‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 224 sur 252 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Par leur agglomération, ils constituent d’assez vastes nappes » (Jacquet).

D’après Jacquet on n’observe pour ainsi dire jamais chez le nouveau-né d’éruption semblable a la roséole de l’adulte. Gailleton et Mador-Champvermeil ont décrit un érythème squameux qui serait caractéristique de la syphilis héréditaire ; leurs travaux n’ont pas été confirmés.

La syphilide lenticulaire de Parrot n’est pas autre chose que l’érythème papuleux fessier post-érosif de Jacquet (voir article Érythème chez les enfants).

La plupart des syphilides gommeuses qui ont été décrites chez les nouveau-nés étaient des abcès sous-cutanés.

Nous avons vu plus haut que les syphilides des fesses et de la région postérointerne des cuisses et des jambes s’ulcèrent chez le nouveau-né avec une réelle lacilité. On a décrit deux formes de cette syphilide ulcéreuse : a) une forme superficielle diffuse, pouvant arriver à constituer de vastes exulcérations à bords irréguguliers, à fond rosé ou grisâtre avec piqueté rose, pouvant au contraire former des exulcérations arrondies ou ovalaires limitées ; b) une forme limitée profonde, siégeant vers les régions anales et ischiatiques, le scrotum, la partie postéro-supérieure des cuisses : les ulcérations débutent par des papules syphilitiques, creusent à l’emporte-pièce, puis gagnent par les bords en empiétant sur les tissus sains,; leur fond est rouge ou grisâtre sanieux ; par confluence elles peuvent prendre un aspect serpigineux. En somme il s’agit là d’une sorte de processus phagédénique, très voisin comme aspect de l’ecthyma térébrant infantile.

Enfin on peut observer chez le nouveau-né hérédo-syphilitique un pèrionyxis ulcéreux, conséquence d’une syphilide développée autour de l’ongle, et une alopécie mal définie dans ses symptômes.

Syphilis héréditaire tardive. — On sait que la syphilis héréditaire peut produire des lésions spécifiques actives pendant la seconde enfance et même pendant l’adolescence et à un âge avancé delà vie : c’est ce qu’on appelle la syphilis héréditaire

tardive.

Elle se traduit assez fréquemment par des lésions cutanées et muqueuses qui affectent le voile du palais, le pharynx, la langue, le nez et les fosses nasales, etc., et qui revêtent l’aspect du tertiarisme : elles ont pendant longtemps été considérées comme étant de nature scrofuleuse.

Il nous suffira de dire qu’elles ont la physionomie générale que nous avons décrite à propos des syphilides tertiaires, et que l’on trouve assez fréquemment chez les sujets qui en sont porteurs des antécédents et même des stigmates qui permettent d’affirmer l’hérédo-syphilis. Les plus célèbres de ces stigmates sur lesquels nous n’avons pas à insister ici constituent la fameuse triade d Hutchinson : malformations dentaires, lésions oculaires, troubles de l’ouïe. Ajoutons-y les cicatrices de Parrot, les difformités osseuses, crâniennes, nasales, tibiales (tibia en lame de sabre), les lésions testiculaires, l’aspect général du sujet, et nous aurons ainsi schématisé les éléments principaux du diagnostic.

Traitement.

N. -B. — Ce qui suit est forcément très incomplet et tout à fait insuffisant. Rien de plus discuté que la question du traitement de la syphilis, et cela à juste titre. Nous ne pourrons même pas examiner les points en litige. Nous nous contenterons d’indiquer ce qui nous parait être le plus rationnel. D’ailleurs il ne faut pas croire que l’on puisse formuler un traitement de la syphilis régulier et métho-

Brocq. — Dermatologie. I. tG

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clique, que Ton doive appliquer indistinctement à tous les cas : agir ainsi c’est faire oeuvre de théoricien de laboratoire ou de cabinet, c’est méconnaître tous les droits de la clinique et les premiers principes de l’observation. Tous les sujets ne sont pas égaux devant la vérole ; ils ne le sont pas non plus devant les médicaments que l’on administre contre elle : comment donc peut-on vouloir réglementer la médication d’une manière précise et uniforme ? Ici encore, comme pour toutes les maladies, l’initiative du médecin en présence d’un cas donné doit être considérable: les règles que nous allons indiquer ne doivent être regardées que comme une moyenne dont il faut savoir se départir suivant les circonstances.

