ÉRUPTIONS SYPHILITIQUES SECONDAIRES
Les éruptions syphilitiques de la période secondaire peuvent se faire du côté de la peau et des muqueuses.
Les divers auteurs (et nous ne saurions trop conseiller nos lecteurs de suivre pour toute cette question de la syphilis l’excellent petit traité de Berdal) leur assignent comme caractères communs : leur production sans que Von observe le moindre phénomène fébrile, du moins dans la majorité des cas, car la fièvre syphilitique de la période secondaire, quoique très rare, existe cependant ; la lenteur de leur évolution , V absence d'inflammation locale , c’est-à-dire de réaction érythémateuse vive et de douleur, l'absence presque constante de prurit, quoique les nerveux, les intoxiqués par le thé ou par le café, etc... puissent avoir des éruptions prurigineuses, leur coloration spéciale qui est d’ordinaire d’un rouge jaunâtre ou brunâtre, parfois cuivreuse, leur superficialité, leur bénignité , leur généralisation ou pour mieux dire leur dissémination sans aucune systématisation précise, leur polymorphisme, enfin leur disparition rapide sous V influence de la médication hydrargyrique.
On groupe habituellement de la manière suivante les syphilides secondaires cutanées :
1° Éruptions érythémateuses ou maculeuses ;
2° Éruptions papuleuses ;
3° Éruptions ulcéreuses ;
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4° Troubles de la pigmentation normale de la peau;
5° Lésions des annexes de V épiderme, poils et ongles.
1° Éruptions érythémateuses ou maculeuses. — Ce groupe est constitué par la forme éruptive à laquelle on donne le nom de roséole.
Symptômes. — La roséole spécifique consiste essentiellement en des taches d’un rose clair, parfois d’un rose un peu foncé, parfois d’un rose un peu bistre, de
Fig. 134. — Roséole syphilitique forme vulgaire.
dimensions variables, à limites peu nettes, s’effaçant complètement ou presque complètement par la pression du doigt ou par la distension des téguments.
On doit distinguer deux grandes variétés de roséoles : a) Les roséoles secondaires typiques qui sont disséminées çà et là sans ordre aucun, sans aucune systématisation, qui ont leur maximum d’intensité sur le tronc, en particulier sur les parties latérales, où on doit les rechercher au début, et où elles forment souvent des traînées parallèles allant de haut en bas, d’arrière en avant, de la colonne vertébrale vers la partie antérieure du tronc suivant une direction presque parallèle à celle
SYPHILIS
PERIODE DITE SECONDAIRE
des cotes, peut-être encore plus inclinée : elles couvrent aussi le cou, les membres, d’un semis plus ou moins serré, plus ou moins lâche et apparent, de taches rosées ou d’un fauve pâle. Ce sont des éruptions du début de la période secondaire : elles précèdent d’ordinaire toutes les autres manifestations de l’infection générale de l’économie par la syphilis ; parfois cependant elles se produisent de nouveau du sixième au douzième mois de l’infection, et elles portent alors le nom caractéristique de roséoles de retour
b) Les roséoles circinées qui surviennent rarement avant la deuxième année de
Fig. 135. — Roséole syphilitique en voie de transformation papuleuse par places. Vers les parties latérales du tronc on voit nettement les taches roséoliques se grouper de manière à former des sortes de bandes obliques en bas et en avant de telle sorte qu’elles dessinent des courbes à concavité antéro-supérieure.
l’infection et qui se manifestent parfois beaucoup plus tard, pendant la huitième, la dixième année, etc... de la syphilis.
A. Roséoles secondaires typiques. — Nous avons déjà dit quelle est leur physionomie générale. Elles offrent de grandes variétés, mais elles présentent toujours ces deux caractères majeurs : d’être indolentes, non prurigineuses, et de nejamais être squameuses.
Tantôt la roséole syphilitique est constituée par de toutes petites taches d’un rose pâle à peine marquées, (il faut se servir parfois du verre de cobalt pour les apercevoir), à bords diffus, de la dimension moyenne d’une lentille, mais pouvant
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faire quand on les regarde obliquement une fort légère saillie, et s’effaçant totalement par la distension des téguments; l’éruption siège dans ce cas pour ainsi dire toujours sur les parties latérales du tronc.
