‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 95 sur 252 · MÉDICATION ANTI-MICROBIENNE · texte numérisé non relu

MÉDICATION ANTI-MICROBIENNE

pâte épaisse de zinc ou de bismuth sur les téguments, puis mettre la tarlatane aseptique imbibée, puis exprimée, l’ouate et le taffetas (voir enveloppements).

b) Médication parasiticide proprement dite. — La médication parasiticide proprement. dite est une des formes de la médication anti-parasitaire : elle a pour but de détruire les parasites spéciaux, animaux ou végétaux qui vivent et qui prolifèrent à la surface des téguments.

Rien de plus logique et de plus facile à appliquer que cette médication quand il s’agit de parasites animaux. Nous avons dans le sublimé, dans l’arsenic, dans le pétrole quand il s’agit de poux; dans le soufre, le pétrole, le baume du Pérou, le styrax quand il s’agit d’acares, des substances d’une grande énergie qui, mises en contact avec le parasite, le font périr rapidement.

Mais la question est déjà moins simple quand il s’agit de parasites végétaux : nous ne connaissons encore aucune substance qui puisse vraiment être considérée comme le spécifique du favus, de la trichophytie, et même du pityriasis versicolor. Nous savons que l’iode d’abord et surtout1, puis que le soufre, l’ichthyol, l’acide chrysophanique, les divers agents réducteurs, le mercure et ses composés, l’acide phénique, le formol, l’acide borique, le camphre, la térébenthine, l’huile decroton, l’acide salicylique, etc..., exercent une certaine action sur ces parasites. Mais cette action est bien variable et s’opère par des mécanismes bien différents, par desquamation, réduction, destruction directe, etc. ..

c) Médication anti-microbienne ou antiseptique. — La médication antiseptique semble au premier abord devoir donner des résultats extraordinaires dans le traitement local des dermatoses. Il n’en est malheureusement rien. — Comme nous l'avons dit plus haut, l’application sur les téguments à vif des antiseptiques usuels tels que le sublimé, l’acide phénique, le formol, l’iodoforme, le salol, etc..., donne presque toujours des résultats déplorables en ce sens qu’il survient des inflammations cutanées violentes, des éruptions artificielles qui se propagent avec rapidité, parfois même de véritables escarres. Loin d’être détruits, les microbes cutanés pullulent avec une remarquable violence à la suite de ces pansements.

La médication antiseptique proprement dite n’est vraiment indiquée que dans quelques cas assez rares et ne doit être utilisée qu’avec beaucoup de prudence en employant des médicaments peu irritants tels que l’acide borique, le camphre, le soufre, le goudron et ses dérivés. C'est ainsi que dans l’impetigo contagiosa ou de Tilbury Fox, dans le Pemphigus épidémique, dans l’Ecthyma, dans les folliculites suppurées, etc..., le nettoyage soigneux des surfaces malades, avec de l’eau boriquée, ou de l’eau oxygénée diluée, l’enlèvement des lambeaux d’épiderme décollé, les cautérisations légères avec de l’eau d’Alibour2 étendue d’eau bouillie, ou avec de l’alcool camphré, ou avec une*solution de nitrate d’argent au 1/25, ou avec de l’eau oxygénée à 12 volumes neutre, coupée de 5 à 10 fois son volume d’eau bouillie, ou avec des solutions faibles de permanganate de potasse, puis des pansements avec des poudres inertes, avec des pâtes boriquées, ou avec des emplâtres au minium et au cinabre (emplâtre rouge d’E. Aidai) donnent des résultats excellents.

En réalité, il ne faut autant que possible employer les antiseptiques que comme lotions, comme applications passagères; il faut se défier dé leur application permanente comme pansements, à la surface des téguments malades. 11 est des cas

1 L’iode semble d’ailleurs agir comme desquamant.

2 L’eau d’Alibour est composée de : sulfate de zinc, sulfate de cuivre àâ 4 grammes, camphre 5 déci grammes, safran 2 décigrammes ; faire digérer en agitant le mélange dans eau commune 120 grammes; après vingt-quatre heures, filtrer.

TRAITEMENT GÉNÉRAL

cependant où ces pansements antiseptiques trouvent leur indication et sont même réellement nécessaires. L’iodoforme dans le chancre simple, le permanganate de potasse dans le lupus vulgaire, le camphre dans l’acné et les folliculites rendent de réels services.

Mais on ne doit jamais dépasser la limite de résistance des téguments.

2° Médication émolliente, résolutive, antiphlogistique. — On doit l’employer dans les dermatoses qui s’accompagnent de symptômes inflammatoires très marqués, tels que rougeur vive des téguments, élévation de la température locale, tuméfaction, sensation de tension, de battements, avec ou sans suintement.

Les agents de cette médication sont : avant tout les poudres inertes, amidon, lycopode, talc, kaolin, ceyssatite, etc..., qui sont les topiques par excellence des inflammations cutanées ; le cataplasme de fécule de pomme de terre fait à chaud, mais appliqué froid, changé dès qu’il s’est échauffé au contact des téguments, le cataplasme de mie de pain et de lait, le cataplasme de farine de graine de lin fraîche, — l’enveloppement humide, — les bains, dont il faut beaucoup se défier, et qui doivent être non irritants, c’est-à-dire de son, d’amidon, de gélatine, de glycérine, les bains continus, les pulvérisations d’eau bouillie ou de décoctions émollientes, les lotions d’eau de son, de guimauve, de laitue, de pavot, de sureau, etc..., les applications de corps gras inertes, tels que l’axonge fraîche non benzoïnée, le cérat sans eau frais, le cold-cream frais sans odeur, le liniment oléocalcaire frais, etc... 1

A cette médication émolliente proprement dite, se rattache la médication dite protectrice qui consiste à protéger les téguments malades par une couche de topique qui la met à l’abri des contacts irritants ; on y arrive par des pâtes plus ou moins épaisses, par des vernis, des colles, et même dans certains cas par les emplâtres.

Les isolants rentrent dans le même groupe : on donne ce nom à des préparations non fermentescibles que l’on emploie pour séparer l’une de l’autre deux surfaces cutanées en contact qui s’irritent réciproquement. Ce sont d’ordinaire des poudres inertes qui jouent ce rôle, talc, oxyde de zinc, carbonate ou sous-nitrate de bismuth, kaolin, magnésie, ceyssatite, etc... On peut dans certains cas employer dans le même but les pâtes épaisses ou les vernis.

3° Médication siccative. — La médication siccative proprement dite se rattache intimement à la précédente : elle la relie à la médication dite astringente. On doit l’employer quand on se trouve en présence de surfaces à vif qui sont le siège d’un suintement abondant et persistant. Nous ajoutons persistant, parce que dans la majorité des cas il est bon de laisser une dermatose suintante sécréter pendant un certain temps de la sérosité. L’expérience apprend que dans ce cas la guérison ultérieure et définitive est presque toujours plus rapidement obtenue2.

Les lotions renfermant du tannin sont les agents ordinaires des médications siccatives et astringentes, décoctions de racine d’aunée, d’écorce de chêne, de feuilles de noyer, etc... Les pâtes renfermant de l’oxyde de zinc, du sous-nitrate et

1 On devra pour le choix de ces topiques tenir compte dans une certaine mesure des idées théoriques émises par Unna, Leistikow et Darier, et que nous avons rappelées plus haut. Suivant les cas, on aura donc recours de préférence aux poudres, aux pâtes ou aux pommades.

2 Voir plus haut ce que nous disons à propos du traitement des dermatoses par le caoutchouc.

Page 1