Traitement général-

I. Période primaire. — La théorie qui considère Y excision du chancre comme un moyen radical de supprimer la maladie et de mettre totalement le sujet contaminé à l’abri de tout accident ultérieur est, à notre avis , discutable.

Nous conseillons de pratiquer cette excision quand elle peut se faire facilement sans provoquer de délabrement ni surtout de cicatrices ultérieures, lorsque le chancre siège sur le prépuce par exemple, car on supprime ainsi une plaie virulente d’une assez longue durée.

Cette excision devient une quasi-nécessité lorsqu’il s’agit d’une personne mariée, car il faut dans ce cas supprimer autant qu’il est possible toutes les causes de contagion.

Ne jamais commencer le traitement général avant que le diagnostic de syphilis ne soit nettement posé. Ceci est une règle que nous considérons comme absolue: car, en agissant autrement, on peut attribuer l’absence d’accidents ultérieurs à l’effet de la médication, et l’on s’expose ainsi à soigner pendant des années un sujet pour une affection qu’il n’a pas et qu’il pourrait ensuite contracter.

Mais dès que le diagnostic est incontestable, commencer le traitement général.

Tout d’abord imposer une hygiène rigoureuse: vie calme, tranquille, pas d’excès d’aucune sorte, ni de plaisir, ni de travail ; exercice corporel modéré, bonne alimentation, pas d’aliments excitants, ni d’alcool ; supprimer le tabac.

Bien répéter au malade qu’il est contagieux.

Soigner son état général, quand c’est nécessaire, par des médicaments appropriés.

II. Période secondaire ou pour mieux dire période des accidents d'infection générale qui suivent immédiatement l'apparition du chancre , et dont la durée est éminemment variable suivant les sujets (de quelques mois à plusieurs années).

Le traitement général est indispensable.

Pendant les premiers mois il faut donner le mercure.

La méthode que l’on doit théoriquement préférer toutes les fois qu’elle est possible est celle des injections bydrargyriques.

Malheureusement, en clientèle, on ne peut toujours y avoir recours. Nous étudierons donc successivement la méthode gastro-intestinale, la méthode cutanée, la méthode hypodermique et intra-veineuse.

A. Méthode gastro-intestinale. — Le traitement par le tube digestif est possible.

1° Prendre le matin dans du lait une grande cuillerée à soupe de liqueur de van Swieten sans alcool. — Aubout de deux ou troisjours, si elle est bien supportée, en prendre une deuxième cuillerée à soupe toujours dans du lait un peu avant le

SYPHILIS. — TRAITEMENT

dîner. Si les accidents ne se modifient pas rapidement, fractionner les doses : c’est-à-dire donner une ou deux cuillerées à soupe de liqueur de van Swieten en

4 ou o fois dans la journée; on obtient ainsi des effets thérapeutiques bien supérieurs, et souvent le médicament est bien mieux toléré.

2° Si la liqueur de van Swieten donne des maux d’estomac ou de la diarrhée, ajoutera chaque cuillerée de liqueur de X à XXX gouttes d’élixir parégorique du Codex.

3° Si, même avec cette modification, la liqueur de van Swieten ne peut être tolérée, recourir au lactate de mercure en solution aqueuse au 1/1 000 aux mêmes doses que le bichlorure (Gaucher), ou au biiodure d’hydrargyre en solution de manière à en donner de 5 à 15 milligrammes par jour. On fabrique des pilules solubles de sublimé et de biiodure que le malade peut avoir sur lui et qu’il fait dissoudre dans de l’eau ou dans du lait avant les repas.

Nous n’avons recours aux véritables pilules que lorsque nous ne pouvons agir autrement, car leurs effets sont presque toujours bien moins puissants que ceux des solutions : par exemple, prendre avant chaque repas une des pilules suivantes (de 2 à 3 par jour) : bichlorure d’hydrargyre, 1 centigramme, extrait thébaïque, de

5 milligrammes à 1 centigramme, mie de pain, q. s. pour une pilule (mettre le moins d’extrait thébaïque possible : cette substance est destinée à combattre les maux d’estomac et la diarrhée) (formule d’E. Vidal).

