IRRITANTS D’ORIGINE ANIMALE
érosives) en pleine activité et suintantes, les lésions que nous venons de décrire sont souvent très accentuées, d’un rouge plus ou moins vif, en quelque sorte turgescentes. Les sillons peuvent avoir jusqu’à un millimètre de profondeur, et l’ensemble des plaques donne assez bien l’impression d’une région montagneuse microscopique sillonnée de ravins assez irréguliers, mais ayant tous une direction générale parallèle. Cet état inflammatoire est fort éphémère; il s’atténue parle repos et par les soins d’hygiène avec la plus grande rapidi té. Il n’occupe pas toujours d’une manière uniforme toute l’étendue de la fossette génito-crurale : il peut ne former que quelques plaques disposées d’ordinaire en bandes transversales grossièrement parallèles au pli inguinal, entre lesquelles les lésions présentent l'aspect que nous avons décrit dans l’état de repos. En outre, ces états inflammatoires s’accompagnent assez souvent d’érythème intertrigineux banal, parfois même de tuméfaction des téguments : elles siègent surtout au niveau des plis inguinaux, vers la face externe des grandes lèvres et la face interne des cuisses.
Un peu au-dessous de la fossette génito-crurale, les cuisses des femmes, surtout lorsqu’elles sont un peu grasses, ont de la tendance à devenir tangentes à l’état de repos lorsque les pieds sont rapprochés; pendant la marche elles frottent l’une contre l’autre dans une étendue qui varie suivant la conformation des sujets et leur embonpoint. Ces zones de frottement sont d’ordinaire figurées par un triangle à base supérieure curviligne dont la concavité supérieure est située au-dessous et parfois un peu en arrière de la fossette génito-crurale, à sommet inférieur assez mousse qui s’estompe le long de la face interne de la cuisse. — C’est a ce niveau que chez les femmes qui ne se tiennent pas très propres, et qui ont des écoulements vaginaux ou vulvaires abondants, se développent des lésions éminemment banales qui sont contituées par plusieurs éléments 1 : d’abord et avant tout par de la pigmentation d’intensité fort variable allant du jaune brunâtre à peine accusé au brun foncé presque noirâtre : c’est l’élément de beaucoup le plus important et au premier abord il semble exister seul : mais, en examinant les téguments de fort près, on ne tarde pas à voir que vers la racine du membre, dans les environs de la fossette génito-crurale, la peau est striée d’une grande quantité de petits sillons superficiels parallèles, obliquement dirigés de haut en bas, d’avant en arrière, séparés les uns des autres par des intervalles variant de 1 millimètre à 1 millimètre et demi, et formant dans leur ensemble une plaque courbeàtrès grand rayon dont la concavité regarde en haut et en arrière. Ces sillons semblent être d’ordinaire la continuation et la réduction des lésions delà fossette génito-crurale 2.
Sur les plaques pigmentées de la face interne des cuisses, il est facile en les observant obliquement de façon à faire varier les incidences de lumière, de distinguer de très nombreuses petites facettes minuscules, aplaties, brillant aux incidences de lumière, séparées les unes des autres par de toutes petites dépressions. Elles sont tout à fait analogues aux lésions de début des lichénifications, et, pour préciser davantage, aux lésions de nos lichénifications avortées diffuses. Les plaques des cuisses peuvent donc être constituées par les trois éléments suivants : pigmentation , sillons, facettes brillantes.
Tout autour de V anus on trouve chez les femmes un peu grasses et chez celles qui ont d’abondants suintements anaux ou génitaux, les trois zones suivantes qui
1 Voir pour tous les détails de ces lésions, pour leur configuration, leur situation exacte, leurs variations, etc..., le mémoire déjà cité. (L. Brocq et L. Bernard, Etude nouvelle des lésions intertrigineuses de la femme : Annales de Dermat. et de Syphiligr., 1899, p. 8 et suiv.)
"2 Toute cette description est un peu écourtée. Voir pour plus de détails le mémoire précité.
