‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 89 sur 252 · IL — TRAITEMENT EXTERNE DES DERMATOSES · texte numérisé non relu

IL — TRAITEMENT EXTERNE DES DERMATOSES

Autrefois complètement négligé, le traitement externe des dermatoses a pris à l'heure actuelle une importance capitale, et cela à juste titre. Si Ton se reporte en effet au chapitre Étiologie et Pathogénie, on voit que, s’il est des éruptions d’origine externe pouvant guérir spontanément par la seule hygiène, il en est beaucoup au contraire dans lesquelles les irritations extérieures, le parasitisme jouent un rôle prépondérant. Il est certain d’autre part que les traumatismes, les inoculations accidentelles, la pullulation des parasites vulgaires sur une peau malade peuvent, même lorsqu’il s’agit d’une éruption d’origine interne, compliquer la scène morbide et augmenter la durée de l’affection, ce qui ne se produira que dans de bien moindres proportions si l’on fait des pansements soigneux et appropriés. L’expérience montre, de la manière la plus nette, que la médication locale est presque toujours efficace, que seule elle guérit beaucoup de dermatoses.

Nous serons cependant très succincts dans ces généralités, car le traitement local est exposé avec quelques détails à propos de chaque maladie.

Nous n’avons pas seulement à étudier les diverses substances que l’on utilise comme topiques, mais aussi leur mode d’application à la surface des téguments.

Gomme l’a très bien mis en relief Darier dans sa si remarquable préface de sa traduction de l’ouvrage de Leistikow. « On s’est demandé, et Unna a été assurément un des premiers, sinon le premier, à s’engager dans cette voie, si, au lieu de chercher de nouveaux médicaments, on ne réussirait pas en modifiant le mode d’emploi de ceux que nous possédons, c’est-à-dire en variant et en perfectionnant ce qu’on peut appeler la technique du traitement. On a donc été conduit à examiner quelles différences dans leurs effets produisaient les mêmes agents médicamenteux suivant qu’on faisait varier les excipients ou véhicules et par conséquent la forme pharmaceutique des topiques employés . »

« Pour Unna, le fait fondamental consiste en ceci; certains excipients et certaines formes pharmaceutiques permettent à la perspiration ou à l’évaporation cutanée de se faire autant qu’à l’état normal et la favorisent même dans une certaine mesure ; d’autres s’y opposent et apportent à cette fonction un obstacle plus ou moins insurmontable. C’est par le mécanisme de l’évaporation cutanée que se fait la déperdition du calorique à la surface des téguments, et il est évident que les modifications de cette évaporation doivent retentir sur la température locale. La grande majorité des affections cutanées étant inflammatoires, les applications imperméables faites sur des surfaces dont la température locale est accrue, ont pour effet de les échauffer; celles au contraire qui stimulent l’évaporation rafraîchissent la surface et calment l’inflammation. En revanche les premières ont une

TRAITEMENT GÉNÉRAL

action pénétrante et profondément modificatrice, tandis que l’effet des secondes

est exclusivement superficiel et palliatif . »

« . Ce n’est pas en théorie seulement, mais en pratique, que l’auteur est par¬

tisan du principe : « La façon de donner vaut mieux que ce que Von donne. » Aussi dans bon nombre de chapitres, après un bref résumé des indications à remplir, Leistikow groupe-t-il les médications applicables suivant la nature de la préparation ; il recommande par exemple au début les lotions, les poudres, les crèmes ; à un stade ultérieur les pâtes ou les colles de zinc; ailleurs les pommades, les emplâtres, etc... Il a soin, bien entendu, d’indiquer quels sont les médicaments actifs qui doivent figurer dans ces topiques et leur dosage; mais on sent que, pour lui, la forme prime le fond. » (Darier, loc. cit., p. XVIII, XIX et XX.)

A. — Modes divers d’application des topiques sur les téguments

11 y a diverses manières de mettre les médicaments en contact avec les téguments et on doit les choisir suivant les indications.

Ils peuvent être appliqués sous leur forme naturelle.