4° Si le tube digestif ne peut supporter ni le sublimé, ni le lactate, ni le biiodure recourir au protoiodure: protoiodure de mercure, 5 centigrammes, extrait thébaïque de 1 à 2 centigrammes, racine de réglisse pulvérisée, q. s, pour une pilule (de 1 à 2 pilules par jour): ou bien au tannate de mercure en pilules de 5 centigrammes de sel, ou bien au salicylate de mercure en pilules de 1 centigramme de sel. Mais ces préparations nous paraissent inférieures au bichlorure, au lactate, ou au biiodure d’hydrargyre.

5° Audry a préconisé dans ces derniers temps l’emploi des suppositoires à l’huile grise contenant chacun de 2 à 4 centigrammes de mercure métallique. La dose ordinaire pour l’adulte est de 3 centigrammes de mercure par suppositoire. On en met un tous les soirs pendant un mois environ. Leur action est réelle; ils doivent être employés chez les sujets qui ont des troubles digestifs.

6° Toutes les fois qu'on donne du mercure , prendre des soins minutieux de la bouche.

Faire arranger les dents, soigner les gencives.

Faire savonner matin et soir les gencives avec un savon dentifrice, et les faire frictionner plusieurs fois par jour avec la poudre dentifrice suivante : poudre de quinquina, 15 grammes ; poudre de ratanhia, 5 grammes,

Faire laver plusieurs fois par jour la bouche avec une solution de chlorate de potasse plus ou moins forte, suivant la tolérance de la muqueuse buccale, ou avec de l’eau oxygénée à 12 volumes neutralisée étendue d’eau.

Combien de temps doit-on administrer le mercure ?

Question des plus difficiles, presque insoluble.

Quand il n’y a pas d’accidents visibles, le donner pendant les huit ou dix premiers mois de la maladie à petites doses pendant quinze à vingt jours par mois.

Quand il y a des accidents visibles, le donner à doses plus fortes jusqu’à disparition de ces accidents par périodes de vingt à vingt-cinq jours avec intervalles de repos de huit jours.

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Tout cela est d’ailleurs subordonné à la manière dont le malade supporte le médicament.

B. Méthode cutanée. — Le traitement par le tube digestif et par les injections n est pas possible.

1° Nous conseillons vivement d’employer dans ce cas la méthode des frictions.

Faire préparer huit boîtes à la fois contenant chacune, suivant l’intensité des accidents, de 3 à b grammes d’onguent napolitain frais, ou bien de 1 à 5 grammes de savon au calomel fortior de Watraszewski.

Le premier soir, savonner avec de l’eau chaude et du savon non irritant la jambe gauche, du genou au cou-de-pied ; essuyer : prendre alors avec la main droite nue le contenu d’une des boites et frictionner avec la pommade la région savonnée pendant quinze à vingt minutes, de façon à faire pénétrer pour ainsi dire la pommade dans les téguments ; envelopper ensuite la région frictionnée d’un morceau de flanelle ; dormir ainsi toute la nuit ; le lendemain matin, savonner avec de l’eau chaude et du savon pour enlever tout vestige de pommade.

Le deuxième soir, procéder de la même manière à la cuisse gauche ; le troisième soir à la jambe droite; le quatrième à la cuisse droite; le cinquième soir recommencer à la jambe gauche et ainsi de suite jusqu’au huitième soir. Suspendre alors le traitement pendant quatre à quinze jours suivant l’intensité des accidents syphilitiques, puis recommencer une nouvelle série de huit jours de frictions, et ainsi de suite.

Si l’une des régions que nous avons indiquées rougit, s’irrite sous l’influence des frictions, on ne refait pas de frictions en ce point; on remplace la région malade par une des quatre régions suivantes : face interne des deux membres supérieurs, parties latérales du tronc.

Il est bon de ne pas faire les frictions sur des régions trop velues, car les poils favorisent les éruptions d’hydrargyre.

Il vaut mieux que ce soit le malade lui-même qui fasse ses frictions.

