ENVELOPPEMENT
traitée à l’eau bouillie, et de la recouvrir immédiatement d’une autre feuille propre et sèche. Les feuilles doivent avoir exactement les dimensions des parties malades. Cette dernière condition est fort importante; car presque toujours, surtout lorsqu’il s’agit d’un eczéma, le mal traité s’étend à toute la surface recouverte par la feuille caoutchoutée. Dès que le suintement devient peu important, presque nul, il convient de remplacer ce pansement par un autre.
E. Vidal, pour supprimer dans une certaine mesure la mauvaise odeur qui se produit sous la feuille de caoutchouc, eut l’idée d’interposer entre elle et les parties malades deux ou trois doubles de tarlatane imbibée d’eau bouillie et exprimée. Cette modification et les recherches minutieuses d’E. Besniersur ce sujet ont été le point de départ delà méthode que, depuis 1885, nous avons essayé de vulgariser et qui est actuellement adoptée par de nombreux dermatologistes : nous lui avons donné le nom d’enveloppement indirect. Elle consiste à appliquer sur les surfaces malades de la tarlatane sans apprêt ou préalablement bouillie pour enlever cet apprêt, pliée en dix ou quinze épaisseurs, que l’on trempe soit simplement dans de l’eau bouillie, soit dans une décoction quelconque, guimauve, pavot, camomille, racine d’aunée, feuilles de noyer, etc., suivant les effets que l’on veut avoir; avant de l’appliquer, on l’exprime fortement, puis on la recouvre d’un tissu imperméable quelconque, taffetas chiffon, ou taffetas gommé, ou toile caoutchoutée. Le pansement se fait deux ou trois fois par vingt-quatre heures. Si l’on ne veut pas avoir de macération des téguments, on interpose entre la tarlatane et le tissu imperméable une couche plus ou moins épaisse d’ouate hydrophile qui absorbe en partie l’humidité de la tarlatane. Enfin on peut combiner l’effet de ce pansement avec divers topiques que l’on applique d’abord sur les téguments : par exemple on les recouvre d’une couche épaisse de pâte de zinc, et c’est par-dessus cette couche de pâte que l’on applique la tarlatane, l’ouate et le taffetas chiffon 1 .
On réalise ainsi un pansement extrêmement propre, pratique, qui est à la fois détersif, émollient, antiphlogistique, qui par l’addition d’un peu d’acide borique, ou de quelques gouttes d'eau d’Alibour au liquide dans lequel on trempe la tarlatane peutêtre rendu légèrement antiseptique, et qui remplace avantageusement les anciens cataplasmes dans beaucoup de cas.
1 Voici la formule d'E. Besnier : « On taille dans du lint aseptique neutre, ou dans des mousselines aseptiques, ou dans des tarlatanes désempesées et aseptisées par l'eau bouillante, des pièces de la forme et de la dimension exacte des surfaces malades ; s’il s’agit de lint. une ou deux; épaisseurs suffisent, trois à six si l’on emploie les mousselines ou les tarlatanes, et on dispose les pièces ainsi préparées sur une table propre ou garnie de linge aseptique; là, on les imbibe sur place avec du coton hydrophile mouillé de l’un des liquides employés pour les lotions », ou, pour les éruptions irritables, phlycténoïdes, de Uniment oléo-calcaire du Codex stérilisé. « Une fois imbibés, les lots de compresses de mousseline ou les pièces de lint aseptique sont étanchés par pression à plat à l’aide de linges aseptiques, puis appliqués sur les surfaces malades, exactement comme s'il s'agissait d'un cataplasme. Les dimensions du cataplasme doivent être rigoureusement déterminées par celles de la surface eczématisée, sous peine de voir les liquides exsudés , étalés à la surface saine ambiante , devenir une cause d’irritation eczématisante et d' auto-inoculations. Avant l’application du cataplasme, on a pris soin de nettoyer aseptiquement la peau alentour de la surface » malade... « Souvent, il sera bon de faire, alentour, une onction légère de pâte de zinc , ou de poudrer avec l’amidon, ou le sous-nitrate de bismuth impalpable, protecteur excellent, quelquefois même d’établir alentour une zone protégée par une couche de colle à l’oxyde de zinc. Par-dessus, on place, taillés exactement de la dimension des compresses, et ne les dépassant jamais, des morceaux d'imperméable fin, puis une couche de coton hydrophile, ou une plaquette de lint sèche, et le tout est maintenu avec des bandes de gaze recouvertes ellesmêmes, si le malade n’est pas alité, de bandes de crêpe, de ceintures, s il s agit du corps, ou de compresses en appareil de Scultet, si l’eczéma a son siège aux membres intérieurs, etc...
