‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 192 sur 252 · LUPUS VULGAIRE. — SCARIFICATIONS · texte numérisé non relu

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On peut utiliser ce moyen, même sur des surfaces déjà opérées, en interposant entre elles et le tampon une feuille de baudruche. Mais il faut bien prendre garde de ne pas prolonger trop longtemps l’application, caron déterminerait la formation de phlyctènes et mêmes d’escarres. Il nous a semblé que l’anesthésie produite par cette méthode était moins complète, moins profonde que celle que l’on obtient parles pulvérisations d’éther. E. Vidal recommande, pour avoir sans accident fâcheux une anesthésie complète du derme, de faire au même point plusieurs applications successives fort courtes du tampon chargé de chlorure de méthyle.

Les tissus prennent par ce procédé une dureté des plus incommodes pour les opérations qu'on doit leur faire subir. Qu’elle soit pratiquée avec l’éther ou avec le chlorure de méthyle, l’anesthésie locale par réfrigération présente d’ailleurs toujours un peu cet inconvénient. Les tissus sont blancs et indurés : on ne voit plus les points malades ; on ne sait plus au juste où il faut agir, et l’on ne sent plus avec son instrument les différences de consistance qui existent entre les tissus sains et les tissus morbides.

De plus, lorsque la circulation se rétablit dans la région congelée, le malade éprouve de violentes douleurs, et l’hémorragie consécutive est souvent plus abondante que lorsqu’on n’a pas pratiqué la congélation.

L’anesthésie par les injections de solutions de cocaïne ou de stovaïne n’a pas ces inconvénients. Cependant il faut, quand on emploie ce procédé, s’entourer des précautions voulues (voir les généralités), et c’est parfois peu pratique d’y avoir recours, au moins dans son cabinet, surtout si les surfaces à scarifier sont un peu étendues.

En résumé, nous persistons à croire que, malgré les perfectionnements que l’on vient d’apporter à l’anesthésie locale, il vaut mieux, quand c’est possible, ne pas s’en servir dans le traitement du lupus par les scarifications.

Mode opératoire. — L. Besnier recommandait beaucoup, lorsqu’il employait la scarification, de faire coucher le malade sur un lit d’opérations : la région sur laquelle on agit est ainsi solidement fixée, et l’on n’a pas à lutter contre le patient. Malgré ces avantages réels, nous aimons mieux, quand les sujets ne sont pas trop pusillanimes, les opérer assis sur une chaise le buste droit : nous avons ainsi plus de lumière, et, ce nous semble, plus de souplesse dans la main et plus de facilité pour inciser en tous sens. Parfois il est utile de se placer derrière le malade, de saisir solidement sa tête avec le bras gauche et de l’appuyer contre sa poitrine pendant qu’on scarifie avec la main droite.

Pour opérer avec le scarificateur d’E. Vidal, on tient l’instrument délicatement à la main comme une plume à écrire, sans raideur, mais avec fermeté, sans le trop serrer entre les doigts. Les incisions doivent toujours être pratiquées perpendiculairement à la surface des téguments, de telle sorte que les tissus ne soient pas obliquequement sectionnés. Lorsqu’on a terminé la première série d’incisions parallèles entre elles, séparées par des distances égales, on pratique une deuxième, parfois même une troisième série d’incisions parallèles croisant les premières à angles plus ou moins aigus variant de 20 à 35 degrés, de façon à former avec elles des losanges. La profondeur à laquelle doit pénétrer l’instrument, la longueur des incisions, la distance qui les sépare sont autant d’éléments qui dépendent de la variété du lupus et même de chaque cas particulier.

C’est le plus souvent la consistance du tissu morbide qui indique la profondeur à laquelle on doit pénétrer. On sait que le tissu lupeux est friable, mou, qu’il se laisse

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facilement dilacérer. Le scarificateur doit arriver jusqu’aux dernières limites du mal, et ressauter sur les parties saines en les épargnant le plus possible. On comprend dès lors toute l’importance des préceptes que nous venons de donner sur la manière de tenir l’instrument : dans les mouvements qu’on lui imprime, ce sont surtout les doigts qui agissent, un peu le poignet, point du tout l’avant-bras ni le bras. On possède ainsi toute la souplesse désirable, toute la sensibilité tactile nécessaire, et l’on peut laisser guider la pointe de l’instrument par les sensations diverses de résistance données parles tissus.

Quand on a à traiter un lupus au début, encore peu étendu, on doit scarifier toutes les surfaces malades, mais surtout avoir soin de dépasser les bords apparents de la néoplasie de quelques millimètres, car, ainsi que l’a fort bien établi E. Vidal dans ses leçons, « les vaisseaux de la périphérie sont intéressés ; autour d’eux il s’est déjà fait une prolifération de cellules embryonnaires, sur lesquelles il faut agir sous peine de voir le lupus grandir et s’étendre par la périphérie, malgré des séances répétées de scarifications qui, n’atteignant que l’infiltrat apparent, n'amèneraient que la guérison du centre ».

Quand le lupus a déjà certaines dimensions, on s’attache donc avant tout à traiter les bords, toujours en empiétant sur les tissus sains, pour arrêter l’extension du mal : on s’occupe ensuite du centre.

Dans les lupus ulcéreux, térébrants, phagédéniques, la scarification est fort efficace pour enrayer les progrès de la néoplasie : en deux, trois séances au plus, ce résultat est obtenu. Il est nécessaire de dilacérer en tous sens les parties malades, de les réduire en une sorte de bouillie et d’enfoncer l’instrument jusqu’à ce que l’on atteigne un tissu résistant. C’est la condition sine quâ non du succès. Ces délabrements en apparence épouvantables guérissent avec la plus grande rapidité. Cependant il est quelquefois utile dans ces cas de cautériser soit avec du perchlorure de fer, soit avec du nitrate d’argent, pour arrêter l’hémorragie consécutive, et de panser ensuite avec des poudres sèches telles que la poudre d’iodoforme, d’iodol, d’aristol, ou de sous-carbonate de fer.

Les lupus caractérisés par une infiltration profonde des téguments, scléreuse, presque cartilagineuse, sont fort difficiles à traiter ; car, pour savoir à quelle profondeur il faut aller, l’on ne peut se guider sur les différences de consistance des téguments. Or, si l’on n’agit que superficiellement, lanéoplasie repullulesans cesse en partant des régions profondes : si l’on va trop loin, on s’expose à avoir des cicatrices chéloïdiennes. On doit tâtonner, ne pas inciser d’abord trop profondément, mais pénétrer ensuite jusqu’aux limites extrêmes du derme quand on voit que l’on n’a pas de cicatrices vicieuses et que le mal résiste à la médication.

Tant qu’on ne divise pas les téguments dans toute leur hauteur, on ne doit pas redouter d’avoir des cicatrices avec les scarifications. Il est remarquable de voir que les incisions les plus rapprochées, les plus multiples, guérissent rapidement par première intention sans laisser la moindre trace.

Dans la grande majorité des cas, au bout de cinq ou six jours, on peut faire une nouvelle séance. Pour plus de régularité, on répète l’opération tous les huit jours.

Après quelques semaines ou quelques mois de traitement régulier, le lupus change presque toujours d’aspect. Il devient moins turgide, sa surface se déterge, et, s’il ne présentait au regard qu’une masse infiltrée uniforme, il est facile d’y distinguer de petits points jaunâtres transparents, assez semblables à du sucre d’orge, enchâssés dans le tissu normal ou dans des tractus blanchâtres de tissu de cica-

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