‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome second. Reactions cutanéesChapitre 103 sur 183 · I. — Sarcomatose cutanée primitive · texte numérisé non relu

I. — Sarcomatose cutanée primitive

A. Sarcome pigmentaire multiple idiopathique ( type Kaposi). Cette variété a été décrite pour la première fois par Kaposi en 1870.

Symptômes. — Elle débute par les extrémités, soit par des nodules, soit par des rougeurs diffuses accompagnées d’une sorte d’œdème dur spécial.

Quand les nodules apparaissent tout d’abord, ils se montrent en premier lieu plutôt du côté de la flexion sous la forme de petites tumeurs, infiltrées dans le derme, isolées, variant comme volume d’un grain de plomb à un gros pois, violacées ou bleuâtres ou d’un brun rougeâtre, arrondies, de consistance assez dure.

Quand le sarcome débute par les rougeurs, il se produit d’abord aux mains et aux pieds une sorte de gonflement très particulier, d’œdème dur, qui s’accompagne d une sensation assez marquée de tension des téguments, parfois de prurit et de picotements; puis apparaissent des taches diffuses d’un brun rougeâtre, livides, pourpres ou franchement bleuâtres, sur lesquelles peuvent se former de toutes petites nodosités de la grosseur d’une tête d’épingle et dont le volume augmente graduellement. Parfois même le premier symptôme morbide est constitué par des taches diffuses cyanotiques, au niveau desquelles il se produit progressivement une infiltration lardacée des téguments; leur surface est d’abord lisse, puis elle se mamelonné et constitue bientôt les plaques saillantes bosselées caractéristiques de cette dermatose : « c’est la période néoplasique qui commence, succédant au stade maculeux. »

Gomme modes de début insolites on a signalé le début par une seule papule grosse comme un pois à la plante du pied, ou par une plaque infiltrée rouge bleu

Nombre d histologistes n admettent pas le sarcome mélanique vrai primitif de la peau ; pour .eux les laits qui ont été décrits sous ce nom ne sont que des nævo-carcinomes.

Nous verrons plus loin que ce que les auteurs décrivent sous le nom de sarcome mélanique 'primitif de la peau n est pas un sarcome, mais un nævo- carcinome.

NÉOPLASIES CUTANÉES

sur la face dorsale des mains, ou par une tumeur initiale en un point quelconque des membres ou de la face, et ce n’est que quelques mois après que les mains et les pieds présentent des lésions pathognomoniques.

Lorsque l’affection est arrivée à la période d’état ou de tumeurs, l’aspect est caractéristique. Les tumeurs sont symétriques : leur nombre varie suivant les sujets et suivant les régions : il peut y en avoir une cinquantaine à peine : on en a compté jusqu’à un millier. Elles sont surtout nombreuses vers les extrémités,

mains, pieds, avant-bras, jambes. Leur volume varie de celui d’un grain de mil à

celui d’un gros noyau de cerise : leur accroissement se fait d’ordinaire avec beaucoup de lenteur. Elles sont arrondies, ovoïdes, allongées ou étalées ; d’ordinaire sessiles, elles peuvent se pédiculiser. Leur coloration varie du violet au rouge bleu, au rouge brun et au noir violacé : au début elles sont plutôt rouge sombre, puis elles foncent à mesure qu’elles évoluent : leur teinte, quand elle est brunâtre ou violacée, ne disparaît pas par la pression du doigt.

Elles peuvent être isolées ou réunies en groupes ; elles forment alors des plaques plus ou moins volumineuses, bosselées, mamelonnées, parfois déprimées et d’aspect cicatriciel au centre qui s’est affaissé.

Les mains et les pieds sont d’ordinaire épaissis, déformés, infiltrés d’une matière ferme au toucher, quasi cartilagineuse; ils sont brunâtres ou bleuâtres avec quelques teintes rouges. La peau est lisse et tendue, squameuse, rugueuse, mamelonnée. Elle peut parfois se recouvrir de productions hyperkératosiques verruqueuses surtout au niveau des pieds. Les doigts sont épaissis, tuméfiés, fusiformes, et sont écartés les uns des autres.