« En moyenne, le pansement se fait toutes les quatre, six ou huit heures, selon l’état des surfaces, le retour du prurit et l’altération corrélative des liquides employés. »
•Cataplasmes. — On donne le nom de cataplasmes a des topiques diversement composés, de consistance molle, que Ton applique sur les téguments.
Le plus connu de tous les cataplasmes est le vulgaire cataplasme de farine de graine de lin, que l’on prépare avec deux parties de farine de graine de lin et environ trois parties d’eau en volume. On peut délayer la farine à froid et faire cuire, ou bien ajouter peu à peu la farine à l’eau bouillante en agitant constamment. On étale ensuite sur de la tarlatane. Il faut toujours, quand on veut faire un cataplasme, se servir de tarlatane que l’on a préalablement fait bouillir dans de l’eau chaude pour enlever l’apprêt, afin que cet apprêt n’irrite pas les parties malades.
Le cataplasme de farine de lin ordinaire a l’inconvénient de fermenter très vite et de devenir dès lors très irritant pour la peau. On a préparé des farines de lin qui n’ont pas cet inconvénient, et qui sont dites déshuilées ; mais, même lorsqu’on y a recours, il faut autant que possible les avoir fraîches. Les grands avantages des cataplasmes de farine de graine de lin en pratique, c’est qu’ils sont faciles à faire.
Les cataplasmes de beaucoup les plus employés en dermatologie sont ceux d’amidon ou de fécule. Voici le procédé usité à l’hôpital Saint-Louis pour faire un cataplasme de fécule :
On prend 100 grammes de fécule, et on les délaye lentement dans 200 grammes d’eau à peine tiède : quand la fécule est bien délayée, qu’il n’y a pas de grumeaux, on jette brusquement dans le récipient 700 grammes d’eau bouillante, on agite vivement, et, au bout d’une ou deux minutes, on enlève du feu. La fécule gonfle et se prend en une sorte de gelée transparente que l’on étale immédiatement sur de la tarlatane en une couche de 5 à 15 millimètres d’épaisseur. On se sert de ces cataplasmes quand ils sont à peine tièdes, presque froids, ou tout à fait froids ; on peut donc en faire plusieurs à la fois. Pour empêcher le cataplasme de fécule de sécher trop vite, on peut ajouter à l’eau avec laquelle on le fait un peu de glycérine.
On doit changer un cataplasme toutes les deux ou trois heures, au moins, mais en réalité dès qu’il commence à sécher, ou dès qu’il commence à s’échauffer au contact des points malades ; tout cataplasme qui s’échauffe au contact des téguments devient une cause d'augmentation de l’inflammation.
Il faut faire les cataplasmes plus ou moins durs, suivant les indications. Le plus souvent ils doivent être assez fermes, nullement liquides, tout en étant cependant humides. Les bons cataplasmes de fécule de pomme de terre sont souples, flexibles, et ont presque la consistance du caoutchouc. Il est bon d’en enduire le pourtour avec du cold-cream pour qu’en ce point ils ne sèchent pas et n’adhèrent pas aux téguments. On ne doit pas les recouvrir d’un tissu imperméable.
Certains auteurs ont beaucoup vanté les cataplasmes de farine de seigle ; on s’est aussi servi des cataplasmes de mie de pain et de lait.
Il est toujours prudent de faire bouillir au préalable l’eau avec laquelle on doit faire les cataplasmes.
Les cataplasmes de fécule de pomme de terre bien préparés doivent être considérés comme d’excellents topiques dans presque tous les cas d’inflammation violente des téguments, mais il faut savoir s’en servir.
