‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 149 sur 252 · IRRITANTS PHYSIQUES ET ATMOSPHÉRIQUES. — ANG I O K É RA TOME · texte numérisé non relu

IRRITANTS PHYSIQUES ET ATMOSPHÉRIQUES. — ANG I O K É RA TOME

Camphre pulvérisé . . . .

Acide borique .

Chlorhydrate de morphine

Oxyde de zinc .

Vaseline pure .

Lanoline pure .

0,20 centigrammes.

1 gramme.

0,10 centigrammes.

3 grammes.

3° Collodions et emplâtres. — Contre les engelures non ulcérées on a employé le collodion simple (Vidal), un collodion renfermant 1/40 d’iode métalloïdique (Billroth), un collodion renfermant 1/20 d’iodoforme.

Pour les engelures ulcérées, on se sert de l’emplâtre à l’oxyde de zinc d’Unna ou de l’emplâtre rouge d’E. Vidal (voir article Emplâtre) .

L’énumération précédente est plus que suffisante : nous ne pouvons mentionner tous les remèdes qu’on a préconisés, depuis l’urine du malade jusqu’aux tranches d’oignon trempées dans du whisky dont un médecin anglais, Campbell, dit s’être fort bien trouvé.

Conduite a suivre dans le traitement des engelures. — En présence d’un cas donné d’engelures, nous conseillons tout d’abord de se servir pour se laver d’eau aussi chaude que possible; puis de faire, au point de vue local, le traitement formulé par E. Besnier et qui est le suivant :

1° Baigner les mains dans une décoction de feuilles de noyer. — Essuyer;

2° Frictionner à l’alcool camphré ;

3° Saupoudrer avec la poudre suivante :

Salicylate de bismuth . 10 grammes.

Amidon . . 90 ,

4° Pour calmer les démangeaisons du soir lorsqu’elles sont trop vives, frictionner

avec :

Glycérine .

Eau de rose .

Tannin .

Puis poudrer avec la poudre n° 3.

f âà 50 grammes.

de 0sr,10 à 1 gramme.

D. Angiokératome. — Peut-être Bazin et Secheyron ont-ils connu cette affection, mais les deux premières descriptions nettes et précises en ont été publiées presque à la même époque par Mibelli sous le nom d' Angiokératome et par nous-même sous celui de Télangiectasîes verruqueuses . Dubreuilh lui a donné le nom de verrues télangiectasiques, Colcott Fox celui de lymphangiectasies des mains et des pieds; finalement c’est la dénomination d' angiokératome. qui a prévalu.

Symptômes. — L’angiokératome débute par la formation d’un point rouge vif, minuscule, arrondi, de la grosseur d’une tête d’aiguille, qui disparaît assez difficilement par la pression et qui reparaît immédiatement. Il est constitué par une dilatation vasculaire. Peu à peu d’autres petits points se développent au voisinage du premier, et il se forme ainsi une tache d’un rouge pourpre, un peu irrégulière de forme, dont les dimensions moyennes sont de 2 à 3 millimètres de diamètre ; elle est constituée par l’agglomération d’une série de petits points de 1/3 de millimètre de large environ. Par la pression on en fait disparaître quelques-uns, rare-

Buocq. — Dermatologie. I. 25

ment tous. Si on les pique, il se produit une petite hémorragie (Dubreuilh).

A un stade plus avancé Eépiderme situé au-dessus de ces dilatations vasculaires prolifère, et il se forme alors de véritables petites tumeurs de la grosseur moyenne d’un grain de chènevis, ayant une forme globuleuse ou allongée, d’une teinte gris

de plomb, rouge sombre, rouge vif, plus rarement violacée, à surface rugueuse, de consistance cornée, comme verruqueuse. On voit souvent à leur surface des sortes de petits points noirâtres qui sont des amas de sang coagulé contenus dans la couche cornée.

On comprend dès lors pourquoi nous avions donné à ces lésions le nom de télangiectasies verruqueuses.

Leur siège habituel est les mains et les pieds, et surtout les doigts et les orteils. Pringle les a observées au pavillon de l’oreille. Elles sont pour ainsi dire toujours multiples. Il n’est pas rare de les voir cribler les doigts. Elles ne subissent pas toutes la transformation verruqueuse : il est habituel dans les cas intenses d’en trouver chez le même sujet à tous les stades de développement : il est relativement fréquent de les voir s’arrêter au premier et au deuxième stade, et de ne constater aucune transformation verruqueuse.

Elles sont parfaitement indolentes.

