‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome second. Reactions cutanéesChapitre 27 sur 183 · DEUXIÈME TYPE OBJECTIF · texte numérisé non relu

DEUXIÈME TYPE OBJECTIF

DERMATOSES VÉSICULEUSES

HERPÈS VRAI

Définition. — Au point de vue purement morphologique, on désigne actuellement en dermatologie sous le nom d 'herpès une éruption composée de vésicules bien formées, transparentes, de la grosseur d’une tète d’épingle ou d’un grain de chènevis, groupées en nombre variable, et entourées d'une aréole érythémateuse plus ou moins prononcée.

Comme nous le disons aux tableaux d’ensemble, ce n’est pas une maladie bien définie, mais un syndrome. Nous étudierons d’abord 1 herpès en général , puis nous dirons quelques mots des formes évolutives assez spéciales que l’on désigne sous le nom d 'herpès récidivant.

A. Herpès en général.

Symptômes. — Cette éruption peut se développer en un point quelconque du corps, sur la peau ou sur les muqueuses.

V herpès de la peau débute par des sensations diverses, telles que des élance-

gène ou pseudo-cbéloïdienne dans laquelle il s’agit de sortes de nodules qui siègent aux genoux, aux coudes, aux mains, qui s’étendent progressivement en surface et en hauteur de manière à constituer des plaques dures d’un rouge jaunâtre, à bords nets, dominant la peau saine, indolentes, comparables à des chéloïdes rouges, larges, et superficielles, et dont le centre n’offre aucun signe de régression. Avec le temps quelques éléments s’affaissent en prenant une teinte brune.

Leur structure histologique est celle du tissu fibreux.

c) Une variété pemphigoide (cas d’Audry) présentant comme symptômes majeurs : «) un érythème qui offre les apparences et la distribution de l’érythème polymorphe, mais qui en diffère par la pérennité, la fixité et la transformation scléreuse des élevures congestives; P) des poussées de bulles complètement indépendantes des éléments érythémateux : y une absence totale de symptômes subjectifs.

On ne sait rien sur l’origine, la pathogénie, la médication de ces cas rares.

REACTIONS CUTANEES PURES

monts, un peu de tension, de prurit, de brûlure, etc., puis se montre une tache

rosée ou franchement rouge au niveau de laquelle le derme paraît congestionné, œdémateux et un peu saillant (Stade prééruptif d’E. Besnier et A. Doyon, phase congestive initiale d’A. Fournier). Au centre de cette tache l’épiderme est bientôt soulevé par de la sérosité citrine, et il se forme de petites vésicules arrondies (phase de vésiculation de Fournier, Stade d'éruption d’E. Besnier et A. Doyon), transparentes, distendues par un liquide séreux assez rarement hémorragique, et qu’il est possible de vider en les piquant. Elles sont assez régulières : leur volume habituel varie de celui d’une petite à celui d’une grosse tête d’épingle ; mais on peut en voir qui ont la grosseur d’un petit pois. Parfois deux ou plusieurs vésicules voisines se réunissent et forment un soulèvement pseudo-bulleux irrégulier. Elles sont groupées sur une même base érythémateuse au nombre de 2 à 20, et même davantage. Quant au nombre même de ces groupes, il est des plus variables suivant les cas; il y en a un ou plusieurs dis- Fig. 293. — Herpès récidivant , . 1

bisannuel de la région tempo- Poses avec un certain ordre comme dans le zona, ro-malaire droite. ou disséminés au hasard comme dans l’herpès

vrai.

Les cellules migratrices que contient le liquide des vésicules ne tardent pas à se

Fig. 294. — Herpès de la vulve et des régions voisines, multiplier : de transparentes les vésicules deviennent louches et opaques : dans

HERPES VRAI

quelques cas elles subissent la transformation purulente complète. Il est plus fréquent de les voir, dès que leur contenu blanchit, s’affaisser, sécher, donner naissance à des croûtelles jaunes ou brunâtres, minces, assez adhérentes {phase de dessiccation). Enfin la croûte finit par se détacher au bout de quelques jours en laissant au-dessous d’elle une surface rouge un peu brunâtre {phase maculeuse ou stade post-éruptif), qui disparaît bientôt sans être suivie de cicatrice du moins dans la majorité des cas.

La durée moyenne totale de l’éruption est d’une à deux semaines.

Les sièges de prédilection de l’herpès sont le pourtour des lèvres et des narines, la face, les fesses, les parties génitales, etc...