On trouve maintenant dans le commerce des cataplasmes tout faits de farine de graine de lin, de fécule d’amidon, d’adragantine. Il suffit de les tremper dans un peu d’eau chaude, puis de les laisser refroidir, et on les applique ainsi préparés ; c’est fort simple, mais il sont d’ordinaire moins émollients que les cataplasmes préparés comme nous venons de le dire.
TRAITEMENT EXTERNE. — POUDRES
Emulsions. Lotions pharmaceutiques. — Émulsions. — On donne le nom d 'émulsions « à des liquides d apparence laiteuse, renfermant en suspension dans l’eau des substances insolubles de nature très variable, tels que des corps gras liquides
ou solides, des matières grasses résineuses ou oléo-résineuses, des huiles essentielles » (L. Iïahn).
Le Uniment oléo-calcaire qui rend de si grands services dans certaines dermatoses comme les dermatites polymorphes douloureuses, les brûlures, les éruptions artificielles en est un type.
Lotions pharmaceutiques . — On a donné par abus de langage le nom de lotions à des préparations dans lesquelles des substances solides à l’état pulvérulent se trouvent en suspension dans des liquides aqueux ou alcooliques.
Telle est la préparation que l’on appelle la lotion soufrée de l’hôpital Saint-Louis et dont voici la formule :
Soufre précipité . 25 grammes.
Alcool camphré . 50
Glycérine neutre pure . 5
Eau distillée . 250
Le soufre se précipite au fond de la bouteille qui contient la préparation. Pour s’en servir on l’agite très fortement pendant plusieurs minutes, puis on dépose le mélange sur les surfaces malades. Le liquide s’évapore et laisse une couche mince et uniforme de soufre et de camphre sur les tissus. Par ce procédé on réussit à appliquer avec une extrême précision une mince couche pulvérulente uniforme de substance active sur les tissus en un point aussi limité que l’on veut, et même sur le cuir chevelu entre les cheveux sans souiller les parties voisines. C’est là parfois un avantage considérable.
b) — Modes d'emploi des médicaments non solubilisés, incorporés à des poudres ou à des substances onctueuses ou adhérentes.
cl) Poudres. — On donne en dermatologie le nom de poudres à des topiques pulvérulents secs, réduits en particules aussi petites que possible. La grande qualité des poudres est leur extrême finesse; elles doivent être impalpables.
Les poudres appliquées sur les téguments agissent comme corps isolants, comme substances absorbantes : « Le courant sécrétoire qui provient de la profondeur de la peau, rencontrant alors moins d’obstacles, s’accélère, et il en résulte un accroissement notable de la perspiration cutanée. La peau s’en trouve rafraîchie; le calibre des vaisseaux se rétrécit; il y a par conséquent anémie cutanée. C’est aux régions de la peau les plus riches en graisse, comme au visage, que le refroidissement est le plus marqué. Sur la peau hypérémiée l’effet décongestionnant des poudres est des plus évidents. Sur la peau enflammée... les poudres augmentent encore la perspiration, et la réfrigération qui en résulte procure au patient une sensation particulièrement agréable » (Leistikow, loc. cil., traduct. Darier, p. 15).
Elles peuvent aussi, suivant ce qu’elles contiennent, modifier d’une manière active les surfaces sur lesquelles on les applique.
On doit les diviser en deux groupes principaux, d’après leur origine :
1° Les poudres végétales qui sont les poudres d’amidon, de riz, de blé, de fécule de pomme de terre, d’iris, de lycopode, d’arrow-root, de vieux bois, de sabine, etc.
TRAITEMENT GÉNÉRAL
2° Les poudres minérales, qui sont des poudres de talc, d’oxyde de zinc, de sousnitrate de bismuth, de carbonate de bismuth, de carbonate de magnésie (fort remarquable par sa puissance d’absorption), de craie, de plâtre, d’argile, de bol d’Arménie, de ceyssatite, de kaolin, de sous-carbonate de fer, d’iodoforme, d’iodol, d’aristol, de calomel, d’alun, etc...