Anatomie pathologique. — « La lésion principale de l’angiokératome est une dilatation considérable des capillaires sanguins superficiels qui forment des cavités allongées ou globuleuses visibles à l’œil nu et d’autant plus volumineuses qu’elles sont plus superficielles. Ces dilatations ampullaires remplissent et dilatent les papilles, refoulent le tissu conjonctif voisin, arrivent à le mettre en contact immédiat avec l’épiderme, et peuvent même être presque totalement englobées par lui.

Le tissu conjonctif du derme dans l’intervalle et au-dessous des vaisseaux dilatés présente un certain degré d’inliltration cellulaire. » (Dubreuilh.)

Les vaisseaux lymphatiques peuvent avoir des dilatations analogues à celles des vaisseaux sanguins (Mibelli, Audry).

Mibelli admet qu’il y a néoformation de vaisseaux surtout par bourgeonnement des parois vasculaires.

Dans la forme verruqueuse, il y a hyperkératose de l’épiderme : la couche cornée et la couche granuleuse sont fort épaissies. « Au sommet des dilatations vasculaires l’épiderme est aminci ; dans leurs intervalles l’épiderme envoie des prolongements profonds qui se ramifient, qui entourent les dilatations sanguines et contribuent à leur thrombose. Les dilatations ainsi thrombosées sont ensuite englobées par la végétation épidermique et arrivent à la surface pour former les grains noirs qu’on trouve dans la plupart des cas d’angiokératome. )> (Dubreuilh.)

Étiologie — Un fait majeur domine l’étiologie de l’angiokératome : ses étroites relations avec les engelures. 11 se montre pour ainsi dire toujours chez les enfants et les adolescents qui ont des engelures, sur les régions qui y sont exposées et non sur celles qui n’en ont jamais eu : il augmente de nombre et de volume à mesure

Fig. 44. — Angiokératome, main droite, chez une jeune hile.

IRRITANTS PHYSIQUES ET ATMOSPHÉRIQUES. — GERÇURES

que les engelures se répètent. Dès que le sujet n’en a plus, il cesse de s’étendre, reste stationnaire; puis, dans Page adulte, finit par s’atténuer. Tous les individus qui ont des engelures n’ont pas d’angiokératome : il faut donc admettre chez ceux qui en ont une certaine prédisposition aux dilatations vasculaires.

En 1898 Leredde et Milian publièrent un cas d’angiokératome sous le nom de Tuberculides angiomateuses des membres inférieurs , et émirent pour la première fois l'hypothèse de l’origine tuberculeuse de cette lésion. Depuis Leredde etHaury, et surtout Pautrier (Thèse, p. 323, et Arch. fur dermat. LXIX, 1904) ont soutenu cette opinion avec le plus grand talent, en s’appuyant sur l’histologie (voir Pautrier) et sur la clinique.

Jusqu’à plus ample informé nous ne pouvons admettre cette théorie.

Diagnostic. — L’angiokératome est caractérisé par sa forme, son aspect, ses localisations si spéciales. Cet ensemble permet de le distinguer de tous les autres angiomes congénitaux ou acquis.

Les lymphangiomes n’ont ni leur dissémination, ni leur aspect. Les verrues vraies n’ont pas leur coloration rouge vif due aux télangiectasies.

Traitement. — On peut faire disparaître les angiokératomes en les touchant avec la pointe fine de l’électrocautère ou même du thermocautère : mais il nous semble que l’électrolyse négative donne des résultats bien préférables en ce sens qu’elle ne laisse pas de cicatrices vicieuses. On enfonce une fine aiguille de platine iridiée préalablement flambée et reliée au pôle négatif dans chaque petite dilatation ; on fait passer pendant huit à quinze secondes selon la résistance des tissus un courant de 1 milliampère et demi à 2 milliampères et demi, jusqu’à ce qu’il y ait un commencement net de destruction des tissus, puis on cesse de faire passer le courant, et on retire l’aiguille. Comme pansement ultérieur, on se contente de lotionner deux ou trois fois par jour avec de l’alcool camphré. Il se forme au niveau de chaque point touché une petite croûtelle noire qu’on détache au bout d’un laps de temps variant de cinq à dix jours. On recommence une deuxième fois l'opération quand c’est utile. On obtient ainsi la disparition graduelle de tous les éléments.

E. Gerçures. — Symptômes. — On désigne sous le nom de gerçures ou crevasses de petites plaies linéaires, de forme et d’étendue variables, qui intéressent l’épiderme et les couches superficielles du chorion. Il semble que les téguments, en quelque sorte trop étroits, se soient fendus à leur niveau. Le fond en est souvent d’un rouge vif : dans la grande majorité des cas, elles sont sèches, plus rarement il s’y produit un suintement séreux ou séro-sanguinolent. Elles sont presque toujours le siège de douleurs assez vives, surtout au contact de corps étrangers.

