‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome premiere. Généralités et entité morbides vraiesChapitre 98 sur 252 · TRAITEMENT EXTERNE. — MÉDICATION CAUSTIQUE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT EXTERNE. — MÉDICATION CAUSTIQUE

dans un récipient clos avec le mélange de goudron, d’huile de cade, d’huile de ricin et de lanoline.

Cette préparation est peu irritante, réductrice, et fortement antiprurigineuse1.

Mais les trois procédés qui nous paraissent à l’heure actuelle de beaucoup les plus efficaces pour calmer le prurit rebelle quand ils sont applicables, c’est-à-dire quand le prurit est circonscrit, consiste à faire : 1° ou bien des scarifications linéaires quadrillées répétées tous les cinq ou huit jours : on sectionne ainsi les extrémités nerveuses ;

2° Ou bien des effluves locales de haute fréquence ;

3° Ou bien de la radiothérapie prudente 2 3 4.

8° Médication destructive. Médication caustique \ — Par la médication caustique on s’efforce de détruire les tissus morbides. On y arrive par trois séries de moyens : A. Les caustiques chimiques; B. Le fer rouge que l’on emploie sous la forme du cautère actuel, du thermocautère ou de l’électrocautère; C, L’électrolyse dont nous dirons quelques mots au chapitre électricité.

A. Caustiques chimiques. — Bien qu’ils soient maintenant beaucoup moins utilisés qu’autrefois, ils tiennent cependant encore une place extrêmement importante dans la pratique dermatologique.

On peut les diviser en caustiques doux et caustiques énergiques.

Caustiques doux : INous citerons le nitrate d’argent, 1 acide chromique et le bichromate de potasse si utiles dans les affections des muqueuses, l’acide lactique que l’on emploie beaucoup dans le traitement des ulcérations tuberculeuses, l’acide pbénique neigeux qui rend de grands services dans le lupus érythémateux, l’acide acétique dont on se sert contre les verrues, l’acide salicylique contre les corset les productions cornées épidermiques, l’acide pyrogallique ', le chlorate de potasse et le chlorate de magnésie qui sont des agents électifs pour les néoplasies épithéliomateuses, le nitrate acide de mercure, le permanganate de potasse, etc...

Caustiques énergiques : Ce sont les acides forts, azotique, sulfurique; les bases,

1 Voici comment Meillère ( Tribune médicale, 1904, p. 120) établit le formulaire thérapeutique local du prurit :

. 1° Anesthésiques locaux. — Réfrigération, cocaïne, orthoforme, menthol, chloral, camphre,

phénol, résorcine, sulfophénate, gaiacol, salicylate de méthyle;

2° Médicaments provoquant des réactions substitutives. — Tous les anesthésiques locaux déjà cités : l'alcool, le vinaigre, le chloroforme, la teinture d’iode, l’essence de térébenthine, l’air chaud et sec ;

3° Agents décongestionnants. — Vaso-constricteurs locaux : cocaïne, adrénaline, eau chaude ;

4° Agents modificateurs des téguments. — Nitrate d’argent, acide picrique, tannin, encre à hase de gallate de fer, traumaticines ;

5° Topiques anodins préservant les surfaces tégumentaires contre toute irritation. ■ — Liniment oléo-calcaire, eau de chaux glycérinée, huile, vaseline, lanoline, traumaticine, collodion, pommades à la caséine.

(Il est inutile de mettre en garde le lecteur contre certains de ces topiques qui sont des plus irritants.)

2 Voir plus loin ce que nous disons des effluves de haute fréquence et de la Radiothérapie contre le prurit.

3 On (Lcredde en particulier, loc. cit., p. 99 et suiv.) a donné le nom de Méthode sclérogène à une série de procédés thérapeutiques ayant pour but de déterminer la sclérose des téguments : on y a rangé les scarifications, l’électricité de haute fréquence, la photothérapie, la radiothérapie ; en réalité beaucoup d’agents des méthodes destructive et caustique ont, eux aussi, dans une certaine mesure, un effet sclérogène sur les tissus cutanés.

4 Cette substance est avant tout un kératoly tique (voir plus haut).

TRAITEMENT GÉNÉRAL

telles que la chaux, la potasse et leurs dérivés, caustique Filhos, pâte de Vienne, etc., le chlorure de zinc qui forme la base de la pâte de Canquoin et que l’on a beaucoup utilisé autrefois contre les lupus, les tuberculoses diverses et les cancers, les préparations à base d’arsenic qui sont des caustiques électifs de l’épithéliome, etc... Ces derniers agents doivent être maniés avec beaucoup de prudence, car ils peuvent causer des délabrements considérables et donner lieu à des cicatrices vicieuses et chéloïdiennes.

B. Fer rouge. — A. Cautère actuel. — Le fer rougi directement au feu n’est guère plus utilisé en thérapeutique dermatologique. Il est difficile à manier: on ne peut guère en graduer l’intensité et en limiter le champ d’action. Il a une très grande puissance destructive, et ne se prête bien qu’aux opérations radicales, destinées à supprimer en une seule fois des tumeurs petites et nettement circonscrites.

Cependant E. Vidal a préconisé dans le traitement de l'acné hypertrophique l’emploi d’un cautère fin monté sur une boule volumineuse faisant l’office de réservoir de chaleur. Il arrive ainsi à pouvoir maintenir la pointe fine à une température relativement constante pendant un espace de temps court mais suffisant pour pratiquer les cautérisations.

B. Thermocautère de Paquelin. — On sait qu’avec cet instrument, on peut régler la température du cautère et la maintenir, aussi longtemps que c’est nécessaire, au degré voulu d’incandescence. Il se prête donc très bien aux exigences du traitement des dermatoses.

On emploie pour cela des pointes aussi fines que possible, montées sur un tube assez court pour que la main qui tient le manche ne soit pas trop éloignée de la région à opérer, et puisse y prendre un solide point d’appui.

Il est possible avec un bon thermocautère et une ou deux très fines pointes de remplir toutes les indications de la cautérisation ignée en dermatothérapie. C’est là vraiment, d’après nous, l’instrument du praticien : il donne cependant des résultats un peu inférieurs à ceux de l’électrocautère : il a beaucoup plus de rayonnement que lui, n'a pas la même finesse de pointe, la même précision d’action, et il a plus de tendance que lui à laisser des cicatrices apparentes.

C. Galvano cautère. — Aussi le galvano-cautère est-il l’instrument de choix que l’on doit employer, quand on le peut, pour pratiquer la cautérisation ignée en dermatothérapie. On sait que cet instrument se compose essentiellement d’un fil de platine plus ou moins volumineux suivant les indications, qu’un courant électrique porte au rouge plus ou moins vif.

Le courant est fourni soit par des accumulateurs, soit par des piles : nous n’avons pas à entrer sur ce point dans des détails techniques que l’on trouvera dans les ouvrages d’électricité.

Les cautères sont constitués par des fils de platine repliés en anses, de formes diverses, qu’on adapte à un manche isolant, muni d’un verrou, au moyen duquel on ouvre ou l’on ferme le circuit à volonté.

E. Besnier qui a beaucoup perfectionné la technique de la galvano-cautérisation en dermatologie a imaginé toute une série de cautères gros, fins, à pointe droite, à pointe coudée, à anses multiples, en forme de lames, de grilles, de tranchants, de boutons aplatis, etc... Dans la pratique ordinaire on devra avoir à sa disposition une pointe fine, une plus grosse, une grille à deux dents, une autre à trois dents, une pointe montée sur une longue tige pour l’intérieur de la bouche et des fosses

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