‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 180 sur 252 · grammes · texte numérisé non relu

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6° Tous les matins faire un savonnage avec de l’eau bouillie chaude et du savon au naphtol ou à l’ichthyol ;

7° Tenir la tête recouverte constamment d’un bonnet de toile blanche que l’on change tous les jours.

Mais il est possible que ce traitement, même appliqué avec toute la rigueur désirable, n’amène pas la guérison après de longs mois. C’était pour cela que Ladreit de Lacharrière avait proposé il y a longtemps déjà l’emploi de l’huile de croton. On détermine en effet avec cette substance la formation de folliculites suppurées qui éliminent le cheveu malade. Après un moment de vogue on avait -abandonné ce procédé parce qu’on lui reprochait de provoquer assez fréquemment de petites alopécies définitives pour guérir une maladie qui, abandonnée à ellemême, finissait toujours par disparaître sans cicatrices. Avant la découverte de la radiothérapie, Sabouraud l’avait remis en honneur et en avait précisé l’usage.

Il employait pour cela un crayon à l’huile de croton mitigé au tiers : huile de croton, beurre de cacao, cire vierge, àâ o grammes, ou même l’huile de croton pure appliquée avec un peu d’ouate roulée au bout d’un fin bâtonnet. Il convient

■ 1 Voir pour de plus amples détails sur les anciens traitements des teignes, l'article Trichophytie de notre ouvrage sur le Traitement des dermatoses.

DERMATOSES PARASITAIRES

de procéder avec prudence, en agissant fort légèrement et sur une toute petite surface pour tâter la susceptibilité du sujet. Il faut avoir une assez vive inflammation sans arriver jusqu’à l’abcès folliculaire. Si la réaction est trop vive, on calme immédiatement avec des pansements humides ou avec des cataplasmes.

D’ailleurs il est possible qu’il se produise des pustules et des ulcérations consécutives aboutissant à une cicatrice alopécique ; on doit alors abandonner ce procédé.

Quand au contraire on peut gouverner la réaction inflammatoire, on répète environ tous les quinze jours ces applications : elles amènent l'élimination progressive de tous les débris de cheveux malades, et la guérison survient ainsi avec une rapidité relative.

Quand on emploie les vieux procédés de traitement des teignes, il est possible que les malades gardent pendant fort longtemps quelques cheveux trichophytiques. Dans ces cas on pourrait les supprimer par l’électrolyse ou la galvanocautérisation ; il n’y aurait guère à tenir compte des cicatrices consécutives possibles, car, à la période terminale, les cheveux atteints sont d’ordinaire éloignés les uns des autres.

Constatation delà guérison et période desurveillance. — Un des points les plus délicats du traitement de la trichophytie du cuir chevelu est de constater la guérison. Il est fort important de le faire de la manière la plus précise, car presque toujours les parents de l’enfant malade viennent demander au médecin traitant un certificat attestant qu’il est guéri, et ouvrant à l’ancien teigneux les portes des écoles ou des autres établissements publics. C’est donc une responsabilité assez lourde que l’on assume. L’affection n’est guérie que lorsque le cuir chevelu a repris sa coloration et son aspect normaux, que lorsque les cheveux sont solides, semblables aux cheveux des régions saines, que lorsqu’un examen minutieux à la loupe ne permet de découvrir en aucun point de poil malade, et qu’un examen microscopique répété ne décèle ni dans les poils ni dans les squames (s’il y en a) le moindre vestige de spore ou de mycélium. Et encore est-il sage de tenir les enfants en observation pendant quelque temps encore après cette constatation rigoureuse, avant de leur permettre de ne plus prendre aucune mesure de prophylaxie et d’isolement.

Traitement du kérion. — Lorsque la trichophytie du cuir chevelu affecte la forme à laquelle on a donné le nom de kérion, elle peut entraîner la destruction du follicule pileux par suppuration, et une alopécie définitive. Il faut d’abord pratiquer l’épilation, calmer l’inflammation cutanée par des applications émollientes, telles que cataplasmes de fécule, pulvérisations, pommades anodines, puis prescrire des parasiticides non irritants, tels que les préparations sulfureuses ou mercurielles faibles, les lotions d’acide borique, mais surtout les badigeonnages répétés de teinture d’iode pure ou mieux coupée d’alcool à 66° qui nous paraissent être le procédé à la fois le plus simple et le plus efficace.

Traitement des trichophyties de la barbe. — Toutes les tl’ichophyties des régions velues du corps doivent être traitées par la radiothérapie lorsque c’est possible : c’est une règle générale.

