TEIGNE TONDANTE A PETITES SPORES
Les tricliophytons et les microsporums Audôuïni donnent une culture visible à 18°(moyenne) le troisième jour; les favus demandent huit à dix jours à la même température pour offrir une culture reconnaissable » (Sabouraud, art. Dermatophytes de la Pratique Dermat. ; nous renvoyons à ce magnifique article pour tous les détails des cultures, des réensemencements, de la morphologie et de l’histoire naturelle des champignons).
« La culture du microsporum Audôuïni est caractéristique. C’est un tapis circulaire de duvet blanc ne faisant presque aucune saillie sur le milieu de culture. »
La culture du microsporum Audôuïni de l’enfant ne semble pas être inoculable aux animaux, tandis que les cultures des microsporums des animaux s’inoculent facilement aux cobayes, et reproduisent chez eux tous les caractères cliniques et microscopiques de la teigne à petites spores (Bodin).
Étiologie. — La teigne tondante à petites spores est une maladie régionale. Elle est extrêmement fréquente en Angleterre. A Paris il y a 60 p. 100 de teignes à petites spores sur le total des tondantes. Elle est commune en Belgique et en Espagne, fort rare en Allemagne, pour ainsi dire inconnue en Italie, et surtout dans l’est de l’Europe.
Elle est l’apanage des enfants et des adolescents. Elle est fort rare après quinze ans. Non traitée, elle disparaît d’ordinaire spontanément vers cet âge. Par suite elle doit guérir toute seule sans cicatrices aucunes, si l’on a la patience d’attendre que le malade devienne un adulte.
Cependant on ne peut pas dire que cette affection soit négligeable, car elle est extrêmement contagieuse, et, avant la découverte de la radiothérapie, elle était fort difficile à guérir. Quand un enfant est atteint dans une école, il est presque de règle que ses camarades soient eux aussi contaminés dans une énorme proportion.
Symptômes. — La teigne tondante à petites spores est caractérisée au cuir chevelu au point de vue objectif par des plaques alopéciques presque toujours arrondies ou un peu ovalaires, de grandeurs variables, mais d’ordinaire de 2 à 5 centimètres de diamètre. Elles sont relativement peu nombreuses. Dans la majorité des cas, il y aune ou deux plaques considérables dites plaques premières ou maîtresses et des plaques plus petites satellites.
A leur surface, le cuir chevelu a une teinte grisâtre ou d’un gris bleuâtre : il est un peu surélevé au-dessus du niveau des parties voisines. Il est recouvert de fines squames pityriasiques grisâtres, et comme hérissé d’une grande quantité de tronçons de cheveux cassés à 2, 3, 6 millimètres de leur point d’émergence. Ces débris de cheveux sont engainés d’une sorte d’écorce grisâtre qui, même à l’œil nu, paraît être assez inégale. Elle correspond à la gaine, de spores que nous avons décrite plus haut. On peut les épiler incomplètement avec une facilité relative en se servant de la pince, mais il est à peu près impossible de les enlever tous ainsi : il en restera toujours un certain nombre de trop courts pour être saisis.
Quand on a pratiqué une épilation minutieuse d’une plaque et du cuir chevelu périphérique dans une zone empiétant de 8 à 10 millimètres sur les tissus sains, on voit la plaque faire une tache d’un gris légèrement bleuâtre sur le fond nacré des téguments, et faire en outre une légère saillie au-dessus du niveau des régions voisines. En outre si on racle sa surface on ramène des masses de débris de cheveux engainés des spores caractéristiques.
II n’y a aucun phénomène douloureux: à peine parfois les malades signalent-ils un léger prurit.
DERMATOSES PARASITAIRES
Ce sont presque toujours les squames blanches de la surface des plaques qui attirent tout d’abord l’attention : on avait donné à ce symptôme le nom de pityriasis alba parasitaire. Dès le début les cheveux sont peu fragiles : ils le deviennent rapidement.
Contrairement à ce que l’on avait d’abord cru, il est assez fréquent d’observer sur les parties glabres « de petites lésions épidermiques à centre bistre, à liséré rougeâtre, bordées de fines squamules. » (Sabouraud) qui sont dues à des inoculations du microsporum et qui disparaissent d’ordinaire spontanément.