Les membres supérieurs et inférieurs sont d’ordinaire fortement atteints, mais ils le sont d’autant moins que l’on se rapproche davantage du tronc.

La plupart des tumeurs donnent au toucher une sensation particulière de dureté et d’élasticité : à leur niveau on ne peut ni rider, ni plisser, ni pincer la peau. Quelques-unes sont cependant molles, angiomateuses, turgescentes et compressibles : elles saignent abondamment quand on les pique (Perrin).

Les douleurs sont pour ainsi dire nulles : aux pieds les tumeurs gênent la marche, aux mains elles empêchent de faire les mouvements habituels. Parfois il existe quelques sensations de brûlure et d’élancements. Les sensibilités sont d’ordinaire conservées.

Les ganglions lymphatiques sont normaux ou à peine tuméfiés, indolents. Il n’y a pas de lymphocytose.

L’état général reste bon pendant longtemps. Il n’y a de l’amaigrissement et de la perte des forces qu’aux périodes terminales.

Évolution. — Les tumeurs peuvent (( rester stationnaires, s’affaisser, se décolorer, disparaître par régression pure et simple, (qui débute d’ordinaire par le centre, puis gagne peu à peu la périphérie en formant une cupule centrale qui s’élargit progressivement; plus rarement la résorption se fait de la périphérie au centre), se multiplier par apparition de nouvelles tumeurs, récidiver sur place quand on lésa enlevées, rarement se pédiculiser, enfin exceptionnellement s’ulcérer. » (Perrin.) Il est bon de noter que si l’on fait l’examen histologique d'une parcelle des téguments au niveau desquels une tumeur a semblé disparaître, on trouve dans les tissus cutanés des amas de cellules sarcomateuses.

La sarcomatose pigmentaire multiple type Kaposi, après être restée un certain temps cantonnée aux extrémités et aux membres, finit par envahir tout le corps.

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enfin les muqueuses et les viscères. (Voir Perrin pour les détails qui n’intéressent guère le dermatologiste.)

La terminaison de l’affection est donc pour ainsi dire toujours fatale. La mort se produit tantôt assez rapidement en deux ou trois ans, tantôt après un assez grand nombre d’années. Quand la généralisation viscérale est faite, la fièvre apparaît; il survient de l’inappétence, de la diarrhée ; le malade prend l’aspect cachectique; il présente des ecchymoses spontanées, des épistaxis, des hémoptysies, etc..., et il s’éteint graduellement, ou bien il est emporté par une complication.

Chez l’enfant la durée de l’affection peut être plus courte, et la mort peut survenir au bout d’un an.

Étiologie. — Le sarcome pigmentaire multiple type Kaposi atteint surtout les hommes de quarante à soixante ans : mais il peut s’observer chez les enfants de dix à douze ans et chez les adolescents. Il semble être plus fréquent dans certains pays tels que l’Allemagne, l’Italie, l’Amérique.

On n’a pu encore découvrir de microbe pathogène.

Anatomie pathologique. — « On trouve à la fois dans les tumeurs des éléments ronds et des éléments fusiformes; il semble même que les éléments fusiformes soient en moins grande quantité que les éléments ronds. Les cellules rondes qui paraissent former la plus grande partie delà tumeur sont de dimensions variables, toujours nucléées; elles ont de la tendance à devenir ovalaires et allongées. Elles sont éparses, isolées quelquefois, mais le plus habituellement elles forment des îlots nettement limités.

« Les éléments fusiformes s’associent pour former un tissu fibrillaire ténu : ces éléments fusiformes résultent de la transformation sur place des éléments ronds. » (Perrin).

Les tumeurs ont un caractère nettement angiomateux. Il y a néoformation vasculaire. Elles sont en outre infiltrées de pigment qui provient d’hémorragies interstitielles par rupture des parois embryonnaires peu résistantes des vaisseaux. C’est donc une fausse mélanose.