Fort souvent, au lieu de se servir d’une poudre simple, on se sert d’une poudre composée, c’est-à-dire obtenue par le mélange en proportions diverses de deux ou de plusieurs substances soigneusement réduites à l’état pulvérulent. Ces mélanges sont faciles à faire, et se conservent bien, pourvu que la densité des poudres mélangées soit peu à peu la même ainsi que le volume des grains.
Au point de vue des effets thérapeutiques, on doit établir une distinction radicale entre les poudres d’origine végétale qui gonflent à l’humidité et qui fermentent (aussi ne faut-il pas les employer comme corps isolants), et les poudres d’origine minérale, moins douces à la peau, mais qui ne fermentent pas à l bumidité, et qui sont beaucoup plus siccatives, aussi constituent-elles les isolants par excellence*
D’ailleurs, les effets topiques des poudres sont éminemment variables suivant la nature même des corps qui les composent.
f») Préparations pharmaceutiques servant à maintenir les médicaments externes en contact avec la peau. — • Pour maintenir les médicaments externes en contact avec les téguments, on a inventé diverses préparations pharmaceutiques dont les principales sont les pommades, les onguents, les pâtes, les vernis solubles, les gélatines colles, les emplâtres, les vernis non solubles, etc.
L’importance du mode de préparation employé pour enrober la substance active est des plus grandes en thérapeutique cutanée. On peut en effet régler ainsi presque à volonté l’énergie de l’agent actif et sa pénétration plus ou moins profonde. « Une lotion aqueuse qui contient un agent actif en suspension ou en dissolution dépose simplement une couche légère de celui-ci à la surface de la peau. Son action sera celle de cet agent appliqué directement en poudre excessivement fine. Une pâte, qui est un mélange de graisses et de poudres, pénètre la couche cornée par la graisse qu’elle contient; mais les substances pulvérulentes qu’elle renferme lui donnent une porosité qui permet à la peau de fonctionner normalement sous cet enduit, et à la pâte d’absorber les sécrétions cutanées. Dans ces conditions, l’agent médicamenteux contenu dans une pâte ne pénètre pas très avant à l’intérieur des tissus, et ne dépasse guère la couche cornée. Dans les pommades, composées de graisses et d’un agent médicamenteux, l'occlusion de la peau par les substances grasses est à peu près complète : la perspiration cutanée ne s’effectue plus; les produits de sécrétion de la peau sont retenus à sa surface ; il s’ensuit une inflammation locale, une dilatation des capillaires, des phénomènes congestifs ; dans ces conditions les échanges entre les graisses de la peau et les graisses chargées de substances médicamenteuses sont beaucoup plus actifs et l’agent médicamenteux pénètre beaucoup plus profondément. Enfin dans les emplâtres, l’occlusion de la peau est complète ; les emplâtres sont donc des agents extrêmement actifs; le médicament dont ils sont chargés agit profondément. On voit que ces différents excipients forment une sorte de gamme qu’il est indispensable de connaître. Ce n’est pas au hasard que l’on doit s’adresser à une lotion ou à une pommade ; il faut savoir ce que l’on veut, comment on veut agir... » (L. Pautrier, p. 616 du Traité de Leredde ).
TRAITEMENT EXTERNE. — POMMADES
Pommades. — On donne le nom de pommades à des topiques d’une consistance molle ayant pour base un corps gras quelconque, mais ne contenant ni substance résineuse, ce qui les différencie des onguents, ni savon de plomb, ce qui les différencie des emplâtres.
D’après Bretonneau et Desesquelles on devrait distinguer trois modes de fabrication des pommades :
1° Les pommades par simple mélange obtenues par la trituration dans un mortier ou sur une plaque de verre ou de porcelaine de l’excipient et de l’agent médicamenteux ;
2° Les pommades par solution obtenues à froid ou à chaud ;
3° Les pommades par combinaison chimique.
Ce sont les premières qui sont de beaucoup les plus employées.
