FA VUS
E. Besnier et A. Boyon recommandent, après avoir fait l’épilation méthodique, de « frictionner tous les soirs la tête entière, avec une pommade contenant, au .gré du médecin, des substances théoriquement antifaviques, employées aux doses tolérées, par exemple :
Baume du Pérou ou huile de eade ou de
bouleau blanc . de 2 à 5 grammes.
Acide salicylique, résorcine . àà 1 à 5 —
Soufre précipité . 5àl5 —
Lanoline, vaseline, axonge . àà 30 —
« Tous les matins, la tête entière est lavée à l’eau chaude, avec un savon de goudron, de naphtol, d’ichthyol, etc..., et, quand elle a été bien essuyée, on fait, sur toutes les surfaces faviques, circonscrites par les zones épilées, une friction à l’aide d’une houlette de coton imprégnée d’un Uniment antiparasitaire, tel que:
Alcool à 90° . . 100 grammes.
Acide acétique cristallisant . 0gl',25 à 1 ■ —
Acide borique . 2 —
Chloroforme . 5 —
« Enfin, le pansement du matin, pansement quotidien, est complété en appliquant sur toutes les surfaces faviques un morceau d’emplâtre de Vigo fin, delà dimension exacte des surfaces faviques cerclées par les zones d’épilation. » (E. Besnier, A. Doyon.)
D’après les auteurs américains, il faut d'abord nettoyer et sécher la tête après l’épilation, puis appliquer les agents qui sont pour eux les parasiticides par excellence, les oléates de mercure et de cuivre.
On les applique en frictionnant avec le bout des doigts tous les jours ou tous les deux jours pendant trois ou quatre semaines. 11 est rare qu’on soit obligé de recommencer une nouvelle série de frictions.
Au bout de quatre à six semaines, les cheveux ont repoussé: on pratique une deuxième épilation, et ainsi de suite. Seulement, à mesure que le traitement se prolonge, on voit la maladie diminuer peu à peu d étendue, se restreindre à certains points fort reconnaissables par la rougeur vive du cuir chevelu, par sa desquamation et par les caractères des cheveux ; on limite donc également de plus en plus les épilations et l’on ne fait que des épilations partielles de plus en plus restreintes en se conformant toujours aux règles que nous avons posées. Les intervalles que l’on doit mettre entre chaque épilation ne sont réglés que par la rapidité de croissance des poils. La guérison est annoncée par la disparition de la rougeur du cuir chevelu et de la desquamation: les poils n’ont plus leur énorme gaine succulente et ne présentent plus de parasite à l’examen microscopique. 11 faut ensuite, comme nous l’avons dit plus haut, tenir le malade en surveillance pendant trois ou quatre mois avant de lui délivrer un certificat de guérison. La durée moyenne du traitement d’un favique varie de dix mois à deux ou trois ans.
Les autres parasiticides dont on s’est servi contre le favus sont innombrables : mentionnons les huiles alcooliques, éthérées, balsamiques, l’huile de cade, la teinture de fragon, la créosote, la benzine, la térébenthine, le pétrole, le naphtol en pommade, en huile et en savon, le baume du Pérou, le chloroforme, l’éther, les acides phénique, acétique, salicylique, l’huile de croton, le savon noir, l’acétate de plomb, le calomel, l’iodure de soufre, l’acide pyrogallique, l’acide chrysophanique.
DERMATOSES PARASITAIRES
lachrysarobine, l’anthrarobine, Tichthyol, la résorcine en pommade au vingtième, le bichromate de potasse en pommade à I ou 2 p. 60, etc.
On a fait beaucoup de tentatives pour guérir le favus sans épilation, par de simples savonnages et des applications de parasiticides, en particulier de préparations iodées, d’oléates, de vapeurs d’acide sulfureux (Schuster), etc. ; mais les succès sont plus que problématiques ; aussi n’insisterons-nous pas sur ce point.
Traitement du favus des parties glabres. — Son traitement est des plus simples: il suffit d’énucléer avec soin les godets; ou bien, s’ils sont nombreux, on les ramollit par des applications savonneuses (axonge et savon noir, savon noir et soufre, huile de cade et savon noir à parties égales), ou par un bain savonneux : puis on savonne énergiquement la région malade : on enlève ainsi toute la matière favique : on épile soigneusement tous les follets : on fait ensuite quelques applications parasiticides parmi lesquelles nous donnons la préférence à la teinture d’iode. Certains auteurs recommandent de traiter le favus du corps par le sublimé à l’état naissant : pour cela il suffit de saupoudrer les parties atteintes de calomel, puis d’un peu de, sel.