Les tumeurs semblent prendre naissance dans le derme proprement dit entre la couche papillaire et l’hypoderme.

B. Sarcome généralisé hypodermique simple. (Perrin). — Schéma, -é- « Le début a lieu par une région quelconque du corps, sauf par les extrémités. Ce début est lent ou rapide; on ne trouve d’abord sur le corps qu’un nombre peu considérable de tumeurs, puis une pullulation de productions semblables se fait dans les régions atteintes; mais les pieds et les mains sont respectés. )> (Perrin.)

Symptômes. — Ce sarcome débute par des productions morbides plus ou moins nombreuses, siégeant surtout sur le tronc, la face, etc... sans localisations systématiques. Le nombre des tumeurs varie de 30 à 40 à plusieurs centaines. Leur volume est variable; minuscules au début, elles atteignent pour la plupart les dimensions d’un noyau de cerise, d’une noisette; quelques-unes, surtout vers le cou, la racine des membres, le tronc, peuvent avoir la grosseur d’une noix. Au début elles sont parfois hypodermiques, mobiles sous la peau, souvent dermo-hypodermiques : peu à peu elles envahissent les couches superficielles du derme, et alors la coloration des téguments devient simplement rouge ou progressivement rougeâtre, violacée. Elles sont disposées sans ordre, isolées ou réunies par petits groupes. i

NEOPLASIES CUTANEES

Parfois il y a un peu de sensibilité douloureuse des téguments au moment où se

montrent les tumeurs; puis elle disparaît, J a pression.

et il ne reste qu’un peu de sensibilité à

Fig. 135. — Sarcome des membres inférieurs.

Fig. 436. — Sarcomatose cutanée de la face chez un homme de 76 ans.

Fig. 437. — Sarcomatose cutanée (mains du malade précédent).

les voir s’ulcérer : quand elles le font, c’est qu’elles sont très volumineuses, adhérentes à la peau qui devient d’un rouge vineux, puis se sphacèle, en laissant à vif une surface noirâtre, sanguinolente et purulente, qui se recouvre d’une croûte et qui n’a aucune tendance à la cicatrisation.

SARCOMES

Cette variété évolue avec rapidité. En un laps de temps qui varie entre trois mois ut dix mois après l’apparition des premières tumeurs, la généralisation viscérale se produit, et la mort survient au bout de douze à quinze mois de durée.

Cette affection s’observe surtout de cinquante à soixante ans.

Anatomie pathologique. — « Les tumeurs sont formées d’amas de petites cellules, disposées en gros lobules ovoïdes ou en lames aplaties assez irrégulières, et séparées les unes des autres par des faisceaux de tissu conjonctif... Les cellules, de volume très variable, sont généralement arrondies ou polyédriques, aucune n’est ou ne parait tendre à devenir fusiforme. La plupart présentent l’aspect et les dimensions d’un globule blanc ; beaucoup sont plus petites, beaucoup aussi 2 ou 3 fois plus volumineuses. Elles sont formées d’une mince couche de protoplasma entourant un ou plusieurs gros noyaux arrondis; un seul pour les plus petites, jusqu’à quatre ou cinq pour les plus grosses... Toute la masse parait résulter de l’infiltration et de la dissociation des mailles du tissu sous-cutané par une accumulation considérable de petites cellules. La masse renferme une grande quantité de vaisseaux sanguins à simple paroi endothéliale. » (Perrin.)

C. Types divers de sarcomes encore mal classés. — Il existe (Perrin) de nombreux faits intermédiaires entre le type de Kaposi et le type hypodermique globo-cellulaire simple. « Les uns se rapprochent du type Kaposi par l’origine dermique, le pigment sanguin, l’intégrité de l’épiderme et de ses annexes, les cellules rondes, mais en diffèrent par l’existence d’une trame alvéolaire, de quelques cellules gigantesques, le développement moyen des vaisseaux. Dans d’autres cas au contraire le développement des vaisseaux est considérable, mais l’origine du sarcome est au moins autant hypodermique que dermique, les cellules fusiformes existent dans la plus grande partie des tumeurs, dans le reste elles sont rondes (Kobner).