2° Si les frictions sont impossibles, on peut recourir :

a) Aux bains de sublimé (de 10 à 20 grammes de sublimé par grand bain ordinaire) ;

b) Aux fumigations (moyen fort difficile à appliquer en clientèle) ;

c) Aux flanelles mercurielles de F. Yigier que l’on n’a qu’à mettre autour de soi ou même sous son oreiller pendant la nuit ;

d) Aux applications de larges bandes d’emplâtre au calomel (de Quinquaud) autour du corps.

C. Méthode hypodermique et intraveineuse. — Les injections sous-cutanées et intra-veineuses de préparations mercurielles constituent la méthode de choix de traitement de la syphilis quand elles sont possibles.

On distingue deux grandes variétés de préparations mercurielles injectables: les insolubles etles solubles1.

Préparations mercurielles insolubles . — Pour les bien pratiquer il faut avoir : a) une seringue de Pravaz stérilisable ; les seringues tout en verre, modèle Luer, sont de beaucoup préférables à toutes les autres pour les injections de composés mercuriels; b) de longues aiguilles en platine iridié pour qu’on puisse les flamber

1 Voir pour plus de détails sur ce point les travaux si intéressants de Jullien. de Balzer, de Le Pileur, de Barthélemy et Lévy-Bing, etc...

SYPHILIS, — TRAITEMENT

chaque fois; c) tout ce qu’il faut pour nettoyer et aseptiser la fesse où l’on fera l’injection, et pour aseptiser la canule et la seringue.

Vhuile grise est de tontes les préparations insolubles, et, on peut le dire, de toutes les préparations utilisées en injections, de beaucoup la plus employée. Elle doit cette vogue : 1° à ce qu’on peut ne faire qu'une injection par semaine ; 2° à ce que l’injection n’est que peu ou point douloureuse ; 3°à ce quelle ne provoque pour ainsi dire jamais d’abcès quand elle est bien faite ; 4° à sa réelle efficacité.

Les inconvénients principaux sont : 4° la difficulté qu’il y a à injecter une dose exacte ; 2° l’inconstance de son homogénéité surtout quand on la chauffe; 3° la possibilité d’avoir avec elle des stomatites tardives violentes chez les sujets qui ne

prennent pas de soins minutieux de leur bouche ; 3° l’infériorité notable de son efficacité par rapport au calomel et aux injections intraveineuses de cyanure.

Barthélemy, LePileuront fait construire des seringues spéciales pour faciliter les injections d’huile grise (voir le très intéressant article de Le Pileur, Journal de médecine de Paris, 1903, p. 226).

La formule de l’huile grise varie suivant chaque praticien. Voici celle de 4 igier qui est la plus employée :

Vaseline liquide . 5 grammes.

Onguent napolitain . 2 —

Mercure . 39

Triturez pendant un quart d’heure.

Ajoutez :

Vaseline blanche . 11 grammes.

Vaseline liquide . 40 —

Cette formule donne, en poids, exactement 40 p. 100 de mercure métallique.

On doit agiter cette préparation vigoureusement pendant cinq minutes avant de l’introduire dans la seringue.

Pour faire l’injection, il faut que le sujet soit étendu à plat ventre sur une chaise longue ou sur un lit. On savonne la fesse où l’on doit faire l’injection, on la brosse au savon, on la rince à l’eau stérilisée, on la lave à l’éther et a l’alcool camphré. La seringue et la canule ont été stérilisées. Le malade doit laisser les muscles fessiers dans la résolution.

Sur une ligne allant obliquement de l’extrémité inférieure du sacrum à la dépression trochantérienne, on choisit un point situé à environ trois travers de doigts de l’espace interfessier : c’est le point de Galliot. On y enfonce la canule seule tout

d’abord à environ 4 centimètres de profondeur, de façon à traverser l’aponévrose et

à pénétrer dans les masses musculaires de la fesse. Quand on est bien sur que 1 on n’est pas dans une veine, c’est-à-dire quand au bout de deux minutes on ne voit pas de sang soudre par la canule, on adapte la seringue à la canule et on pousse fort lentement l’injection.

On injecte d’ordinaire de 3/20 et demi à 4/20 de centimètre cube du mélange dont nous venons de donner la formule, c’est-à-dire environ de 7 à 8 centigrammes de mercure métallique : d’après Le Pileur, en injectant ce volume du mélange, on injecte environ de 9 à 10 centigrammes de mercure métallique.