Ils peuvent être incorporés dans des véhicules liquides, comme dans les bains, les lotions, les pulvérisations, les enveloppements, les teintures.

Ils peuvent être incorporés à des excipients mous ou solides grâce auxquels ils sont tenus en contact avec les téguments pendant un espace de temps plus ou moins long; ce sont les savons, les cataplasmes, les poudres, les pommades, les pâtes, les colles gélatines, les emplâtres, les mousselines emplâtres, les collodions, les traumaticines, les pellicules, etc...

Quelle que soit la forme sous laquelle on les emploie, qu’ils soient à l’état naturel, solubilisés ou suspendus dans des liquides, incorporés à des excipients mous, pâteux ou solides, ils peuvent être mis en contact avec les téguments par simple apposition, par onction ou par friction.

Apposition et onctions. — Il est inutile d’insister sur ces deux modes d’application. Quand le corps médicamenteux esta l’état solide on le réduit en poudre (voir plus loin) et on l’applique en cet état. Quand il est à l’état liquide ou pâteux on en badigeonne les points malades comme on le fait par exemple avec l’ichthyol.

Frictions. — On donne le nom de friction h des frottements méthodiques exercés sur une partie du corps ou sur le corps tout entier avec la main seule ou armée d’instruments variés, tels que brosses, gants, pièces de toile ou de drap, imprégnés ou non de substances diverses médicamenteuses ou non (Tartivel).

La friction est dite sèche quand elle est faite avec la main seule ou avec un instrument seul : elle est dite humide quand on emploie de plus une substance quelconque liquide ou demi-liquide. Nous n’avons pas à étudier ici les frictions au point de vue hygiénique.

On se sert parfois des frictions médicamenteuses dans certaines dermatoses rebelles, telles que le psoriasis, le lichen corné, les kératodermies, l’acné, etc..., pour décaper les plaques malades, faire pénétrer plus profondément les médicaments, ou modifier à un haut degré l’état des téguments.

Dans ces cas, on emploie surtout des savons, en particulier le savon noir, et des pommades.

TRAITEMENT EXTERNE. BAINS

Les frictions jouent également un rôle important dans le traitement de certaines dermatoses parasitaires, telles que la gale, le pityriasis versicolor, et surtout dans le traitement de la syphilis : elles constituent dans cette affection une méthode curative des plus importantes. Nous renvoyons pour plus de détails à chacune de ces affections.

a) — Mode d'emploi des médicaments sous forme soluble, ou en suspension

dans des liquides.

Veau joue un rôle des plus importants en dermatothérapie. Nous avons déjà dit à propos de l’hygiène locale de la peau que les lavages étaient tout ou presque tout. L eau est en outre incessamment utilisée pour nettoyer les surfaces malades. Il faut employer pour cela de l’eau de pluie ou de l’eau qui a longuement bouilli et que l’on a ensuite décantée après l’avoir laissée reposer pour qu’elle perde ses propriétés irritantes dues aux corps divers qu’elle tient en dissolution.

Mais son rôle ne se borne pas à cela. Mise un certain temps en contact avec les, tissus cutanés, elle fait gonfler les cellules épidermiques. Froide ou très chaude,, elle fait contracter les vaisseaux cutanés; tiède ou simplement chaude, elle les dilate.

On l'utilise dans le traitement des dermatoses, sous la forme de bains, de douches, de lotions, d’enveloppements; elle entre dans la composition de certaines crèmes, onguents, liniments et colles.

Bains. — On désigne sous le nom de bain l’immersion plus ou moins prolongée du corps en totalité ou en partie dans un milieu liquide, solide, vaporeux ou gazeux.

En dermatologie, on ne se sert guère que des bains liquides dont la grande masse est composée d’eau pure ou additionnée de certaines substances telles que le son, l’amidon, la gélatine, etc...

Rien de plus variable que l’action du bain suivant sa durée, sa température, sa composition.

