‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 191 sur 252 · SCARIFICATIONS · texte numérisé non relu

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ration sanglante, il est bon d’employer des pansements antiseptiques rigoureux jusqu’à cicatrisation complète des délabrements produits.

Résultats. — Les résultats donnés par le raclage sont éminemment variables suivant le sujet, suivant l’habileté du médecin, suivant les régions opérées, suivant la gravité du lupus. Quand il est pratiqué avec beaucoup d’attention, quand on a soin d’épargner autant que possible les travées de tissu sain, de ne pas aller trop profondément, quand on ne fait qu’un usage intelligent et modéré des applications caustiques consécutives, on peut avec ce procédé obtenir des guérisons rapides en une, deux ou trois séances, et des cicatrices souples et assez régulières. Mais les résultats au point de vue de la restitutio ad integrum des téguments ont rarement la valeur de ceux que donnent d'autres méthodes, et en particulier les scarifications linéaires quadrillées.

Aussi doit-on ne recourir au raclage seul ou combiné avec les autres procédés que dans les lupus des membres, du tronc, des conjonctives et des cavités nasales, buccales, pharyngiennes, c’est-à-dire dans les cas où il n’est pas absolument nécessaire d’avoir des cicatrices parfaites. Il ne faut l’employer sur les régions découvertes, en particulier au visage, qu’avec certains ménagements. Le raclage réussit surtout dans la tuberculose verruqueuse de Riehl, dans les lupus scléreux papillomateux, dans le tubercule anatomique, comme Font prouvé depuis bien longtemps E. Besnier et E. Vidal.

Scarifications linéaires quadrillées. — La seconde grande méthode sanglante est la méthode des scarifications linéaires quadrillées. Sans vouloir entrer dans des discussions oiseuses à propos de l’historique, nous nous bornerons à dire que, tout en respectant les droits de Balmanno-Squire, il faut surtout rapporter à E. Vidal l’honneur d’avoir fait de ce procédé ce qu’il est actuellement. 11 l’a modifié, perfectionné, adapté à tous les cas, et il en a précisé avec soin les indications spéciales.

instruments. — Nous renvoyons aux généralités, traitement externe, pour la description du scarificateur d’E. Vidal.

Hémostase. — Les premières séances de scarification s’accompagnent d’hémorragies assez considérables : cependant il est toujours facile de les arrêter très rapidement en plaçant sur les surfaces opérées un peu de coton antiseptique ou d’ouate hydrophile : s’il en est besoin, on exerce de plus une légère compression, et l’écoulement sanguin s’arrête dans la plupart des cas avec facilité. Si les scarifications sont bien faites, elles ne peuvent donner lieu à d’importantes hémorragies, car on doit regarder comme une règle absolue qu’il ne faut jamais diviser complètement le derme dans toute sa hauteur : on ne peut donc intéresser des vaisseaux de quelque importance. Dans certains cas cependant, lorsqu’il s’agit de lupus ulcéreux et de lupus vorax dans lesquels, comme nous allons le voir, il est nécessaire d’effectuer d’assez grands délabrements, l’écoulement sanguin consécutif à l’opération est, considérable : si la compression ouatée n’en triomphe pas assez rapidement, on cautérise les parties scarifiées soit avec du perchlorure de fer, soit avec un crayon de nitrate d’argent, ou bien on applique du penghâwar ou une forte solution d’antipyrine. Il est rare que ces procédés échouent, et que l’on soit obligé d’en venir à l’électrocautère ou au thermocautère porté au rouge sombre.

Soins cosssécui ifs. — Quand l’hémorragie est arrêtée, les malades doivent faire

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quelques lotions antiseptiques, en attendant que Tétai de la peau permette d’employer l’emplâtre rouge d’E. Vidal d’abord, puis l’emplâtre de Vigo. Ils se serviront pour cela d’eau boriquée, ou de solutions faibles d’acide phénique ou mieux encore de sublimé. Ils peuvent faire aussi des pulvérisations de liqueur de Van Swieten sur les parties opérées, et y tenir appliquées des compresses trempées dans cette solution coupée d’eau bouillie; mais ils ne les tolèrent pas toujours.

Dès que l’état de la peau le permet, c’est-à-dire dès que l’irritation produite par l’opération s’est un peu calmée, on recouvre exactement toutes les parties malades d’emplâtre rouge d’E. Vidal, et, au bout de quarante-huit heures, d’emplâtre de Vigo fraîchement préparé. On change ce pansement tous les jours pour nettoyer les surfaces lupiques avec un liquide antiseptique. Suivant le degré d’irritation produite, on en cesse l’emploi douze ou vingt-quatre heures avant le moment précis de la prochaine scarification, afin que les tissus ne soient pas trop enflammés. On a bien soin dans ce dernier cas d’enlever avec de l’ouate hydrophile imbibée d’éther les derniers vestiges d’emplâtre qui adhèrent aux téguments, car ils gêneraient l’opérateur en masquant les parties malades et en encrassant le scarificateur.

Nous attachons la plus grande importance à ces applications d’emplâtre de Vigo dans l’intervalle des scarifications. Plus elles seront pratiquées avec soin et persévérance, nuit et jour, plus la guérison sera rapide. Le bon effet des scarifications dépend surtout dans beaucoup de cas de l’énergie avec laquelle les malades se servent de leur Vigo. On comprend, d’autre part, combien il est capital d’avoir du bon emplâtre de Vigo, fraîchement préparé, souple, adhésif.

Si l’emplâtre de Vigo détermine une trop vive irritation et une suppuration trop abondante, on le remplace complètement par l’emplâtre rouge d’E. Vidal. Enfin si les délabrements produits sont trop considérables, si les ulcérations consécutives sont trop profondes et suppurent trop abondamment, on panse avec des poudres sèches, iodoforme, iodol, aristol, sous-carbonate de fer, etc... La poudre d’iodoforme est de beaucoup la plus efficace ; mais les autres n’ont pas d’odeur.

Dès que l’état des téguments le permet, on fait une nouvelle séance de scarifications, et ainsi de suite jusqu’à guérison complète. Les malades doivent bien savoir qu’ils compromettent cette guérison, qu’ils la rendent aléatoire, ou tout au moins qu’ils la retardent beaucoup, en mettant plus d’intervalle qu’il ne convient entre leurs séances : dans la plupart des cas, il faut les scarifier tous les huit jours.

De l’anesthésie locale. — Toutes les fois qu'on le peut, il est bon d'opérer sans avoir recours à V anesthésie locale : il est facile néanmoins de supprimer ou tout au moins de modérer la douleur : aussi ne doit-on plus à l’heure actuelle la considérer comme une contre-indication (voir les généralités pour de plus amples détails). On employait primitivement pour pratiquer l’anesthésie locale les pulvérisations d’éther et en particulier l’éther anesthésique ou le mélange de Richardson connu en Angleterre sous le nom de Compound anesthethic ether. Avec ce liquide il suffit d’une ou deux minutes pour obtenir la congélation et par suite l’insensibilité absolue de la partie sur laquelle on veut agir, surtout si Ton a soin, comme le recommande E. Vidal, de diriger le jet pulvérisé sur des brindilles d’ouate préalablement déposées sur les téguments.

On peut aussi se servir du chlorure de méthyle liquide dans lequel on trempe un tampon d’ouate que Ton applique ensuite sur la partie à anesthésier : on la voit presque immédiatement blanchir, se congeler et par suite devenir insensible.

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