Elles sont très fréquentes aux mains pendant l’hiver, car le froid en est l’agent producteur par excellence : elles s’y forment au bout des doigts, aux plis articulaires chez les personnes qui exercent des travaux manuels, qui touchent des liquides irritants comme les eaux de vaisselle ; elles sont alors profondes, douloureuses et assez rebelles. Elles occupent au contraire la face dorsale des mains chez ceux qui n’ont pas de profession manuelle, mais qui s’exposent simplement au contact de l’air. Dans ce cas, elles sont superficielles et une simple onction de lanoline suffit pour les faire disparaître.

On les observe aussi au mamelon chez les nourrices; elles sont causées par le contact du lait et de la salive du nourrisson ; elles peuvent être, par les sécrétions

DERMATOSES ARTIFICIELLES

et les douleurs qu’elles causent, un sérieux obstacle à l’allaitement : elles sont fréquemment la cause d’abcès du sein.

Au pourtour de l’anus elles sont dans quelques cas le point de départ de complications graves telles que des fissures et des fistules anales. Elles sont communes aux lèvres et aux commissures des lèvres où il ne faut pas les confondre avec la perlècbe (voir ce mot). Elles sont parfois très rebelles aux narines, où elles sont entretenues par les sécrétions nasales, surtout-dans les coryzas.

Traitement. — Gerçures en général et gerçures des mains — Quand on est prédisposé aux gerçures, il ne faut rien toucher d’irritant lorsqu’il fait froid; on doit se servir pour se laver les mains d’eau froide bouillie, de savon de bonne qualité ou de pâte d’amandes, et porter directement sur les téguments des gants de peau souple et fine. Une fort légère couche de lanoline pure ou parfumée avec de la vanilline est le meilleur préservatif.

Quand les gerçures sont formées, on peut continuer les soins précédents ou recourir de plus à l’un des moyens que nous allons indiquer :

Lotionnerdeux fois par jour les régions malades avec le mélange suivant (Monin) :

Eau de laitue . 200 grammes.

Cdycérine pure . 50 —

Baume du Pérou . 15 —

Salicylate de soude . 4

ou bien se frotter les mains matin et soir avec quelques gouttes d’une préparation contenant 50 centigrammes de tannin pour 20 grammes de glycérine neutre et 100 grammes d’eau de rose (Vigier).

Mettre pour la nuit sur les parties malades soit de la lanoline pure, soit de la lanoline parfumée avec un peu de vanilline et d’essence de rose, soit un mélange de lanoline 30 pour 10 d’huile d’amande douce, soit du glycérolé d’amidon à la glycérine neutre pure de Price.

Les formules précédentes sont surtout bonnes pour les mains.

Gerçures du sein. — Pour les gerçures du sein, on a recommandé de faire après chaque tétée une lotion soigneuse avec de- l’eau boriquée, puis d’appliquer de la vaseline boriquée au dixième ou au vingtième, pure ou additionnée d’un cinquantième de chlorhydrate de cocaïne; dans ce dernier cas, on doit laver soigneusement le mamelon avant de donner le sein à l’enfant.

Berckmann conseille, après avoir fait la lotion boriquée, de recouvrir le mamelon et l'aréole préalablement mouillés d’un morceau de baudruche de 10 centimètres de diamètre, dont le centre est percé de plusieurs trous pour permettre l’allaitement : avant de mettre l’enfant au sein, on humecte le pansement avec de l’eau sucrée : on le refait après chaque tétée.

On a encore préconisé dans les cas où l’aréole est sensible les préparations suivantes :

Carbonate de zinc . 5 grammes.

Glycérine . 4 —

Vaseline . 25 —

ou bien :

Tannin . 1 gramme.

Glycérine . 50 grammes.

Eau de rose . 20 —

IRRITANTS PHYSIQUES ET ATMOSPHÉRIQUES

— HYDROA VACCINIFORME

Si l’affection persiste, on cautérise les fissures avec le crayon de nitrate d’argent, ou bien on fait des lotions avec une solution de chloral au deux centièmes et des pansements au salol : le collodion au salol que l’on a beaucoup vanté et dont voici la formule

Salol .

Chlorhydrate de cocaïne

Ether .

Collodion .

a l’avantage d’agir comme topique et comme occlusif, mais il gêne parfois beaucoup l’allaitement. (Il ne faut pas oublier que les préparations de salol provoquent souvent des éruptions artificielles.)