Quand il s’agit du trichophyton gypseum et de folliculites suppurées agminées, il faut nettoyer les parties malades, les débarrasser des croûtes et des squames qui souvent les encombrent, avec des pulvérisations, des lotions, des cataplasmes, des enveloppements humides, etc. On couperas tous les poils voisins;

LES TRICHOPHYTIES VRAIES

on enlève à la pince tous les poils dont les follicules sont suppures. Tant que l’inflammation est intense, on continue à faire usage des émollients, pulvérisations, cataplasmes, enveloppements avec de l’eau bouillie légèrement boriquée ou bicarbonatée, applications de vaseline boriquée, etc. Lorsque l’inflammation est peu vive, on pratique la radiothérapie, ou l’on fait des badigeons tous les jours, ou tous les deux jours avec de la teinture d’iode coupée d’alcool à 66°, ou bien on fait des enveloppements avec la solution suivante :

Iode . 50 centigrammes.

I o dure de potassium . 2 grammes.

Eau distillée . . . 500 —

Il est rare que l’on ait intérêt à employer d’autres parasiticides tels que les lotions au sublimé, les pommades au turbith, au turbith camphré (Hardy) (2 grammes de turbith minéral, un gramme de camphre, pour 30 grammes d’excipient), les pommades soufrées, l’emplâtre de Vigo, l’emplâtre rouge d’E. Vidal, les emplâtres à la créosote, à l’acide salicylique, à l’acide pyrogallique, etc.

Lorsque les régions malades sont trop épaissies, trop indurées, il peut y avoir avantage à pratiquer des scarifications linéaires quadrillées, ou des scarifications ponctuées en criblant les nodosités de piqûres avec un instrument piquant.

Quand il s’agit de trichophyties de la barbe non suppurées, on se retrouve en présence des mêmes indications que dans la teigne tondante du cuir chevelu, il faut, quand c’est possible, employer la radiothérapie, dont le maniement est ici un peu plus délicat, car les téguments de la face sont plus sensibles que le cuir chevelu : aussi faut-il procéder avec une certaine prudence.

Si l’on ne peut avoir recours à la radiothérapie, on fait couper ras tous les poils, on savonne les parties malades, on essaie de les épiler avec la pince aussi complètement que possible en empiétant largement sur les tissus sains; on réépile dès qu’on le peut jusqu’à complète guérison, et on fait tous les jours ou tous les deux jours des badigeons de teinture d'iode diluée, ou des applications de vaseline iodée au 1/30.

Traitement des trichophyties des parties glabres. — Rien de plus simple que le traitement de l’herpès circiné parasitaire. Toutes les substances qui déterminent la desquamation des couches supérieures de l’épiderme arrivent à le guérir, si on sait les employer.

Le médicament de beaucoup le plus simple, le plus efficace, le plus pratique, qui est à la portée de tout le monde, est sans contredit la teinture d’iode pure ou mieux coupée de deux ou trois fois son volume d’alcool à 66°.

On fait un premier badigeonnage très vigoureux sur toute la plaque en dépassant les bords de l centimètre environ ; il est même bon de frotter avec un corps ! résistant de manière à faire pénétrer la teinture dans l’épiderme. Les parties malades prennent immédiatement une coloration beaucoup plus foncée. Si l’irritation produite par cette première friction n’est pas trop vive, on en fait une deuxième, puis une troisième, à vingt-quatre heures d’intervalle ; on cesse dès qu'on voit, d’après l’aspect pris par les points touchés, que l’épiderme est désorganisé et qu’il desquame. La formule donnée est de faire un badigeonnage par jour pendant trois jours consécutifs, puis d’en faire un quatrième et dernier deux ou trois jours plus tard. Si les malades sont trop incommodés par la coloration jaune que la teinture d’iode donne aux téguments, on applique le médicament le

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soir, et le lendemain matin on lave avec une solution concentrée de carbonate de potasse ou d’iodure de potassium, préparations qui ont la propriété de dissoudre l’iode. L’herpès circiné parasitaire guérit d’ordinaire en quelques jours par ce procédé.

Il peut se faire cependant que les malades refusent absolument de se laisser badigeonner avec de la teinture d’iode, on emploiera dans ce cas un des moyens suivants :

On savonne les plaques matin et soir, on lave ensuite avec une solution de sublimé variant comme force de 1 p. 200 à 1 p. 500, suivant le degré d’inflammation et de susceptibilité de la peau ; puis on applique une pommade au turbith minéral (sulfate basique mercurique) au trentième, ou une pommade à l’azotate basique mercureux (turbith nitreux) au dixième ou au vingtième.

