‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 167 sur 252 · AUTRES DERMATOZOAIRES PARASITES DE L’HOMME · texte numérisé non relu

AUTRES DERMATOZOAIRES PARASITES DE L’HOMME

Pédiculoïdes ventricolosus calestrini ou Sphoerogyna ventricosa ( Laboulbène et Mégnin). — On désigne sous ce nom un acarien voisin de la famille des sarcoptidés qui provoque des éruptions prurigineuses composées de petites élevures rouges, et de taches érythémateuses sur les régions découvertes, face, cou, mains, avant-bras, thorax, parties génitales des ouvriers qui criblent les grains des céréales, l’orge en particulier (voir Pascal, érythème scarlatiniforme desquamatif généralisé d’origine parasitaire, A nnales de Dermat., p. 946, 1900).

Ixodes (Tiques. — Poux de bois. — Garapattes.) — Les ixodes sont des acariens dont les femelles fécondées enfoncent profondément leur proboscide dans les téguments et sucent le sang jusqu’à ce que leur corps distendu forme de petites tumeurs arrondies. Si l’on a le malheur de tirer sur eux avec violence, leur tête reste enfoncée dans les téguments et produit des boutons douloureux. 11 faut leur faire lâcher prise en les arrosant d’huile, de pétrole, de benzine ou d’essence de térébenthine. Ils se détachent alors spontanément.

L’espèce la plus connue en Europe est l’Ixodes reduvius ou Ixodes ricinus. -

Argas. — Les argas sont des ixodidés privés d’écusson et dont les mœurs sont les mêmes que celles des ixodes. La seule espèce connue en Europe est l’Argas reflexus, qui est avant tout un parasite des pigeons. Les argas provoquent chez l’homme par leur piqûre des plaques œdémateuses de la largeur d’une pièce de 5 francs avec vive sensation de prurit : elles disparaissent en quelques heures. Parfois elles s’accompagnent d’une éruption vésiculeuse.

Rouget. — Leptus autumnalis. — Leptus irritans.

Symptômes. — Le rouget est la larve du trombidion soyeux, ordre des acariens, famille des trombidiés (Mégnin). C’est un petit animal de 23 centièmes de millimètre de long, rouge orangé, orbiculaire. Il habite les bois et les jardins et attaque ceux qui se couchent par terre. Il se fixe surtout à la base des poils et des follets en y enfonçant ses mandibules, tandis que la partie postérieure de son corps fait une saillie rouge autour de laquelle se développe une légère inflammation caractérisée par des papules, du prurit, parfois par des vésicules et des pustules. Dès qu’ii est fixé, son abdomen se dilate peu à peu jusqu’à avoir des dimensions quintuples.

DERMATOSES PARASITAIRES

Traitement. — Des lotions parasiticides ou des pommades le'gères au soufre, à l’acide phénique ou au sublimé le détruisent très rapidement. Mégnin conseille de faire des onctions de benzine.

Dermanyssus gallinæ. — Les dermanysses sont des acariens parasites de gallinacés; ils se trouvent surtout dans les poulaillers; ils peuvent déterminer sur les mains et les avant-bras des filles de ferme une éruption papuleuse prurigineuse. Quelques lotions au vinaigre, à l’acide phénique au centième, ou au sublimé au millième suffisent pour la faire disparaître.

PüLEX PENETRANS. - ClIIQUE. - PüCE DES SABLES.

Symptômes. — La puce chique (rhynchoprion penetrans) est un insecte aphaniptère, genre rhynchoprion . Elle est fort petite, d’un millimètre de longueur, ovoïde, d’un rouge brun ; elle habite les sables et surtout les herbes sèches dans l’Amérique centrale. Récemment importée en Afrique, elle s’y est propagée en peu d’années. Quand elle est fécondée, elle pénètre dans la peau, surtout aux jambes, aux pieds, aux orteils et sous les ongles; puis elle grossit démesurément par suite du développement des œufs, et ressemble à un petit pois : elle cause alors une inflammation douloureuse, des vésicules, des pustules, des lymphangites, des abcès.

Traitement. — Il faut l’extraire avec une aiguille ou avec un instrument approprié, et avoir bien soin de ne pas la crever, car alors les œufs se répandent dans la plaie, l’infectent et peuvent déterminer de la gangrène. On la détruit aussi surplace avec le fer rouge. Comme moyen préventif on ne doit pas marcher nu-pieds; il est bon de s’enduire les extrémités inférieures d’huiles essentielles.

On a préconisé contre ce parasite les frictions à l’onguent mercuriel, les lotions de térébenthine, de benzine, de chloroforme, d’acide phénique dilué, ou bien des cataplasmes de farine de graine de lin arrosés d’alcool camphré ou de thymol (voir J. Vinéta-Bellaserra, 1902).

LarVes de diptères. — Œstres.

Symptômes. — On a donné le nom de myiasis aux divers accidents que peuvent causer chez l’homme certaines larves de diptères : ces larves sont le plus souvent appelées œstres, et appartiennent aux deux familles des muscides et des œstrides. Les insectes déposent leurs œufs sur les plaies, dans les téguments, dans les cavités naturelles, telles que le conduit auditif externe, les fosses nasales,, les conduits lacrymaux, les sinus frontaux et maxillaires, le pharynx, l’estomac, l’intestin, etc.