\d herpès des muqueuses a une physionomie un peu différente; ce qui tient à la région dans laquelle il évolue. Étant constamment soumis à l’action des liquides de l’organisme, l’épithélium macère rapidement : la vésicule n’est donc qu’éphémère ; il se forme une sorte de pellicule blanchâtre ou blanc grisâtre entourée d’une zone érythémateuse {angine couenneuse commune) . Cet aspect diptéroïde ou pseudo-membraneux de l'éruption se retrouve surtout à la gorge et à la vulve. Lorsque cette pellicule blanchâtre est détachée, il persiste une exulcération ou mieux une érosion arrondie, car il ne peut se former de croûtes. Ces érosions sont disséminées ou groupées, et dans ce cas si elles se réunissent, elles peuvent constituer une lésion assez étendue à contours polycycliques ou microcycliques (Fournier). Le tout se termine par la restitutio ad integrum.

Parmi les herpès des muqueuses il en est une variété dont fimportance pratique est tellement considérable qu’elle mérite une description à part, c’est l’herpès des organes génitaux.

Herpès des organes génitaux.

Symptômes. — Chez V homme, l’herpès génital est presque toujours discret; il n’est caractérisé dans la majorité des cas que par quelques petites vésicules disséminées ou groupées en un ou plusieurs amas, disposées sur la rainure glandopréputiale, le prépuce, plus rarement le gland ou la peau de la verge. L’éruption s’accompagne d’un peu de prurit ou de cuisson, et, dans presque tous les cas, lorsque le malade vient consulter, l’affection est arrivée à la phase érosive.

Sur le prépuce, elle est d’ordinaire facile à reconnaître; elle est composée de vésicules aux diverses périodes de leur évolution, vésicules jeunes, transparentes, vésicules plus âgées, recouvertes de croûtes ou d’enduits pseudo-membraneux, érosions simples, etc. Il existe souvent un peu d’œdème.

Sur la muqueuse du prépuce et du gland, les vésicules ne durent guère à l’état de vésicules; elles se rompent facilement, et il se forme des érosions sans profondeur, arrondies, de 1 millimètre et demi à 1 millimètres et demi de diamètre moyen, pouvant être isolées ou confluentes, et, dans ce dernier cas, constituant des exulcérations plus vastes, irrégulières, à contours polycycliques et microcycliques (Fournier): tout autour des ulcérations existe d’ordinaire un liseré d’un rose assez vif, parfois franchement rouge. Les bords sont nettement arrêtés, non décollés. Le fond est lisse, rosé ou rouge, ou recouvert d’une membrane diphtéroïde d’un blanc grisâtre. Il n’y a pas d’induration sous-jacente h moins qu’on n’ait cautérisé la lésion, ou employé des pansements irritants tels que le calomel, le nitrate d’argent, le nitrate acide de mercure, etc. Quand on exprime l’ulcération herpétique pendant quelques secondes, on fait sourdre à sa surface un peu de sérosité transparente {signe de V expression du suc de Leloir). ,

D’ordinaire la guérison se produit en huit ou dix jours. Mais parfois, quand la lésion a été irritée mécaniquement, sa base s’enflamme, s’œdématie, s’indure légèrement, et Texulcération peut creuser et devenir une véritable ulcération. Cette complication se produit surtout quand l’herpès siège dans le sillon glando-préputial.

Les ganglions inguinaux sont presque toujours indemnes; ils peuvent être douloureux et légèrement tuméfiés, puis revenir rapidement à l’état normal. Lorsque l’ulcération est profonde, enflammée, secondairement infectée, ils peuvent devenir volumineux, persister assez longtemps, et même être le point de départ d’adénopathies chroniques.

Chez la femme, l’herpès peut revêtir le même aspect que chez l’homme. Cet herpès vulvaire discret, qui est d’ailleurs presque toujours un herpès récidivant, s’accompagne parfois chez elle de cuissons et de brûlures d’une intensité exceptionnelle : il siège d’ordinaire à la face interne des grandes lèvres, sur les petites lèvres et le clitoris.

Herpès vulvaire confluent. — Mais on peut aussi observer chez elle, surtout après les premiers rapports sexuels, sans qu’il y ait blennorragie, ou bien à la suite d’écoulements leucorrhéiques et 'blennorragiques, des éruptions confluentes d’herpès de la plus grande intensité. Cet herpès confluent est parfois précédé de quelques phénomènes généraux : les grandes et les petites lèvres rougissent, se tuméfient, doublent ou triplent de volume, et deviennent fort douloureuses : les malades éprouvent des sensations de feu, de cuisson, de brûlure, plus souvent de véritables démangeaisons. Les vésicules apparaissent ensuite sous la forme d’un semis très serré qui envahit assez souvent la face externe des grandes lèvres et la région voisine des cuisses, la rainure interfessière et la marge de l’anus. Elles peuvent être assez peu nombreuses pour former des groupes distincts; mais, dans d’autres cas, elles sont assez rapprochées pour constituer des sortes de nappes confluentes qui revêtent en quelque sorte les organes génitaux de fausses membranes grisâtres ou blanchâtres à contours sinueux et festonnés, à surface assez irrégulière, comme plissées et chiffonnées, allongées sur les grandes lèvres (vulvite couenneuse) selon le sens de ces organes, et disposées suivant les plis radiés à la marge de l’anus où elles sont fort adhérentes (Bruneau).