Hardy recommande l’onguent citrin mêlé à trois ou quatre parties d’axonge, ou bien une pommade composée de 4 grammes de fleur de soufre, de 1 gramme de camphre pour 30 grammes d’axonge.

Gomme autres préparations soufrées on a préconisé la pommade de Wilkinson modifiée par Hébra, et la préparation suivante (Tilbury Fox) dans les cas rebelles :

Créosote . 1 gramme.

Huile de cade . 10 —

Soufre sublimé . 10

Bicarbonate de potasse . 3gr,50

Axong^ . 30

Hillairet se servait de la poudre de Goa ou d’Araroba ; en voici une bonne formule :

Poudre de Goa . 4 grammes.

Acide acétique . 2

Onguent simple ou axonge benzoïnée . 20

On a également prescrit l’acide chrysophanique, l’acide pyrogallique, l’acide phénique, le naphtol p, les oléates et les emplâtres mercuriels, etc...

Traitement des trichophyties uuguéales. — On ramollit les parties malades avec un doigtier de caoutchouc ou avec un enveloppement humide, puis on les racle avec la curette de manière à enlever mécaniquement tout ce que l’on peut. On fait ensuite des badigeons avec de la teinture d’iode, ou l’on emploie des emplâtres à l’acide chrysophanique, à l’ichthyol soufré, au mercure.

«Le bain permanent de vapeur d’iode me paraît le moyen le plus simple. Pour cela, chaque nuit le malade appliquera autour du bout du doigt qui présente l’onychomycose, un pansement d’ouate hydrophile mouillée de la solution suivante :

lodure de potassium Iode métalloïdique .

Eau distillée . . . .

âà 1 gramme.

1 litre.

a et recouvrira le tout d’un doigtier de caoutchouc médiocrement serré » (Sabouraud).

On pourrait aussi enlever l’ongle malade après anesthésie cocaïnée on stovaïnée, puis faire des applications de solutions iodées.

FAVUS

3° FAVUS

On donne le nom de Favus à l’ensemble des lésions cutanées que produit un champignon parasite de l’homme, et des animaux, Y Achorion.

Biett isola le favus au point de vue clinique. Schœnlein en 1839 signala dans les lésions faviques l’existence d’un champignon particulier. Gruby en 1841 le précisa et en détermina le rôle pathogène : dès lors il fut connu sous le nom d 'Achorion Schœnleinii.

Description du champignon parasite. — Le champignon qui cause le favus peut infiltrer le poil ; il peut aussi se développer sous les couches supérieures de l’épi-

fl

TB

Fig. 75. — Coupe de godet de favus. (Le cheveu n'est pas sur la coupe, il est implanté

obliquement et excentriquement.)

y, <), godet bien limité formé par un feutrage de mycélium. — m , corps muqueux de Malpighi et prolongements interpapillaii’es de l’épiderme refoulés par le godet et ie séparant du derme. — p, coupe latérale de l’infundibulum pilaire. — l , l, leucocytes polynucléaires en diapédèse.

derme autour du poil de façon à former un petit point jaune, ce point jaune grandit graduellement : il atteint en quelques semaines les dimensions d’une lentille et constitue alors un disque d’un jaune de soufre, sous-épidermique, ombiliqué et traversé par un poil ; si on l’enlève après avoir brisé l’épiderme, ce que l’on peut faire avec facilité, on constate au-dessous de lui une dépression cupuliforme rouge, un peu humide, due à la compression exercée par le champignon, et qui disparait peu à peu spontanément. Tel est le godet f civique à son début.

Puis le champignon gagne du côté du poil; il se forme autour de ce poil des amas despores qui envahissent sa gaine; celle-ci s’irrite, se gonfle, devient comme œdémateuse et succulente.

Parfois même l’irritation va jusqu’à produire un peu de suppuration, et quel-

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ques leucocytes apparaissent; ils peuvent devenir assez abondants pour constituer une petite pustule circumpilaire.

Le champignon finit par envahir le poil lui-même. 11 faut donc l’étudier : a) dans le cheveu favique; b ) dans le godet favique.

a) Dans le cheveu favique le champignon peut exister sous deux formes différentes, mais chez un individu donné il se présente toujours d’ordinaire sous le même aspect. Sabouraud leur a donné les noms de favus mycélien et de favus sporulé.

