IRRITANTS D’ORIGINE ANIMALE
L’étude de ces lésions intertrigineuses est à reprendre de fond en comble, d’autant mieux qu’elles ont d’étroites relations avec ce que Hébra appelait l’eczéma marginatum, avec certaines dermatoses encore appelées eczémas séborrhéiques par quelques auteurs, avec l’érythrasma, etc... Nous avons montré qu’une partie notable de ces dermatoses doit être rangée, comme le veut Sabouraud, dans les streptococcies (voir plus haut).
Nous devons maintenant dire quelques mots de deux variétés éruptives et pathogéniques importantes que l’on peut faire rentrer dans le groupe que nous étudions :
1° Les lésions intertrigineuses de la femme atteinte d' écoulements pathologiques et surtout de blennorragie et de syphilides vulvaires.
2° Les diabétides génitales .
1° Lésions intertrigineuses de la femme atteinte d’écoulements pathologiques. — Ces lésions ont été étudiées en détail par L. Bernard et par nous-même dans les Annales de dermatologie, 1899, p. 1 .
Symptômes. — Chez la femme atteinte d’écoulements pathologiques et surtout de blennorragie, on voit fréquemment au niveau de la fossette génito-crurale, plus rarement sur toute l’étendue des régions supérieures et internes des cuisses, des lésions spéciales qui sont tantôt d’un rouge plus ou moins vif et comme inflammatoires, tantôt d’un brun plus ou moins pâle, plus ou moins foncé suivant les sujets, et qui donnent dans ce dernier cas l’impression d’altérations cutanées constituées, à l’état de repos.
État torpide. — A V état de repos, dans leur aspect le plus banal, les lésions que nous étudions consistent en une série de sillons légèrement sinueux, de un quart à un demi-millimètre à peine de profondeur, obliquement dirigés d’avant en arrière et de haut en bas, dont la longueur varie de 2 ou 3 millimètres à 1 centimètre et demi, 2 centimètres et même 3 centimètres, assez irrégulièrement placés les uns à côté des autres, s’intriquant en quelque sorte, mais toujours plus ou moins parallèles d’ une manière générale, formant parfois, mais rarement, dans leur trajet ou par leur réunion avec un autre sillon, un angle obtus ou presque droit.
Quand on tend la peau, le fond même de ces sillons se dessine en rosé sur les téguments distendus; parfois cependant, chez des sujets assez âgés, ou n’ayant eu depuis longtemps aucune poussée inflammatoire, le fond des sillons se dessine quand on exécute cette manœuvre en stries d’un blanc nacré.
Entre ces sillons existent des sortes de plateaux sinueux assez irréguliers, allongés dans le sens antéro-postérieur et un peu obliquement de haut en bas, suivant la direction des sillons qui les limitent. Leur surface est elle-même très irrégulièrement parcourue par quelques sillons antéro-postérieurs superficiels à peine marqués, rappelant comme aspect l’impression légère d’une pointe d’aiguille sur de la cire, parfois à peu près parallèles aux grands sillons dans tout leur parcours, parfois coudés à angle droit en certains points.
En outre, toute la surface de ces pseudo-plateaux est traversée d’une multitude de sillons superficiels parallèles entre eux, perpendiculaires aux sillons principaux, et qui descendent jusqu’au fond des grands sillons en transformant les crêtes latérales des plateaux en une série de petits sommets minuscules, ce qui donne à ces lignes de faîte un aspect général sinueux et comme tremblé.
Çà et là disséminées sans ordre aucun se voient de minuscules saillies folliculaires, sous la forme de petits points arrondis de la grosseur d’une moyenne tête
DERMATOSES ARTIFICIELLES
d’épingle : leur teinte est d’ordinaire un peu plus blanche que le reste de la lésion. Ces saillies ont avec les sillons des rapports fort variables ; presque toujours elles sont tangentes à l’un de ces sillons.
Quand on tend la peau au niveau des fossettes génito-crurales, ces lésions deviennent bien moins visibles, parfois même elles disparaissent pour ainsi dire complètement. Elles semblent se produire avec plus de facilité chez les femmes dont
Fig. 31. — Schéma clés stigmates blennorragiques.
On y voit à gauche un type de stries fort développées el en nappes de la fossette génito-crurale, — à droite un type un peu moins accentué. En dehors des fossettes génito-crurales, sur la face interne des cuisses plaques pigmentées avec quelques stries dans le point le plus voisin des fossettes génito-crurales.
Fig. 32. — Détail des stries des fossettes génito-crurales, pour montrer les sillons, les crêtes, les plateaux, les petites saillies arrondies.
Fig. 33. — Saillie entre deux sillons principaux grossie pour montrer les sillons secondaires et l'aspect de sa surface.
Fig. 34. — Aspect des stries de la face interne des cuisses.
ces régions sont absolument glabres. Elles s’accompagnent pour ainsi dire toujours d’un certain degré de pigmentation. Mais cette pigmentation est des plus variables comme intensité. Elle paraît tenir d’une part au degré de développement de la lésion elle-même; d’autre part et surtout au pouvoir chromatogène du sujet.
Les malades n’accusent jamais la moindre douleur, le moindre prurit au niveau des régions ainsi modifiées.
État inflammatoire . — Quand les malades ont un écoulement blennorragique abondant, ou des lésions syphilitiques ulcéreuses (chancres ou syplrilides papulo-