Dans la variété décrite par Hallopeau et Jeanselme, les tumeurs développées le long des lymphatiques d’un membre sont sous-cutanées et s’ulcèrent régulièrement, ces ulcérations guérissent, laissant une cicatrice (sarcome lymphangiomateux hémorragique.)

« Quelquefois enfin il s’agit d’un sarcome à cellules géantes ; on y trouve de grandes cellules à noyau clair dérivant des cellules fixes, des cellules géantes ayant exactement le caractère des cellules géantes de la syphilis ou de la tuberculose, d’autres qui sont des chorioplaxes, enfin des plasmazellen. Tous ces éléments sont répartis sans orientation définie. » (Perrin.)

La nomenclature de toutes ces variétés de sarcomes est confuse et multiple : c’est ainsi que Hallopeau et Leredde classent sous le titre de sarcomatose à distribution irrégulière les faits qui ne rentrent pas dans le type de Kaposi.

Dans ces sarcomes à distribution irrégulière, ils distinguent une grande quantité de types dont les principaux seraient d’après Unna :

1° Les sarcomes durs et blancs (sarcomes fuso-cellulaires et fibrosarcomes) à évolution plutôt lente et relativement bénigne ;

2° Les sarcomes durs et pigmentés (type Piffard) à télangiectasies avec hémorragies interstitielles et taches pigmentaires consécutives (angiosarcomes et angiofibrosarcomes) ;

3° Les sarcomes mous (type Neumann (globocellulaires)] que l’on confond souvent avec le mycosis fongoïde ;

4° Les sarcomes gommeux (type Funk-Hyde) qui sont mous, volumineux, peu ou point pigmentés, qui se ramollissent au centre et s’affaissent après avoir donné

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naissance à une sécrétion semi-liquide (sarcomes à dégénérescence myxomateuse centrale/) ;

5° Les sarcomes hypodermiques (type Perrin) (sarcomes globo-cellulaires) 1.

D. Sarcome mélanique primitif de la peau2 ( Nævo-carcinome mélanique) . — Les tumeurs que l’on a décrites sous le nom de mélano-sarcomes de la peau se développent d’ordinaire sur des nævi irrités, excoriés, traumatisés d’une manière quelconque. Pour la plupart des histologistes sérieux ce ne sont pas des sarcomes, ce sont des nævo-carcinomes. Nous allons cependant les décrire dans ce chapitre pour nous conformer à l’usage; mais le lecteur ne doit pas faire erreur à propos de la nature véritable de ces tumeurs.

On peut cependant observer le vrai sarcome mélanique de la peau à la suite d’un sarcome mélanique primitif de la choroïde. C’est une sarcomatose cutanée secondaire.

C’est d’ordinaire entre quarante-cinq et soixante ans que ces affections apparaissent : elles semblent être plus fréquentes chez l’homme.

Symptômes. — Au début la tumeur est toujours unique : elle peut siéger en un point quelconque du corps, aux doigts, aux orteils, aux pieds, aux membres, à la face, au tronc. D’abord minuscule, mais d’un noir d’encre, ou sépia foncée, elle augmente peu à peu de volume fort lentement dans les premiers temps, puis plus rapidement et prend les dimensions d’une grosse lentille, d’un pois, rarement d’une noisette ; elle est arrondie ou ovalaire, sessile, rarement pédiculée, dure, mobile sur les parties sous-jacentes. Elle peut être hypodermique ou dermo-hypodermique.

Après un laps de temps très variable, soit spontanément, soit sous l’influence de traumatismes, il se produit de nouveaux éléments mélaniques en semis noirâtre autour de la tumeur ou à certaine distance par la voie lymphatique. Les ganglions se prennent, deviennent volumineux. Parfois la généralisation cutanée se fait d’emblée en des points éloignés de la tumeur primitive. Ces tumeurs secondaires sont souvent disséminées sans ordre sur tout le corps ; elles siègent dans le derme et l’hypoderme : leur nombre varie de quelques-unes à plusieurs centaines ; leurs dimensions varient de celles d’un petit pois à cellesd’une noix : leur coloration est noirâtre, brun verdâtre, bleuâtre ; elles sont isolées ou forment des masses mamelonnées par confluence : elles sont indolentes.