Ces injections se font d’ordinaire une fois par semaine, tantôt dans une fesse, tantôt dans l’autre. Certains syphiligraphes en font des séries de 6 à 7 de suite, certains autres ne font que des sériés de 4. Le Pileur qui est partisan des courtes

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séries fait remarquer qu’après la quatrième injection le nombre des globules rouges et la quantité d’hémoglobine diminuent dans le sang au lieu d’augmenter, et que la stomatite devient, passé cette dose, beaucoup plus fréquente.

Voici le tableau que donne cet auteur pour fixer le traitement de la syphilis par les injections d’huile grise :

l lre série : 4 injections . 1 mois.

Repos . 2 —

2e série : 4 injections . 1 —

, , , Repos . 2 — .

ire annee < OP , . 0 • • .. , ;• 12 mois.

3e sene : 3 injections . 1 —

Repos . 3 —

4e série : 4 injections . 1 —

Repos . 1 —

Repos . 2 mois.

5e série : 4 injections . 1 —

Repos . 3 —

2e annee ■{ , • . 0 • • .. . / '12 mois,

6e sene : 3 injections. . 1 — l

Repos . 4 — j

7e série : 4 injections . 1 — /

/ Repos . 3 mois. \

l 8e série : 4 injections . 1 — I

3e année Repos . 4 — 12 mois.

/ 9e série : 3 injections . 1 —

Repos . . 3 —

/ 10e série : 3 injections . 1 mois. \

\ Repos . 5 — (

4° annee . 12 mois.

) 11e sene : 4 injections . 1 — i

f Repos . 5 — )

5e année et suivantes : ad libitum en ne faisant plus que des séries de 3 injections.

Nous ferons à cette ligne de conduite le seul reproche de ne pas être assez intensive pendant la première période ou période d’infection de la syphilis.

La préparation mercurielle insoluble la plus active est sans contredit le calomel : on l’emploie en suspension dans de l’huile d’olive stérilisée ou dans de la pétrovaseline. Suivant l’âge et la résistance des sujets on en injecte chaque fois de 1 à 10 centigrammes. Chez l’adulte on en injecte d’ordinaire la première fois 5 centigrammes, la deuxième fois 7 centigrammes, et si c’est bien toléré la troisième fois et les fois suivantes 10 centigrammes chaque fois. Ces injections se font tous les huit, dix ou quinze jours suivant les réactions qu’elles produisent. La technique est la même que pour l’huile grise. 11 en faut environ de 6 à 8, suivant la quantité de composé mercuriel que l’on injecte chaque fois, pour faire une série eflicace de traitement. Dans une série on doit en effet injecter selon les sujets de 40 à 60 centigrammes de calomel. Il est bon que la préparation de calomel soit fraîchement préparée, que le calomel soit en état de très fine suspension pour qu’il ne bouche pas la canule et qu’il cause moins de douleurs : il faut agiter violemment le mélange avant de s’en servir.

L’injection de calomel est incontestablement l’agent thérapeutique le plus efficace que nous ayons contre les manifestations rebelles de la syphilis ; mais elle est fort souvent très douloureuse ; elle peut du troisième au sixième jour après qu’elle a été faite provoquer une véritable impotence fonctionnelle, en même temps que la région devient le siège d’une tuméfaction considérable : elle cause parfois des

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névralgies, des abcès profonds ou canaliculaires amicrobiens par fonte des tissus voisins. La femme la supporte beaucoup plus mal que l’homme.

Les injections de calomel sont tout particulièrement recommandables pour les chancres phagédéniques, les syphilis malignes précoces qui tolèrent le mercure, les glossites tertiaires, les syphilides linguales à forme secondaire rebelles, les laryngites syphilitiques graves, les syphilides psoriasiformes plus ou moins kératodermiques de la paume des mains ou de la plante despieds, les syphilides tertiaiies récidivantes de la face et des lèvres, les affections syphilitiques rebelles du globe

oculaire

Elles sont contre-indiquées chez ceux dont les dents et les gencives sont en mauvais état, chez les variqueux, les cardiaques avancés, les diabétiques, les brightiques vrais, les cirrhotiques, les débilités.