Le favus mycélien est caractérisé par des tubes mycéliens rectilignes, de 2 à 3 g de large, composés de segments de 12 à 15 g de long accolés bout à bout. Us farcissent en quelque sorte le cheveu. Ils sont difficiles à colorer, ont un double contour, et se subdivisent par dichotomie sous des angles très aigus.

Le favus sporulé semble être plus fréquent que le favus mycélien. Il est composé de filaments gros et minces sporulés, à direction un peu flexueuse, qui se divisent par tri ou tétratomie en formant de petits bouquets mycéliens que l’on appelle

Fig 76. — Cheveu de favus.

ch, squelette du cheveu. — m, mycélium de l’achorion Schœnleinii. — sp. spores.

tarses f civiques. Leur protoplasma est facile à colorer, mais leur enveloppe cellulosique ne l’est pas, d'où le nom d’achorion (sans enveloppe) que l’on a donné au champignon.

Les spores du favus sont extrêmement variables de forme et de grosseur. Il y en a d’arrondies, d’ovales, d’irrégulières. Elles ont de 3 à 10 g de diamètre.

L’achorion sporulé est donc aussi polymorphe que possible (Sabouraud, Pratique Dermcit.).

b) Le godet favique est constitué par un agglomérat compact de mycélium d’achorion : les filaments mycéliens se multiplient par dichotomie et s’accolent l’un à l’autre. « A la surface du godet chaque filament ou du moins un grand nombre d’entre eux donne lieu à un bouquet d’articles mycéliens cubiques, courts, et peutêtre chacun, comme un pinceau de penicillum, porte-t-il une série de spores en files ovoïdes à facette d’articulation » (Sabouraud, Pratique Dermat., t. I, p. 825-827).

Cultures. — a Les meilleurs milieux de culture de l’achorion du favus sont les milieux glucosés, mais il faut qu’ils contiennent plus de matière albuminoïde (peptone) que les milieux optima des trichophytons.

FAVUS

Voici la formule d’un bon milieu de culture pour le favus :

Glycose pure anhydre . 4 grammes.

Peptone granulée Ghassaing . 2

Eau distillée . 100

Agar-agar . ' . lsr,20 à ls** 50

(Sabouraud.)

La culture en série du champignon du favus montre toujours : 1° que des cultures filles et petites filles d’une semence favique croissent progressivement plus vite et mieux que leurs ascendants sur le milieu de culture auquel on les a habituées; il y a donc acclimatation progressive au milieu de culture ; 2° que le même achorion peut sur un même milieu donner des colonies qui ne sont pas rigoureusement homogènes et similaires : la même culture réensemencée plusieurs fois peut donner des cultures filles qui n’ont plus la même physionomie objective.

Ce dernier fait, d’une importance capitale, rend fort difficile et fort aléatoire la différenciation des espèces faviques. Tout ce qui a été dit à ce sujet par Quincke, Unna, Bodin, etc... est à reviser. « Sans nier la pluralité possible des espèces faviques, je ne connais qu’une seule et unique espèce de favus. C’est le favus de l’homme. » (Sabouraud.)

Les favus à lésions trichophytoïdes de Bodin. — Dans un certain nombre de lésions de l’homme ou des animaux se présentant sous l’aspect clinique de cercles trichophytiques pustuleux ou seulement vésiculeux, on trouve un champignon mycélien régulièrement sporulé en chaîne ressemblant à un trichophyton ectothrix d’origine animale. Mais sa culture qui est difficile et lente prend dès l’origine la forme humide vermiculaire et contournée des cultures faviques, et l’examen direct de ces cultures ne montre pas d’organe de fructification en grappe. Donc la culture a une forme favique très déterminée. Pour Bodin il s’agit de favus à lésions trichophytoïdes; Sabouraud croit qu’il s’agit d’une classe spéciale de trichophytons à culture favi forme.

«En somme, comme Bodin l’a fait le premier remarquer, la barrière entre les trichophytons et les favus paraît s’abaisser tous les jours. Il est, on peut le dire, impossible de tracer nettement les frontières de ces deux groupes parasitaires. » (Sabouraud, loc. cit., p. 825.)

Étiologie. — L’achorion est éminemment contagieux, quoiqu’il le soit peut-être à un moindre degré que le trichophyton, et qu’il y ait à cet égard à tenir un compte plus grand des prédispositions individuelles.