Nous n’avons pas dans cet ouvrage élémentaire à exposer les diverses théories qui ont cours sur la perméabilité ou l’imperméabilité de la peau ; ce que nous devons dire au point de vue pratique, c’est qu’une peau même saine, à plus forte raison, une peau privée de son épiderme, absorbe dans une certaine mesure les agents médicamenteux appliqués à sa surface sous la forme de pommade, surtout quand cette pommade est employée en frictions. En effet, comme nous venons de le voir, la pommade réalise l’occlusion de la peau, abolit la perspiration cutanée, produit une dilatation des capillaires, provoque des actions congestives, tous phénomènes qui entraînent comme conséquence une exagération de l’osmose et une pénétration plus profonde des médicaments.
On doit distinguer dans les pommades deux parties constitutives fondamentales : 1° l’excipient ; 2° la substance active.
1° Excipient. — L’excipient des pommades est pour ainsi dire toujours un corps gras quelconque.
« Les graisses, quelles qu’elles soient, appliquées sur la peau en onction simple ou sous forme de pansements, déterminent la rétention des sécrétions cutanées et le gonflement des cellules épidermiques. Elles augmentent donc le pouvoir de résorption de la peau : ce sont là des excipients tout à fait appropriés pour les médicaments qui doivent agir en profondeur. L’imbibition de la couche cornée par une matière grasse met physiquement les téguments à l’abri de la dessiccation et ralentit de plus l’évaporation aqueuse en faisant obstacle aux sécrétions et excrétions cutanées. » (Leistikow : loc. cil., traduct. française, p. 3 2, 33.) (Voir plus haut.)
Les graisses dont on se sert pour fabriquer les pommades sont d’origine animale, végétale ou minérale.
A. Ciraisses animales. — a) Solides. — Vaxonge est de beaucoup la plus importante de toutes. Elle a été pendant longtemps la base unique des pommades ; mais elle a l’inconvénient de rancir vite quand elle n’a pas été obtenue par une longue ébullition de la panne de porc dans l’eau. Aussi faut-il avoir soin ou de la préparer ainsi, ou de la fabriquer au moment même de s’en servir, en fondant à une douce chaleur de la panne de porc nouvellement tué, et en la passant à travers un linge propre : dans ce dernier cas, il est bon de la renouveler tous les trois ou cinq jours suivant la température.
Pour obvier à cet inconvénient, on emploie quelquefois l’axonge benzoïnéc qui se conserve beaucoup plus longtemps. Pour la préparer, on ajoute 5 grammes de teinture de benjoin par kilogramme d’axonge fondue; on agite jusqu’à refroidis-
TRAITEMENT GÉNÉRAL
sèment. Mais cette préparation, de même que l’axonge salicylée, est plus irritante pour les téguments que l’axônge parfaitement pure et fraîche.
La graisse d'oie a été préconisée par quelques auteurs, par Jackson en particulier, dans le traitement des teignes tondantes.
La graisse de rognons de veau se prépare comme l’axonge : elle en est un des meilleurs succédanés.
La moelle de bœuf entre dans la composi tion de nombreuses pommades pour le cuir chevelu ;
Le blanc de baleine au spermacéti sert à fabriquer les cold-creams.
Les graisses de laine du mouton jouent depuis quelques années un grand rôle en thérapeutique cutanée. Elles ont été l’objet de nombreux travaux et leur histoire est déjà fort compliquée.
Les plus importantes sont : Yœsypus ou graisse de laine brute, extrêmement adhérent, formant un très bon excipient pour les pommades quand on le combine avec une huile, mais ayant une odeur désagréable ; — la lanoline , préparée par Liebreich, et qui est une graisse de laine purifiée ; quand elle est parfaitement pure elle n’a pas d’odeur, est un peu jaunâtre, visqueuse ; — Yadeps lanœ ou alapurine, etc. . .
Leurs grandes propriétés sont la facilité avec laquelle ces substances se mélangent à l’huile, à la vaseline, à la glycérine, à l’eau pour former des préparations homogènes, maniables, qui sont d’excellents excipients pour les pommades et pour les pâtes.
b) Liquides. — Les diverses huiles de foie de morue sont assez fréquemment utilisées par les dermatologistes en applications externes. Nous prescrivons souvent dans certaines affections prurigineuses les cérats ou les emplâtres à l’huile de foie de morue.