Traitement de Tonycliomycose favique. — Le meilleur procédé pour triompher du favus unguéal consiste à enlever l'ongle et à faire ensuite des enveloppements avec des solutions faibles de sublimé, ou avec une solution iodée faible telle que la suivante :
Iode métalloïdique . de 0sg50 à 1 gramme.
lodure de potassium . 2 —
Eau distillée . 1 litre.
Si Ton ne veut pas de ce procédé radical, on enlève mécaniquement les dépôts jaunâtres partiels, ou, si l’altération est diffuse, on applique des emplâtres hydrargyriques. On a aussi recommandé d’user peu à peu à la lime les parties de l’ongle qui recouvrent les points malades, puis d’enlever tous les tissus atteints à la curette, enfin d’appliquer des parasiticides, tels que la teinture d’iode ou le sublimé.
4° LES PIEDRAS
On a décrit sous le nom de piédra une affection parasitaire des poils d’origine cryptogamique : il est possible qu’il y en ait des variétés diverses; en tous cas il semble bien qu’elles aient été déjà mentionnées sous divers noms.
C’est ainsi qu’en 1869 Beigel a fait connaître une maladie parasitaire des cheveux artificiels caractérisée objectivement par des nodosités d’un brun sale qui se trouvent sur les poils : elle serait constituée par des amas de parasites que Ton a appelés champignon des chignons (chignon-fungus) : cette affection a reçu la dénomination de Maladie de Beigel.
En 1876, Osario de Bogota signala pour la première fois l’existence d’une maladie exotique des cheveux, à laquelle il donna le nom d e piedra. Depuis lors les travaux se sont multipliés sur cette question, et parmi eux il convient de citer ceux de Behrend, de Juhel-Rénoy, d’Unna, de Vuillemin, de Schâchter, de Lombardon, etc... (voir pour plus de détails l’article de Bodin de la Pratique Dermat , t. I V, p. 30 et suiv.).
I l est plus que probable qu’il y a des variétés fort nombreuses depiedras, comme
LES PIEDRAS
il y a des variétés fort nombreuses de trichophyties, tenant à des variétés de parasites fort voisines les unes des autres.
D’une manière générale on peut dire que l’aspect objectif des cheveux atteints de piédra varie peu. Ils présentent des nouures échelonnées sans ordre aucun sur leur continuité. Ils donnent au toucher une sensation lanugineuse; ils ont de la tendance à friser et à s’intriquer ( Plique colombienne). Les nouures forment des anneaux complets ou incomplets autour du poil : elles sont fusiformes ou en saillie irrégulières. D’ailleurs elles n’altèrent nullement la consistance du cheveu et n’atteignent pas sa racine.
Dans les piedras de Colombie elles sont moins volumineuses que des lentes; elles ont une couleur blanchâtre, une consistance pierreuse: elles ne commencent guère qu’à 1 centimètre du point d’émergence du poil : elles peuvent être fort nombreuses, puisque Juhel Itenoy en a compté 23 sur un cheveu de 60 centimètres de long.
Dans les piedras nostras les lésions siègent surtout à la barbe et aux moustaches, et elles forment des nodosités d’un brun jaunâtre, fort irrégulières.
Élude microscopique des nodosités. — Quand on examine au microscope un poil atteint de piedra, on voit que ce poil n’est nullement altéré dans sa structure. La nodosité est constituée par des amas serrés de cellules du parasite « qui apparaissent comme des spores à double contour, avec noyau nucléolé, tossées les unes contre les autres, arrondies ou polyédriques par pression réciproque de manière à former une sorte de mosaïque... Entre les cellules existe une substance agglutinante qui les réunit entre elles, et provient, d’après Yuillemin et Schâchter d’une gélification de la membrane externe des cellules... Les éléments de l’épidermicule du poil atteint sont soulevés par les cellules du champignon, et ils s’enfoncent ainsi comme de véritables crochets dans la masse parasitaire et la fixent solidement au cheveu.