Certaines d’entre elles peuvent disparaître par atrophie et résorption spontanée, certaines peuvent s’ulcérer et être le siège d’hémorragies.

L’évolution générale du sarcome mélanique est des plus capricieuses. La tumeur primitive peut rester stationnaire pendant des années, puis brusquement la généralisation se fait et la mort survient en quelques mois. Parfois la marche est lente et graduelle, progressive ; parfois elle est rapide d’emblée. L’intervention opératoire même bien faite semble parfois provoquer la généralisation. Cependant nous avons vu des cas où l’opération très large, avec radiothérapie consécutive, a été suivie d’une période d’arrêt, nous n’osons pas dire de guérison.

1 Voirie travail de Bernhardt ( Arch . f.Dermat. und Syph., t. LXIII, p. 239). Une forme spéciale de sarcomatose cutanée : sarcome idiopathique multiple en plaques pigmenté et lymphangiectode, et ceux de Krzystalowickz, de Sellei, de Wende, etc...

2 Voir comme complément nécessaire l’article Melanoma de J. C. Johnson ( Journal of cul. dis. janvier, février, 1905), et l’article de Migliorini ( Giornale liai, delle malat. ven. e délia pelle , 1905, fasc. 3 et 4, p. 278-445.)

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La mort est la règle par généralisation viscérale et cachexie. L’urine dans ces cas prend une coloration noire par l’acide azotique : elle renferme des amas pigmentaires brunâtres de forme cylindrique.

Le sang tiré du doigt présente de la leucocytose et quelques globules blancs renferment de fines granulations noirâtres : il y en a aussi dans le sérum.

Anatomie pathologique. — Dans la plupart des cas les néoplasies sont constituées par des tractus fibreux, renfermant dans leurs mailles des cellules rondes, globuleuses, plus rarement fusiformes. Le type est donc alvéolaire, et se rapproche du carcinome. Ce sont des nævo-carcinomes L

E. Sarcome cutané primitif, non mélanique, a foyer unique. Possibilité de la Généralisation secondaire. — Le sarcome non mélanique localisé primitif de la peau n’est pas une maladie rare : il semble être plus fréquent chez la femme que chez l’homme. 11 se développe souvent sur un nævus irrité. 11 a une certaine prédilection pour les extrémités. Il occupe le derme et l’hypoderme.

Il est constitué par une tumeur d’un certain volume, dure, rugueuse, parfois exulcérée. Sa coloration est presque toujours celle de la peau normale, parfois cependant elle prend une teinte rouge. Elle végète longtemps sans se généraliser et peut guérir par l’ablation large. Elle peut aussi se généraliser soit à la suite d’une intervention malheureuse, soit spontanément.

Les éléments fondamentaux qui constituent ces tumeurs sont variables; ce sont tantôt des cellules fusiformes, tantôt des cellules rondes; parfois on y trouve des cellules géantes. On n’y constate que fort rarement des dilatations vasculaires et du pigment sanguin.

IL — Tumeur primitive viscérale ou ganglionnaire. Sarcomatose cutanée

secondaire.

La sarcomatose cutanée peut être consécutive à Révolution et à la généralisation d’un sarcome qui s'est développé primitivement dans un viscère quelconque, dans les ganglions ou dans les os (Kobner).

« Le siège primitif du sarcome est variable (testicules, rein, rectum, parotide, ganglions axillaires, etc.). Au point de vue histologique, le sarcome est fuso-cellulaire ou à cellules rondes. La généralisation cutanée et viscérale se produit dans deux conditions différentes : spontanément, ou à la suite d’extirpation répétée ou non de la tumeur primitive. L’apparition des tumeurs cutanées semble se faire de dix-huit mois à deux ans après le début de la néoplasie initiale » (Perrin).

