‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 183 sur 252 · DE DMA TO SE S PARASITAIRE S · texte numérisé non relu

DE DMA TO SE S PARASITAIRE S

Diagnostic. — Toutes les fois que chez un malade ayant habité ou habitant un pays où le mycétome est endémique, on observe un pied tuméfié, présentant des tubercules, des fistules d’où s’écoulent des grains blancs ou noirs, il faut se défier du simple diagnostic de tumeur blanche ou d’éléphantiasis, et rechercher le parasite du mycétome.

Traitement. — A l’inverse de ce qui se passe dans l’actinomycose, l’iodure de potassium est sans action dans le mycétome. On ne peut employer contre cette affection que le traitement chirurgical.

Quand on a la chance de l’observer dès le début, on peut la guérir par le raclage à fond, ou par la destruction profonde de tous les tissus malades avec le thermocautère. Pins tard il n’y a que l’ablation qui donne des résultats, ce qui revient dans la majorité des cas à f amputation que l’on pratique très haut au delà des zones d’extension.

Legrain a constaté qu’une température de 39° tue les parasites en culture, il a dès lors eu l’idée de traiter les malades par les bains de pied quotidiens à 45° : il semble les avoir améliorés par ce procédé.

3° BLASTOMYCOSE ( Dermatitis coccidioïdes)

En 1896, Gilchrist a publié sous le nom de dermatite blastomycètique de l’homme des faits assez curieux dans lesquels il a trouvé un parasite qui était une levure végétale et qui offrait dans les cultures des formes filamenteuses analogues à celles de l’oïdium du muguet. « Les lésions cutanées présentaient une certaine ressemblance avec l’épithélioma, la syphilis tertiaire et surtout la tuberculose » (Dubreuilh). Mais c’est Wernicke de Buenos-Ayres qui en réalité a le premier fait connaître un cas de cette affection. Les observations se sont rapidement multipliées en Amérique : elles émanent de dermatologistes fort honorablement connus, Gilchrist, Nevins ITyde, Montgomery, Ricketts, Goates, Dyer, Stelwagon, etc... Les deux travaux d’ensemble les plus importants parus sur cette question sont ceux de Ricketts ( Journal of Med. Research , vol. VI, n° 3), et de Ilyde et Montgomery (Journal of the American Med. Association , 7 juin 1902). En Europe, les cas probants sont encore des plus rares : à l’exception de Buschke, d’Oppenheimer, de Samberger, de Neuberger, de Bradweiner, et de Dubreuilh, les auteurs allemands et français semblent se tenir encore sur la réserve à propos de la légitimité de cette nouvelle entité morbide. Cependant elle gagne tous les jours de nouveaux adhérents. En voici les traits principaux d’après Dubreuilh (Congrès de Berlin, 1904). Nous renvoyons les lecteurs français que ce sujet intéresse à la revue générale de Méneau (Annales de dermatologie , p. 578, 1902).

Description du parasite. — Les parasites se trouvent assez facilement dans le pus et les fongosités des ulcérations: « ce sont des corps de 10 g en moyenne, ronds, avec une épaisse membrane à double contour, avec un contenu granuleux : ils sont souvent en voie de bourgeonnement. Les blastomycètes ont été cultivés et inoculés par Gilchrist, Ilyde, Ilektoen, Ricketts, etc., etc..., la culture peut se faire sur des milieux assez variés, notamment sur la gélose glycérinée, mais il n’est pas toujours facile d’avoir des cultures pures. Il faut pour cela ensemencer des fragments de tissu excisés ou recueillir le pus dans des abcès miliaires très petits et

BLASTOMYCOSE

non encore ouverts. On obtient des cultures blanchâtres un peu saillantes qui s’entourent d’une auréole de filaments irradiés et se recouvrent d’un duvet peu abondant de mycélium aérien. Les cultures sont formées d’un feutrage de filaments ramifiés et segmentés, mais il n’y a pas d’organes de fructification supérieurs ».

« Les inoculations faites sur divers animaux avec les tissus ou avec des cultures ont donné des résultats positifs dans un certain nombre de cas chez le cobaye et le chien. Il se produit des éruptions viscérales généralisées, de pseudo-tubercules contenant des blastomycètes à l’état de pureté, mais uniquement sous forme de levure, c’est-à-dire de cellules rondes à double contour, sans filaments. » (Dubreuilh.)

D’après l’article récent de S. -B. Wolbacli (, Journal of Cut. (ifs, janvier 1905, p. 18) les champignons que l’on a déjà décrits dans ces affections pourraient être rangés en trois groupes: 1° blastomycétoïd ou forme de levure ; 2° forme d'oïdium ; 3° hyphomycétoïd. Il est donc probable que c’est tout un chapitre nouveau de pathologie qui s’ouvre et qu’on ne fait encore qu’entrevoir. Douglas, W. Montgomery et Howard ont même déjà individualisé deux grands groupes d’affections: la dermatitis coccidioïdes, et la blastomyces qui seraient des maladies indépendantes et dont ils ont longuement donné les caractères différentiels. Nous ne pouvons entrer dans des détails aussi minutieux dans un ouvrage élémentaire et nous renvoyons à cet article des plus intéressants ( Journal of Cut. dis., août 1904) f