« Dans la piedra de Colombie les éléments parasitaires atteignent 10 g environ... Dans la piedra nostras ils ont des dimensions très variables suivant les auteurs (8 g pour Unna, de 2a, 3 à 4a, 5 pour Beigel, Yuillemin et Schâchter). » (Bodin loc. cit.)
On discute encore pour savoir quelle est la nature réelle de ce champignon et dans quel groupe on doit le classer : pour Yuillemin il faudrait en faire le genre Trichosporum d’un groupe provisoire auquel il donne le nom d’arthromycètes. Il y aurait : 1® un trichosporum giganteum qui serait le parasite de la piedra de Colombie (cultivable dans du sérum de lait, dans du bouillon, de la gélose glycérinée, de la gélatine, etc...); 2° un trichosporum beigeli ; 3° un trichosporum ovoïdes ; 2° un trichosporum ovale qui seraient les parasites des piedras nostras. Toutes ces recherches et les différenciations parles cultures de ces champignons sont à reprendre (voir le travail de Cosimo Lombardo, Giornale [laliaiio delle malattie veneree e délia pelle, 1904, p. 308).
La piedra s’observe surtout chez la femme jeune en Colombie : on peut aussi, surtout dans nos pays, l’observer chez l’homme à la barbe. On croit qu'elle se développe chez les personnes qui trempent leurs cheveux dans des eaux de rivière et qui les enduisent de mucilages huileux.
Cette affection diffère du lepothrix par ses localisations et son parasite.
Il est inutile d’insister sur son diagnostic différentiel d’avec les lentes, la trichorrhexis nodosa, et le nodose hair.
DERMATOSES PARASITAIRES
Traitement. — Juhel Rénoy et Lion pensent que des lotions à l’eau très chaude pure, ou mieux additionnée de l/l 000 ou d’un 1/2 000 de sublimé, au besoin des savonnages, et l’emploi du peigne fin suffisent pour désagréger les nodosités et les faire disparaître. Un traitement radical consisterait à raser les régions atteintes et à les savonner.
C. — AFFECTIONS CUTANÉES CAUSÉES PAR DES PARASITES VÉGÉTAUX OUI AFFECTENT LE DERME ET L’ÉPIDERME
ACTINOMYCOSE
On donne le nom à' actinomycose à une affection causée par le développement dans les tissus d’un champignon inférieur YOospora bovis : ce champignon est relativement assez fréquent chez certains animaux, en particulier chez les Bovidés. Il peut infecter l’homme et causer des lésions dans ses divers organes : nous allons schématiser celles qu’il produit du côté des téguments. Nous renvoyons pour de plus amples détails au magnifique ouvrage de Poncet et Bérard (Traité clinique de V actinomycose humaine ).
Description «lu parasite. — Le parasite de l’actinomycose est encore imparfaitement connu dans son histoire naturelle. Il fait partie du groupe Oospora. « Sur une culture parvenue à la période de fructification, on voit qu’il est formé par un feutrage de filaments mycéliens dirigés en tous sens, ramifiés, et dont la largeur atteint tout au plus 0 g, 4 à 0 g, 5. A l’intérieur de ces filaments existent une série d’espaces incolores paraissant former des cloisons et qui séparent le contenu du filament en fragments plus ou moins longs donnant au microscope l’apparence de Dacilles ou de cocci. On doit se garder de confondre ces segments avec des spores; il n’y a là qu’une simple fragmentation du protoplasma qui n’est point un fait exceptionnel chez les mucédinées.
« Les véritables spores se forment d’une autre manière : à l’extrémité de ces filaments segmentés ou sur leurs parties latérales naissent d’autres rameaux, ceux-ci à contenu homogène, et dont la largeur est un peu plus grande que celle des filaments ordinaires. Ce sont les hyphes sporifères sur lesquelles les spores prennent naissance en formant à l’extrémité du filament une file ou un chapelet de sporules arrondies ou ovoïdes de 0 g, 6 de diamètre environ, très caduques lorsqu’elles sont parvenues à maturité, et dont la germination reproduit la plante telle que nous venons de la décrire» (E. Bodin, article Actinomycose, Pratique Dermat.).
L’oospora bovis peut être cultivé sur tous les milieux usités dans les laboratoires, surtout lorsqu’ils sont glycérinés et s’ils sont neutres ou faiblement acides: les cultures sur pomme de terre sont celles qui réussissent le mieux. Il est également cultivable sur diverses céréales, telles que le blé, l’avoine, l’orge, maintenues à un certain degré de température et d’humidité (E. Bodin).
