‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 153 sur 252 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

ÉRUPTIONS ARTIFICIELLES DE CAUSE INTERNE

( Dermatites toxiques )

Sous les noms à’ éruptions artificielles de cause interne ou de dermatites toxiques , nous désignons toutes les éruptions causées par l’introduction dans l’économie soit parle tube digestif, soit parles poumons, soit par les téguments (frictions ou injections sous-cutanées) d’une substance nuisible quelconque, alimentaire ou médicamenteuse. Ce sont les éruptions provoquées indirectes ou pathogénétiques par ingesta de Bazin.

Comme nous l’avons dit plus haut, leur étude se relie intimement à celle des éruptions artificielles de cause externe. Certaines éruptions dues à des applications de médicaments sur les téguments sont à la fois des éruptions traumatiques par action directe sur la peau et des éruptions toxiques par absorption de la substance nocive et action nuisible de celle-ci sur tout l’organisme.

Ce sont les susceptibilités individuelles qui jouent ici le rôle le plus important : elle dominent complètement la pathogénie de ces dermatoses. Elles gouvernent en Brocq. — Dermatologie. I. 26

DERMATOSES ARTIFICIELLES

partie l’apparition de V éruption et la forme morbide que revêtent les manifestations cutanées; cependant certaines substances provoquent V apparition de lésions cutanées tout à fait spéciales , de telle sorte que Ion peut reconnaître parfois d'après V aspect de V éruption quelle est la substance qui Va produite.

Symptomatologie générale. — Rien de plus variable que la symptomatologie des éruptions artificielles de cause interne. Elles peuvent être érythémateuses, urticariennes, papuleuses, vésiculeuses, bulleuses, pustuleuses, acnéiques, furonculeuses, anthracoïdes, etc.

On peut les grouper avec Tildcn de la manière suivante :

1° Plaques érythémateuses simples et fugitives sans symptômes généraux, sans desquamation consécutive; elles s’observent surtout à la suite de l’administration de la quinine, de l’antipyrine, du copahu, du cubèbe, de l’iodure et du bromure de potassium, du benzoate de soude, etc.

2° Lésio?is érythémateuses un peu papuleuses, ressemblant parfois à la rougeole, parfois aux diverses variétés de l’érythème polymorphe (quinine, antipyrine, copahu, iodure de potassium, chloral) ;

3° Dermatites érythémateuses diffuses, assez souvent accompagnées de phénomènes généraux avec desquamation consécutive, ressemblant souvent à la scarlatine (acide salicylique, quinine, opium, morphine, iodure de potassium, mercure, belladone) ;

4° Éruptions urticariennes, fréquemment combinées avec les formes précédentes et accompagnées de phénomènes généraux : (ce sont les plus fréquentes de toutes les éruptions artificielles de cause interne) (moules, copahu, quinine, acide salicylique, antipyrine, iodures et bromures, opium, morphine, chloral, arsenic, santonine) ;

5° Éruptions purpuriques avec ou sans hémorragies des muqueuses (quinine, acide salicylique, iodure de potassium, chloral) ;

6° Éruptions papuleuses et papulo -pustuleuses acnéiques (iodures et bromures).

Les formes suivantes sont beaucoup plus rares :

7° Éruptions squameuses (borax) (fort rare) ;

8° Eruptions vésiculeuses eczémati formes (bicarbonate de potasse, iodoforme) ;

9° Éruptions bulleuses ou pemphigoïdes (iodure de potassium surtout, bromure de potassium, copahu);

10° Éruptions bulleuses et papillomateuses (iodisme et bromisme végétant) ;

11° Éruptions zostériennes (arsenic;)

12° Éruptions pustuleuses ;

13° Éruptions furonculeuses et anthracoïdes (iodures et bromures) ;

14° Éruptions nodulaires (id.) ;

15° Gangrènes (arsenic, ergot, iodure) ;

16° Pigmentations (arsenic, nitrate d’argent, acide picrique, antipyrine).

Il est souvent fort difficile de reconnaître è première vue que ces éruptions sont d’origine artificielle; c’est possible cependant dans certains cas, grâce à la soudaineté de leur venue, après l’ingestion de telle ou telle substance, grâce à leur tendance à la disparition lorsqu’on en cesse l’emploi, tandis qu’elles reparaissent dès qu’on la reprend, grâce parfois au polymorphisme des phénomènes éruptifs comme dans certaines lésions érythémateuses, qui tiennent à la fois de la

ERUPTIONS ARTIFICIELLES DE CAUSE INTERNE

rougeole, de la scarlatine, de l’érythème simple, de l’urticaire, grâce enfin, mais beaucoup plus rarement, à leurs localisations spéciales et à la nature même des lésions cutanées, comme dans les éruptions copahiques et bromiques (voir plus loin).

En résumé, dans tout cas d’érythème ne se rapportant pas de la façon la plus nette et la plus évidente à un type connu, dans tous les cas d’acné, d’induration tuberculeuse, phlegmoneuse, furonculeuse et anthracoïde de la peau, il faut soupçonner une éruption artificielle de cause interne et diriger une enquête des plus minutieuses dans ce sens.

Patho^éuie. — On ignore absolument pourquoi certaines substances alimentaires ou médicamenteuses provoquent des éruptions chez certaines personnes et non chez d’autres, pourquoi, après avoir été employées par certains sujets pendant un laps de temps plus ou moins long sans le moindre accident, elles ne peuvent plus être ingérées par eux sans déterminer des crises éruptives. C’est ici que cet inconnu irritant pour l’esprit, mais indéniable, qui est la prédisposition individuelle, impose son existence avec le plus d’évidence.