Leur nombre est très variable : peu à peu elles se multiplient, sans aucune systématisation : cependant elles sont plus nombreuses sur le tronc. Elles sont dures, indolentes; leurs dimensions varient de celles d’un grain de chènevis à celles d’un œuf de pigeon : elles peuvent être rosées ou rouges quand elles sont volumineuses. Elles ont la même structure que la tumeur primitive.

Quelques-unes peuvent diminuer de volume, tandis que d’autres se développent : mais la rétrocession générale de ces néoplasies ne s’observe pas, et le malade succombe d’ordinaire assez vite aux progrès de la généralisation viscérale.

1 D’après Darier le Lymphosarcome serait une tumeur sarcomateuse dans laquelle les éléments cellulaires sont compris dans les mailles d’un tissu réticulé analogue à celui des ganglions. Les termes de carcinome réticulé, de sarcome alvéolaire sont pour lui synonymes de lymphosarcome. (Voir plus loin.)

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Diagnostic . — En pratique on peut être conduit à poser d’emblée d’après l’examen objectif et les symptômes le diagnostic de Sarcome; mais on n’en est vraiment sur qu’après avoir pratiqué une biopsie et fait l’examen histologique. On doit donc toujours recourir au microscope quand c’est possible.

Les cysticerques de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané sont plus globuleux, plus élastiques que les tumeurs sarcomateuses : leur évolution est plus lente, ils n’ont jamais de coloration, et on peut en retirer un liquide transparent par la ponction exploratrice.

Il nous paraît inutile de nous attarder sur le diagnostic différentiel des gommes syphilitiques qui évoluent rapidement vers l’ulcération, de la lèpre tuberculeuse cpiand elle infiltre les mains et les doigts, car elle n’a guère la coloration du type Kaposi, des nodosités rhumatismales profondes qui ont une évolution si spéciale, des névromes de la peau et des tubercules sous-cutanés douloureux qui évoluent fort lentement, sont presque toujours limités à un membre, et sont le siège de douleurs extrêmement violentes, etc.

Le carcinome de la peau a un aspect caractéristique; ce sont des nodules cutanés, de volume variable, d’un rouge rosé ou d’un rouge brun, isolés d’abord, puis ayant de la tendance à confluer et toujours consécutifs à un cancer viscéral, d’ordinaire à un cancer du sein.

Le mycosis fongo'ide à tumeurs d'emblée est caractérisé par des tumeurs bien limitées, pouvant atteindre de grandes dimensions, d’un rouge plus ou moins vif ou violacé, s’ulcérant facilement au sommet, et ayant de la tendance à fondre en quelque sorte et à se vider par cette ulcération.

Traitement. — Deux médications semblent dominer en ce moment la thérapeutique des sarcomes de la peau : 1° L’administration à hautes doses des composés arsenicaux; 2° La radiothérapie.

Médication arsenicale.

Kobner et Shattuck ont publié deux cas de guérison de sarcomatose généralisée primitive par les injections hypodermiques de liqueur de Fowler. On injecte tous les deux jours quatre gouttes de liqueur de Fowler, étendues d’une égale quantité d’eau; puis on porte progressivement la dose quotidienne à neuf gouttes. Les lieux d’élection pour ces injections sont les parties latérales de la colonne vertébrale et les fesses.

On a beaucoup généralisé cette méthode depuis ces premières recherches. On a fait des injections d’arséniate de soude aux doses quotidiennes de 4 milligrammes à 2 centigrammes, de cacodylate de soude aux doses quotidiennes de 1 à 20 centigrammes, d’arrhénal, etc.

Quand on ne peut faire d’injections, on donne l’arsenic par le tube digestif d’après les principes connus (voir psoriasis), mais les injections constituent un procédé beaucoup plus efficace.

2° La radiothérapie est en ce moment très utilisée dans le traitement des sarcomes, mais avec des résultats bien variables suivant les opérateurs et suivant les cas.