Pour les inoculations aux animaux, c’est le lapin qui doit être préféré.
Dans sa vie parasitaire chez l’homme, l’oospora bovis se montre sous l’aspect de petites granulations jaunâtres (que l’on appelle grains jaunes), « visibles à l’œil nu, dont les dimensions oscillent entre I et 3 millimètres, qui se trouvent en
ACTINOMYCOSE
plus ou moins grande abondance dans les lésions et dans les liquides actinomycosiques ».
« Convenablement préparés, ils apparaissent au microscope comme de petites masses formées de deux zones : l’une centrale ou mycélienne, l’autre périphérique ou zone des massues.
« Toute la partie centrale est formée d’un feutrage serré de filaments mycéliens de 1 fx de diamètre environ et dirigés en tous sens. Lorsqu’on traite ces filaments par les réactifs colorants (méthode de Gram par exemple), on voit qu’ils sont divisés en petits fragments de dimensions variables; les uns ressemblent à des bacilles; d’autres sont si courts qu'il est malaisé de les distinguer des cocci; on dirait alors que le filament n’est plus qu’une chaînette analogue à celle des streptocoques.
« Tels sont les éléments essentiels du parasite, ceux qui ne manquent jamais, et qui sont quelquefois les seuls à exister dans les lésions humaines. Autour de cette partie centrale mycélienne du grain jaune, se trouve d’une manière presque constante, du moins chez l’animal, une autre zone, celle des massues... Pille est constituée par une couronne de renflements massués dont la grosse extrémité est excentrique , tandis que la petite extrémité se continue avec les filaments du feutrage central. Chaque élément est un simple
„ . , Fig. 79. — Coupe d une tumeur actinomycosique du
renflement ovoïde développe a 1 ex- bœuf pour montrer les corpuscules caractéristiques
trémité du filament qui lui sert de rayonnés en a. pédicule... De dimensions variables
ces massues ont habituellement de 2 à 3 p. de diamètre à leur grosse extrémité sur 6 à 8 p. de longueur, mais on en rencontre souvent de géantes atteignant 5 à 7 p. de diamètre et longues de 15 à 18 p.... Ce ne sont point des organes reproducteurs, ce sont de simples formes de résistance nées dans la lutte du champignon contre les cellules de l’organisme. » (Bodin, loc. cit.)
Étiologie. — Presque toujours l'homme s’infecte par le contact direct d’une céréale (épi d’orge surtout) ou de matières inertes sur lesquelles existait foospora bovis. Il est beaucoup plus rare qu’il soit contaminé par des animaux (bœuf ou porc) malades : il est tout à fait exceptionnel (un seul cas probant connu) qu’il le soit par un autre homme atteint d’actinomycose.
L’oospora bovis pénètre pour ainsi dire toujours dans l'économie par une effraction de l’épiderme cutané ou de l’épithélium des muqueuses buccales, digestives ou pulmonaires. La peau peut donc être atteinte primitivement (actinomycose cutanée primitive) : elle peut l’être secondairement par extension graduelle de lésions primitivement viscérales. Fort souvent l’affection a pour point de départ une carie dentaire, puis elle infiltre le maxillaire, et finit par atteindre les téguments.
DERMATOSES PARASITAIRES
Ce sont presque toujours des adultes vivant à la campagne, maniant des céréales et s’occupant des bestiaux qui sont atteints. Il semble que cette maladie soit très fréquente dans la région lyonnaise.
Fig-. 80. — Actinomycose de la région maxillaire.
Symptômes. — I. Actinomycose primitive de la peau. — Elle est relativement rare.
Elle débute d’ordinaire par un ou plusieurs nodules légèrement sai llants, arrondis ou ovalaires, variant comme dimensions de quelques millimètres à 2 ou 3 centimètres de grand diamètre, donnant au toucher la même sensation que les nodosités rhumatismales, paraissant enchâssées dans le derme. Elles peuvent être isolées et bien délimitées, du moins au début : presque toujours elles finissent par
s’agglomérer pour former une plaque bosselée, profondément infiltrée, d’une dureté assez spéciale.