Tantôt elle -est constituée par des taches d’un rose assez vif, qui tire parfois vers le rouge, plus souvent vers le bistre, à bords toujours un peu flous, mais en somme assez distincts, de dimensions variant de l’ongle du petit doigt à l’ongle du pouce, plus foncées d’ordinaire au centre, ne disparaissant souvent qu’assez incomplètement par la pression du doigt, faisant une certaine saillie au-dessus du
Fig. 136. — Roséole syphilitique à grands éléments sur le corps : vers les lombes, papules syphilitiques.
niveau des téguments, saillie qu’on ne perçoit bien qu’en les regardant obliquement, mais qui est parfois assez accentuée pour être directement perceptible (forme ortiée) : elles peuvent ne siéger que sur le tronc, mais elles peuvent aussi couvrir toute l’étendue des téguments, les cribler en quelque sorte; elles sont même si nombreuses dans certains cas qu’elles donnent l’impression d’une éruption cohérente. Il arrive assez fréquemment dans ces variétés que les macules roséoliques soient piquetées de taches péripilaires plus foncées de la grosseur d’une tête d’épingle. (Roséole piquetée ou granuleuse de Fournier.)
Entre ces deux types de roséole presque avortée et de roséole intense se voient tous les intermédiaires.
Dans quelques cas les taches roséoliques ont un aspect vaguement circiné : leur centre est plus pâle que les bords. Cette sous-variété établit un trait d’union entre les roséoles secondaires proprement dites et les roséoles circinées.
SYPHILIS. — PERIODE DITE SECONDAIRE
Les roséoles de retour offrent assez souvent cet aspect : elles sont habituellement discrètes, et leurs éléments sont étalés.
La roséole secondaire évolue d’ordinaire avec une certaine lenteur. Elle apparaît d’une manière insidieuse; rien ne vient avertir le malade de son existence : elle met de huit à quinze jours à atteindre son développement; elle persiste pendant un laps de temps fort variable suivant les cas et surtout suivant la médication suivie. Puis peu à peu elle pâlit, ou devient fauve, et finit par disparaître.
Assez souvent aussi au centre de ses éléments on voit se former progressivement une saillie papuleuse, bientôt papulo-squameuse : c’est la syphüide papulo-squameuse qui se développe sur la roséole. ( Roséole papulo-squameuse .)
B. Roséoles circinées. — Les roséoles circinées sont caractérisées par des cercles plus ou moins réguliers, parfois polycycliques par confluence d’éléments voisins, parfois ovalaires ( Roséole ovalaire), à centre en apparence sain, à bordure formée par un ruban de 2 à 5 millimètres et plus de largeur constitué par de la rougeur rosée, un peu bistre, s’effaçant totalement ou en grande
Fig. 137. — Roséole syphilitique circinée Fig. 138. — Roséole syphilitique circinée
tertiaire de l’avant-bras. tertiaire de la cuisse.
partie par la pression du doigt ou par la distension des téguments. Il n’y a jamais de desquamation, jamais de prurit, ni de douleur spontanée.
Ce sont des accidents plutôt tardifs, et essentiellement récidivants {Roséoles récidivantes d’A. Fournier). On les observe surtout dans le courant de la deuxième et de la troisième années. Les éléments sont presque toujours assez peu nombreux : leurs sièges d’élection sont les avant-bras, puis les bras, les jambes, les cuisses, la partie inférieure du tronc.
A mesure que l’on avance dans l’évolution de lasyphilis, les éléments des roséoles circinées deviennent de plus en plus rares et de plus en plus grands; et l’on arrive ainsi progressivement jusqu’aux roséoles dites tertiaires (érythèmes tertiaires de A. Fournier) qui siègent surtout sur le tronc et qui sont caractérisées par une ou
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plusieurs plaques polycycliques de plusieurs centimètres de diamètre, indolentes, lisses (sans squames), rosées, s’effaçant par la pression du doigt, et disparaissant uniquement par le traitement mercuriel. Ces caractères distinctifs nous dispensent d’insister sur leur diagnostic différentiel.
Diagnostic . — Nous serons d’ailleurs très bref sur le diagnostic général des roséoles syphilitiques.
On ne saurait les confondre, quand on en a vu, avec une quelconque des fièvres éruptives connues.
Elles diffèrent des roséoles médicamenteuses (cubèbe, copahu, chloral, antipyrine, etc...), par leur couleur moins rouge vif, par leur évolution plus lente, par l’absence de prurit, par les commémoratifs : cependant, en cas de doute, lorsqu’il n’y a pas d’antécédent de chancre net, il convient de se défier et d’attendre l’évolution de l’éruption et l’apparition d’autres accidents pathognomoniques (syphilides papulo-érosives ou opalines des muqueuses, papulo-squames cutanées, etc...)
Elles diffèrent du pityriasis rosé de Gibert et des parakératoses psoriasif ormes disséminées par leur couleur, par V absence de squames.
2° Éruptions papuleuses. — Les syphilides papuleuses constituent un groupe considérable. Ce sont des manifestations extrêmement fréquentes de l’infection spécifique. Elles peuvent apparaître d’emblée quelques semaines après le début du chancre : il est plus fréquent de ne les voir se développer qu’aprèsla roséole.
D’après leur aspect et leur anatomie pathologique, on les divise en deux grands groupes :