Gerçures des lèvres. — Contre les gerçures des lèvres on peut employer les cérats ou les cold-ereams, ou encore la formule suivante de Monin.

3 grammes.

20 centigrammes.

3 grammes.

Beurre de cacao. .

Huile de ricin. . .

Extrait de cachou .

Huile de bouleau .

Essence de badiane M. s. a.

10 grammes.

11 gouttes.

Dans certains cas rebelles, une cautérisation légère avec une solution de nitrate d’argent au vingt-cinquième ou même au dixième, ou bien des applications de baume du Commandeur (Vidal) modifient la vitalité des tissus et déterminent la cicatrisation. Ces dernières considérations s’appliquent aux gerçures des narines et de la marge de l’anus.

F. Hydroa vacciniforme.. — C’est Bazin qui a pour la première fois observé et décrit Vhydroa vacciniforme ( Leçons théoriques et cliniques sur les affections génériques de la peau, 1862, p. 132). Cette affection a été étudiée par Hutchinson sous le nom de Summer éruption, et depuis lors par de nombreux auteurs, parmi lesquels ils convient de citer surtout Radcliffe Qrocker qui l’a appelée hydroa vacciniforme seu estivale.

Étiologie. — Les poussées se produisent presque toujours après que le malade s’est exposé pendant quelques instants, quelques heures, rarement quelques jours, à l’action des rayons du soleil. Elles surviennent d’ordinaire dès le soir même ou dès le lendemain, et elles occupent les régions découvertes qui ont subi directement l’influence solaire.

Par suite, la période d’élection de cette dermatose est de mars-avril à septembreoctobre. Cependant chez les personnes tout particulièrement prédisposées, on en observe également des attaques pendant l’hiver, et elles semblent se produire aussi à cette époque après une exposition aux rayons du soleil : mais il est fort possible que d’autres agents atmosphériques Ta provoquent, par exemple le vent violent, l’air de la mer, le froid, et même la chaleur artificielle.

Les régions le plus souvent atteintes sont le visage, les oreilles, le cou, la nuque, la face dorsale des mains, les avant-bras quand ils ne sont pas couverts, les pieds et les jambesdans des circonstances analogues. Il est rare, mais possible, que l’éruption une fois produite gagne des régions protégées par les vêtements et même les.

DERMATOSES ARTIFICIELLES

muqueuses (voir pour plus de détails notre mémoire sur Ehydroa vacciniforme, Annales de Dermatologie, 1894, p. 1133).

Ce sont surtout les enfants qui semblent prédisposés à cette affection : ils en présentent les premières atteintes dès leur tout jeune âge (deux ans, trois ans, cinq ans). Puis ils en ont des poussées tous les ans régulièrement, quelquefois hiver et été, plus souvent seulement pendant l’été, dès leur première exposition au soleil, et les éruptions sont d’autant plus rapprochées, d’autant plus intenses, d’autant plus rebelles qu’ils prennent moins de précautions.

Puis, peu à peu, avec l’âge, la faiblesse de résistance des téguments semble

Fig. 43. — llydroa vacciniforme.

Partie latérale gauche de la face chez une petite fille de G ans. Au milieu des soulèvements bulleux on voit une teinte d'un brun noirâtre escharotique. Le bout du nez est complètement noir, gangréneux.

décroître, les poussées deviennent de moins en moins fréquentes et prolongées, et dans plusieurs cas les éruptions cessent de se produire entre vingt et trente ans. 11 en seraitdoncun peu de Ehydroa vacciniforme comme des engelures. Cependant les adultes peuvent être atteints.

Cette affection ne semble pas être familiale. Les garçons y sont plus prédisposés que les filles.

Symptômes. — L’éruption est parfois accompagnée ou précédée d’un malaise général, d’anorexie, de nausées, d’agitation pendant la nuit, de frissonnements; mais ces phénomènes peuvent manquer. Le malade éprouve des sensations plus ou moins accentuées de cuisson, de brûlure, de tension, rarement de prurit au niveau des régions qui vont être atteintes; les localisations d’élection sont par ordre de fréquence les pommettes, les oreilles, le nez, le reste de la figure, le front, la face dorsale des mains, etc.

Les éléments éruptifs typiques sont constitués au début par des soulèvements épidermiques faisant une saillie notable au-dessus des téguments voisins, tendus, donnant au doigt une sensation marquée de résistance, arrondis ou ovalaires, globuleux, d’une grosseur qui varie de celle d’un grain de mil à celle d’un petit pois, de coloration opaline, comme demi-transparents ou perlés. Quand on les ouvre avec une pointe d’aiguille, on en fait sourdre un liquide limpide séreux.

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