Préparations mercurielles solubles. — On injecte profondément dans les fesses ou les masses musculaires lombaires, ou, d après quelques auteuis, simplement dans le tisssu cellulaire sous-cutané, une fois par jour ou tous les deux jours selon la gravité des accidents, pendant des périodes de quinze à vingt-cinq jours séparées par des intervalles de repos plus ou moins prolongées suivant la gravité des cas, de un à deux centimètres cubes d’huile au biiodure (biiodure d’hydrargyre 40 centigrammes, huile stérilisée 100 grammes), ou de solution de peptone ammomque mercurique de Delpech (formule de la peptone ammonique mercurique : Bichlo-

rure d’hydrargyre 10 grammes, peptone sèche et chlorure d’ammonium a 15 grammes : — en mettre, pour avoir la solution, 50 centigrammes dans 5 grammes de glycérine et 25 grammes d’eau (chaque seringue renferme près de 5 milligrammes de sublimé) — ou bien de une demi-seringue à une seringue de la solution suivante : eau distillée 40 grammes, chlorure de sodium 40 centigrammes, bichlorure de mercure 20 centigrammes (chaque seringue renferme environ 5 milligrammes de sublimé) : ajouter de la morphine ou de la cocaïne si l’injection est douloureuse. Stoukovenkoff recommande beaucoup le benzoate d’hydrargyre : benzoate de mercure 30 centigrammes, chlorure de sodium 10 centigrammes, chlorhydrate de

cocaïne 15 centigrammes, eau distillée 40 grammes.

Nous employons surtout le cyanure d’hydrargyre aux doses de 10 à 15 milligrammes par jour en solution aqueuse (c’est de cette préparation que nous nous servons toujours pour les injections intra-veineuses que nous pratiquons dans les cas graves aux veines du bras), — et le biiodure d’hydrargyre solubilise pai l’iodure de sodium en solution aqueuse aux doses moyennes de 2 centigrammes de biiodure par jour. Ce sont les deux préparations qui nous ont paru être le plus

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Les injections sous-cutanées de préparations mercurielles solubles peuvent rendre de grands services dans la pratique ; elles ont l’inconvénient d exiger 1 intervention quotidienne du médecin. Elles n’ont pas la grande efficacité des injections de calomel. Elles peuvent en outre provoquer des douleurs, des nod,ules

inflammatoires, des hémorragies, des abcès, des gangrènes, etc...

Abadie, après Baccelli, a beaucoup recommandé les injections intra-veineuses de sublimé ou de cyanure d’hydrargyre. Nous venons de dire que nous utilisons beaucoup ces dernières quand il est nécessaire d’agir avec une grande rapidité.

D. Quand et comment faut-il donner l’iodure de potassium dans la période dite secondaire ? — La forme suivant laquelle nous conseillons de donner l’iodure est la suivante : se servir d’une solution d’iodure chimiquement pur à 20 grammes

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pour 80 grammes d’eau distillée et renfermant par conséquent exactement 1 gramme d’iodure par cuillerée à café de 5 grammes, ou bien de dragées renfermant chacune 50 centigrammes ou 1 gramme de sel.

Prendre toujours l’iodure soit dans du lait à jeun, soit aux repas (au commencement, au milieu, ou à la fin suivant les susceptibilités individuelles) dans de la bière, dans de l'eau de Vichy ou mieux encore dans du chocolat.

Si 1 es phénomènes d’intolérance sont très marqués, essayer de les combattre en ajoutant à l’iodure de l’arséniate de soude ou de la teinture de belladone, ou même de l’atropine.

Pendant les huit ou dix premiers mois de la syphilis il est de règle en France de ne pas donner de l’iodure sauf dans les circonstances suivantes, — et dans ces cas on le donne d’ordinaire en même temps que le mercure.

a) Si l’induration du chancre est énorme et ne semble pas avoir de tendance à diminuer ;

b) Si les adénopathies sont très développées et tendent à s’accroître;

c) Si les accidents secondaires (hypertrophies des amygdales, éruptions papuleuses ou papulo-tuberculeuses, etc.), ne semblent pas céder au seul traitement hydrargyrique ;

d) Mais surtout si le malade éprouve des céphalées syphilitiques, des douleurs périostées tibiales ou autres, s’il présente des gommes précoces. Dans ces derniers cas V administration rapide, aux doses de 2 à 4 et même 6 grammes par jour, de Viodure de potassium devient une absolue nécessité.