On peut être contaminé à tout âge, mais le champignon se développe surtout chez les enfants de cinq à quatorze ans, dansles classes pauvres, dans les campagnes, chez les sujets lymphatiques, pâles, débilités, vivant dans la saleté. La propagation se fait de l’homme à l’homme par contact direct, par inoculation, et c’est ainsi que chez le même malade le champignon envahit le tronc et les ongles; elle se fait aussi par voie indirecte, grâce aux vêtements, aux coiffures, aux objets de toilette, par l’air où les poussières faviques sont en suspension. Elle peut se faire des animaux à l’homme; en effet, le favus a été constaté chez la souris, le rat, le chien, le coq et les poules, le cochon d’Inde, le lapin, le cheval, et l’on a observé des faits de transmission de ces animaux à l’homme.

Ge court exposé de l’histoire de l’achorion permet de comprendre et d’abréger la symptomatologie du favus.

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L’achorion envahit surtout les régions pileuses du corps : c’est la variété de beaucoup la plus importante, celle qui cause une alopécie définitive et irrémédiable avec cicatrices; nous allons en parler avec quelques détails. Il peut aussi se développer sur les régions dites glabres et aux ongles ; nous dirons quelques mots en terminant ces deux dernières localisations, qui n’ont qu’un intérêt secondaire.

A. — Favus des régions pileuses.

Symptômes. — Première période ou de début. - — Au début la maladie s’annonce

par une légère desquamation, puis par une rougeur érythémateuse, tantôt limitée, tantôt diffuse, et qui s’étend avec plus ou moins de rapidité, enfin par une légère desquamation pityriasique (c’est la phase épidermique de Bazin) : on peut voir survenir dès ce moment une éruption pustuleuse discrète.

Enfin le parasite a suffisamment proliféré ; il devient visible à l’œil nu sous la forme que nous lui avons décrite plus haut d’un point jaunâtre traversé par un poil : on peut même dans quelques cas le surprendre un peu plus tôt sous la forme d’un petit soulèvement épidermique circumpilaire, d’une petite tache jaune sous-épidermique latérale au poil, de deux ou trois petites concrétions jaunâtres isolées qui se réunissent au bout de peu de temps. Peu à peu, les cupules ou godets se forment autour des cheveux; ils sont isolés et disséminés ( favus urcéolaire disséminé ), ou bien très serrés les uns à côté des autres, minuscules, miliaires; ou bien plus volumineux et deviennent confluents (favus urcéolaire cohérent). Dès ce moment, il est visible que les poils sont altérés ; ils perdent leur brillant, deviennent ternes, décolorés, comme rougeâtres, et se détachent avec facilité. La maladie est constituée.

Deuxième période ou d'état. —

Le godet favique est, comme nous l’avons vu plus haut, tapissé au début sur sa face supérieure par une couche d’épiderme corné : il repose par sa face profonde sur un derme plus ou moins rouge et enflammé, déprimé par la pression exercée par le parasite. Le godet qui est centré par un poil se développe constamment par sa périphérie, en même temps que l’achorion pénètre dans le poil : il est donc composé de couches concentriques qui forment des séries de reliefs circulaires rappelant l’aspect des nids d’hirondelles : les couches centrales les plus

(godets faviques.)

FAVUS

anciennes sont d’un blanc jaunâtre un peu terne; les périphériques plus récentes sont d’un jaune plus vif. Le godet peut atteindre ainsi d’assez grandes dimensions, jusqu’à 1 centimètre et plus de diamètre ; la prolifération du parasite finit par être telle que l’enveloppe épidermique se rompt soit à côté du poil, soit vers la circonférence de la cupule, et la matière favique se répand à l’air libre. Elle forme dès lors des croûtes irrégulières d’un blanc jaunâtre, quelquefois teintées de brun par le sang, disposées en amas des plus irréguliers : ces amas s’effritent, tombent en masse, et sont remplacés par des productions nouvelles. Ils se réunissent fréquemment entre eux; ils constituent alors de véritables stratifications, des saillies abruptes, des dépressions, et ont par place à certains moments jusqu’à 1 centimètre et plus d’épaisseur. Ils exhalent une odeur particulière de souris, d’urine de chat, et de moisissure. A la périphérie des plaques il est souvent possible de retrouver un godet isolé ou un vestige de Indisposition urcéolaire primitive.

