deux sous-variétés : a) les alopécies par frottements qui s’observent chez les enfants en bas âge, et chez les femmes par suite de l’abus des peignes ou des épingles à cheveux; b) les alopécies par grattages qui s’observent chez les personnes atteintes de prurit intense et persistant des régions velues.
a) h' alopécie par frottement des enfants en bas âge s’observe surtout à la région occipitale inférieure chez les enfants débiles, hydrocéphales ; elle résulte du frottement constant de la nuque sur le traversin : parfois cependant, mais fort rarement, on l’a observée aux bosses pariétales. Elle a été bien étudiée par Yariot sous le nom de pseudo-alopécie des enfants.
Elle occupe d’ordinaire une zone circulaire correspondant à la partie supérieure de l’occipital : elle est limitée en bas par une collerette de cheveux, à concavité supérieure, s’étendant de la nuque vers les régions mastoïdiennes ; en haut, elle empiète un peu sur la suture lambdoïde ; sur les côtés, elle s’étend jusqu’aux bosses pariétales. Ses limites sont presque toujours assez précises en bas, tandis qu’en haut et sur les côtés la transition vers le cuir chevelu sain se fait graduellement. Vers les bosses pariétales il est commun de voir des cheveux écourtés, comme s’ils avaient été cassés à mi-longueur par le frottement. Le grand caractère objectif de cette variété est qu’avec un peu d’attention on aperçoit à l’œil nu et à la loupe sur les plaques en apparence glabres de nombreux follets, courts, fins, peu pigmentés ; au microscope les follicules pileux sont sains, nullement atrophiés.
Il est vraisemblable que cette pseudo-alopécie dépend surtout des frottements. En effet a la périphérie des plaques on trouve des poils cassés et comme usés ; la tête repose constamment sur l’oreiller, de telle sorte que les cheveux ne sont jamais en contact avec l’air et la lumière, et ils sont sans cesse soumis à une assez forte pression. Toutes ces raisons se combinent pour en amener la décoloration et en empêcher le développement.
TRAUMATISMES PURS
b) Chez les femmes,, les alopécies par frottements existent surtout vers le vertex, un peu au-dessus de la région occipitale. Elles dépendent presque toujours aussi de causes multiples : d’abord et avant tout de la pression directe des peignes, et malheureusement dans ces derniers temps les modes nouvelles ont généralisé l’emploi de ces objets de toilette : les femmes en portent d’ordinaire quatre, l’un sur le vertex vers l’occiput, un autre sur le vertex vers le front, deux vers les tempes pour faire « bouffer leurs cheveux » ; elles multiplient ainsi les points de pression et facilitent de plus en plus la formation des alopécies temporales et sincipitales auxquelles elles sont sujettes.
Les alopécies par frottement des femmes ont un peu le caractère général des alopécies dites séborrhéiques qui les compliquent d’ailleurs presque toujours. Elles en diffèrent cependant par leur circonscription beaucoup plus étroite, par leur limitation aux points de pression, par la présence assez fréquente de cheveux noirs, irréguliers, frisés, comme tordus et cassés ; parfois leur ressemblance avec les alopécies séborrhéiques est telle que l’examen seul des cheveux et du cuir chevelu ne peut permettre de les en distinguer : les cheveux deviennent de plus en plus grêles, de plus en plus fins ; ils cassent, et sont progressivement remplacés par du duvet qui disparaît à son tour en ne laissant qu’une plaque glabre et une calvitie irrémédiable.
Le diagnostic se fait donc par l’aspect, par la localisation, par la coexistence des peignes ou des faux cheveux, par l’absence d’autres affections connues du cuir chevelu.
Ces alopécies par frottement peuvent s’observer en d’autres régions du corps, en particulier sur certains points des membres qui sont soumis au contact incessant des vêtements, comme la face externe des mollets par exemple : elles sont caractérisées par ce fait qu’on y voit des follicules pileux, mais les poils y sont cassés, ou même usés comme si on s’était servi d’une pierre ponce.
c) Alopécies par grattage. — Les alopécies par grattage s’observent surtout aux sourcils chez les personnes qui sont atteintes de prurit rebelle de la face. Ce sont presque toujours des arthritiques nerveux qui sont en proie à d’effroyables démangeaisons et qui ne cessent de se gratter ou de se frotter les parties atteintes . Ils arrivent ainsi à user complètement les sourcils où les téguments deviennent un peu rugueux, épaissis , presque toujours pigmentés, parfois d’un rouge brunâtre ; à leur surface on aperçoit les follicules pileux, mais les poils sont véritablement usés au ras de la peau comme si on les avait longuement et minutieusement passés à la pierre ponce.
