TRAITEMENT EXTERNE. — MÉDICATION SUBSTITUTIVE
du carbonate de bismuth, de l'acétate et de l’oléate de plomb ; les poudres ci-dessus indiquées doivent tout d'abord être utilisées, et quand leur effet thérapeutique est insuffisant, on y incorpore des poudres d’écorce de chêne, de quinquina, de tannin, d’acide gallique, etc...
Nous avons vu un badigeon fait avec une solution aqueuse de bleu de méthylène variant du 1/500 au t/250, sécher rapidement des séborrhéïdes eczématisées suintantes rebelles. Mais c est un procédé qu’il ne faut employer qu’avec prudence parce qu’il peut parfois provoquer des poussées inflammatoires.
4° Médication substitutive et médication réductrice. — La médication substitutive consiste à faire agir sur une dermatose un topique capable de la transformer, ou même de substituer une inflammation artificielle et pouvant guérir avec rapidité à l’inflammation morbide laquelle n’évolue pas spontanément vers la guérison.
C est aux agents de cette médication que l’on doit rattacher les médicaments dits réducteurs par Unna, c’est-à-dire ceux qui ont la propriété de soustraire de l'oxygène aux tissus épidermiques.
Ces corps avides d’oxygène sont particulièrement indiqués quand il s’agit de refaire l’épiderme corné : on sait que la couche cornée renferme moins d’oxygène • et plus de soufre que les tissus sous-jacents.
Unna1 les divise en réducteurs faibles tels que l’ichthyol, le thiol très vanté par Leredde (Soc. de thérapeutique, 14 nov. 1904) à cause de son peu d’odeur faiblement bitumineuse, sa solubilité dans l’eau, la glycérine, l’alcool; le thigénol vanté par Saalfeld ( Thércip . Monatslieft, avril 1903) et qui est un composé iodé de l’ichthyol, inodore, soluble dans l’eau, l’alcool étendu et la glycérine; il ne tache pas le linge et a les mêmes propriétés thérapeutiques que l’ichthyol ; il est vasoconstricteur, anti-inflammatoire, siccatif, antiprurigineux ; le tuménol, le soufre et les sels de mercure, auxquels il faut ajouter un certain nombre de médicaments assez mal définis, tels que le naftalan, le pétrolan, le sapolan, etc..., et en réducteurs énergiques tels que le goudron, l’huile de cade et tous les dérivés du goudron que l’on a obtenus dans ces derniers temps ; (anthrasol de Sack et Viette, huile de cade déodorisée de Biisson, de Cavaillès, etc..., l’empyro forme de Sklareck (produit de condensation du goudron et du formol, etc...), le gallanol, le gallacétophénone, l’aristol, l’hydroxylamine, l’anthrarobine, la résorcine, l’acide pyrogallique, la chrysarobine.
« Un réducteur faible appliqué sur la peau intacte, augmente la kératinisation de l’épiderme d’une façon plus ou moins intense par soustraction d’oxygène ; après un certain temps la couche cornée se divise en deux feuillets, un supérieur, plus sombre, mortifié, et un inférieur, plus clair; c’est là ce que Unna appelle « le clivage de la couche cornée ». Ce processus se complique souvent de la formation de pustules; elles résultent de l’occlusion des orifices folliculaires par le tissu corné; les microbes pyogènes précédemment introduits dans l’entonnoir folliculaire sont emprisonnés et par là mis à même de provoquer une périfolliculite suppurée.
« Dans les parties profondes, c’est-à-dire dans le corps papillaire et dans le derme, on remarque un rétrécissement des vaisseaux ; ce phénomène s’explique probablement par le fait que les cellules des endothéliums vasculaires, accoutu-
1 Voir Leistikow : Thérapeutique des maladies de la peau , traduction française et annotations de J. Ilarier, 1900, p. 96 et suiv.
TRAITEMENT GÉNÉRAL
mées à être largement pourvues d’oxygène par l’intermédiaire du sang, se dessèchent et se ratatinent; elles se comporteraient en cela comme les cellules malpighiennes alors qu’un agent extérieur vient leur disputer leur part d’oxygène. Ce rétrécissement vasculaire, sous l’action des réducteurs, détermine la sédation de certains symptômes inflammatoires et en particulier de l’état de tension et de gonflement ; consécutivement l’irritation des nerfs se trouve calmée et souvent le prurit disparaît.
« I.’application d’un réducteur énergique sur la peau intacte détermine une kératinisation intense, et, suivant son degré d’action, de l’inflammation, de l’œdème, de la vésication et enfin du ramollissement du tissu conjonctif.
« Sur la peau privée de son épiderme, les réducteurs faibles ont les mêmes effets que les réducteurs énergiques sur la peau intacte. Aussi, quand on veut obtenir une action réductrice faible sur la peau excoriée, faut-il employer les agents réducteurs à des doses très minimes.
« D’après ce qui précède, on comprend facilement que les médicaments réducteurs aient des propriétés antiparasitaires et antiphlogistiques.
« Il ne faut pas pousser leur action jusqu’au degré où ils lèsent la peau; généralement même on se propose de restreindre la desquamation et par là on contrarie, il est vrai, l’élimination des germes morbides. Mais, d’autre part, les agents réducteurs disputent l’oxygène aux microorganismes et les détruisent ainsi en les privant d’un élément qui est indispensable à leur développement. Grâce à la propriété des réducteurs d’absorber l’oxygène et de favoriser ainsi la kératinisation normale, on peut par leur emploi faire disparaître la desquamation, c’est-à-dire empêcher la formation de nouvelles squames. » (Leistikow., toc. cit.).
Parmi les principaux agents de la médication substitutive , il nous faut citer le nitrate d’argent en solutions variant du 1/100 au 1/10, c’est un médicament de premier ordre dans les eczémas rebelles; l’acide picrique en solution au 1/100 qui est un kératoplastique des plus efficaces; le bleu de méthylène en solutions du 1/1 000 au 1/100 qui modifie lui aussi parfois très heureusement les surfaces eczémateuses sur lesquelles pullulent les microbes banals de la peau.
Lorsque ces divers topiques arrivent à produire une inflammation trop forte des téguments, on en suspend l’emploi pendant quelque temps ; on applique des préparations calmantes ou isolantes ; puis on recommence l’emploi des topiques énergiques, et ainsi de suite jusqu’à ce que la guérison soit obtenue.
5° Méthode kératolytique et méthode exfoliante. — On donne le nom de kératolytiques aux médicaments qui favorisent la desquamation de l’épiderme : ils trouvent leur emploi dans toutes les byperkératoses.
En réalité cette épithète de kératolytique pourrait s’appliquer à un nombre considérable de topiques : les émollients eux-mêmes, les vulgaires cataplasmes par exemple, en ramollissant les couches cornées, en favorisent la disparition et peuvent jouer un rôle kératolytique. Beaucoup d’agents réducteurs ont une certaine action kératolytique. Mais en résumé les agents kératolytiques par excellence sont :
1° Les acides et en particulier l’acide salicylique qui est le prototype des agents kératolytiques, aussi l’incorpore-t-on à la plupart des pommades renfermant des réducteurs; aussi l’emploie-t-on en collodioos, en emplâtres, en solutions dans les hyperkératoses les plus accentuées ;
2° Les alcalins de tout ordre, et surtout les savons; le plus actif est le savon mou de potasse ;