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en laissant de toutes petites cicatrices blanches ou pigmentées. Elles s’observent presque toujours sur le tronc, en particulier sur l’abdomen, sur lesparties latérales du thorax et vers la ceinture.
En Allemagne, le lichen scrofulosorum ne conserve pas toujours ces caractères de limitation et d’atonie. Les papules deviennent parfois beaucoup plus nombreuses : dans l'intervalle des groupes papuleux il se forme des tubercules d’un rouge bleuâtre plus ou moins foncé, ressemblant à ceux de l’acné, et subissant les mêmes modifications qu’eux. Comme phénomènes concomitants, il peut se développer une éruption eczémateuse suintante du scrotum et de la région pubienne (coïncidence que nous avons également observée en France) qui se recouvre de croûtes jaunâtres à odeur fétide : les ganglions cervicaux, sous-maxillaires, axillaires et inguinaux peuvent alors s’engorger. En sommeil coexiste parfois d’autres formes de tuberculides.
Formes atypiques. — On a en outre décrit des formes atypiques du lichen scrofulosorum (Jadassohn). Ce sont tantôt de petites plaques polygonales et squameuses, d’un brun rougeâtre, d’aspect psoriasiforme, sans nodules ; tantôt de simples taches érythémateuses, arrondies ou annulaires ou à contours irréguliers. Elles se rencontrent à côté des papules typiques du lichen scrofulosorum et réagissent comme lui à la tuberculine.
Parfois il ne s’agit que de papules à peine visibles (Rona), de pustules périfolliculaires disséminées de grosseurs variables.
Pautrier range dans ces formes atypiques : 1° le pityriasis simplex de la face des enfants (Bœck) constitué par des plaques rouges, circonscrites, pityriasiques, avec gros ganglions maxillaires et cervicaux; 2° V eczéma scrofulosorum (Bœck) caractérisé par des plaques rougeâtres ou jaune chamois, plus ou moins infiltrées, sèches, légèrement squameuses, pouvant être en partie suintantes et croûteuses, (probablement à rapprocher des complications de suintement observées par Kaposi dans le lichen scrofulosorum) : l’eczéma scrofulosorum siège surtout aux membres et au tronc ; 3° La iuberculide papulo-squameuse de Bœck, qui ne diffère du lichen scrofulosorum que parce que ses éléments sont disséminés.
Il faut y rattacher aussi les tuberculides péri folliculaires pustuleuses qui sont agminées ou disséminées et qui correspondent à V acné scrofuleuse des enfants de C. Fox et B. Crocker.
Anatomie pathologique. — « Autour du col des follicules pileux, c’est-à-dire immédiatement sous l’épiderme, il se forme un amas limité qui comprend des cellules géantes, des cellules épithélioïdes et lymphatiques, et ne contenant que rarement des vaisseaux sanguins. La glande sébacée peut être intacte ou détruite. Par exception ces amas siègent sous l’épiderme, hors des follicules pilo-sébacés. Les lésions n’intéressent que secondairement le corps papillaire; elles se propagent en suivant le trajet des vaisseaux, surtout des lymphatiques. Comme Jacobi et Sack l’avaient remarqué, il y a peu de tendance à la caséification : cependant celle-ci a été observée par Leredde... » (Laffitte, Pratique Dermat.)
On retrouve parfois de rares bacilles dans les coupes : dans quelques cas on a réussi à infecter le cobaye par l’inoculation d’éléments de lichen scrofulosorum (Jacobi, Pellizzari, Ilaushalter, Wolff.) Neisser et Jadassohn ont vu plusieurs fois ces éléments réagir localement à la tuberculine.
Xature. Patliogénic. — C’est de toutes les tuberculides celle dont la nature tuberculeuse paraît être le mieux établie, puisqu’elle a une structure qui se rapproche
ERYTHEME INDURE DE BAZIN
de celle du tubercule, puisqu’on a pu y déceler le bacille de Koch b puisque son inoculation est parfois virulente, puisqu’enfin elle réagit souvent à la tuberculine.
Diagnostic. — Le pityriasis ruhra pilaris peut à la rigueur être confondu avec le lichen scrofulosorum, mais il n’en a pas d’ordinaire les localisations ; les éléments sont plus groupés, plus réguliers, plus serrés : son évolution est toute différente.
Les séborrhéides péripüaires ont des foyers beaucoup plus multiples, une rougeur beaucoup plus accentuée, une évolution plus rapide.
Il en est de même pour les syphilides lickénoïdes en groupes dont la circonscription et la disposition sont beaucoup plus régulières.
L’acné cornée (voir ce mot) peut simuler totalement le lichen scrofulosorum. Il nous semble cependant que dans ce type les cônes cornés folliculaires sont beaucoup plus accentués.
Traitement. — Il faut soigner l’état général du malade en se conformant aux préceptes du traitement de la tuberculose. Si c’est possible on lui donne de l’huile de foie de morue à hautes doses, pure ou associée à l’iode. L’arseniate de soude a également été recommandé.
Le traitement externe doit consister en lavages et savonnages avec du savon de
goudron ou d’ichthyol, et, quand c’est possible, en applications d’emplâtres à l’huile de foie de morue.
