‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 250 sur 252 · C. Verrue sénile · texte numérisé non relu

C. Verrue sénile

Etiologie. — Les verrues séniles sont d’une extrême fréquence, quoiqu’en ait dit Sprecher dans sa belle monographie, on peut les observer chez des sujets relativement jeunes, en particulier chez la femme à partir de trente ans, mais elles deviennent de plus en plus banales à mesure que les sujets sont plus âgés (voir le travail de Wlaesch : Arcli. f. Dermat. und Syph., t. LXXVI, p. 31).

Symptômes. — Elles sont essentiellement constituées à l’état adulte par des saillies papillaires groupées, formant dans leur ensemble des sortes de disques

arrondis ou ovalaires, parfois un peu irréguliers de contours, sessiles, faisant une légère saillie, surtout marquée au centre, moins vers les bords où ils descendent en mourant vers les téguments, posés comme des macarons sur la peau saine; leurs dimensions varient de celles d’un pois à celles d’une pièce d’un franc. Elles sont recouvertes d’une couche de matière sébacée assez adhérente, molle, d’un gris jaunâtre, brunâtre ou noirâtre; elles sont parfaitement indolentes . Par-

Fig. 216. — Verrues séborrhéiques du dos chez une f°îs saillie qu elles font est plus femme de soixante-treize ans (grandeur naturelle). marquée et elles sont même comme

légèrement pédiculées vers leurs bords, affectant la forme d’un champignon bas.

Si l’on détache l’enduit sébacé par un savonnage ou par une friction avec de l’éther, la surface apparaît hérissée de papilles séparées par de profonds sillons.

Chez les malades qui se savonnent fréquemment comme cela arrive à la face dorsale des mains, les verrues séborrhéiques sont aplaties, lisses et comme luisantes, paraissant à peine mamelonnées sauf à la loupe.

A la figure elles sont fréquentes chez les vieillards : on les observe surtout vers les tempes, les parties latérales des joues, autour des yeux, vers le front. Elles y sont d’ordinaire multiples.

Sur le tronc, elles sont dans la majorité des cas extrêmement nombreuses ; on en trouve plusieurs centaines chez les sujets qui en sont atteints.

Elles couvrent le cou, les épaules, le dos, les parties latérales du tronc, l’abdomen. On les observe surtout chez les femmes : elles peuvent débuter chez elles dès l’âge de trente ans; elles sont fréquentes de quarante-cinq à cinquante-cinq ans. Elles coexistent souvent avec de petits éléments demolluscum pendulum situés au cou et sur le haut de la poitrine. Elles arrivent parfois chez elles, surtout au niveau du corset, à constituer par quasi confluence, tant elles sont nombreuses, une sorte de revêtement des téguments d’un jaune brunâtre. C’est pour ces malheureuses une véritable cause de désespoir. L’homme peut être atteint de la même manière.

VERRUES

Les verrues séniles peuvent s’accompagner 'de diverses dermatoses: prurit sénile, cornes cutanées, nœvi vasculaires, eczéma chronique, psoriasis, état angioséborrhéique de la peau du visage, séborrhée, kératome sénile, épithélioma

(F. Sprecher).

A la surface des verrues séniles, Sprecher a trouvé le bacille bouteille de Malassez, le bacille dit séborrhéique, des bacilles divers^ des grains ronds un peu plus gros que des staphylocoques.

Anatomie pathologique. — La verrue séborrhéique est essentiellement constituée par « des prolongements épidermiques irréguliers et contournés qui s enfoncent

Fig. 217. — Verrue sénile.

c, Couche cornée en hvpe, -kératose et en desquamation, - m, “ca"U‘osc- " * **»“•*

hypertrophiées en papülomalose. d, Ueime sain.

dans le derme s’anastomosant en un réseau de travées épithéliales minces dont les mailles sont occupées par des îlots conjonctifs correspondant a des papilles contournées et rencontrées obliquement par la coupe. Ces travées sont formées par la couche filamenteuse de l’épiderme, mais on y trouve souvent et à toutes les hauteurs de petits globes cornés isolés ou en communication avec la surface. » (Dubreuilh, Pratique Dermat., t. IV, p. 829) (voir pour plus de details le travail de Sprecher sur la Verrue sénile, Turin, 1904, et celui de Wlaescli dont nous avons parlé plus haut : on y trouvera une histologie des plus complétés). Wlaesch croit pouvoir désigner cette affection sous le nom d 'acanthose verruqueuse séborrhéique.