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constituent ce que nous avons appelé la cocarde péri-anale : 1° au niveau même de l’anus et de ses plis radiés une première zone pigmentée assez foncée ; 2° en dehors, une deuxième zone assez claire, au niveau de laquelle la peau est un peu rouge dans les cas où il existe un certain degré d’érythème, tandis qu’elle n’y est que fort légèrement pigmentée lorsque tout est rentré dans le calme ; cette zone moyenne, dont la largeur varie de 2 à 3 ou 4 centimètres suivant les cas, occupe à partir du pourtour de l’anus toute la région du contact des fesses ; 3° en dehors de cette deuxième zone se voit la troisième et dernière, la plus externe, qui figure une sorte de bordure des plus nettes, de 1 centimètre environ de largeur moyenne. Elle correspond à la limite externe de la région de contact des deux fesses. Elle décrit donc une courbe à concavité antérieure ; en arrière, elle se relie à celle du côté opposé au fond du pli interfessier, plus ou moins haut suivant les sujets; de là elle suit la face interne et inférieure de la fesse, en décrivant la courbe à concavité antérieure et supérieure dont nous venons de parler, et elle vient mourir en avant d’une manière insensible, le plus souvent vers la hase postérieure des grandes lèvres, plus rarement un peu plus en dehors, vers la naissance des lésions de la fossette génito-crurale. La teinte de cette troisième zone est toujours beaucoup plus accentuée que celle de la zone moyenne. Quand ces régions sont enflammées, elle est d’un rouge plus ou moins vif, et au-dessous de cette rougeur on distingue nettement un degré notable de pigmentation qui devient des plus apparentes, quand on fait disparaître l’érythème par la pression ; quand toute inflammation s’est dissipée, cette zone externe tranche encore sur la zone moyenne par une teinte pigmentée qui varie, suivant les sujets et suivant l’intensité des lésions, du jaune brunâtre au brun foncé presque noir.
Anatomie pathologique. — Au point de vue histologique, les lésions dont nous venons de parler consistent surtout en des modifications de l’épiderme et un peu des papilles dermiques : à l’état aigu, il existe un processus d’activité cellulaire qui aboutit à la prolifération des diverses couches de l’épiderme, en particulier de la couche épineuse et du stratum granulosum : à l’état torpide, l’épaisseur de la couche épineuse est moindre, mais les papilles sont beaucoup plus allongées, et on trouve des dépôts de pigment dans les cellules dermiques et dans les cellules génératrices.
Pathogénie. Étiologie. — On voit donc qu’au point de vue objectif et pathogénique on peut distinguer deux ordres de lésions assez différentes dans ces modifications des téguments péri-génitaux : 1° des lésions d’inflammation épidermique aiguës ou chroniques, érythémateuses ou non, qui siègent au niveau des fossettes génito-crurales, et qui semblent résulter presque uniquement de l’action sur les téguments de liquides pathologiques : on peut en rapprocher les lésions de la troisième zone péri-anale ; 2° des lésions assez rarement érythémateuses, surtout pigmentées, à petits sillons minuscules, et à facettes brillantes, qui résultent un peu du contact des liquides pathologiques, mais surtout des frottements les unes contre les autres des fesses et des cuisses imprégnées de ces mêmes liquides.
Ces lésions s’observent chez les femmes qui ne prennent pas de soins de toilette minutieux et qui ont une affection des organes génitaux donnant lieu à un suintement quelconque. Elles sont surtout fréquentes chez les blennorragiques, et nous avons retrouvé le gonocoque à la surface de la plupart des lésions des fossettes génito-crurales qui offraient une teinte érythémateuse. Elles peuvent être considérées presque toujours comme des stigmates de la blennorragie.
Cependant on peut les rencontrer aussi chez les leucorrhéiques, dans certaines
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métrites, chez des personnes atteintes de chancres indurés géants ou multiples, de syphilides papulo-érosives ou papulo-hypertrophiques des organes génitaux.
Traitement. — Il suffit de soustraire les régions atteintes au contact des liquides irritants et aux frottements.
On soignera donc la maladie, cause première, blennorragie, syphilis, métrite, etc., pour épuiser tout écoulement.
On fera trois fois par jour au moins une toilette soigneuse des régions malades avec des liquides aseptiques, eau boriquée chaude par exemple, additionnée d’un peu de coaltar saponiné ou d’eau blanche.
Puis on poudrera ces régions avec une poudre inerte quelconque, talc, oxyde de zinc, sous-nitrate de bismuth, ceyssatite, etc...
2° Diabétides génitales. — Nous décrirons ici les éruptions qui semblent être en relation directe avec l’irritation des téguments par le contact et la fermentation des urines chargées de glucose.
Symptômes. — Les lésions cutanées des organes génitaux d’origine diabétique sont fort importantes à connaître. Elles sont parfois le premier symptôme apparent de la maladie, ce qui s’explique par ce fait que les téguments des organes génitaux sont soumis comme tout le reste de l’économie à l’action nuisible de la glycémie, et qu’ils sont de plus directement lésés par le contact de l’urine chargée de glucose.
Quand les malades ne prennent pas des soins minutieux de propreté, pour peu qu’il reste de l’urine sur les téguments, elle fermente avec la plus grande rapidité, devient ainsi fort irritante, et favorise la production de nombreux parasites, végétaux cryptogamiques ou microbes, lesquels prolifèrent avec la plus grande rapidité et interviennent eux aussi pour leur part dans la genèse de la dermatose.
En somme, les diabétides génitales sont à la fois des dermites traumatiques, parasitaires et toxiques.