Cet herpès confluent s’accompagne de douleurs assez violentes pour que les malades ne puissent plus marcher, d’écoulement muco-purulent et d’une odeur des plus fétides. Les pseudo-membranes se détachent spontanément au bout de quelques jours en laissant au-dessous d’elles des ulcérations de trois types (Bruneau) : les unes sont nettes, arrondies, très petites et succèdent à des vésicules, les autres sont polycycliques et succèdent à des groupes de vésicules, les dernières sont fort grandes, ovalaires, très irrégulières, et succèdent aux larges plaques pseudo-membraneuses. Quand la réparation va se faire, les ulcérations s’encadrent d’un petit liseré rouge carmin : parfois il persiste après la cicatrisation une sorte de saillie des points atteints, saillie qui simule des plaques muqueuses syphilitiques. L’herpès confluent produit souvent des adénites douloureuses.

L’herpès du vagin et l’herpès du col utérin sont assez rares : cependant ils existent : et quand on examine le col utérin de toutes les femmes atteintes d'herpès vulvaire ou d’affections vénériennes quelconques, on en observe un certain nombre de cas. (Voir Druelle etLévy-Bing, Journal des Mal. eut. etsyph., juin 1903, p. 401.)

On a décrit un herpès uréthral qui serait caractérisé par quelques élancements légers au moment de la miction et par un écoulement uréthral séreux peu abondant.

HERPES YRAJ

Anatomie pathologique de l’herpès. — Les vésicules de l’herpès semblent se produire par œdème parenchymateux des cellules du corps muqueux de Malpighi qui se tuméfient, dont le protoplasma se creuse de petites cavités qui finissent par confluer en refoulant le protoplasma à la périphérie : les cellules devenues énormes, globuleuses, s’ouvrent les unes dans les autres et constituent ainsi une vésicule réticulée par le processus dit de l'altération cavitaire de Leloir.

D’après Unna, ces lésions dépendent d’un processus d’inflammation fibrineuse de l’épiderme qui agit de deux façons. Il convertit les cellules épineuses les plus superficielles et par suite les plus anciennes de l’épiderme en une couche de coagulation nécrotique, fibrineuse, sans noyaux. D’autre part, l’épiderme se détache en masse des papilles tuméfiées, et, grâce à l’exosérose qui se produit, il se forme une phlyctène sous-épithéliale dont le couvercle est constitué par des couches épidermiques supérieures nécrosées ou distendues, et dont les parois et le contenu subissent la nécrose de coagulation.

Étiologie. Pathogénie. — Rien de plus obscur que les conditions dans lesquelles l’herpès semble se produire. Dans certains cas, il semble qu’il s’agisse d’une maladie infectieuse, comme dans l’herpès fébrile; dans d’autres, il survient comme un épiphénomène dans le cours de maladies assez bien définies comme dans la grippe, la méningite cérébro-spinale, la pneumonie, etc., c’est Y herpès critique : il peut se produire sous l’influence d’irritations locales ou d’infections localisées; sous l’influence de modifications physiologiques normales de l’organisme comme dans l’herpès cataménial, sous l’influence de traumatismes chirurgicaux comme dans l’herpès traumatique, sous l’influence de fatigues, d’émotions, d’excitations sexuelles, comme dans certains cas d’herpès récidivants (voir plus loin), enfin sans qu’aucune raison valable semble intervenir pour expliquer sa production comme dans certains autres cas d’herpès récidivants.

L’herpès des organes génitaux a, comme les autres variétés, une étiologie multiple. Il peut s’accompagner de vives douleurs et dans ce cas c’est peut-être un zona (herpès névralgique des organes génitaux). Il peut être d’originetraumatique, succéder aux excès de coït ou aux premières relations comme cela s’observe assez fréquemment chez les jeunes femmes après leur mariage, chez les petites filles atteintes de vulvite à la suite de viol; il peut accompagner la blennorragie, le chancre simple, être prémonitoire du chancre induré, etc.

Ici, comme pour beaucoup d’autres dermatoses que nous avons rangées dans nos réactions cutanées, il semble donc qu’il y ait des individus qui soient prédisposés à l’herpès, et qui font de l’herpès sous l’influence d’une cause occasionnelle quelconque.

On a proposé beaucoup de théories pour en expliquer la genèse et la nature intime (voir pour plus de détails l’article de du Castel dans la Pratique Dermat., t. II). Il est plus simple et plus vrai de déclarer que nous ignorons totalement la pathogénie ou les pathogénies de cette forme éruptive. Dans certains cas, il semble bien qu’elle se produise sous l’influence d’une modification du système nerveux provoquée par une émotion quelconque, par un traumatisme ou par une infection générale de l’organisme de quelque nature qu’elle puisse être. Dans certains cas même, comme dans l’herpès traumatique, l’éruption d’herpès prend les allures d’une véritable trophonévrose.