Ces œufs germent et donnent naissance aune larve, sorte de ver qui, lorsqu’il se développe dans les tissus, est contenu dans une petite poche ou une petite tumeur furonculeuse.

Le nombre des diptères qui ont été incriminés est fort grand (voir Mégnin) : nous nous bornerons à citer la lucilia ou calliphora liominivorax de l’Amérique centrale, la calliphora antropophaga de l’Amérique méridionale, le ver duCayor dont l’insecte parfait est Y ochromya anthropophaga, la dermatobia noxialis dont la larve est connue sous le nom de ver macaque (Nouvelle-Grenade, Bahia), et de ver moyoquil (Amérique centrale), la sarcophüa Wohlfarli qui habite l’Europe, surtout la Russie, et dont les larves sont fréquentes chez les enfants de moins de

DERMATOZOAIRES VRAIS. — LARVA MIGRANS

treize ans: elles vivent clans les oreilles, le nez et même le palais; elles produisent des douleurs atroces et des hémorragies nasales ou auriculaires. Elles peuvent aussi attaquer les yeux. Elles causent des lésions de la plus grande gravité, car elles dévorent toutes les parties molles des régions atteintes.

Dans nos pays on peut voir des larves de diptères se développer sur des plaies mal tenues, ou dans des chevelures incultes. Balzer et Schimpff ont observé récemment des larves de sarcophila magnifica sur des ulcères, et des larves de LuciliaCœsar sur un cuir chevelu.

Traitement. — On pansera les plaies avec de l’alcool camphré, de l’essence de térébenthine, des huiles empyreumatiques, du camphre en poudre, etc., enfin et surtout on s’efforcera d’enlever les larves mécaniquement et directement avec un instrument quelconque, ou, si c’est impossible, au moyen d’injections antiseptiques.

Larva migrans ( Creeping éruption.) {Hyponomodermci de Kaposi). — En 1874, R. -J. Lee fit une communication à la Société clinique de Londres sur le cas d’un enfant de trois ans atteint d’une affection cutanée bizarre caractérisée par une ligne d’un rose pale qui progressait journellement de quelques centimètres en suivant les trajets les plus irréguliers : il lui donna le nom de creeping éruption. En 1884 il en fit connaître un second cas et émit l’idée qu’elle était causée par un parasite quelconque.

Depuis lors d’assez nombreuses observations en ont été publiées : nous en avons étudié trois cas, deux chez des étrangers, un chez un Français.

L’affection se caractérise au point de vue objectif par une ligne rouge ou rosée, de 1 à 3 millimètres, rarement plus, de large, très irrégulièrement sinueuse, revenant parfois sur elle-même de façon à se croiser et à se recroiser de la manière la plus capricieuse, parcourant ainsi certaines régions du corps.

L’extrémité active de cette fine bande linéaire avance chaque jour d’une longueur assez variable suivant les cas et suivant les jours, de 1 à 10 centimètres environ. Elle ne se bifurque jamais. Elle peut rester stationnaire un certain temps, puis repartir. A mesure qu’elle avance, les vieux trajets parcourus pâlissent, s’effacent en laissant une légère pigmentation. D’ordinaire la zone d’extension est le siège d’un prurit assez accentué.

La durée de l’affection varie de quelques jours à plusieurs mois.

Le diagnostic s’impose.

Les enfants sont peut être plus atteints que les adultes : cependant nos trois malades étaient âgés de trente à quarante ans.

Nous avons inutilement avec Lenglet et Delaunay cherché le parasite dans un de

Fi". G2. — Larva migrans (Creeping disease). Face antérieure et externe de la jambe gauche. Le sillon parcouru par le parasite se croise et se recroise en tous sens.

DERMATOSES PARASITAIRES

nos cas. Les coupes faites en séries par Lenglet dans la partie terminale du sillon n’ont pu le révéler, mais elles ont permis de constater la présence fort nette d’un tunnel qui allait en se rétrécissant. La plupart des auteurs qui ont observé ces faits, et parmi eux nous citerons R. Crocker, van Harlingen, L. P. Hamburger, etc., n’ont pas été plus heureux que nous (voir le travail intéressant de L. P. Hamburger. The journal of. eut. dis., p. 207, 1904).

Il n’en a pas été de même en Russie. Samson, Ilimmelstjerna, Sokolow, etc. ont décrit et dessiné un parasite qui serait la cause de cette affection. Ce serait une larve minuscule et d’à peine 1 millimètre de long qui serait la larve du gastrophilus pecorum ou gastrophilus hœmorrhoïdalis transmissible des troupeaux à l’homme.

On a préconisé contre cette curieuse affection les badigeons de sublimé : nous avons guéri nos malades avec de larges applications de teinture d’iode.

J. -B. Shelmire (The journal of eut. dis., p. 257, juin 1905) conseille de détruire directement l’animal dans les tissus en faisant agir sur lui à travers l’épiderme l’aiguille électrolytique négative. Ce procédé, très élégant, nous paraît avoir un vice radical, l’impossibilité totale où l’on est de percevoir le parasite.

Béranger-Féraud a observé au Sénégal une affection analogue et que l’on désigne dans ce pays sous le nom de Larbisch.

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