‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 32 sur 252 · Bulle typique du pied · texte numérisé non relu

Bulle typique du pied

11° Bulles. — Phlyctènes. — Les bulles peuvent être définies au point de vue objectif des vésicules de grandes dimensions. Ce sont des soulèvements plus ou moins étendus de l’épiderme contenant, lors de leur apparition, un liquide séreux, séro-purulent ou sanguinolent. Leur forme peut être régulièrement arrondie, hémisphérique; elles sont alors distendues par le liquide qu’elles renferment. Parfois elles sont ovalaires ou franchement irrégulières : leur base présente des

angles rentrants, et dans ce cas elles résultent presque toujours de la confluence de deux ou de plusieurs éléments voisins.

Elles peuvent aussi être flasques et ridées et renfermer à peine un peu de sérosité transparente ou jaunâtre, laquelle obéit alors aux lois de la pesanteur et s’accumule vers les parties déclives.

Leurs dimensions varient de celles d’un gros pois à celles d’un œuf de dinde et même davantage : une bulle unique peut atteindre ces dimensions colossales; plusieurs bulles voisines peuvent se réunir pour former des soulèvements épidermiques fort étendus, semblables à une phlyctène de vésicatoire. D’ailleurs leur volume varie suivant les cas, suivant les phases de la maladie, et, chez un même sujet, au même moment, en une même région.

Lorsqu’elles sont récentes, leur contenu est transparent, quelquefois hémorragique; peu à peu il se trouble, devient opalin, puis lactescent, enfin jaunâtre et même franchement purulent; presque toujours sa réaction est neutre ou alcaline; il est albumineux et se coagule par la chaleur.

La bulle peut se terminer par suppuration, par rupture, ou par résorption graduelle. Elle devient alors flasque, s’affaisse, puis se dessèche.

La croûte qui lui succède est plus ou moins épaisse et foncée de couleur suivant la nature de l’exsudât.

Elle a la forme de la bulle extérieure, et simule assez

bien un pain à cacheter d’un jaune brunâtre, d’un brun foncé, parfois même quand la bulle a été hémorragique d’un brun noirâtre qui serait posé sur les téguments. Puis, au bout d’un laps de temps qui varie de cinq à dix jours, elle finit par se détacher spontanément en laissant au-dessous d’elle un épiderme nouveau et assez souvent une macule brunâtre qui met un certain temps pour disparaître.

Fig. 13. — Phlyctène de la face dorsale du pied.

Consécutive à une application de teinture d’iode chez une femme atteinte de dermatite polymorphe douloureuse. Tout autour de la bulle on voit la desquamation épidermique consécutive a l’application de la teinture d’iode.

LÉSIONS ÉLÉMENTAIRES PRIMITIVES

Toutes ces variétés s observent dans les dermatites polymorphes douloureuses, dans les pemphigus, les érythèmes polymorphes vésiculo-bulleux, etc...

D’après Leloir la bulle aurait pour grand caractère d’être uniloculaire, de telle sorte que, lorsqu’on la pique avec une aiguille, tout le contenu s’écoule. Une bulle à contenu séro-purulent laisse par l’effet de la pesanteur les couches purulentes se déposer a sa partie inférieure, tandis que les couches supérieures sont transparentes.

A l’étude de la bulle on doit rattacher celle de la phlyctène qui n’est en réalité qu’une sorte de bulle résultant du décollement en niasse de l’épiderme par un agent physique ou chimique quelconque, feu, froid, substances vésicantes, etc..- Beaucoup d’auteurs emploient indistinctement les mots de bulle et de phlyctène.

Au point de vue anatomo-pathologique on a distingué plusieurs variétés de bulles suivant l’étage épidermique où se fait l’accumulation de sérosité. En réalité on peut les ramener à deux types principaux : 1° les bulles profondes ou sousépithéliales dans lesquelles l’épiderme dans sa totalité est décollé du derme et soulevé en masse par le liquide; 2° les bulles superficielles ou sous-cornéennes dans lesquelles l'œdème dermique gagne par les espaces intercellulaires du rete le stratum granulosum, est arrêté par les cellules plus cohérentes du stratum lucidum, et s’accumule au-dessous de lui.

Les bulles peuvent se former suivant deux processus principaux : 1° Il se produit un œdème à forte tension qui gagne les espaces intercellulaires du corps de Malpighi; la sérosité finit par s’accumuler sons les cellules du stratum lucidum qu’elle décolle. Si la pression est très brusque et très forte, et si les adhérences des cellules du corps muqueux entre elles sont très solides, l’épiderme peut être détaché en bloc du corps papillaire; 2° Si au contraire les cellules du corps muqueux ont perdu leur adhérence entre elles, elles se détachent les unes des autres avec la plus grande facilité, et il se forme ainsi des cavités virtuelles qui se remplissent rapidement de sérosité ; c’est à ce processus qu’Auspitz a donné le nom d’Acantholyse. Il se produit ainsi par un véritable clivage des cavités uniloculaires pouvant confluer quand elles sont très rapprochées.