Traitement — 11 est fréquent de voir les verrues évoluer spontanément vers la la guérison après un laps de temps variable de développement et d’état: elles disparaissent dans ce cas sans laisser de traces, et sans que l’on ait institué une médi-

DERMATOSES MICROBIENNES

cation. Il 11e faut pas perdre de vue ce fait clinique dans l’appréciation de la valeur des diverses méthodes préconisées contre cette affection.

Traitement interne. — - Il est quelques médicaments dont la quasi-spécificité a été tant de fois vantée contre les verrues que nous croyons devoir les mentionner. Ce sont :

La magnésie dont on donne, suivant l’âge des malades, de 20 centigrammes à 1 gramme par jour, en deux fois, avant les repas. On a administré aussi le sulfate de magnésie (sel d’Epsom) ;

L 'eau de chaux dont on fait prendre un verre additionné d’un peu de lait après le déjeuner (J. Burdon Cooper) ;

La teinture de thuya occidentalis dont on donne de 60 à 80 gouttes par jour ; il est bon d’en badigeonner en même temps les verrues ;

L 'arsenic que l’on administre d’après les principes connus, soit sous forme de liqueur deFowler, soit sous forme d’arséniate de soude.

Nous croyons que, dans les cas de verrues généralisées, on doit faire usage de ces substances, en particulier de la magnésie : mais nous ne saurions dire si elles agissent par elles-mêmes ou par la suggestion.

Certaines personnes guérissent les verrues par ce dernier procédé, et c’est une des pratiques chères aux rebouteux et aux sorciers des campagnes.

Traitement local. — Le traitement local des verrues est le même que celui de toutes les hypertrophies papillaires et cornées (Voir Cor, etc...)

Le traitement le plus actif et le plus rationnel consiste soit à les détruire avec le fer roua*e, cautère actuel ou salvano-cautère, soit à les exciser ou à les racler, puis à cautériser leur base avec un caustique quelconque. Les plus vantés sont le nitrate d’argent, l’acide acétique cristallisable, l’acide chromique, l’acide phénique, l’acide chlorhydrique, l’acide azotique, le nitrate acide de mercure, les pâtes arsenicales, la pâte de Vienne, etc... Plus le caustique est énergique, plus Ton doit procéder avec précaution.

Ces caustiques divers peuvent être appliqués directement sur la verrue sans opération préalable ; et, au bout d’un nombre d’applications qui varie suivant la force du caustique et l’énergie de la cautérisation, ils en amènent parfois la disparition.

Gomme topiques pouvant guérir les verrues sans opérations, mentionnons encore le savon noir en applications continuelles, le naphtol camphré, les emplâtres mercuriels, les emplâtres à l’acide salicylique, les collodions suivants :

Acide salicylique . 1 gramme.

Alcool à 90° . . 1 —

Ether cà 62° . 2 — 50

Collodion élastique . . . 5 — 50

ou bien :

ou bien :

Acide salicylique . )

Acide lactique . ) aa 1 Sramme *

Collodion élastique . . . 8

Bichlorure d’hydrargyre . . . de 10 à 25 centigrammes.

Collodion élastique . 10 grammes.

Manier avec précaution cette dernière préparation.

VERRUES

Voici comment nous conseillons de procéder avec ces collodions, en particulier avec les collodions salicyliques :

Tous les deux jours faire le pansement suivant :

1° Enlever avec de l’éther le collodion mis l’avant-veille;

2° Nettoyer soigneusement avec de l’eau bouillie, du savon de naphtol, de 1 éthei , et de l’alcool camphré ;

3° Racler, sans faire trop saigner, avec une curette ou avec un grattoir flambé, tout l’épiderme attaqué par l’acide salicylique ;

4° Lotionner de nouveau avec de l’éther et de l’alcool camphré ;

5° Toucher exactement la verrue, c’est-à-dire toutes les papilles hypertrophiées avec de l’ouate roulée au bout d’un petit bâtonnet, imbibée d’acide phénique nei¬

geux et exprimée ;

6° Recouvrir avec le collodion salicylé.

Continuer ainsi jusqu’à ce que la verrue ait disparu; mais dès qu’on s’aperçoit que le derme est trop enflammé, ou ulcéré, suspendre le traitement, panser jusqu’à cicatrisation avec de l’emplâtre à l’oxyde de zinc pur, puis recommencer dès que la cicatrisation s’est faite, s’il y a encore vestige de verrue.