Si ce topique n’est pas toléré, on calme la peau avec des pâtes à l’oxyde de zinc, puis on essaie des cératsà l'huile de foie de morue purs ou ichthyolés, ou des pâtes de zinc salicylées ichthyolées.
Si au contraire l’emplâtre à l'huile de foie de morue est inerte, on prescrit des agents plus énergiques tels que les lotions, les pommades et les emplâtres à l’huile de cade, à l’acide pyrogallique, à l’acide salicylique, à la résorcine, à l’ichthyol, au savon noir, aux divers composés mercuriels connus.
3° Erythème induré de Bazin. — C’est Bazin qui le premier en 1855 a décrit cette forme morbide et l’a différenciée de l’érythème noueux. Puis elle est tombée dans l’oubli. E. Besnier et Feulard en ont mentionné des cas en 1888 et 1889 : elle a été définitivement remise dans le cadre nosologique par Colcott Fox en 1893 et par les dermatologistes actuels de l’Angleterre. Méneau, Audry, Leredde, Thibierge et Ravaut en France en ont étudié l’histologie et la pathogénie (voir la thèse de Pautrier, p. 131, et le beau travail de Umberto Mantegazza : Annales de üerniat., p. 497, 1901, pour de plus amples détails’
Symptômes. — L’érythème induré de Bazin consiste essentiellement au point de vue objectif en des nodosités d’un volume qui varie de celui d'un pois à celui d’une petite noix; elles sont dures au toucher; elles varient comme coloration d’un rouge rosé au rouge livide violacé ; elles sont d’ordinaire assez mal limitées, car elles sont presque toujours entourées, sauf quand le malade garde complètement le lit, d’une zone œdémateuse périphérique ; elles sont indolentes ou parfois un peu douloureuses à la pression, parfois douloureuses spontanément; elles siègent pour ainsi dire toujours à la partie moyenne et inférieure de la jambe, souvent à la région antérieure, parfois au mollet. Dans quelques cas on les a signalées au niveau de la
1 Ce ne serait donc pas une tuberculide, mais une tuberculose locale : voir plus haut les Généralités sur les luberculicles.
cheville, du cou-de-pied, du genou, auxcuisses, à l’abdomen, àla région postérieure des bras, et même à la face. Au toucher, elles . semblent être situées dans l’hypoderine et dans les parties profondes du derme : de là elles gagnent progressivement les couches superficielles de la peau. Elles sont fréquemment isolées les unes des autres, au nombre de 2, 6, parfois même davantage. Elles peuvent devenir cohérentes et former par leur réunion des plaques infiltrées d’un rouge violacé, irrégulières : il peut n’y avoir qu’un seul élément.
Les deux membres inférieurs sont parfois atteints : mais il n’est pas rare de voir la maladie cantonnée à une seule jambe, et c’est presque toujours dans ce cas celle dont la circulation veineuse est la moins satisfaisante qui est intéressée.
Leur début peut être annoncé par des douleurs violentes, puis par des sensations
de brûlures et de démangeaisons, lesquelles disparaissent d’ordinaire ou tout au moins s’atténuent considérablement dès que les lésions sont constituées. Parfois elles se développent d'une manière tout à fait insidieuse, et le malade les découvre par hasard en examinant ses jambes tuméfiées par suite de fatigues exagérées et surtout d’une station debout prolongée.
Une fois formées, elles peuvent évoluer de diverses façons. Le plus souvent, et presque toujours après une période de repos, elles se résorbent peu à peu et disparaissent sans aucune trace , ou en laissant après elles une légère dépression atrophique. Parfois les nodules deviennent de plus en plus saillants, d’un rouge violacé, livide ; la peau s’ulcère à leur sommet, et l’ensemble de la lésion a tout à fait l'aspect d’une gomme. Il s’écoule par l’ouverture un peu de liquide sanieux, puis tout peut se résorber; mais d’ordinaire la perte de substance augmente, et il se forme une ulcération anfractueuse plus
Fig. 112. — Erythème induré de Bazin .
ou moins étendue qui n'occupe pas d’ordinaire toute l’étendue du nodule, et qui est par suite entourée d’une zone indurée et d’une aréole rouge plus ou moins violacée qui se confond insensiblement avec la peau saine. Ses bords sont anfractueux, taillés à pic ou en biseau : le fond est sanieux, d’un jaune grisâtre : la plaie n’est pas très profonde; elle ne dépasse guère le derme : sa forme générale est arrondie ou ovalaire.
La guérison se produit lentement : le fond se déterge et bourgeonne, et il reste une cicatrice arrondie ou ovalaire légèrement déprimée, blanchâtre, parfois entourée d’une zone pigmentée brunâtre.
L’érythème induré esl une affection qui peut évoluer par poussées successives : elle récidive parfois chez certains sujets surtout en hiver, plus rarement au printemps ou en automne. Chaque atteinte dure de six semaines à deux ou trois mois.
iVnatoniic pathologique. — Un nodule d’érythème induré à son début apparaît macroscopiquement comme une petite pelote de graisse de couleur jaune pâle. Si on l’incise au bistouri, il s’écoule un liquide huileux, et l’on constate la présence