Les véritables bulles acantholytiques s’observent dans l’affection à laquelle on a donné le nom de pemphigus héréditaire, lequel dépend d’une prédisposition familiale à voir se développer des bulles en un point quelconque du corps sous l’influence de la moindre pression.

12° Pustules. — Au point de vue objectif la pustule est un soulèvement circonscrit et d’ordinaire arrondi de l’épiderme contenant un liquide purulent.

La définition des pustules varie beaucoup suivant les auteurs : pour les uns, c’est un petit abcès intra-épidermique ; pour d’autres, c’est une vésicule à contenu purulent.

On a distingué autrefois :

a) Des pustules psydracièes, qui sont petites, arrondies ou acuminées, et qui ne seraient pas entourées d’un cercle inflammatoire accentué ; la croûte qui leur succéderait serait jaunâtre ou jaune brunâtre, peu épaisse;

b) Des pustules phlyzaciées qui sont larges, aplaties ou globuleuses, et qui reposent sur une base dure et enflammée : la croûte à laquelle elles donnent naissance est brunâtre ou d’un brun noirâtre, assez épaisse, parfois même stratifiée.

Avec E. Besnier nous distinguerons deux grandes variétés de pustules :

a) Pustules superficielles (épidermiques d’E. Besnier, exulcéreuses de Leloir,

SYMPTOMATOLOGIE ET ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALES

catarrhales des Allemands). — Elles n’intéressent que l’épiderme et les couche^ superficielles du derme ; elles évoluent rapidement et ne laissent après elles aucune cicatrice. Le type en est donné par les pustules de la forme pustuleuse de la dermatite herpéti forme de Duhring. Elles sont presque toujours arrondies,

hémisphériques, plus rarement ovalaires; parfois, comme dans l’ecthyma superficiel, elles sont minuscules au début, puis elles s’étalent graduellement et peuvent même arriver dans quelques cas h avoir d’énormes dimensions par décollement progressif périphérique de l’épiderme. Elles sont alors aplaties, flasques, et peu a peu il se forme à leur centre une croûtelle arrondie qui s’élargit en même temps que la pustule.

Le contenu des pustules superficielles varie du jaune clair ressemblant plutôt à de la sérosité louche, au jaune foncé franchement purulent. Ce liquide renferme de très nombreux leucocytes.

Elles sont presque toujours entourées d’une auréole rouge dont l’importance varie suivant l’intensité du processus inflammatoire.

Elles se terminent parfois par rupture, soit spontanée, soit beaucoup plus fréquemment accidentelle ; et, dans ce cas, leur contenu est enlevé mécaniquement ou se concrète en croûtes irrégulières. Elles peuvent se dessécher peu à peu par résorption graduelle du liquide qu’elles renferment, et elles forment ainsi des croûtes brunâtres ou d’un brun noirâtre qui finissent par tomber en laissant des pigmentations plus ou moins persistantes.

Au point de vue anatomo-pathologique, les pustules superficielles ont le même mode de formation que les vésicules et que les bulles. Leur liquide renferme une énorme quantité de leucocytes migrateurs dont la diapédèse est provoquée soit par l’agent pathogène primitif, soit par l’adjonction d’un agent pyogène, tel que le staphylococcus aureus qui est de beaucoup le plus commun, ou tout autre staphylocoque.

b) Pustules prof ondes (dermiques d’E. Besnier, ulcéreuses de Leloir, parenchymateuses des Allemands). — Elles intéressent plus ou moins profondément le derme, détruisent toujours au moins la couche papillaire, sont d’ordinaire. légèrement acuminées ou un peu arrondies au sommet, assez bien tendues, résistantes, sont entourées d’une aréole très accentuée, d’un rouge vif, et reposent sur une base inflammatoire profonde caractérisée par une infiltration notable des téguments. Elles donnent naissance à une croûte assez épaisse, brunâtre ou noirâtre, qui ne tombe qu’après un laps de temps assez long en laissant parfois une cicatrice plus ou moins apparente suivant l’intensité et la profondeur du processus morbide.

13° Squames ou écailles. — On donne le nom de squames ou d 'écailles à des lamelles épidermiques qui se détachent de la surface des téguments : elles résultent de la desquamation de l’épiderme.

Il est assez difficile de classer les squames en tant que lésions élémentaires. Presque toujours elles sont consécutives à d’autres lésions dont elles ne sont que la conséquence, et par suite elles doivent être considérées comme des lésions élémentaires secondaires; citons comme exemples les érythèmes, la scarlatine, l’eczéma, etc...

Fig. 14. — Pustule d’ccthyma.

A la partie inférieure du décollement épidermique le pus forme un amas blanchâtre visible sur la photographie.

LÉSIONS ÉLÉMENTAIRES SECONDAIRES

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