Au-dessous des amas de matière favique le derme est rouge foncé, violacé, irrégulier d’aspect, et présente des saillies et des creux qui tiennent aux pressions exercées par le parasite. Dans quelques cas il est ulcéré à la suite de grattages : il offre en un mot tous les caractères d’une inflammation chronique et profonde. Les poils s’altèrent de plus en plus; ils deviennent cendrés ou d’un gris de souris; ils ont parfois des reflets rougeâtres; ils sont ternes, décolorés, comme atrophiés et cèdent à la moindre traction : ils peuvent tomber d’eux-mêmes; mais la papille pileuse n’est pas encore détruite; elle sécrète un poil qui est irrégulier, contourné, frisottant, tout à fait caractéristique du favus. Un grand godet est souvent traversé par plusieurs poils, et, dans ce cas, ou bien il y a deux ou plusieurs poils dans le même follicule et ils sont tous malades, ou bien il n’y a qu’un seul poil central, et celui-là seul est profondément atteint ; les autres, englobés par la matière favique, peuvent ne pas être encore envahis par le parasite.

Troisième période d'atrophie et de guérison. — Peu à peu l’achorion, grâce à l’inflammation chronique qu’il détermine autour de lui, produit l’atrophie cicatricielle du derme et des hulbes pileux : il en résulte une alopécie définitive. Le champignon ne trouvant plus les éléments nécessaires à son développement disparaît; tel est le mécanisme bien simple de la guérison spontanée. Mais si on laisse l’afïection évoluer ainsi toute seule, il ne persiste ensuite que des surfaces glabres, lisses ou légèrement gaufrées, luisantes, amincies, tendues sur les parties profondes, d’un blanc presque mat, cicatricielles, parsemées de quelques rares cheveux disséminés çà et là, gros, noueux, frisottants, irréguliers.

Les complications sont peu fréquentes dans cette affection : parfois cependant on voit survenir au début de l’impétigo, puis plus tard des abcès dermiques ou sous-dermiques, des lymphangites, des adénites cervicales.

Les anciens auteurs avaient décrit de nombreuses variétés de favus d’après la forme et le groupement des lésions. Depuis la découverte du parasite, on a reconnu que ce n’étaient que des aspects divers sans la moindre importance. Nous nous contenterons de signaler : 1° le favus urcéolaire qui est la forme commune, celle que nous venons de décrire; 2° le favus scuti forme ou en écu, en groupes, en cercles, en anneaux, nummulaire, dans lequel lespoints d’attaque sont très voisins les uns des autres, confluents dès leur apparition, de telle sorte que le godet semble ne pas exister; il se produit d’emblée une croûte jaunâtre, unique, étalée, circulaire, traversée par des poils, et qui devient bientôt inégale, bosselée, légèrement saillante : d'ordinaire plusieurs de ces plaques primitives existent chez le

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même individu; elles deviennent rapidement confluentes et forment ainsi de vastes surfaces jaunâtres et irrégulières qui recouvrent le cuir chevelu : il reste presque toujours une bande étroite de cheveux indemnes sur le front et sur l’occiput; 3° la forme squarrheuse dans laquelle la matière favique semble se développer sur la tige des poils auxquels elle constitue dans une certaine étendue des gaines qui se réunissent et adhèrent assez fortement les unes aux autres (Bazin) : il se produit ainsi des saillies irrégulières quelquefois considérables qui s’élèvent sur le cuir chevelu et sont séparées par des anfractuosités plus ou moins profondes : la deuxième et la troisième formes n’ont, comme on le voit, aucune importance; nous ne les avons signalées que pour bien fixer dans l’esprit du praticien l’aspect d’un favus vierge de tout traitement.

4° Par contre il nous faut insister un peu plus longuement sur ce que certains auteurs et en particulier E. Besnier et Dubreuilh ont décrit sous le nom de

Formes atypiques :

a) Favus pityriasique (Dubreuilh) ( Favus miliaire d’E. Besnier). — « Il s’agit ici de lésions squameuses du cuir chevelu groupées par plaques arrondies ou irrégulières, mais à contours parfaitement délimités et dont les dimensions sont extrêmement variables : tantôt ce sont des placards peu étendus et nettement séparés, tantôt ils sont devenus confluents et recouvrent dévastés surfaces pouvant occuper la majeure partie du cuir chevelu. » (Bodin.) Le cuir chevelu peut même être envahi dans sa totalité. Il est recouvert de lamelles d'un blanc jaunâtre qui agglutinent les cheveux, ou d’une sorte de poussière grise, furfuracée, qui desquame sans cesse; le derme est gris rougeâtre, sec et luisant. L’affection ressemble tout à fait à certaines variétés de psoriasis, mais surtout aux dermatoses décrites sous les noms de parakératoses psoriasiform.es, de pityriasis stéatoïde, de teigne amiantacée. Elle en diffère par son exacte limitation au cuir chevelu : parfois (mais rarement) il y a déjà quelques plaques d’alopécie; les cheveux sont secs, ternes, décolorés, un peu gris rougeâtre, moins adhérents; leur racine est entourée d’une gaine fort épaisse dans laquelle on trouve l’achorion. En soulevant les squames, on voit parfois de petits godets miliaires, ou pour mieux dire une sorte de gaine dorée autour d’un poil. Enfin la tête exhale l’odeur spéciale que nous avons indiquée plus haut.

