‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 152 sur 252 · TATOUAGE · texte numérisé non relu

TATOUAGE

Ces supercheries se reconnaissent facilement par la trace des coups de ciseaux et l’irrégularité des cheveux coupés quand on s’est servi de ciseaux, par l’absence de cheveux cassés ou massués, ou fragiles au niveau des plaques et sur leur pourtour, si l’on a arraché les cheveux. En outre, si l’épilation date de quelques jours, la surface glabre est criblée de petits points noirs formés par les cheveux qui repoussent.

Fig.

Tatouage. — Le tatouage consiste

à introduire dans les couches supérieures du derme diverses matières colorantes insolubles dont les particules restent indéfiniment à la place où on les a déposées, et qui constituent ainsi des stigmates indélébiles le plus souvent sous la forme d’inscriptions ou de dessins à une ou à plusieurs couleurs.

Il y a des tatouages professionnels : ce sont ceux des piqueurs et rhabilleurs de meules de moulins, tatouages qui sont dus à la pénétration dans l’épaisseur du derme du dos des mains de particules en acier qui deviennent de l’oxyde de fer

— Tatouage. (Peau du front d’un Malgache séborrhéique et tatoué).

c, couche cornée en desquamation. — m, corps muqueux de Malpighi, Epiderme. — s, glandes sébacées un peu hypertrophiées. — p,p, très nombreux corpuscules noirs constituant le tatouage. 11 n’y a autour d'eux aucune réaction inflammatoire.

Diagnostic. — Nous serons bref sur ce point.

Il n’y a qu’à songer à la simulation reconnaître. Pour un œil exercé, la dermatose simulée a une physionomie an ti naturelle qui frappe tout d’abord. Les lésions sont ou trop régulières, ou trop irrégulières, trop géométriques, trop angulaires, trop nettement arrondies : il y a des bavures vers les bords, des prolongements ne répondant à aucun t}-pe connu, et dus à un écoulement du liquide caustique. Elles sont trop exactement symétriques, ou parallèles.

Elles sont monomorphes. Elles siègent en des régions toujours facilement accessibles au toucher, tandis que les régions que le malade ne peut atteindre restent indemnes.

Parfois on peut retrouver sur les téguments des fragments de la substance nocive.

Dès que l'on a des soupçons, on doit pratiquer des pansements occlusifs hermétiquement cachetés, ou exercer une surveillance des plus actives, de tous les instants.

dès que l’on y pense, il est facile de la pm p c p

DERMATOSES ARTIFICIELLES

dans la peau, el qui prennent une teinte d’un brun foncé ; ceux des cantonniers ou casseurs de pierres dus au silex; ceux des charbonniers et des mineurs dus aux particules de charbon et qui siègent à la face et aux mains.

Il y en a d’accidentels, comme ceux qui résultent d’explosion de poudre de chasse, ou de mine (tatouages de la figure et des mains), de pansements de plaies avec des poudres colorées, etc...

Mais les tatouages de beaucoup les plus fréquents sont ceux qu’on se fait faire par des individus qui exercent soit d’une manière accidentelle, soit d’une manière

permanente la profession de tatoueurs.

Ils se servent pour tatouer d’un faisceau d’aiguilles qu’ils trempent dans une solution d’encre de Chine, et avec lesquelles ils pratiquent des piqûres, fines, disposées linéairement de façon à figurer des lettres, des dessins d’ornement, des fleurs, des figures. On peut aussi employer de la poudre de chasse écrasée, de l’encre à écrire, du bleu de blanchisseuse, du charbon, du carmin, du vermillon, du bleu de Prusse, etc..., mais la plupart de ces substances tiennent moins que l’encre de Chine.

Le tatouage pratiqué sans soins peut entraîner certaines complications telles que des lymphangites, des abcès, des phlébites, des suppurations diverses, des escarres, des chéloïdes, etc..., mais surtout l’inoculation de la syphilis : cet accident relativement assez fréquent tient à ce que les tatoueurs délaient la substance colorante avec

ro ril . . .. , . leur salive, et mettent dans leur bouche les aiguil-

Fig. 48. — Tatouage du pli du coude . °

et de l’avant-bras. les dont ils se servent.

On a essayé dans ces derniers temps de pratiquer le tatouage dans un but thérapeutique : on a tatoué des nævi pigmentaires, des plaques vitiligineuses de la peau, des leucomes de la cornée, etc...

Traitement. — Pour arriver à faire disparaître les tatouages, on a employé à peu près sans succès les vésicatoires volants, les cautérisations avec des acides plus ou moins concentrés, les tatouages blancs avec des poudres d’émaux, les tatouages avec le lait, l’huile phéniquée, la teinture de cantharides, le tannin seul, l’acide acétique, l’oxalate acide de potasse, le nitrate acide de potasse, etc.

Le fer rouge bien manié et agissant à une profondeur suffisante peut les détruire; mais il en résulte souvent des cicatrices vicieuses, et, à moins d’exécuter des délabrements considérables, on reproduit précisément ainsi le dessin que l’on voudrait anéantir.

Variot, après de nombreux essais, a proposé ce qui suit :

Il verse d’abord sur les parties de peau tatouées une solution concentrée de tannin ; puis, à l’aide d’un jeu d’aiguilles analogues à celui dont se servent les tatoueurs, il fait des piqûres serrées sur toute la surface à décolorer.

Il passe ensuite le crayon de nitrate d’argent ordinaire en frottant fortement sur toutes les parties qu’il a piquées au tannin. Il laisse pendant quelques instants la solution concentrée de sel d’argent agir sur l’épiderme et le derme jusqu’à ce

ERUPTIONS ARTIFICIELLES DE CAUSE INTERNE

que les piqûres se détachent en noir foncé. Il essuie alors : la surface tatouée est devenue noire par la formation d’un tannate d’argent bientôt réduit qui s’est produit dans les couches superficielles de la peau. Dans les premiers jours qui suivent la cautérisation, il y a une légère réaction inflammatoire avec une sensibilité variable. Puis, les jours suivants, toutes les parties piquées au tannin et cautérisées au nitrate d’argent prennent une teinte noire foncée formant une sorte de croûte ou d’escarre mince, très adhérente aux parties profondes ; le troisième ou le quatrième jour après l’opération, les croûtes sont tout à fait indolores. Cependant si le tatouage est étendu, les mouvements de la partie tatouée peuvent devenir douloureux. Quelquefois il se fait un peu de suppuration au-dessous des escarres, mais jamais il n’y a de réaction inflammatoire vive. Au bout de quatorze à dix-huit jours, la croûte ou escarre superficielle se détache spontanément. Le derme et l’épiderme sont réparés au-dessous : on aperçoit à la place du tatouage une cicatrice superficielle rougeâtre qui se décolore progressivement : deux mois après l’opération, cette cicatrice n’est plus que fort peu apparente.

Brunet applique d’abord de l’ammoniaque pendant quinze minutes pour déterminer une vésication. Il enlève l’épiderme soulevé : il insensibilise à la cocaïne, et frotte les points tatoués avec le nitrate d’argent.

Nous avons employé l’électropuncture fine et surtout l’électrolyse avec un succès très relatif, car souvent il reste des cicatrices qui reproduisent en blanc mat la configuration du tatouage.

Quand le tatouage est minuscule, le plus simple est de l’enlever chirurgicalement.

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