‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome second. Reactions cutanéesChapitre 22 sur 183 · PURES · texte numérisé non relu

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éruptions dépendent de la prédisposition individuelle du sujet qui en est atteint, et aussi, dans une certaine mesure, de la cause déterminante. Mais que l’érythrodermie survienne pendant le cours d’une autre dermatose, c’est-à-dire que, suivant le langage actuellement adopté, elle soit secondaire, ou qu’elle se développe d’emblée chez un sujet sain, c’est-à-dire qu’elle soit primitive, cela n’a pas grande importance ; il s’agit en effet toujours du même syndrome.

Cette hypothèse, qui est en somme extrêmement simple et claire, nous paraît des plus acceptables, et, jusqu’à plus ample informé, c’est celle que nous adoptons.

Deuxième hypothèse. — Les formes objectives que nous avons indiquées constituent des entités morbides distinctes. Les érythrodermies qui se développent dans le cours du psoriasis, du pemphigus, des dermatites polymorphes douloureuses, des eczémas, des lichens, ne sont, dans la majorité des cas, pas comparables aux formes primitives qu’elles simulent; elles ne sont constituées que par une simple transformation objective de la maladie première déviée de son type et arrivée à un très haut degré de gravité. Elles diffèrent donc totalement, quant à leur nature, des formes primitives, car, alors qu’elles ne sont que des psoriasis, des eczémas, etc., ayant des aspects spéciaux, les formes primitives sont des entités morbides bien à part et nettement définies.

Quant au mode pathogénique suivant lequel se produisent ces éruptions, on ne sait absolument rien de précis. Comme nous venons de le dire, les faits cliniques démontrent qu’elles se développent dans les circonstances les plus diverses, à la suite de l’ingestion d’un médicament nuisible pour le sujet, d’une application externe irritante, d’une infection microbienne, probablement d’auto- intoxications, ce qui expliquerait les cas dans lesquels on ne relève pas de cause directe appréciable. Mais en somme, au point de vue du mécanisme même suivant lequel se fait l’éruption, on en est réduit aux mêmes hypothèses que pour la plupart des érythèmes. Certains en font des maladies sanguines, d’autres de véritables névroses, etc...

Nous étudierons successivement :

1° Les herpétides exfoliatives comprises cliniquement dans le sens que Bazin a attaché à ce mot ; 2° les érythrodermies exfoliantes généralisées primitives.

I. Érythrodermies exfoliantes généralisées secondaires ou herpétides exfoliatives1. (. Dermatites malignes chroniques exfoliantes d’E. Vidal et Leloir; Érythrodermies exfoliantes secondaires terminales ou cachectiques d’E. Besnier.)

La conception de Yherpétide exfoliative est due à Bazin. Il avait remarqué que, dans quelques cas, pendant le cours de maladies cutanées rebelles, et, le plus souvent, chez des sujets débilités, l’éruption s’étendait à toute la surface de la peau, perdait ses caractères distinctifs premiers, se caractérisait d’une manière uniforme par une rougeur diffuse intense et par une exfoliation lame lieuse fort abondante de l’épiderme occupant toute la surface du corps. « C’est, dit-il, le dernier terme que puissent atteindre les manifestations cutanées de l’berpétis. »

Nous citons textuellement :

Symptômes. — « La transition des genres primitifs à l’herpétide exfoliatrice se fait d’une manière insensible. Dans le pemphigus, elle a lieu par suite de la prolongation de la période squameuse... Dans l’eczéma la sécrétion devient moins

Cet article est extrait en totalité de nos travaux de 1882-1884.

HERPETIDE MALIGNE EXFOLIATIYE

abondante, tandis que les squames persistent et se multiplient en prenant quelques-uns des caractères de celles du psoriasis ou du pityriasis. Dans le psoriasis, la rougeur et le soulèvement de la peau, qu’on observe ordinairement au début de l’affection, s’effacent peu à peu, et les squames deviennent plus minces en même temps que plus abondantes. Dans le pityriasis enfin, une transformation en sens inverse s’observe : les squames, de minces et légères, deviennent plus étendues et plus confluentes. Dans l’un ou l’autre cas, la desquamation épidermique est le seul phénomène objectif et organique qui persiste et c’est elle qui parvient à dominer la scène.

« Lorsque l’herpétide exfoliatrice est établie, l’éruption couvre presque toute la surface du corps. A peine si quelques régions, telles que la face, la paume des mains et la plante des pieds, sont parfois épargnées. Les squames se produisent et se succèdent incessamment ; elles sont tellement abondantes qu’elles se détachent sans cesse de la surface cutanée; le matin on les trouve amoncelées pour ainsi diresous les flancs et sous les membres des malades. Ces squames sont minces et légères, transparentes comme des pelures d’oignon ; leurs dimensions sont très variables, les unes sont petites et analogues aux écailles de son, d’autres sont plus «larges et plus irrégulières A »

Les troubles de la sensibilité sont variables; souvent le prurit est assez intense et continuel; parfois il est faible ou nul ; il y a une sforte d’insensibilité cutanée contrastant avec l’intensité qu’avaient les démangeaisons avant que l’affection générique primitive ne passât à la forme exfoliative. L’état général peut se maintenir encore assez bon pendant un certain temps, puis les forces s’épuisent; il survient fort souvent une diarrhée incoercible; la desquamation peut être alors beaucoup moins abondante; le malade maigrit, tombe dans le marasme et succombe soit h l’épuisement, soit à une complication.

E. Vidai et P. Raymond ont constaté dans deux cas d’herpétide maligne exfoliative une augmentation d’urée dans le sang, une diminution correspondante dans la proportion de l’urée contenue dans l’urine qui était réduite à 11 grammes dans les vingt-quatre heures, enfin la présence de l’urée en quantité dans les squames exfoliées.

Ces résultats ont été confirmés par Quinquaud qui a évalué à 9 ou 10 grammes par jour la quantité d’urée contenue dans 30 grammes de squames.

Nous avons toujours vu le taux de l’urée très diminué dans les herpétides exfoliatives, et nous avons pu observer pendant des mois des malades chez lesquels le chiffre de l’urée contenue dans les urines oscillait entre 4 grammes et 8 grammes dans les vingt-quatre heures.

La terminaison de l’herpétide exfoliative ne semble pas devoir toujours être fatale, du moins à la première attaque. On a vu dans quelques cas une affection cutanée passer à l’état d’herpétide exfoliative, puis reprendre ses caractères distinctifs, et le malade peut avoir ainsi plusieurs attaques de cette sorte de cachexie cutanée, de même qu’un cardiaque peut avoir plusieurs attaques d’asystolie.

L’évolution fatale et la résistance de l’affection à toute espèce de traitement justifient l’épithète de maligne que Bazin avait ajoutée au mot herpétide exfoliative.

Anatomie pathologique. — L’anatomie pathologique de l’herpétide maligne exfoliative a été faite par Leloir et par Oro Mario.

1 Bazin. Leçons théoriques et cliniques sur les affections cutanées de nature arthritique et dartreuse, 1868, p. 438-439.

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