B. Graisses végétales. — a) Solides. — - Le beurre de cacao est assez fréquemment utilisé comme excipient de pommades pour les lèvres ou pour le cuir chevelu ; on l’étend d’un peu d’huile.
b) Liquides. — Presque toutes les huiles végétales ont été utilisées en dermatologie : les plus employées sont les huiles d'olive , d'amande douce, de ricin. Elles servent d’ordinaire à ramollir les autres excipients trop durs ou à en diminuer la viscosité.
Mentionnons à côté des huiles la glycérine qui est un des produits de leur saponification, qui entre dans la composition des glycérolés, et dans une infinie quantité de préparations cosmétiques connues sous le nom de lotions, etc.. .
C. Graisses minérales 1 . — a) Solides. — Le prototype en est la vaseline que l’on retire du naphte : elle est blanche comme les vaselines dites françaises épurées, ou légèrement blonde comme les vaselines américaines. C’est un excipient qui ne rancit jamais, un peu mou, mais que l’on peut raffermir en y incorporant de la lanoline ou de la cire blanche. Malheureusement il est fort difficile de s’en procurer de bonne, et presque toutes les vaselines du commerce sont plus ou moins irritantes pour les téguments, aussi faut-il s’en défier dans la pratique.
1 Gomme l’a fort bien fait remarquer Darier ( Traduction française de Leislikow, p. 33, note 1), il n'y a pas de matières grasses minérales; les vaselines sont des mélanges d’hydrocarbures, et non des mélanges d’éthers de la glycérine comme les corps gras.
TRAITEMENT EXTERNE. — POMMADES
On a beaucoup préconisé en Allemagne les vasogènes qui sont des vaselines oxygénées, qui dissolvent la plupart des médicaments employés en dermatologie, et en facilitent l’absorption ; ils sont surtout précieux pour l’iode et ses composés.
Le vasenol (Thimm) est un produit obtenu par addition d’alcools de graisses aux vaselines, ce qui permet ensuite de leur faire absorber de grandes quantités d’eau ; l’excipient de vasenol dont on se sert pour les pommades contient 25 p. 100 d’eau ; il forme des crèmes douces, non irritantes.
b) Liquides. — La vaseline liquide ou pétrovaseline, huile de vaseline, n’est guère employée pour fabriquer les pommades ; on l'utilise surtout comme véhicule pour certaines injections hypodermiques.
D. Excipients composés. — Nous donnons ce nom aux excipients qui sont constitués par le mélange de plusieurs substances premières.
En pratique les excipients des pommades usuelles sont presque tous des excipients composés.
En effet, on emploie surtout à l'heure actuelle comme excipients :
a) Le mélange de lanoline et de vaseline en proportions variables, par exemple :
Vaseline . 20 grammes.
Lanoline . 10 —
b) Le mélange de lanoline et d’huile :
Huile d'olive ou d'amande douce . 20 grammes.
Lanoline . de 10 à 20 —
c) Le mélange de lanoline, de vaseline et d’eau, par exemple :
Lanoline pure . 5 grammes.
Vaseline pure . 10 —
Eau de chaux. . . 25 —
d) Le mélange suivant :
Lanoline . 10 grammes.
Axonge fraîche . ^ àà 20
Eau distillée . )
C’est à ces dernières compositions que l’on a donné récemment le nom de crèmes.
e ) Les lainines composées qui sont en nombre illimité; les plus employées sont . a) La résorbine allemande qui est une émulsion composée d’huile d’amandes
douces très pure, de cire, de gélatine, de savon et dune petite quantité de
lainine.
P) Valeptine de Vigier dont voici la formule :
Lainine anhydre . 2 000 grammes.
Huile d’amande douce benzoïnée . 0 000
Blanc de baleine . 1 000
Cire blanche . . • 1100
Eau distillée stérilisée . 3 000
Baume du Pérou . *00
Gélatine blanche . ^00
TRAITEMENT GÉNÉRAL
y) L 'adipline de Cavaillès dont voici la formule :
Cire blanche .
Paraffine . . .
Huile de vaseline .
