‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome second. Reactions cutanéesChapitre 17 sur 183 · HERPÈS GE STAT ION I S · texte numérisé non relu

HERPÈS GE STAT ION I S

du tube digestif : au besoin l’administrer en injections hypodermiques. Si l’on croit devoir recourir à ce médicament, il faut le faire avec ténacité et persévérance pendant des semaines, et ne pas l’interrompre s’il se produit de fortes poussées, car il est possible qu’il ne s’agisse que de coïncidences;

8° Au point de vue delà médication locale, ouvrir les bulles avec une aiguille que l’on flambe à chaque nouvelle ouverture; faire une des lotions antiprurigineuses cidessus indiquées, ou simplement éponger avec des tampons d’ouate hydrophile imbibés d’eau bouillie.

Enduire ensuite de vaseline pure ou de cold-cream frais, ou de Uniment oléo-calcaire aseptisé, et envelopper les régions les plus atteintes comme nous l’avons indiqué ci-dessus.

III. — DERMATITES POLYMORPHES DOULOUREUSES RÉCIDIVANTES DE LA GROSSESSE : HERPÈS GESTATIONIS

Historique. — Cette affection a été décrite pour la première fois par Milton en 1869 et 1872 sous le nom d’herpès gestationis; mais c'est Duncan Bulkley qui Ta le premier bien étudiée en 1874, Tilbury Fox en a soupçonné les affinités avec la catégorie d’affections dont nous venons de nous occuper; Duhring Ta nettement rattachée à sa dermatitis herpetiformis. Nous en avons donné une description d’ensemble complète dans notre travail de 1888 : nous l’avons distinguée de l’impétigo herpétiforme de Hebra-Kaposi, et nous avons démontré que ce n’est qu’une dermatite polymorphe douloureuse présentant ceci de remarquable qu elle ne se développe chez certains sujets que pendant et à propos de la grossesse. On doit rapprocher de ces faits ceux qui ont été décrits sous le nom de Prurigo gestationis par Gastou, de prurigo auto-toxique de la grossesse par Besnier et Bar, etc.., et dans lesquels on observe pendant la grossesse du prurit et des lésions de grattage.

Symptômes. - EPOQUE DE DÉBUT ET ÉVOLUTION DE L’ÉRUPTION.

Premier groupe de faits. — L'éruption débute après P accouchement par un accès fébrile, par du prurit, et quelques heures après par des rougeurs et des vésicules, soit dès la nuit même qui suit la délivrance, soit deux ou trois jours après la naissance de l’enfant.

Deuxième groupe de faits. — L'éruption débute pendant la grossesse : c’est le mode de début de beaucoup le plus fréquent. Il semble que plus la femme a déjà eu de grossesses avec attaques éruptives, plus l’éruption apparaît vite. C’est ainsi que la maladie peut fort bien ne commencer que vers le huitième mois de la grossesse quand elle se montre pour la première fois chez un sujet; mais lorsqu’elle récidive à une autre grossesse, elle peut se montrer dès le cinquième ou le sixième mois; dès le deuxième ou le troisième mois si elle récidive une troisième fois.

Il semble qu'il faut que la femme soit enceinte au moins depuis deux mois et demi pour qu’elle se produise, car les femmes qui ont des poussées à toutes leurs grossesses peuvent ne pas en avoir quand elles avortent avant la dixième semaine; elles en ont au contraire quand elles avortent plus tard.

Les phénomènes éruptifs ont une évolution des plus variables. Ils peuvent persister en présentant des poussées successives de la même intensité ou même de plus en plus sérieuses jusqu’après Taccouchement. Il survient presque toujours une aggravation de symptômes peu après Taccouchement, quelquefois dès le lende-

REACTIONS CUTANEES PURES

main, plus souvent le troisième ou le quatrième jour après la délivrance. Dans quelques cas ils disparaissent dès le deuxième ou le troisième jour qui suit les couches, ou bien dès que la sécrétion lactée s’est établie. Il est fréquent de ne les voir décroître qu’à cette époque ou beaucoup plus tard et même persister après les conciles pendant des semaines, plus rarement pendant des mois.

Parfois ils diminuent d'intensité à mesure que la grossesse avance; ils peuvent même disparaître complètement quelques jours avant le terme. Le plus souvent il se produit une rechute sérieuse peu après l’accouchement, vers le troisième ou le quatrième jour, et cette rechute peut être plus intense que l’éruption primitive.

Enfin les manifestations morbides ne sont parfois caractérisées avant l’accouchement que par des phénomènes subjectifs et des éruptions érythémateuses et papuleuses : les vésicules et les bulles ne se produisent qu’après la délivrance.

Troisième groupe de faits. — Les premières attaques peuvent débuter après l’accouchement, les attaques ultérieures pendant le cours même de la grossesse.

Région par laquelle débute V éruption. — L’herpès gestationis débute surtoutpar les extrémités, en particulier par les membres supérieurs; l’ombilic est parfois le premier point atteint.

Localisations ultérieures. — L’éruption peut rester limitée aux régions primitivement attaquées ou aux régions voisines; mais ce n’est pas la règle. Presque toujours, elle s’étend plus ou moins rapidement, quelquefois très vite, et gagne les bras, la poitrine, les jambes, les cuisses et même le tronc tout entier et la tête. L’éruption peut donc être généralisée. Les régions qui sont d’ordinaire le plus fortement intéressées sont les avant-bras, les bras, les mains, les doigts, les pieds et les jambes. La paume des mains, la plante des pieds et le visage restent souvent indemnes, mais pas toujours. Les muqueuses buccales, gutturales et vulvaires peuvent être prises.

Forme que revêt l'éruption au début. — L’éruption est parfois précédée de violents accès de fièvre, avec frissons, sueurs profuses et même délire, mais ces phénomènes généraux qui se produisent surtout lorsque l’éruption survient pendant la période puerpérale ne sont pas constants.

Par contre on a pour ainsi dire toujours observé avant l’éruption ou en même temps qu’elle, mais surtout quelques heures ou quelques jours avant qu’elle ne paraisse, des sensations très vives de prurit, de cuisson, de brûlure, de chaleur, d’irritation, soit localisées vers les points qui vont être le siège de lésions cutanées, soit généralisées à toute la surface du corps.

Les premières traces visibles de l’éruption sont surtout des rougeurs, c’est-à-dire des lésions érythémateuses, plaques rouges, sortes de petites papules; il est beaucoup plus rare d’observer dès le début des vésicules ou des bulles.

Étude de l’éruption. — Le mot d’herpès gestationis qui a été donné à cette maladie semble indiquer que l’élément éruptif le plus important doit être la vésicule. La vésicule a été en effet observée dans tous les cas que nous avons étudiés, mais il ne faut pas croire qu’elle domine assez pour primer toutes les autres manifestations et donner à l’affection un caractère spécial et uniforme. En réalité l’éruption est avant tout polymorphe.

Au bout d’un laps de temps éminemment variable suivant les cas, on voit apparaître, sur les éléments érythémateux du début, de petites vésicules ou des bulles plus ou moins volumineuses. L éruption reste parfois purement érythémateuse et papuleuse jusqu’après l’accouchement, et c’est seulement alors que naissent les

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