Peu à peu la peau rougit, prend une coloration violacée, livide ; elle s’amincit de plus en plus en un ou plusieurs points de la masse, comme elle le fait au niveau d’un abcès froid ; elle forme alors des taches bleuâtres ardoisées, avec épiderme demi-transparent qui laisse deviner audessous de lui l’existence d’une matière à demi-liquide jaunâtre. Au toucher on sent que ces masses sont ramollies et fluctuantes.
Raingeard a décrit à côté de ces éléments nodulaires une autre forme de lésions cutanées à laquelle il a donné le nom de lésions maculeuses . « Ce sont des placards de l à 4 centimètres de longueur sur 1 centimètre à 1 centimètre et demi de largeur, à bords bien nets qui tranchent sur la peau par leur coloration d’un rouge foncé, mais qui ne font pas de saillie appréciable. »
Les lésions nodulaires livrées à elles-mêmes finissent par s’ulcérer. On voit alors sortir, du foyer un liquide sanguinolent ou purulent plus ou moins bien lié, parfois fétide, renfermant les granulations caractéristiques qui se présentent sous la forme de grains opaques d’un blanc jaunâtre, parfois d’un jaune verdâtre, parfois d’un jaune soufre, et dont les dimensions varient de celles d’une tête d’épingle à celles d’un grain de sable.
Dans certains cas, le foyer est superficiel, et la plaie est peu profonde, à bords rouges, un peu décollés, souvent taillés à pic, à fond irrégulier, grisâtre ; plus souvent l’ulcération est très creuse, à bords d’un rouge violacé, nettement décollés, en entonnoir, entourés d’une zone d’un rouge livide au niveau de laquelle les tissus sont mollasses : le fond est irrégulier, d’un jaune grisâtre, anfractueux, recouvert d’un liquide purulent mal lié, peu abondant et dans lequel on peut trouver des grains jaunes. Assez souvent le foyer comprend des fistules nombreuses, des clapiers compliqués, des trajets sinueux, des abcès secondaires. C’est toujours vers la périphérie de la masse morbide que le processus est à son summum d’activité : il s’y développe des tumeurs secondaires, sortes de nodules d’accroissement, formant des nodosités hémisphériques dont l’évolution est identique à celle de la tumeur primitive. L’ensemble constitue une plaque d’un rouge violacé, mamelonnée.
ACTINOMYCOSE
indurée à la périphérie, ramollie ou ulcérée au centre, paraissant adhérente auy parties profondes, et ayant une vague ressemblance avec les gommes scrofulotuberçuleuses. Les ganglions sont presque toujours indemnes.
La douleur est des plus variables, tantôt intense, tantôt ne se réveillant que par les pressions.
Dans l’actinomycose cutanée on n’observe pas d’ordinaire les symptômes graves que l'on rencontre dans les autres formes.
Il . Actinomycose secondaire de la peau. — Elle est infiniment plus fréquente que l’actinomycose primitive. La peau n’est en effet le plus souvent atteinte dans l’actinomycose que secondairement, par suite de l’évolution d’une tumeur actinomycosique profonde. De toutes les localisations internes primitives de l’actinomycose celles qui aboutissent le plus fréquemment à l’envahissement de la peau sont sans contredit les localisations temporo-maxillaires et gingivo-jugales. Elles s’accompagnent presque toujours d’un symptôme qui, dans les tumeurs de la face et de la région sous-maxillaire, est presque pathognomonique de la présence de Toospora bovis, nous voulons parler d’un trismus plus ou moins douloureux, mais fort accentué (voir Poncet, et G. Rapp, Thèse de Lyon, 14janv. 1904).
Parfois ce sont des lésions pulmonaires, des lésions abdominales qui gagnent les téguments.
L’actinomycose cutanée primitive est d’un pronostic relativement bénin, car elle est guérissable par un traitement rationnel. Abandonnée à elle-même, elle peut devenir grave par propagation aux tissus profonds. L'actinomycose cutanée secondaire comporte le pronostic de la localisation primitive dont elle est la conséquence, et ce pronostic est assez souvent des plus sérieux.
Anatomie pathologique. — « Dans les couches cutanées, comme en tout autre tissu, la présence de l’oospora bovis détermine immédiatement un afflux de cellules phagocytaires, et il se forme un pseudo-tubercule, le nodule actinomycosique.