On ne donne d’ordinaire jamais d’iodure quand on fait des injections de calomel, et même d’huile grise.

III. Que faut il faire à partir du huitième mois de la syphilis ? — Question des plus discutées et des plus délicates.

1° S’il y a des accidents , les traiter, et dans ce cas employer presque toujours, jusqu’à leur disparition complète, soit les injections mercurielles, soit, si l’on emploie les méthodes gastrique ou cutanée, le traitement mixte , c’est-à-dire de 2 à 3 centigrammes de sublimé ou de lactate de mercure et de 1 à 3 grammes d’iodure de potassium par jour (voir plus haut pour le mode d’administration).

2° S'il n’y a pas d' accidents, nombre d’auteurs recommandent de laisser le malade tranquille, et cette opinion est soutenable ; nous croyons toutefois plus prudent d’adopter la ligne de conduite suivante, en faisant remarquer qu’elle n est qu’une moyenne , et qu’on doit la modifier en plus ou en moins suivant chaque cas particulier . Il est de plus entendu que s’il se produit le moindre accident on a°;it immédiatement comme ci-dessus.

a) Du neuvième au dix-huitième mois, le malade se traitera quinze jours par mois, et prendra un mois de 1 gramme et demi à 2 grammes d’iodure de potassium par jour, le mois suivant 2 à 3 centigrammes environ de sublimé par jour et ainsi de suite ; le traitement sera donc composé de périodes de quinze jours pendant lesquelles on prendra tantôt le mercure, tantôt l’iodure, et ces périodes seront séparées par quinze jours de repos.

b) Du dix-huitième mois à la fin de la troisième année, prendre tous les deux mois pendant vingt jours tantôt de 2 à 3 centigrammes de sublimé ; tantôt 2 grammes d’iodure de potassium par jour.

c) Pendant la quatrième année, prendre tous les trois mois pendant vingt jours 2 grammes d’iodure de potassium par jour.

SYPHILIS. — TRAITEMENT

IV, Traitement des accidents tertiaires. — Faire tout de suite une série d injections de calomel ou d’huile grise d’après les méthodes indiquées ci-dessus sans donner d’iodure : ou faire des injections quotidiennes de 2 centigrammes de biiodure d’hydrargyre en donnant simultanément de 2 à 4 grammes par jour d iodure de

potassium.

Si les injections sont impossibles, administrer immédiatement le traitement mixte énergique, tout en tenant compte cependant au point de vue de la proportionnalité à établir entre les doses de mercure et celles d’iodure de potassium, du fait d’observation suivant : que le mercure est surtout indiqué dans les syphilides plastiques et l’iodure de potassium dans les syphilides ulcéreuses, mais il faut sc souvenir du grand principe qui domine de plus en plus toute la syphiliothérapie, que le mercure est toujours, à quelque période que ce soit, le médicament vraiment

héroïque de la vérole.

Donc prescrire les frictions aux doses de 4 à 6 grammes d’onguent napolitain par iour, pendant huit jours, se reposer six jours, reprendre huit jours, et ainsi de suite jusqu’à disparition des accidents, ou bien, si les frictions ne sont pas possibles, donner le sublimé en solution aux doses de 2 à 4 centigrammes par jour. (Voir plus haut pour les détails d’administration.) — Donner simultanément l’iodure de potassium à des doses variant de 3 à 8 grammes par jour dans du lait, de la bière

ou de l’eau de Vichy.

Dans certains cas graves dans lesquels il est nécessaire d aller très vite, on donne par la bouche le calomel à doses fractionnées et progressives : 25 centigrammes le premier jour, 50 centigrammes le deuxième jour, 75 centigrammes le troisième jour, 1 gramme le quatrième, en huit ou dix fois par jour. S arrêter pendant deux ou trois jours, puis recommencer sauf salivation ou diarrhée trop intense ou amendement des symptômes (Hillairet). (Ne défier de ces doses qui sont

quatre fois plus fortes que les doses ordinaires.)

Après la disparition totale des accidents, il est plus prudent pour assurer la guérison de faire encore une période de quinze jours de traitement mixte.

Prendre contre l’hydrargyrisme tous les soins indiqués ci-dessus.

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