Suivant les opérateurs d’abord : il semble que, pour obtenir des effets réels dans la sarcomatose, il soit nécessaire d’employer la méthode des doses massives et non la méthode des doses fractionnées multiples. Nous avons observé un cas de sarcome de la parotide, récidive d’ablation chirurgicale, qui avait subi de nombreuses séances faibles de radiothérapie avec des résultats négatifs ou plutôt

LYMPH ADÉNOME, LYMPHOSARCOME

mauvais, et qui diminua de plus de moitié après quatre séances massives.

Suivant les cas ensuite : « on peut dire que certains cas de sarcome sont très rapidement améliorés et même guéris objectivement par les rayons X; mais il faut reconnaître que d’autres cas sont tout à fait rebelles au traitement ; seuls les phénomènes douloureux sont calmés. . . 11 est possible que des examens histologiques méthodiques des cas traités donnent la clef de ces apparentes anomalies. » (Belot.)

a Si la lésion est grave, à extension rapide, il faut aller le plus vite possible et par conséquent faire absorber la plus grande quantité de rayons X compatible avec l'intégrité des téguments.

« On peut, dans ce cas, faire absorber en une séance 4 à 5 unités H avec des rayons de pénétration n° 8 ou 9, et attendre avant de recommencer une huitaine de jours. C’est le procédé de Béclère. La méthode qui nous adonné les meilleurs résultats est analogue, avec cette différence que, suivant la région et l’état des téguments, nous portons à 6 ou 7 unités H la quantité absorbée en une séance (ou en 2 séances consécutives), mais nous mettons entre chaque séance un espace de temps un peu supérieur à huit jours, soit dix à quinze jours suivant les cas... La pénétration des rayons doit varier évidemment avec la nature du sarcome, sa situation, sa profondeur. Nous employons dans les cas ordinaires des rayons noS 7 ou 8. » (Belot.)

La question de l’ablation chirurgicale se pose toutes les fois que l’on est en présence d’une tumeur primitive sans symptômes de généralisation.

D’après les faits que nous avons observés, nous estimons que dans ces cas on ne doit pas hésiter. Il faut pratiquer, le plus tôt possible, l’ablation totale, large, aussi large qu’on le peut, de la néoplasie, et, tout de suite, dès l’opération même, faire une séance de radiothérapie, puis les continuer tous les quinze ou vingt jours à la dose moyenne de 3 à 4 H par séance pendant plusieurs mois après l’opéra¬

En outre, s’il y a jamais le moindre symptôme de récidive, on doit reprendre la radiothérapie dans toute sa rigueur.

Nous avons cru avoir immobilisé de petits sarcomes par l’électrolyse négative : mais les faits que nous avons observés ne sont pas assez nombreux pour que nous puissions préconiser cette méthode sans réserve.

Nous devons rappeler que l’on a utilisé dans les sarcomes la sérothérapie et les injections de quinine.

Localement on a appliqué aux tumeurs sarcomateuses les mêmes médications qu’aux tumeurs du mycosis fongoïde.

LYMPH A DÉNO M E , LYMPHOSARCOME

Lymphadénome. — On a décrit des lymphadénomes de la peau. (Voici ce qu’en dit Darier ( Pratique Dermat t. IV, p. 682, 685).

« Je pense qu’il y a avantage à réserver le nom de lymphadénome à une forme néoplasique dans laquelle le tissu adénoïde est très fin et délié, les cellules ont franchement et toutes la forme lymphoïde, sont même en réalité des lymphocytes à peine modifiés, dont en un mot la structure est absolument identique à celle des ganglions. » (Darier.) C’est à ce type que se rattache le mycosis fongoïde. « Une question qui resterait à résoudre est celle de savoir si en dehors du mycosis, maladie générale lymphadénique, en dehors même de sa forme néoplasique à tumeurs d’emblée décrite par Vidal etBrocq, il existe un lymphadénome primitif de la peau,

NEOPLASIES CUTANEES

se comportant comme un néoplasme malin et qui serait une vraie tumeur. » (Darier, Pratique Dermat t. IV, p. 683.)