« Au centre du nodule siège le champignon : on trouve un feutrage mycélien avec sa couronne de massues, et tout autour une zone amorphe de dégénérescence qui sépare habituellement les massues des éléments cellulaires.
« Viennent ensuite des cellules a type épithélioïde (cellules plasmatiques de Unna), formant des assises plus ou moins étendues à la périphérie du parasite et dont les couches internes présentent des altérations dégénératives (gonflement de la cellule, transformation du protoplasma en une substance amorphe et fendillée, dégénérescence vacuolaire).
« Quant à la partie la plus externe du nodule, elle est constituée par des cellules jeunes à noyaux volumineux et formant des infiltrations abondantes entre les fibres conjonctives qu’elles dissocient.
« Enfin dans ce nodule actinomycosique se trouvent aussi quelquefois des cellules géantes que l'on observe, d’après Poncet, surtout au voisinage des zones de réaction fibreuse et à la période de résorption cellulaire. » (E. Bodin, loc. cil.).
L’intégrité des vaisseaux est habituelle dans l’actinomycose, d’où une moindre tendance à la nécrose que dans la tuberculose.
La lésion peut évoluer vers l’organisation fibreuse : parfois la réaction de l’organisme est moins intense, la dégénérescence cellulaire s’effectue, et il se forme de véritables collections purulentes composées de débris cellulaires et de leucocytes.
DERMATOSES PARASITAIRES
Diagnostic. — Au point cle vue du diagnostic tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’il faut se défier de l’actinomycose toutes les fois qu’on est consulté pour une lésion d’aspect un peu bizarre ayant à la fois les caractères d’une tumeur et ceux d’un abcès h marche lente et torpide. On devra dans ce cas examiner avec le plus grand soin le pus quand il y a ulcération : s’il n’y en a pas, il faut pratiquer une biopsie ou ponctionner les parties fluctuantes. Ondoitse souvenir que Toospora bovis ne se montre pas toujours chez l’homme avec les renflements massüés, et que les liquides qui s’écoulent des ulcères actinomycosiques peuvent ne pas avoir de grains jaunes; ils ont souvent une odeur fétide, nauséabonde, quelquefois très spéciale, odeur sui generis , odeur actinomycosique (A. Poncet et L. Bénard : Académie de médecine, 22 mars 1904).
Traitement. — L’iodure de potassium semble avoir une réelle efficacité contre l’actinomycose; cependant il a été peu actif et même il a totalement échoué dans quelques cas. On doit toujours l’administrer, et il sera souvent héroïque dans les cas d’actinomycose au début non compliqués. On le donnera aux doses de 2 à 6 grammes par jour par périodes de quinze jours séparées par des périodes de huit à dix jours de repos. Parfois, au début, il produit des poussées congestives douloureuses; puis tout se calme, et l’amélioration survient.
Localement il est indiqué d’agir avec énergie toutes les fois que l’iodure de
potassium se montre insuffisant, et quand les lésions sont anciennes, profondes et
infectées. On pratiquera ou bien l'ablation large de tous les tissus malades en empiétant sur les tissus sains, ou tout au moins l’ouverture des collections liquides, le raclage, le curettage à fond des clapiers et des trajets, l’abrasion de toutes les fongosités. On lavera ensuite soigneusement les surfaces à vif avec une solution de bichlorure d’hydrargyre au 1/500 ou avec une solution phéniquée au 1/20; on bourrera toutes les cavités avec de la gaze iodoformée, et on fera cicatriser du fond à la surface en ayant bien soin de ne laisser aucun décollement. On pourra pour activer ou régulariser la cicatrisation faire usage du nitrate d’argent.
Gautier a fait connaître il y a quelques années les excellents résultats qu’il a obtenus dans un cas de cette affection par l’application de sa méthode électrochimique. Ce procédé « repose sur la décomposition par le courant de la pile d’une solution d’iodure de potassium au 1/10 en corps naissants (iode et potasse) ». Pour l’obtenir, il implante deux aiguilles de platine reliées aux deux pôles dans les nodules de la tumeur; il fait passer un courant d’une intensité de 50 milliampères, et, avec une seringue, il injecte toutes les minutes pendant l’opération quelques gouttes de la solution iodurée. Les séances ont lieu sous le chloroforme et durent vingt minutes; on peut les répéter à huit jours d’intervalle. Dans le cas d’actinomycose de la face que Gautier a traité par ce procédé quatre séances ont amené la guérison apparente d’une assez vaste lésion occupant la presque totalité de la joue droite. Cette méthode ne semble pas être entrée dans la pratique courante.
