‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 171 sur 252 · BOUTON DE BISKRA · texte numérisé non relu

BOUTON DE BISKRA

et qui paraissent assez profondément situés; d’après quelques auteurs ils correspondent aux follicules pileux enflammés. Le bouton prend une teinte d'un rouge plus vif, l’épiderme se rompt au niveau des points jaunâtres et l’ulcération est constituée ( troisième période ou à' ulcération).

La partie centrale de la tumeur se recouvre dès lors d’une croûte d’un jaune brunâtre extrêmement adhérente formée par des squames épidermiques et par le liquide ichoreux qui suinte de l’ulcération : au-dessous de cette croûte on trouve le derme d’un rouge vif, tuméfié, infiltré, couvert d’une sérosité limpide, louche ou purulente, parfois lisse, parfois tellement mamelonné qu’il a l’aspect papillomateux : les parties creuses correspondent aux points jaunâtres primitifs, et les mamelons aux tissus intermédiaires. Tout autour de cette ulcération de forme arrondie ou ovalaire, mais presque toujours à contours assez irréguliers, déchiquetés, taillés à pic, intéressant le derme et quelquefois le tissu cellulaire sous-cutané, on peut voir toute une rangée de points jaunâtres sous-épidermiques ; ce qui montre que le processus ulcératif n’est pas terminé.

Le bouton d’Orient a des dimensions très variables, de un demi-centimètre à 6 ou 10 centimètres de diamètre. D’ordinaire il ne s’enflamme pas à moins d’être soumis à des traumatismes répétés. Mais, en dehors de toute irritation artificielle, il peut se compliquer de lymphangites, de tuméfaction et de suppuration des ganglions lymphatiques, de phlébite ou d’érysipèle.

Après un laps de temps plus ou moins long, il tend spontanément à la cicatrisation ( quatrième période). Les croûtes se dessèchent, se détachent peu à peu et tombent en laissant au-dessous d’elles une surface rosée un peu mamelonnée, sèche, qui s’affaisse bientôt ; il rested’ordinaire une cicatrice indélébile d’un rouge terreux, puis franchement terreuse, enfin blanchâtre ou bleuâtre suivant les cas; elle est fort souvent déprimée; les poils sont détruits à son niveau; parfois même, lorsque le bouton siège au visage, il peut y avoir des difformités consécutives.

Quand on a détaché la croûte avant la cicatrisation de l’ulcération, celle-ci suppure pendant un laps de temps presque toujours assez long, puis se cicatrise lentement de la périphérie au centre. C’est là une condition de guérison défectueuse.

Suivant la prédominance de tel ou tel symptôme, et suivant l’évolution du mal, on a décrit des formes abortives, squameuses, cr odieuses, ulcéreuses graves , villeuses ou papillomateuses, confluentes.

La durée totale varie de quelques mois à un an au plus.

Il peut n’y avoir qu’un seul bouton, mais la règle est qu’ils soient 'multiples. Ils sont situés sur les parties découvertes, mains, avant-bras, pieds, jambes, face; mais toutes les autres parties du corps peuvent être intéressées.

Anatomie pathologique. — Au point de vue anatomo-pathologique le clou de Biskra est une sorte de tumeur embryonnaire. On trouve dans le derme des îlots de nécrose constitués par un exsudât fibrineux, des hématies, des leucocytes et des éléments conjonctifs en dégénérescence. Tout autour se voient des cellules géantes, et un processus inflammatoire qui se traduit par des réactions de l’appareil conjonctivo-vasculaire et de la diapédèse. Plus en dehors existent des infiltrats cellulaires où prédominent les mononucléaires; on trouve dans la couche papillaire quelques plasmazellen. 11 y a une hypertrophie papillaire considérable avec hyperacanthose et un peu de parakératose (voir pour plus de détails Leloir et surtout Jeanselme, Cours de Dermatologie exotique, 1904).

Brocq. — Dermatologie I.

DERMATOSES PARASITAIRES

Diagnostic. — Nous devrions pour être complets faire le diagnostic du bouton d’Orient et de toutes les ulcérations de la peau. Ce seraitaussi fastidieux qu’inutile. Les lésions auxquelles il ressemble le plus sont le lupus vulgaire qui n’en a pas d’ordinaire la saillie et l’ulcération centrales, et la syphilis , parfois presque impossible à diagnostiquer, mais qui n’en a ni la coloration, ni l’ulcération relativement superficielle pour le volume de l’induration périphérique, ni le mode de groupement. Quant au chancre induré, h Yecthyma, à Y épithéliome , aux folliculites agminées , aux furoncles (voir ces mots), ils peuvent parfois simuler le clou de Riskra, mais un examen attentif et l’analyse des symptômes ne laisseront pas longtemps dans le doute.

En présence d’une lésion cutanée d’aspect un peu insolite rappelant le bouton d’Orient, il faut penser à la possibilité de cette dermatose, et interroger immédiatement le malade dans ce sens : les commémoratifs permettront alors de poser le diagnostic.

Étiologie. — Le clou de Biskra est une affection endémique , contagieuse , inoculable et auto-inoculable . Des individus atteints de cette dermatose peuvent créer des foyers d’infection dans des pays où elle est inconnue; seulement ces foyers s’éteignent aussitôt. Il semble que la maladie une fois guérie confère une certaine immunité temporaire. Les saisons ont en Algérie quelque influence sur sa genèse: elle commence à se montrer à la fin de septembre, et elle est surtout fréquente en octobre et en novembre. On a beaucoup incriminé les eaux des régions où elle règne. Il est en effetprobable que l’élémentpathogène est contenu dans ces eaux, et qu’il pénètre dans la peau excoriée lorsqu’on se lave ou qu’on se baigne. Les plus petites plaies, les plus petites lésions cutanées ont de la tendance à se transformer dans ces pays en boutons d’Orient. Les mauvaises conditions d’hygiène, l’alimentation, le tempérament ne jouent pour ainsi dire aucun rôle : il en est de même de l’acclimatement.

On a soupçonné depuis longtemps l’existence d’un microbe dans ces lésions. Les recherches de Du Claux et de Chantemesse, celles de Boinet et de Dépéret, de Poncet, d’Heydenreich, de Le Dantec et Auché, de Nicolle et Nourry-Bey qui ont trouvé des staphylocoques et des streptocoques n’ont pu entraîner la conviction.

En 1904 Herxheimer et Bornemann ont décrit des corpuscules, déjà vus par W right, et qui sont des trypanosomes, comme étant les agents pathogènes du clou de Biskra, et ces recherches sont vraiment séduisantes, car elles expliquent le rôle pathogène considérable des moustiques dans la genèse de cette affection. Mesnil, Nicolle et Remlinger ont le 23 juillet 1904 décrit à la Société de biologie l’agent pathogène du bouton d’Alep comme étant un protozoaire dépourvu de flagelle. J. -H. Wright ( Journal of. eut. dis., janvier 1904, p. 1) avait déjà fait connaître des corpuscules analogues sous le nom de Ilelcosoma tropicum.

Traitement. — Le traitement général n’a pour ainsi dire aucune importance contre l’affection elle-même. Mais il peut être utile d’administrer des toniques si le malade est débilité : le fer, l’huile de foie de morue et l’arsenic, méritent dans ce cas d’être recommandés. Banking, prétendant que le bouton d’Orient est d’origine palustre, prescrit la quinine et l’arsenic, et soutient que, lorsqu’on donne ces médicaments, les lésions cutanées guérissent avec la plus grande facilité : nous croyons qu’une pareille assertion demande à être vérifiée par de sérieuses recherches avant d’être acceptée.

Page 1