Sabouraud signale comme variétés objectives : « a) à la surface de la plaque il existe une sorte de couche squameuse uniforme grasse, assez semblable aune couche de matière emplastique, et dans laquelle les cheveux malades se trouvent agglutinés et feutrés, méconnaissables »; b) Le cheveu malade peut être seulement terne et grisâtre, privé de sa gaine caractéristique.
Diagnostic. — Le psoriasis du cuir chevelu diffère de la teigne tondante à petites spores par des squames qui sont blanches, nacrées, épaisses, adhérentes, et par l’intégrité des cheveux qui traversent perpendiculairement les squames et qui ♦ne sont pas cassés.
Le pityriasis simplex du cuir chevelu en diffère par scs limites moins précises et par l’absence de poils cassés et engainés.
Des caractères analogues permettent de distinguer les parakératoses psoriasif ormes, Y eczéma vrai du cuir chevelu, lequel d’ailleurs est suintant et dans lequel les cheveux sont agglutinés et collés sur le cuir chevelu par des squames croûteuses.
Les séborrhéides circinées du cuir chevelu ou pityriasis stéatoïde ont une bordure plus rosée et n’ont jamais de cheveux cassés.
Il nous paraît inutile de différencier de la teigne tondante à petites spores le favus, la pelade, et les variétés diverses d’alopécie.
2° LES TRICIIOPIIYTIES VRAIES
On donne le nom de trichophyties h l’ensemble des lésions que peuvent causer sur les téguments et sur leurs annexes des champignons parasites de l’homme et des animaux : les tricliophytons.
Suivant les localisations qu’ils affectent on a décrit :
A. Les trichophyties des régions velues (cuir chevelu, barbe, cils, etc...) ( teigne tondante à grosses spores, herpès tonsurans, sycosis parasitaire, etc.).
B. Les trichophyties des régions dites glabres des téguments ( tricliophytie cutanée ou herpès circiné parasitaire.
G. Les trichophyties des ongles ou onychomycoses trichophytiques.
A. Trichophyties des régions velues.
A. Cuir chevelu . — Au cuir chevelu, on peut observer divers tricliophytons qui donnent lieu à des teignes tondantes d’aspect un peu variable. Il semble toutefois que dans chaque pays il y ait une espèce qui prédomine : c’est ce que les recherches de Sabouraud semblent avoir démontré. Il a prouvé qu’en France, à Paris en particulier, il y a une variété des plus fréquentes qui sévit dans les écoles et h laquelle
LES TRICHOPHYTIES VRAIES
on a donné le nom de teigne tondante scolaire parisienne (Sabouraud : Pratique Dermat., t. IV, p. 478).
a) Teigne tondante scolaire parisienne.
Description du parasite. — Gomme nous le verrons plus loin, dans cette variété il est assez difficile de trouver les cheveux malades : ils se montrent sous la forme de points noirs plus gros que le dia¬
mètre des cheveux sains ; ils sont cassés dans l’épiderme , incurvés dans son épaisseur, recouverts de la lame cornée. On peut, quand on les voit, les extraire avec une aiguille. On peut aussi racler avec une curette modèle Vidal, ou avec une lame de verre porte-objet, les points suspects, et dans les débris épidermiques on trouvera d’ordinaire des tronçons de cheveux malades.
On y voit le parasite sous la forme de spores en chapelet, en chaînes, et ces chaînes, à peine flexueuses. suivent la direction du cheveu.
Elles sont comprises dans le cheveu même sans dépasser sa cuticule (Gruby). Elles sont tellement nombreuses qu’elles remplissent d’ordinaire le cheveu entièrement, rendant ses détails propres de structure et son tissu complètement invisibles.
Ces spores ont de 3 à 4 p. de largeur sur 4, 5, 6 g de longueur, une double enveloppe, un contenu protoplasmique réfringent non nucléé.
Ces files de spores qu’on peut suivre sur une très grande longueur du cheveu se divisent invariablement par dichotomie.
« Quand on examine un tronçon de cheveu envahi depuis longtemps, les files de spores qu'il con¬
Fig.