Cet aspect est tout à fait pathognomonique et ne permet pas de confondre cette variété d’alopécie avec aucune autre. Elle diffère de la trichotillomanie avec laquelle elle coexiste parfois, et que nous avons d’ailleurs observée aux sourcils sans prurit, en ce qu’elle est toujours consécutive au prurit, en ce que les poils ne sont pas arrachés, mais usés, en ce que les téguments présentent souvent eux aussi des lésions dues au grattage.
Un peut observer cette alopécie par grattage en un point quelconque du corps, même au cuir chevelu, quoiqu’elle y soit assez peu commune : nous répétons que les sourcils sont de beaucoup son lieu d'élection.
d ) Alopécies par destruction directe du follicule pileux, ou par action en masse sur les téguments d'un agent vulnérant quelconque. — Cette catégorie comprend les alopécies cicatricielles consécutives aux plaies contuses qui désorganisent le cuir chevelu et détruisent les follicules pileux, aux brûlures profondes, accidentelles ou
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thérapeutiques (thermocautère et électrocautère), à l’action des caustiques, en particulier de l’huile de croton, aux vésicatoires suppures, etc.).
Nous devons enfin ranger dans ce même groupe les alopécies assez fréquentes chez les enfants qui sont consécutives à des coups portés sur le cuir chevelu et dans lesquelles les cheveux tombent tout autour du point touché, dans une zone plus ou moins étendue suivant l’intensité du traumatisme. Comme forme, comme aspect du cuir chevelu, elles simulent la pelade à s’y méprendre.
Traitement des alopécies traumatiques directes. — Nous avons bien peu de chose à dire à propos du traitement de ces alopécies.
a) h' alopécie par frottement des enfants en bas âge guérit spontanément dès qu’ils sont assez forts pour ne plus garder la position couchée, qui est la cause première de l’affection : pour agir moralement auprès des parents, on pourra prescrire l’application d’une solution légèrement excitante, à base de quinine et de rhum, avec recommandation de l’étendre de deux ou trois fois son volume d’eau et même d’en suspendre totalement l’usage si le cuir chevelu devient rouge et sensible.
Théoriquement, l’emploi de ces préparations n’est guère indiqué, puisqu’il s’agit d’une alopécie par friction. Les pommades devraient être préférables, et l’on pourrait, à la rigueur, employer — toujours avec surveillance de peur d’irritation du cuir chevelu — soit la pommade de Dupuytren, soit les anciennes pommades dites philocomes des auteurs, soit plus simplement un peu de vaseline boriquée. Nous répétons que, lorsque c’est possible, il est encore préférable de ne rien faire et d’attendre la suppression de la cause première de Ealopécie.
b) L’ alopécie des peignes et des perruques chez la femme nécessite impérie usement la suppression totale de ces objets de toilette : il est, en outre, presque toujours utile d’instituer chez elles le traitement de l’alopécie prématurée idiopathique (voir ce mot).
c ) L’ alopécie par grattage n’a d’autre traitement que celui du prurit qui en est la cause première (voir ce mot).
d) Les alopécies consécutives aux cicatrices sont incurables.
e) Celles qui se développent à la suite de coups directement reçus au niveau du cuir chevelu guérissent spontanément; cependant, on peut activer jusqu’à un certain point la repousse des poils en prescrivant des frictions et des pommades excitantes dérivées de celles dont on se sert dans la pelade; par exemple :
1° Tenir la tête soigneusement nettoyée, la laver toutes les fois que c’est utile avec de l'eau boriquée chaude et du savon au goudron et au panama;
2° Tous les soirs mettre sur les plaques un peu de la pommade suivante, sauf trop grande irritation du cuir chevelu.
Résorcine .
Goudron purifié .
Savon noir .
Soufre précipité .
Lanoline . )
Vaseline pure . )
Baume du Pérou .
de 15 à 25 centigrammes,
de 1 à 3 grammes,
de 0gr,30 à 1 —
de 1 à 3
ââ 10 —
Q. S. pour aromatiser.
Proportionner les doses à l’excitabilité du cuir chevelu du sujet;
3° Tous les matins faire une friction des plaques malades avec la solution suivante :
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Chlorhy drosul fate de quinine . 1 gramme.
Acide acétique cristallisé . 3 grammes.
Teinture de cantharide . 5
— de romarin . )