Lanoline anhydre .
Eau de rose . . . .
Eau de laurier-cerise .
25 grammes.
8) La molline dont la formule serait (Darier, Traduction de Leistikow, p. 41, note 1), 100 parties de graisse (graisse périrénale très pure, fraîchement fondue, et huile de coco très pure), 40 parties de lessive de potasse mélangée à une petite quantité de lessive de soude, 30 parties de glycérine (Kirsten, Monatsh., 1886, p. 337).
f) Les cérats qui sont des topiques mous, dont les éléments principaux sont la cire et l’huile.
Pour les fabriquer, il faut se servir d’huile d’olive ou d’huile d’amande douce et non d’huiles siccatives. La meilleure cire est la cire blanche. Ces deux substances fondamentales doivent être d’une extrême pureté et très récentes.
Ces corps rancissent avec la plus grande rapidité : aussi ne doit-on jamais en formuler beaucoup à la fois.
Nous passons sur les détails de leur fabrication qui intéressent surtout le pharmacien, et nous nous bornons à indiquer la composition de ceux d’entre eux qui sont journellement employés en dermatologie.
Cérat simple , cérat sans eau :
Iluile d’amande douce . 300 grammes.
Cire blanche . . 100 —
Faire liquéfier la cire, divisée préalablement, dans l’huile à la chaleur du bainmarie : laisser refroidir en partie en agitant constamment, verser dans un pot. (Codex). C’est cette préparation, sans eau , que nous conseillons surtout d’employer.
Cérat de Galien , cérat blanc , cérat ordinaire :
Huile d’amande douce . 400 grammes.
Cire blanche . A 100 —
Eau distillée de rose . 300 —
Faites liquéfier la cire dans l’huile à la chaleur du bain-marie. Coulez dans un mortier en marbre chauffé, et remuez continuellement le mélange afin d’éviter la formation de grumeaux. Quand il sera refroidi, incorporez-y l’eau de rose, que que vous introduirez par petites parties, en agitant continuellement (Codex).
Cérat saturné , cérat de Goulard :
Sous-acétate de plomb . 10 grammes.
Cérat de Galien . 90 —
Mêler dans un mortier.
(Ce cérat ne doit être préparé qu’au moment du besoin.) Cérat cosmétique, crème froide, cold-cream :
Huile d’amande douce Blanc de baleine . .
Cire blanche ....
215 grammes.
TRAITEMENT EXTERNE. — POMMADES
Eau de rose . 60 grammes.
Teinture de benjoin . 15 —
Huile volatile de rose . X gouttes.
Faites liquéfier la cire et le blanc de baleine dans l’huile à une douce chaleur ; coulez dans un mortier en marbre chauffé et agitez jusqu’à refroidissement. Ajoutez l’huile volatile de rose, puis incorporez par petites parties le mélange d’eau et de teinture de benjoin préalablement passé à travers un linge (Codex).
Cérat à la rose, pommade pour les lèvres :
Huile d’amande douce . . . . . . . 100 grammes.
Cire blanche . 50 —
Carmin . 0&r,50.
Huile volatile de rose . . . X gouttes.
Faites liquéfier la cire dans l’huile à une douce chaleur; quand le mélange sera à moitié refroidi, ajoutez le carmin préalablement délayé dans un peu d’huile, et, en dernier lieu, l’huile volatile de rose.
g) La pommade de concombres (axonge, 1.000 grammes; graisse de veau, 600 grammes; baume de Tolu, 2 grammes; eau distillée de rose, 40 litres, suc de concombres, 1.200 grammes). Faire fondre les graisses à la chaleur du bain-marie en y ajoutant le baume de Tolu préalablement dissous dans un peu d’alcool, puis l’eau de rose. Lorsque la graisse se sera éclaircie, la décanter, et la verser dans une bassine étamée : Ajouter alors le premier tiers du suc de concombres, en ayant soin de retirer ce premier suc de concombres avant d’en remettre une nouvelle quantité; recommencer cette même opération avec le second, puis avec le troisième tiers du suc. Séparer autant que possible la graissé du liquide; la faire fondre au bain-marie, et, après un repos de quelques heures, enlever l’écume. Retirer la pommade : la couler dans des pots pour la conserver à la cave. Pour terminer cette pommade, la faire ramollir, sans la liquéfier entièrement, dans une bassine étamée; la battre avec une spatule de bois, jusqu’à ce qu’elle soit devenue assez légère pour que son volume soit presque double (Codex).
h ) Les glycérolés ou glycérés qui sont des préparations dans lesquelles la glycérine ou le glycérolé d’amidon entrent comme excipients.