Il est de notion vulgaire que le suc de quelques plantes, telles que certaines euphorbes, la grande chélidoine, le figuier sauvage, etc..., appliqué pendant un certain temps sur les verrues, les flétrit et les fait disparaître. A. Evershed prétend

que l’eau de mer a les mêmes propriétés.

La chrysarobine en pommade a donné de bons résultats à Dubreuilh. Pour les verrues planes de la face et les verrues séborrhéiques du tronc, nous avons employé avec quelque succès les pommades fortes pour acné à base de naphtol, camphre, résorcine, soufre et savon noir (voir Acné).

Vigier a préconisé l’acide orthophénolsulfurique, plus connu sous le nom d’aseqdol ou de sulfocarbol, avec lequel on touche les verrues une ou deux fois par

iour.

Nous avons pu, après beaucoup d’auteurs, vérifier l’action réelle de 1 électiolyse négative sur les verrues. On traverse la base de la verrue en divers sens avec une fine aiguille reliée au pôle négatif de manière à la décomposer : la verrue se flétrit et tombe, sans laisser de cicatrice. Ce procédé est tout particulièrement recommandable pour les verrues pédiculées et pour les verrues penun-

guéales.

Parfois l 'effluve locale de haute fréquence fait disparaître avec rapidité, sans cicatrice, les verrues planes de la face: il s’agit probablement là encore de laits de

suggestion. ■ . .

D’après quelques résultats qui ont été publiés par Sjogren et Sederholm, pai

Yarney, et d’après ce que nous avons observé nous-même avec Bisserié, Belot, et Mézerette, il semble que la radiothérapie ait une réelle efficacité contre les verrues, Elles disparaissent sans laisser la moindre cicatrice. Mais il faut se défier beaucoup de ce procédé à la main, car en cette région les radiodermites se produisent

avec la plus déplorable facilité.

Signalons enfin un fait d'observation fort intéressant et d’après lequel la destruction d’une des plus grosses verrues chez un individu infecté amène parfois l’atrophie graduelle de toutes les autres. Il est vrai que nombre de dermatologistes ne l’ont jamais constaté.

2° PAPILLOMES, VÉGÉTATIONS

Si Ton veut bien se reporter à l’article PapiUome de nos tableaux d’ensemble, on y verra que devons décrire ici :

A. Les végétations qui siègent aux parties génitales de l’homme et de la femme (. Papillomes simples des organes génitaux) ;

B. Les végétations ou papillomes simples de la cavité buccale ;

G. Les papillomes simples du cuir chevelu.

A. Végétations. — Papillomes simples des organes génitaux.

Symptômes. — On donne le nom de végétations (verrues acuminées, condylomes acuminés, choux- /leurs), à des excroissances plus ou moins longues et saillantes, pédiculées, filiformes et ramifiées, presque toujours molles, d’un rouge vif, humides, parfois même suintantes, et qui sont dues à une hypertrophie considérable des papilles du derme.

Elles se développent par groupes sur des surfaces cutanées ou muqueuses baignées par un liquide irritant. C’est ainsi qu’elles coexistent pour ainsi dire toujours avec un écoulement blennorragique.

Leurs sièges de prédilection sont : chez l’homme la couronne du gland, le sillon glandopréputial, (où on les appelle vulgairement crêtes de coq, où elles forment souvent une masse touffue surtout vers le filet, et où elles sont serrées les unes contre les autres tant elles sont nombreuses), la face interne du prépuce, l’orifice du prépuce, l’orifice de l’urèthre et l’entrée de l’urèthre ; chez la femme l’orifice du vagin, la fourchette, les petites lèvres, la face interne des grandes lèvres, la marge de l’anus, etc...

Chez la femme qui ne prend pas de soins minutieux de propreté, surtout chez celle qui est atteinte de blennorragie et qui est enceinte, les végétations vulvaires se multiplient d’une manière effrayante, prennent parfois un développement fantastique, et arrivent à former d’énormes masses mamelonnées d’un rouge vif, pouvant atteindre le volume des deux poings et même davantage.

Chez les personnes qui sont fort soigneuses, qui se lavent dès qu’elles se sentent mouillées, et qui tiennent les régions atteintes poudrées à sec, les végétations restent au contraire fort petites, comme ratatinées, discrètes et ne constituent que de légères saillies mamelonnées ou filiformes, de 1 à 2 millimètres, sur une muqueuse peu irritée.