A quoi peut tenir cette idiosyncrasie ? Quelles sont les circonstances qui la font varier chez une même personne ? Nous l’ignorons totalement.

On a dit que ces éruptions artificielles de cause interne étaient plus fréquentes chez les sujets dits arthritiques (voir Généralités), chez ceux qui présentent des fermentations gastro-intestinales, un mauvais fonctionnement du foie, de l’imperméabilité rénale, des troubles cardio-vasculaires ou nerveux, des troubles généraux de la nutrition, tels que le diabète, etc. Tout cela est possible, mais non prouvé d’une manière scientifique.

Il y a des prédispositions familiales, héréditaires, aux éruptions alimentaires ou médicamenteuses pour telle ou telle substance ; il y en a d’individuelles qui sont permanentes ou temporaires: il y en a de variables en ce sens que lorsque l’individu cesse d’être susceptible à une substance il le devient pour une ou pour plusieurs autres.

D’ordinaire il suffit d’une dose minime de la substance nuisible pour produire l’éruption. Parfois cependant les accidents cutanés ne surviennent qu’à la longue après l’ingestion de fortes doses ou de doses prolongées.

On a beaucoup discuté sur le mode de production des éruptions artificielles d’origine interne. Il est probable qu’elles ont une pathogénie complexe. Les unes se forment avec une telle rapidité qu’on est tenté d’en faire des dermatoses réflexes se produisant dès que le corps nuisible est en contact avec la muqueuse stomacale; — d’autres semblent être le résultat de transformations chimiques diverses qui se font dans le sang, et qui agissent directement sur la peau, soit sur son système vasculaire, soit surses glandes, soit sur ses nerfs ; — d’autres paraissent être consécutives à l’action nuisible de la substance sur le système nerveux central ou périphérique, etc. ; — d’autres enfin semblent reconnaître à la fois ces diverses pathogénies. En résumé on ignore leur mode précis de production (voir sur ce point le très intéressant mémoire de A. Pasini sur la pathogénie des éruptions bromiques : Annales de Dermat., janvier 1906, p. 1).

Ajoutons qu’il est parfaitement indifférent que la substance nuisible pénètre dans l’organisme par la voie rectale, pulmonaire, muqueuse, cutanée, ou hypodermique.

DERMATOSES ARTIFICIELLES

ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE DES ERUPTIONS ARTIFICIELLES DE CAUSE INTERNE ET FORMES MORBIDES SPÉCIALES QU’ELLES REVÊTENT

En énumérant les diverses substances qui peuvent donner lieu à ces dermatoses, nous signalerons en quelques mots, à propos des plus importantes, les aspects que peut revêtir l’éruption artificielle.

A. — Substances alimentaires

Nous devrions étudier ici l’influence des divers régimes et des divers aliments sur la peau ; mais cela nous demanderait de trop grands développements. Bornonsnous à signaler, parmi les substances alimentaires les plus nuisibles, les poissons de mer, tels que les dorades, carangues, harengs, poissons armés, anguilles, saumons, maqueraux, sardines, etc..., les coquilles de mer, surtout les moules qui donnent si souvent lieu à des éruptions d’urticaire et à de véritables phénomènes d’empoisonnement, les crustacés, les viandes fumées et salées, la charcuterie, le veau, les fromages salés et fermentés qui chez beaucoup de personnes sont une cause active d’acné ; le café, le thé, les liqueurs, les alcools, certains fruits acides, les amandes, les concombres, les fraises qui chez quelques sujets déterminent des poussées d’urticaire, le cresson, etc..., etc... ; à cet égard, les susceptibilités individuelles sont des plus bizarres (voir, pour d’autres détails, l’article Régime dans les Généralités).

On peut rattacher à ce premier groupe l’étude de la pellagre.

Pellagre. — « La pellagre est une affection chronique à évolution progressive que caractérisent, d’une part, un érythème atteignant les parties découvertes, et d’autre part, des désordres des voies digestives et du système nerveux, le tout aboutissant à une cachexie spéciale, où prédominent les troubles mentaux. Dans l’ensemble symptomatique qui constitue cette maladie, les lésions cutanées jouent un rôle secondaire, parfois même très effacé. » (Rist.)

Cette affection rentre donc complètement dans le domaine de la pathologie générale, et nous n’en dirons ici que quelques mots afin de fixer les caractères objectifs de l’érythème pellagreux.

Après beaucoup de discussions, on semble à l’heure actuelle adopter à propos de la pellagre vraie l’opinion formulée en 1810 par Marzari de Venise, et d’après laquelle cette affection est due à V alimentation presque exclusive par du maïs tardif peu mûr, souvent moisi au printemps , et renfermant dès lors une substance soluble dans Veau, la zéine, et une olèo-résine dont Vingestion détermine chez les animaux des accidents nerveux et digestifs analogues à ceux de la pellagre (Lombroso et Erba.)

Telle est la doctrine du zéïsme.

L’érythème pellagreux, grâce aux travaux de Charcot et de Bouchard, n’est plus considéré que comme un érythème solaire banal survenant sur une peau prédisposée.

La pellagre se rattache donc par son étiologie première aux intoxications, et

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