PIOURES ANATOMIQUES ET MALADIES SIMILAIRES
Il ne faut pas confondre les piqûres anatomiques avec le tubercule anatomique. Le tubercule anatomique est une des variétés des piqûres anatomiques : il résulté de l’inoculation du bacille tuberculeux provenant d’un sujet mort dont on pratique l’autopsie (voir Tuberculose cutanée). Mais il y a d’autres variétés de piqûics anatomiques, et en voici une briève énumération.
Nous n’avons que des connaissances tout à fait rudimentaires sur la nature des
DERMATOSES MICROBIENNES
virus que Ton peut ainsi s’inoculer : il est probable qu’ils sont multiples et pour la plupart d’origine microbienne. Ils paraissent être plus toxiques quand ils proviennent de cadavres récents et quand la mort a été causée par des maladies virulentes. Il suffit d’une simple éraflure pour que l’inoculation se fasse.
Nous n’avons pas ici à étudier les accidents généraux de septicémie souvent rapides et parfois mortels qui peuvent se produire. Mais il survient aussi parfois des lésions cutanées, de la tuméfaction, de la lymphangite, des adénites, des gangrènes, des panaris, des folliculites, etc.
On a décrit sous le nom de pustule anatomique ( Post mortem pustule ) des accidents caractérisés par de la rougeur, de la tuméfaction au niveau de la piqûre, puis par la production, au bout de vingt-quatre heures, d’une pustule centrale, avec douleur spontanée et au toucher. Il peut se former ensuite une croûte centrale tout autour de laquelle survient une pustule plus large, et le processus gagne ainsi jusqu’à ce qu’on ouvre largement la pustule, qu’on la nettoie avec de l’eau oxygénée, qu’on la touche avec de l’alcool camphré ou avec du bleu de méthylène, et qu’on panse avec de l’iodoforme. Si l’on n'intervient pas assez vite, il peut se produire des lymphangites et des adénites suppurées.
Morrant Baker a décrit sous le nom d ’erytliema serpens une éruption érythémateuse qui s’observe chez les bouchers. Quelques jours, parfois une ou deux semaines après une piqûre, on voit survenir dans la région traumatisée une plaque dont les bords s’estompent vers les tissus sains : puis d’autres plaques apparaissent et se groupent de façon à former des circinations qui s’étalent de plus en plus. Il n’y a que peu de tuméfaction, mais de la gêne des mouvements et des sensations de picotements, de brûlure, etc. Le malade éprouve des malaises, mais il n’y a jamais de fièvre notable. Cette affection dure en moyenne trois semaines (de deux à six). Elle est presque toujours limitée aux doigts et aux mains. Elle disparaît rapidement sous l’influence des laxatifs salins et des enveloppements chauds faits avec de l’eau boriquée.
Verysipeloid de Rosenbach est très voisin de la forme précédente : il en diffère-
rait par des bords nettement arrêtés, un peu surélevés. (Voir Eruptions causées par les crabes : classe des dermatoses d'origine animale.)
Les hommes qui tuent ou qui manient les corps des brebis atteintes de la maladie que l’on appelle « gargle » en anglais, et qui est une forme de fièvre puerpérale, peuvent, quand ils se piquent, voir se développer une sorte d’élevure vésicuieuse lobulée, à centre déprimé, pouvant avoir jusqu’à un pouce de diamètre, d’une couleur bleuâtre avec une légère aréole érythémateuse. Le soulèvement épidermique contient de la sérosité claire ou sanguinolente. Il n’y a ni douleur, ni fièvre, mais parfois les ganglions axillaires se tuméfient, et la main atteinte peut enfler. D’après Klein, cette lésion est causée par un microbe spécial qu’il appelle le staphylococcus hœmorrhagicus et qui ne cause chez l’homme que des accidents sans gravité alors qu’il est très virulent pour les brebis.
Il suffit d’ouvrir les phlyctènes, de les désinfecter et de faire un pansement propre pour obtenir une guérison rapide. (Tout ce chapitre est emprunté à R. Crocker.)
Rappelons que le pemphigus aigu grctee se développe très probablement à la suite d’une piqûre chez ceux qui manient des animaux morts. (Voir ce mot.)
Ecthyma parturitionis. — C’est également à côté de ces faits qu’il convient de placer les éruptions qui se développent parfois sur les mains et les avant-bras des
VERRUES
vétérinaires qui délivrent les vaches de leur placenta en pratiquant le curage digital. Elles sont caractérisées par un nombre variable (de cinq à trente) de petites élevures rouges, enflammées, acuminées, ressemblant à un furoncle ou à un tout petit anthrax : cependant elles sont bien moins dures que l’anthrax et sont plutôt constituées comme de tous petits abcès coniques. Au bout de cinq à six jours, il en sort spontanément un pus liquide, et il reste une cavité anfractueuse avec une série de toutes petites ouvertures donnant à l’ensemble l’aspect d’une écumoire. Quelques lambeaux sphacélés s’éliminent, et la réparation commence à se faire . elle est complète en quinze ou vingt jours. Les ganglions lymphatiques sont presque toujours tuméfiés.
Il faut ouvrir ces petites collections purulentes le plus vite possible, les laver avec de l’eau oxygénée et les panser aseptiquement. (Blondeau, Journ. de méd. et de chir. pratiques, art. 19399).
Dermatitis repens. — Sous le nom de Dermatitis repens Radclitfe Grocker a décrit un aspect morbide qui nous paraît être un peu discutable comme entité morbide vraie et qui peut être rapproché des formes précédentes.
Il débute presque toujours par un traumatisme d’un doigt ou d’une main : il se forme des vésicules ou des pustules qui se rompent en laissant le derme à nu, puis l’exulcération au lieu de se cicatriser reste à vif en se recouvrant de croûtes ou de nouveaux éléments, et elle s’étale graduellement par les bords à la façon de Pecthyma sous-épidermique par un décollementdela couche cornée de 1 épiderme. Elle peut ainsi envahir toute la main, gagner le poignet, l’avant-bras : R. Grocker l’a même vue atteindre l’épaule et le tronc. Pendant cette marche extensive les lésions primitives guérissent. Il y a un peu de prurit. La santé générale est
bonne.
L’évolution de cette dermatose est parfois très longue : elle peut durer plusieurs
mois et même plusieurs années.
Elle se distingue des acrodermatites continues par son unilatéralité, sa grande extension, sa guérison spontanée au niveau des régions primitivement atteintes.
Radcliffe Grocker pense qu’il s’agit de troubles trophiques et de névrite péi iphérique. Tout fait croire au contraire que ce sont des lésions de nature microbienne, que l’on doit traiter comme les ecthymas superficiels ou comme le
chancre simple.
(j DERMATOSES D’ORIGINE PROBABLEMENT MICR0BIENN1