On ne doit point prescrire des bains dans toutes les dermatoses d’une manière inconsidérée. 11 y a en somme peu d’affections cutanées courantes qui soient justiciables des bains tels qu’on peut les donner en ville. Ils ne réussissent pas toujours dans les pyodermites (ecthyma, impétigo, folliculites, furoncles, etc...); ils peuvent donner des poussées dans les eczémas, les dermatites exfoliatives, etc... Gomme tous les dermatologistes l’ont observé, il suffit parfois de supprimer un bain habituel pour voir disparaître rapidement une dermatose rebelle (voir A. Tansard : les Bains médicamenteux en dermatologie, thèse de Paris, 1902).

Durée. — La durée d’un bain peut varier de quelques minutes à peine, à plusieurs jours (bains continus).

La plupart des bains que l’on prescrit dans les maladies de la peau ne doivent avoir qu’une durée assez courte, de quinze à vingt minutes.

Ce n’est que dans des circonstances spéciales, comme dans le psoriasis par exemple, que l’on prend des bains prolongés de plusieurs heures, et répétés chaque jour; on en fait également usage dans certaines stations minérales, à Louèche en particulier.

Les grandes dermatoses, comme le pityriasis rubra, les herpétides malignes

TRAITEMENT GENERAL

exfoliatives, les pemphigus foliacés, les dermatites herpétiformes, etc., se trouvent parfois très bien de l’emploi des bains continus dans lesquels les malades restent constamment pendant des semaines et même pendant des mois. 11 faut alors une installation spéciale pour que la température de l’eau soit maintenue constante : le sujet est couché dans le bain sur un lit mobile que l’on peut élever et abaisser à volonté.

Température. — La température des bains que l’on donne dans les maladies de la peau doit être telle que le malade n’éprouve aucune sensation de froid ou de chaud; en somme, il faut qu’ils soient tièdes, entre 32° et 34°, et leur température doit rester constante pendant toute leur durée. Des bains trop chauds peuvent déterminer des poussées nouvelles de l’affection cutanée dont est atteint le malade, surtout lorsqu’il s’agit d’eczéma.

Composition. — La composition des bains que l’on a préconisés dans les dermatoses varie à l’infini.

Si l’on se contente de donner des bains d’eau pure, on peut avoir des résultats très différents, suivant les qualités de l’eau que Ton emploie. C’est ainsi que l'eau de pluie, l’eau de source, l’eau de rivière, l’eau de mer, l’eau peu chargée de sels, l’eau calcaire, etc..., n’ont pas des effets identiques sur les téguments. Aussi seraitil théoriquement bon de faire bouillir en totalité l’eau dont on se sert pour baigner les sujets atteints de dermatoses.

I. — - Une première grande catégorie de bains comprend les bains émollients ; en voici les principaux :

Bain de son. — 5 à 10 litres de gros son pour un bain : faire autant que possible bouillir le son dans l’eau du bain : on peut aussi mettre le son dans un gros linge fortement noué que l’on plonge dans l’eau du bain, puis que l’on presse de temps en temps : la température doit être de 32° en moyenne, et la durée de quinze à vingt minutes. %

Bains d'amidon. — On prend de 500 grammes à 1 000 grammes d’amidon : on le fait d’abord gonfler à l’eau à peine tiède, puis on le délaie dans de l’eau très chaude avant de le mélanger au bain.

Bains de gélatine. — On met par bain de 250 à 500 grammes de gélatine blanche (colle de Flandre); on concasse la gélatine, on la fait tremper dans un litre d’eau froide pendant une heure, on en achève la dissolution à la chaleur et on l’ajoute à l’eau du bain.

A côté de ces trois principaux bains émollients, nous signalerons les bains de glycérine (de 500 a 1 C00 grammes de glycérine par bain), les bains émollients proprement dits dont voici la formule :

Espèces émollientes

Graines de lin . . .

Faire bouillir le tout dans :

Eau commune . b 000 —

Passez à travers un linge avec forte expression; versez dans une quantité suffisante d’eau chaude pour un bain général.

Pour les bains de camomille, de tilleul, etc..., etc..., on fait bouillir 1 000 grammes de ces diverses substances dans 5 litres d’eau : on passe, et on ajoute au bain.

2 000 grammes.

TRAITEMENT EXTERNE

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