b) Favus impètigini forme . — Il simule à s’y méprendre l’impétigo du cuir chevelu : il se présente sous l’aspect de croûtes molles et jaunes qui enchâssent la base des cheveux. Leur évolution est fort lente, et, quand elles se détachent au centre, elles laissent une cicatrice alopécique.

c) Favus à forme alopécique. — Cette variété simule la pseudo-pelade ou mieux l’acné décalvante (voir ces mots). Elle est constituée par des plaques très variables d’aspect et de nombre, de 2 à 3 centimètres de diamètre en moyenne, arrondies ou plus souvent irrégulières, isolées ou confluentes, et pouvant arriver dans ce cas à former de vastes placards alopéciques. Au centre, le cuir chevelu est lisse, parfaitement glabre, cicatriciel ; on n’y trouve même pas les poils frisottants et contournés des cicatrices habituelles de favus. A la périphérie existent de petits points rougeâtres portant au centre unecroutelle grisâtre et un poil terne et décoloré qui vient sans difficulté à la moindre traction avec une gaine folliculaire grasse et succulente. L’évolution de cette variété est des plus lentes.

Ces formes atypiques semblent être produites par le même acliorion que les formes communes.

FAVUS

Signalons enfin, en terminant la nomenclature de ces variétés rares, les favus à lésions trichopliytoïdes de Bodin dont nous avons parlé plus liant.

Le favus peut s’observer sur toutes les régions pilaires du corps : on l’a constaté à la barbe : il y revêt d’ordinaire le même aspect qu’au cuir chevelu. Cependant E. Besnier et A. Doyon ont signalé un sycosis favique « caractérisé par des périadénites pilaires isolées (sycosis tuberculeux) ou groupées (sycosis en plaques) ».

B. Favus des régions glabres. — Il n’est pas très rare d’observer des godets faviques sur les régions glabres du corps de certains sujets, mais surtout chez ceux qui sont déjà atteints de favus du cuir chevelu. On les rencontre en particulier au visage, au nez, aux sourcils, aux joues, aux conduits auriculaires, sur le dos, sur les épaules, à la face externe des membres, plus rarement au scrotum, sur le gland. On n’en connaît pas d’observation probante aux muqueuses, bien que Kaposi et Kundrat aient publié un cas où ils auraient constaté de l’achorionsur les muqueuses de l’estornac et de l’intestin.

« A son début sur la peau glabre le favus peut se traduire comme au cuir chevelu par des lésions du type érythémateux; on voit se produire des cercles rouges présentant une légère desquamation furfuracée, et qui s’étendent progressivement et lentement par leur périphérie (favus herpeticus). » (Forme érythémateuse et érythémato-squameuse). cc La ressemblance est alors très grande avec l’herpès circiné trichophytique dont les cercles sont toutefois'généralement bien nets tandis que ceux du favus présentent d’ordinaire un caractère fruste. Sur les parties érythémato-squameuses il ne tarde pas à se produire de petits points jaunâtres, irrégulièrement disséminés qui ne sont autre chose que des godets très petits dont les caractères ne tardent pas à s’accuser et sont exactement les mêmes que ceux que nous avons déjà étudiés. Une fois développés, les godets s’accroissent rapidement, et, s’ils sont nombreux et rapprochés les uns des antres, ils peuvent se fusionner pour former des masses » analogues à celles du favus squarreux (Bodin).

Le favus des parties glabres débute aussi parfois d'emblée par un seul point d’inoculation qui se développe lentement et donne lieu à un godet favique typique, régulier, d’un beau jaune soufre.