Anatomie pathologique. — Les végétations sont essentiellement constituées par des papilles très longues et ramifiées dans lesquelles on trouve un tissu conjonctif

Eig. 218. — Végétations (papillomes confluents) de la vulve, de la face interne des cuisses et de la région péri an ale.

PAPILLOMES, VÉGÉTATIONS

fibrillaire à la base, souvent embryonnaire ou muqueux au sommet, toujours assez riche en cellules et quelquefois infiltré de leucocytes. Elles sont parcourues par des capillaires sanguins ou lymphatiques très dilatés et tapissés de cellules endothéliales petites, mais très épaisses, faisant parfois saillie dans la lumière du vaisseau... . La couche génératrice de l’épiderme est à peu près normale, sauf la quantité inusitée de cellules en karyokinèse ; on en trouve même dans les 4 ou h premières rangées de cellules. La couche filamenteuse est très augmentée d’épaisseur, non seulement parce que les cellules qui la composent sont plus nombreuses, mais aussi parce qu’elles sont quadruplées de volume ; elles sont plus claires que normalement ; les espaces intercellulaires sont élargis et les filaments d union se voient avec une netteté extraordinaire tant dans les cellules que dans leur intervalle... Cet œdème cellulaire et intercellulaire est plus marqué dans les végétations génitales de la femme à cause de la macération. » (Dubreuilh, Pratique Dermcit., article Papillome).

La couche granuleuse est assez bien développée. La couche cornée est nette quand les végétations sont sèches, peu développée et formée d’un petit nombre de cellules gonflées par l’œdème dans les régions humides et macérées (Dubieuilh).

Étiologie. — Nous avons vu que les végétations coexistent d'ordinaire avec la blennorragie. 11 semble bien quelle soient contagieuses, auto-inoculables, et inoculables du sujet malade au sujet sain.

Diday a soutenu que les végétations et les verrues ne formaient qu’une seule et même maladie. Cette idée a été de nouveau récemment émise par Thibierge (Soc. de dermat .,9 novembre 1905).

La grossesse est, comme nous l’avons dit plus haut, une cause prédisposante très puissante surtout au point de vue de leur développement excessif.

Traitement. — On a préconisé un nombre infini de médiations contre les végétations.

Voici ce que nous conseillons de faire :

]0 Lotions astringentes avec des solutions de sous-acétate de plomb, d alun de tannin, de résorcine, de nitrate d’argent d’abord au 1/100, puis au l/oO, au l/2o.

2° Pansements secs avec des poudres, telles que les mélanges suivants : (oxyde de zinc, sous-nitrate de bismuth pulvérisé àà 5 grammes ; poudre de talc de 20 à 40 grammes) ; (poudre de Sabine, de calomel, d’alun, ââ parties ega es),

etc • ^ ,

Enfin, si elles résistent, on peut les cautériser avec le nitrate d’argent, 1 aci e

chromique, l’acide acétique, le nitrate acide de mercure, l’acide phémque, le su -

focarbol, l’acide nitrique fumant, etc..., ou bien les lier, les exciseï a\tc

ciseaux, les racler avec la curette, les détruire avec l’électro-cautère, etc

Parfois on les voit diminuer peu à peu et finir par disparaître quand on en a

enlevé un certain nombre.

Si les opérations que l’on se propose de faire sur elles sont trop douloureuses il est indiqué de badigeonner la muqueuse à leur point d’implantation avec une solution ou une pommade à la cocaïne. Quand elles sont nombreuses et volumineuses, il vaut mieux pratiquer l’anesthésie générale par le chlorure d’ethyle, et au besoin par le chloroforme ou par l’éther, pour pouvoir les excisera son aise.

B. Papillomes simples de la bouche. — On peut observer sur la muqueuse buccale, en particulier à la face interne des joues, de petites végétations papillaires c u

DERMATOSES MICROBIENNES

volume d’une tête d’épingle, d’un pois, rarement plus considérables. Elles sont parfois sessiles et hémisphériques; elles sont fréquemment très pédiculées, souvent

ramifiées. On a prétendu que ce sont des verrues inoculées sur la muqueuse buccale. Il n’y a qu’à les exciser avec des ciseaux courbes.

Nous avons présenté à la Société Française de dermatologie, en décembre 1901, un volumineux papillome de la face dorsale de la langue faisant une saillie considérable, très végétant, mais n’ayant aucun caractère malin. Sébileau et Pautrier (Soc. de chir., 8 fév. 1905) en ont fait connaître un autre cas.

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