2° MYGÉTOME OU PIEl) DE MADURA
Voici, d’après L. Raynaud ( Pratique Dermat.), quelle est la synomynie de la maladie que l’on désigne d’ordinaire sous le nom de Mycétoma : — Madura foot, pied de Madura ou de Ma duré, pied de Cochin, my cétoine ou f on gus de l'Inde (Carter), dégénérescence endémique des os du pied (Carter), maladie tuberculeuse
MYCETOME OU PIED DE MADURA
du pied, tubercule de Godefrey et d'Eyre, maladie entophy tique du pied, ulcère grave du pied, ulcus grave, pied fongueux, carie des os du pied, hypertrophie du pied avec carie. — Pêrical, Anaycal, Podelkoma, Kirudeo. — Kirinagrah (demeure des vers). — Goutlou Mandi (pied à œufs) (Inde). — Tabaoucht (petit ver, Kabylie).
Cette synonymie si chargée a l’avantage d’indiquer : 1° la géographie de cette lésion qui s’observe dans l’Inde, la Cochinchme, l’Afrique et l’Amérique; 2° sa principale localisation, le pied, bien qu’on ait pu l’observer aussi au mollet, à la main, à l’épaule, au cou et à la paroi abdominale ; 3° enfin son aspect général qui est celui d’un pied volumineux dont les os seraient cariés et qui serait criblé de fistules U
Description du parasite. — Les parasites du mycétoma seraient des champignons assez proches de l’oospora bovis. H. Vincent en a cultivé un qu’il appelle Streptothrix. Maduræ : d’après lui les grains seraient composés de tubes mycéliens intriqués : il ne serait pas inoculable aux animaux. Legrain a donné au parasite du mycétome à grains blancs le nom de Discomyces Maduræ. On ne sait pas si les diverses formes de mycétome ne sont pas dues à diverses variétés du parasite.
Symptômes. — L’alfection débute d’ordinaire par la plante du pied, sous la forme d’une petite tumeur de la grosseur moyenne d’un noyau de cerise et que surmonte une sorte de vésicule. Ce soulèvement de l’épiderme s'ouvre bientôt et il s’en écoule un liquide sanieux contenant des granulations blanchâtres, jaunâtres, rougeâtres ou noirâtres, ce qui a permis de décrire les trois variétés blanche, rouge et noire du mycétome. 11 se forme bientôt d’autres tumeurs analogues auprès de la première : elles augmentent de volume, déforment et bossèlent le pied qui prend un aspect globuleux et qui devient trois ou quatre fois plus gros qu’à l’état normal tandis que la jambe s’atrophie.
Sur un mycétome arrivé à l’état de complet développement, on trouve les tumeurs que nous venons de décrire à tous leurs degrés d’évolution ; les téguments sont criblés de soulèvement vésiculeux, de tubercules fongueux d’oii s’écoulent à la moindre pression la sérosité et les grains dont nous avons parlé plus haut. Ces ouvertures correspondent à des trajets fistuleux qui transforment le pied en une véritable écumoire.
Les douleurs, d’ordinaire nulles au repos, prennent une certaine intensité si le malade se fatigue par la marche.
L’évolution du mycétome est des plus lentes : on l’a vu dans quelques cas entraîner la mort par épuisement et cachexie au bout de plusieurs années (L. Raynaud, Pratique Dermat.).
Anatomie pathologique. — Les trajets fistuleux dont nous avons parlé aboutissent au périoste, aux os qui sont ramollis, ou dans du tissu mou et fongueux. On y trouve en abondance les grains caractéristiques qui ont de 2 à 3 millimètres de diamètre, mais qui peuvent s’agglomérer.
« Autour du parasite se forme un nodule de défense qui peu à peu se désagrège et suppure. Entre les clapiers les tissus s’hypertrophient, deviennent blancs, lardacés... »(L. Raynaud, Pratique Dermat.).
1 Voir les travaux récents de Nicolas V. Greco. Primer caso de pie de Madura ô micetoma en la Republica Argentina (Buenos-Aires, 1904) ; et Etude du Streptothrix Maduræ (Buenos Aires, 1905),