Ces lésions peuvent causer des démangeaisons et exhaler l’odeur caractéristique du favus. Elles peuvent fructifier assez vite ou avoir une marche des plus lentes. Après leur énucléation, il reste des dépressions qui s’atténuent vite :• après leur évolution totale, elles laissent dans quelques cas des décolorations blanches d’aspect cicatriciel ou des pigmentations d’un jaune brunâtre qui tendent peu à peu à s’effacer.

C. Favus des ongles ( Onychomycose favique). — Cette localisation est fort rare : elle se rencontre surtout chez les faviques qui se grattent et s’inoculent le parasite dans la rainure unguéale. Elle peut être primitive : mais alors elle est presque toujours méconnue. On fa signalée aux orteils (2 cas publiés).

Le favus unguéal débute par le bout même de l’ongle, entre la couche cornée et le derme sous-unguéal. L’ongle est soulevé par ses bords; on y voit une teinte grisâtre d’abord minuscule, puis qui gagne progressivement. Du gris la coloration passe au jaunâtre. Puis l’ongle s’épaissit, se flétrit, se raie de stries longitudinales lui donnant l’aspect de la moelle de jonc, éclate, s’exfolie, devient énorme en quelques points, s’amincit en d’autres qui correspondent aux amas jaunâtres de

Baocij. — Dermatologie. I. 32

DERMATOSES PARASITAIRES

matière favique et au niveau desquels il finit parfois par se perforer. Kaposi a distingué deux formes d’onychomycose favique, l’une circonscrite, caractérisée par de petites opacités jaunâtres rappelant les godets typiques, l'autre diffuse, sans amas jaunâtres nets, présentant les altérations unguéales que nous venons d’énumérer.

Ces lésions ont presque toujours une évolution d’une extrême lenteur : elles peuvent guérir spontanément : elles ne sont pas douloureuses.

Pour les diagnostiquer d’une manière précise, il faut recourir à l’examen microscopique des débris.

Anatomie pathologique. — Nous serons très brefs sur ce point après les détails que nous avons donnés sur l’achorion.

Voici, d'après Bodin, le résumé de la structure d’un godet favique, en allant de la surface à la profondeur :

«1° Une mince couche cornée formée de cellules këratinisées plus ou moins altérées ;

« 2° La substance parasitaire du godet comprenant en surface de nombreux éléments sporulaires et dans la profondeur des filaments serrés les uns contre les autres ;

« 3° Le stratum lucidum et le corps muqueux refoulés par la masse végétante du champignon (voir plus haut la photographie d’un coupe d’un godet favique). »

Le champignon pénètre directement dans le poil en traversant l'épidermicule. D’après Kaposi il descendrait parfois dans le follicule en dehors du poil jusqu’à la limite inférieure de la cuticule de ce poil, en dessous de laquelle il passerait pour germer ensuite dans le tissu pilaire.

L’achorion ayant envahi le poil s’étend dans ce poil en proliférant sur une longueur souvent considérable, parfois 1, 2 centimètres, et même plus. La racine du cheveu est également remplie d’achorion.

« Peu à peu le champignon peut gagner le derme qui s’enflamme, les vaisseaux se dilatent et s’entourent de leucocytes : il se produit une infiltration de cellules jeunes et l’on note la karyokinèse dans les cellules fixes du tissu conjonctif; on assiste en somme à l’éclosion d’une dermite » (Bodin).

« L’évolution de ce tissu dermique enflammé aboutira d’ailleurs à la sclérose pour peu que l’inflammation persiste un certain temps, et c’est ainsi que s’expliquent les cicatrices que l’on observe après la guérison des placards de favus » (Bodin).

Diagnostic. — Les détails dans lesquels nous venons d’entrer nous dispensent d’exposer minutieusement le diagnostic différentiel du favus.

Nous rappellerons seulement qu’on doit toujours se défier de cette affection quand on se trouve en présence d’une maladie du cuir chevelu longue, tenace, rebelle aux médications, simulant le psoriasis, l’impétigo, l’eczéma, la séborrhée, les folliculites décalvantes, le lupus érythémateux. Il faut dans ces cas rechercher le parasite, v Prendre quelques poils choisis avec discernement sur les parties malades, les chauffer légèrement sur une lame de verre dans une goutte de solution de potasse à 40 p. 100, puis les recouvrir d’une lamelle et porter sous l’objectif du microscope pour constater si oui ou non il existe un parasite » (Bodin).

L’alopécie causée parle favus est elle-même toute spéciale, et peut être reconnue rétrospectivement. Elle diffère par son siège, par son aspect cicatriciel, par les quelques poils frisottants qui persistent, de celles que causent la séborrhée, la

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