Nous laisserons de côté les gangrènes des organes génitaux dont nous parlons ailleurs (voir Gangrènes). En dehors de cette forme grave, les diabétides génitales proprement dites peuvent revêtir les quatre aspects suivants :
1° Il peut n’y avoir que du prurit quelquefois modéré, souvent d’une intensité extrême, surtout chez la femme : il occupe chez elle la vulve, le périnée, l’anus, et chez l’homme le prépuce, le gland et parfois le scrotum (voir l’article Prurit pour le traitement).
2° Le plus souvent le prurit s’accompagne de rougeurs plus ou moins marquées; elles peuvent rester à l’état de simple érythème.
3° Mais presque toujours elles finissent par devenir suintantes, et revêtent alors l’aspect de X eczéma. A. Fournier en a décrit deux formes :
a) Une forme aiguë , caractérisée chez la femme par sa localisation à la vulve et aux régions péri-vulvaires, par une rougeur intense et une tuméfaction des téguments atteints, par un suintement séreux, par des démangeaisons et des sensations de brûlure et de cuisson des plus vives, par sa ténacité, par sa tendance aux récidives avec des alternatives d’amélioration et d’aggravation qui tiennent sans doute à des variations dans la composition des urines.
b) Une forme chronique qui succède d’ordinaire à la forme aiguë, qui s’étend plus loin qu’elle, qui gagne les aines, le périnée, le pourtour de l’anus, le vagin, parfois même l’abdomen, et qui se caractérise par une rougeur plus sombre et par
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une infiltration hyperplasique des tissus, résultat de grattages incessants. Sur toutes les parties malades on retrouve les crasses sébacées parasitaires que nous avons mentionnées plus haut, fort souvent de Térythrasma, et les autres dermatoses qui composent ce que TIebra appelait l’eczéma marginatum.
Chez l’homme, l’eczéma diabétique occupe le gland et surtout le prépuce qui rougit, se tuméfie, présente fort souvent au niveau de son anneau inférieur une couronne de craquelures ou de gerçures. Peu à peu les irritations incessantes déterminent l’épaississement et la transformation fibreuse des parties malades ; l’ouverture préputiale se rétrécit de plus en plus de manière à constituer un phimosis des plus étroits : dès lors il devient fort difficile, sinon impossible, de pratiquer des lavages complets du sillon glando-préputial qui est rempli d’un smegma abondant ; les causes d’irritation deviennent permanentes : le prépuce s’indure de plus en plus, et son orifice fibreux, inextensible, est parfois tellement étroit que c’est à peine si les urines peuvent s écouler, et qu’une opération devient nécessaire. Le malade éprouve des sensations de cuisson, de prurit qui peuvent être fort violentes.
Cette balano-postliite diabétique peut se compliquer d’indurations fibreuses nodulaires, de poussées inflammatoires aiguës des plus vives, d’éruptions d’herpès d’eczéma et qui donnent lieu à un écoulement séro-purulent abondant, de végétations considérables, d’ulcérations qui simulent la syphilis et l’épithéliome.
4° Dans quelques cas enfin, on voit survenir sur les parties génitales déjà hyperémiées, en particulier chez l’homme, de petites lésions arrondies ou ovalaires très superficielles qui simulent tout à fait des vésicules èC herpès, qui desquament et guérissent avec rapidité, mais qui sont assez souvent sujettes à récidiver avec la ténacité la plus désespérante.
Trîîitemcfiaf, — Nous renvoyons, pour le traitement général, aux ouvrages spéciaux, et pour tous les détails du traitement local, au traitement des éruptions artificielles de cause externe en général.
Nous nous bornerons aux quelques remarques suivantes :
Les causes des diabétides génitales étant bien connues, on s’efforcera avant tout de les supprimer.
Pour cela il faut : 1° diminuer la dose de sucre contenue dans les urines (traitement général) ; 2° empêcher le contact prolongé des urines avec les téguments, leur fermentation, et la pullulation des parasites.
Le diabétique doit donc avant toute chose tâcher de ne pas uriner sur ses téguments, et, si cet accident se produit, se laver immédiatement après avec une solution alcaline au bicarbonate ou au borate de soude. Il poudrera ensuite les parties malades avec une poudre inerte composée par exemple de talc 60 grammes, sousnitrate de bismuth et oxyde de zinc ââ 20 grammes, borate de soude 2 grammes. Ces quelques soins suffisent d’ordinaire dans les cas de simple érythème.
S’il s’agit d’eczéma diabétique, on pourra employer chez la femme des lotions plus fortement antiseptiques et antiprurigineuses à l’acide borique, à l’eau oxygénée, au coaltar saponiné, au sous-acétate de plomb, des pommades et des poudres appropriées, l’interposition entre les parties malades d’ouate aseptique ; chez l’homme, on fera des injections intra-préputiales avec les liquides précédents, au besoin même avec une solution de nitrate d’argent aux deux-centième, au centième, et même au cinquantième ; on ne devra recourir chez lui à la circoncision qu’à la dernière extrémité, car l’on sait combien les opérations sont contre-indiquées