De Beurmann et Gougerot ont communiqué le 1er février 1906 à la Société française de dermatologie un cas de lymphadénome primitif des lèvres qui avait simulé au début un chancre phagédénique, et à ce propos ils ont fait une étude approfondie de cette question. Iis ont continué leurs recherches sur ce sujet dans une fort intéressante communication faite à la même société en mars 1906 sur un cas de lymphadénome cutané primitif : on y trouvera un long examen histologique de Dominici qui conclut ainsi : « ce lymphadénome a pour caractéristique la prédominance de la réaction autochtone du tissu conjonctif sur l’immigration lymphocytique diapédétique. La néoplasie est donc formée de deux éléments : 1° immigration lymphocytique; 2° réaction locale du tissu conjonctif caractérisée par la transformation lymphoïde directe, in situ, du tissu conjonctif dermique. »

Lymphosarcome. — « Le lymphosarcome primitif de la peau s’observe dans les deux sexes, dans l’adolescence et à l’âge adulte, de préférence au voisinage des orifices naturels, lèvres, narines, anus, vulve, mais aussi en un point quelconque de l’étendue des téguments. C’est d’abord un petit nodule lenticulaire intradermique, rosé ou rouge sombre, qui s’étend en même temps qu’il prend plus d'épaisseur, qui est ferme et parfois même d’une dureté cartilagineuse, et bien limité sur ses bords.

« A cette première lésion, peuvent d’une façon précoce s’en adjoindre d’autres, puis tout un semis dans le voisinage. A mesure que le nodule initial grandit, l’épiderme se détache, et tantôt l’érosion reste superficielle, rouge et lisse, tantôt se creuse d’une ulcération profonde qui fouille le néoplasme de cavernes anfractueuses. Un trait caractéristique du lymphosarcome qui le distingue des sarcomes purs, est sa tendance à envahir les ganglions correspondants, qui sont durs, inégaux, mobiles au début, puis empâtés, conglomérés... parfois ulcérés. » (Darier, Pratique Dermat.).

Dans la structure histologique du lymphosarcome il existe un stroma réticulé formé de fines fibrilles anastomosées avec cellules nucléées et étoilées aux points nodaux avec des travées allant prendre leur appui sur les parois des capillaires ; parfois les travées sont beaucoup plus volumineuses et rappellent l’aspect du stroma du carcinome. Les cellules qui sont contenues dans ce réseau sont très variables d’aspect, et dans un même cas elles peuvent être monomorphes ou polymorphes. (Voir pour plus de détails Darier, Pratique Dermat ., toc. cit.).

MYGOSIS FONGOIDE

On désigne sous le nom de mycosis fongoïde une affection rare de la peau dont la physionomie générale et l’évolution clinique sont des plus nettes, du moins dans les formes typiques, mais dont la nature réelle est encore totalement inconnue.

Historique. - — C’est Alibeit qui a décrit le premier cette dermatose, et il lui a donné d’emblée le nom sous lequel on la désigne encore à l’heure actuelle. Bazin en a fait une magnifique description clinique. Ranvier, puis Gillot, Démangé, etc., en ont étudié l’histologie et ont édifié sur elle la théorie d’après laquelle ils rattachaient cette lésion cutanée à la lymphadénie. Pendant ce temps, l’école aile-

MYCOSIS FONGOIDE

mande avec Kôbner, Hebra, Kaposi, etc., la considérait comme un sarcome.

En 1885, E. Vidal et Brocq décrivirent la forme à tumeurs d’emblée. En 1892, E. Besnier et Hallopeau firent connaître les formes érythrodermiques. Il est peutêtre possible d’y rattacher la lymphodermie pernicieuse à?, Kaposi.

Symptômes. — D’après le court historique qui précède, on voit qu’il nous faut décrire les formes suivantes :

A. Forme vulgaire avec toutes ses variétés ;

B. Forme à tumeurs d'emblée ;

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