Symptômes. — On a distingué deux types différents au point de vue clinique :

« 1° Il se forme un peu partout des nodules cutanés qui s’abcèdent et font des ulcérations persistantes à sécrétion purulente et fétide, parfois papillomateuses; à la suite ou quelquefois avant, surviennent des lésions viscérales et notamment pulmonaires, ressemblant beaucoup à la tuberculose, cliniquement et anatomiquement. La maladie s’est généralement terminée par la mort. Le pus et les fongosités des ulcères et des lésions profondes contiennent des blastomycètes et non des bacilles, ainsi que le montrent l’examen microscopique, les cultures et les inoculations aux animaux. La maladie est également inoculable à l’homme, car Evans a rapporté l’observation d’un médecin qui s’inocula la blastomycose en faisant l’autopsie du cas de Ormsby et Miller. Ces faits diffèrent du type suivant par la tendance plus ulcéreuse, la marche plus rapide et la généralisation des lésions, mais le parasite paraît à peu près le même.

« 2° Dans le deuxième type la maladie apparaît en un point quelconque du tégument, mais le plus souvent à la face, la main ou le pied. Elle débute par un nodule rougeâtre dur, superficiel, un peu douloureux, qui se surmonte, au bout de quelques jours, d’un point jaune. C’est un abcès miliaire qui s’ouvre, et laisse échapper un peu de pus épais. Le nodule grandit et s’étend, les abcès miliaires se succèdent, et il se forme un placard papillomateux bien limité, irrégulier, de consistance assez ferme, infiltré, mais mobile sur les parties profondes et n’occupant que les parties superficielles du derme. La surface du placard est mamelonnée, papillomateuse, les papilles étant de volume inégal plus ou moins serrées, parfois masquées par une croûte formée par le dessèchement du pus et du suintement qui est souvent fétide. Par la pression on peutfaire sourdre entre les papilles un pus épais. Le bord de la plaque est formé par un talus abrupt, rouge lerne avec quelques

1 Répétons d’ailleurs que pour certains dermatologistes européens, et non des moindres, la légitimité de ce groupe morbide est plus que douteuse.

DERMATOSES PARASITAIRES

points jaunâtres qui sont des abcès miliaires. Le placard s’étend excentriquement d’une façon irrégulière, parfois certaines parties se cicatrisent spontanément. Les lésions un peu anciennes sont quelquefois verruqueuses et sèches et ne présentent plus d’abcès miliaires, d’autres sont quelquefois un peu ulcéreuses.

« Les lésions sont rarement uniques ; elles se multiplient probablement par inoculation et débutent toujours par un nodule surmonté d’un abcès miliaire. Leur nombre peut être considérable ainsi que leurs dimensions.

« La maladie peut durer des années en se développant lentement ou par poussées ; les lésions peuvent quelquefois guérir spontanément, au moins en partie1 2. »

Anatomie pathologique. — « L’examen microscopique des lésions montre une nappe de tissu de granulation occupant presque toute l’épaisseur du derme, mais n’atteignant pas l’hypoderme. Ce tissu de granulation est formé de cellules à type varié, notamment de cellules plasmatiques et de quelques cellules géantes; il contient aussi quelques abcès miliaires. L’épiderme est fortement proliféré et envoie dans la profondeur de longs bourgeons épithéliaux ramifiés et anastomosés, creusés d’abcès miliaires intra-épidermiques. Les lésions dermiques ressemblent beaucoup à la tuberculose, mais les bourgeonnements épidermiques sont quelquefois tellement développés qu’ils peuvent faire penser à un épithélioma. Les blastomycètes sont en quantité variable, quelquefois assez rares pour être difficiles à trouver ; ils sont disséminés dans le tissu de granulation et sont surtout nombreux dans les abcès miliaires.

« La blastomycose cutanée a pu être confondue avec la syphilis tertiaire, avec l’épithélioma et surtout avec la tuberculose ; aussi plusieurs des premières observations ont-elles été publiées sous le nom de pseudo-lupus vulgaris. Elle ressemble surtout à la tuberculose verruqueuse » (Dubreuilh. Annales de dermcit. et de syph. p. 867 et suiv., 1904) A

Traitement. — L’iodure de potassium administré à l’intérieur semble rendre de réels services dans un certain nombre de cas; mais il faut pour obtenir des résultats avec ce médicament le donner à des doses assez élevées, 6 à 8 grammes par jour par exemple.

Localement on a employé tous les antiseptiques ; l'acide borique et les solutions de sublimé ont été le plus utilisés.

Mais on a surtout eu recours aux mêmes traitements que pour le lupus ; on a pratiqué le raclage suivi de cautérisations, ou bien l’excision large.

1 D’après Bradweiner (Arch. f. Dermat. uncl. syph., t. LXXI, p. 49), les cas décrits par Kaposi sous le nom de folliculitis exulcerans serpiyinosa nasi seraient des cas de blastomycose.

2 Répétons encore une fois que d’après Darier l’existence de la blastomycose pure spontanée chez l’homme n’est pas prouvée. 11 pense que les faits qui ont été décrits sous ce nom se rapportent à des infections secondaires par levures qui sont venues se greffer sur des lésions ulcéreuses de n’importe quelle nature.

ENTITÉS MORBIDES

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