Les glycérolés sont simples , c’est-à-dire formés de glycérine rendue consistante par une poudre inerte, ou composés, et renferment alors un principe médicamenteux dissous soit dans la glycérine pure, soit dans le glycérolé simple. Nous n’avons à étudier que les glycérolés simples.
Glycérolés simples. — Le plus important au point de vue dermatologique est le glycérolé d'amidon.
Pour le préparer, il faut prendre de l’amidon de blé de bonne qualité, et, à son défaut, celui d’arrow-root : les amidons de riz ou de maïs ne donnent pas d’aussi belles préparations. La glycérine dont on se sert doit marquer 28°. On délaye une partie d’amidon dans quinze parties de glycérine; on chauffe doucement dans une capsule de porcelaine en agitant avec une spatule jusqu’à ce que la masse soit parfaitement homogène et présente la consistance de l’empois. Quelques gouttes d’eau favorisent l’opération en hydratant l’amidon. Le produit obtenu est blanc, demi-transparent, onctueux au toucher, frais à la peau et ne rancit pas. Il est employé comme excipient dans une foule de pommades ou de glycérolés composés.
A côté du glycérolé d’amidon, nous devons signaler le glycérolé d’argile préparé par Yigier en 1874, et repris depuis lors en Allemagne :
Terre glaise et humide des statuaires . 100 grammes.
Glycérine pure . 50 —
Triturer jusqu'à parfait mélange.
ou bien :
Argile sèche en poudre impalpable . 75 grammes.
Eau distillée . . . 25 —
Glycérine pure . 50 —
2° La substance active. — La substance active est une substance quelconque presque toujours solide, qu’il convient de triturer à fond pour la réduire en poudre absolument impalpable avant de la mélanger à l’excipient.
Mode de préparation de la pommade. — Les pommades se préparent d’ordinaire par simple mélange au mortier des substances actives et de l’excipient, en triturant pendant tout le temps nécessaire à l’union intime complète des diverses parties constitutives.
Quand la substance active est un sel, il est préférable de le dissoudre d’abord dans une petite quantité de véhicule (eau, alcool ou glycérine) avant de l’incorporer.
Si la pommade contient plusieurs composés chimiques, il faut toujours songer aux actions lentes que ces corps peuvent exercer les uns sur les autres, et aux réductions qu’ils peuvent subir au contact de l’air.
Mode d'emploi. — On applique les pommades en se servant de l’index ou du médius préalablement nettoyés, c’est ce qui est de beaucoup préférable : on peut aussi employer pour cela un tampon de tarlatane sans apprêt ou de linge fin que l’on renouvelle à chaque application : les tampons d’ouate sont moins commodes parce que des brindilles d’ouate peuvent rester adhérentes aux téguments.
Depuis longtemps on a songé à fabriquer des bâtons de pommades pour certains usages, pour les lèvres, pour le cuir chevelu, etc... Dans ces derniers temps, on a voulu en généraliser l’emploi. Unna en a donné la formule suivante :
Cire jaune. .
Lanoline . .
Huile d’olive.
Principe actif
■ àâ 45 grammes.
Leistikow préconise un excipient à base de une partie de cire pour deux parties d’adeps lanoe, Audry un excipient composé de :
Huile d’olive . . . . . 15 grammes.
Paraffine . . 10 —
Beurre de cacao . 55 —
J. Montiès (, Journal des Mal. eut. et syphilit., février 1895, p. 121) en a donné pour Audry la formule suivante :
Beurre de cacao Paraffine . . .
Huile d’olive . .
Principe actif .
75 grammes.
TRAITEMENT EXTERNE