1 IC. Besnier et Doyon ont établi une distinction entre l’herpès vrai et les éruptions vésiculeuses d’origine nerveuse.

On ne peut cependant se baser sur ces faits pour assimiler les herpès au zona qui est une variété spéciale d’herpès, et qui a une évolution, une localisation tout à fait caractéristiques, qui peut laisser de profondes cicatrices, des névralgies consécutives atroces, et qui récidive rarement. Il y a là des allures de maladie tout à fait spéciale, profonde, pouvant être sérieuse, et ce n’est point la physionomie générale de la plupart des herpès, affections bénignes, superficielles, à guérison rapide, souvent récidivantes.

Pour Diday et Doyon, l’herpès névralgique des organes génitaux serait un véritable zona tout à fait différent de l’herpès génital récidivant vrai qu’ils considèrent comme étant une affection microbienne, théorie d’ailleurs abandonnée par la plupart des vénéréologistes.

Nous devons néanmoins signaler en terminant une série de faits cliniques assez troublants au point de vue de la possibilité de la nature microbienne de certains herpès, nature microbienne qui a été affirmée récemment encore par quelques auteurs. Nous avons vu des cas dans lesquels il nous a semblé que l’herpès génital d’un des conjoints provoquait une explosion d’herpès chez l’autre conjoint. Mais nous ne pouvons aller plus loin. On sait que l’inoculabilité de la vésicule d’herpès n’a pu être démontrée d’une manière précise, et que les microbes qui ont été décrits par Wasilewsky, Pfeifer, etc., ne peuvent être considérés comme vraiment pathogènes.

Ravaut et Darré ( Annales de Dermal. et de Syph., Juin 1904) ont trouvé 21 fois sur 26 cas d’herpès génitaux une réaction leucocytaire assez intense dans le liquide céphalo-rachidien. La réaction était d’autant plus intense que les troubles sensitifs avaient été eux-mêmes plus marqués. Les éléments observés dans le liquide céphalo-rachidien étaient des lymphocytes, sauf dans un cas d’herpès névralgique de Mauriac oit il y avait aussi quelques polynucléaires. Les auteurs n’ont jamais pu y déceler de microbes.

Diagnostic. — L'herpès des organes génitaux peut présenter des difficultés de diagnostic toutes spéciales. (Voir pour cela les divers traités de vénéréologie et l’excellent article de Feulard dans le Dictionnaire encyclopédique.)

Quand il siège sur la peau du prépuce, l’herpès est presque toujours d’un diagnostic facile; quand elles sont récentes, les vésicules sont nettement dessinées; quand elles sont anciennes, elles sont recouvertes de croûtes également polycycliques : si elles ont été traumatisées, elles ont déterminé des érosions superficielles reposant sur une base rouge, inflammatoire et légèrement œdématiée.

Mais il n’en est pas toujours de même quand l’herpès siège sur la muqueuse préputiale ou glandulaire. Ici la rupture des vésicules est très précoce, et, pour ainsi dire toujours quand le médecin est consulté, il se trouve en présence d’exulcérations.

Si le malade ne s’est livré à aucune intervention thérapeutique intempestive, le diagnostic est encore possible. Nous avons vu en effet que lorsque les vésicules herpétiques sont discrètes, isolées les unes des autres, elles forment des érosions arrondies de un à deux millimètres de diamètre, à bords nets, taillés à l’emportepièce, n’intéressant que l’épiderme, ne présentant pas la moindre induration quand on la palpe délicatement entre le pouce et l’index, et donnant par la compression latérale le signe de l’expression du suc de Leloir.

On distingue l’herpès enflammé du chancre simple par l’absence de décollement et d’irrégularité des bords, par l’absence de suppuration, par sa non-ino-

HERPÈS VRAI

culabilité, et par l’impossibilité d’y déceler le strepto-bacille de Ducrey.

Il se distingue du chancre induré par le peu de netteté de l’induration, par le signe de l’expression du suc : mais il y a des cas nombreux où il est absolument impossible de se prononcer, — et, dans tout cas douteux, il faut savoir attendre et avoir l’énergie de le faire.

Ces difficultés deviennent insurmontables quand on a eu l’imprudence de cautériser un herpès génital avec le nitrate d’argent ou avec tout autre caustique capable de provoquer l’induration de la base de la lésion, ou encore de le panser avec certaines poudres produisant le même effet, telles que le calomel par exemple. Dans ce cas on doit, pour se prononcer, attendre la marche ultérieure des événements.

Quand les vésicules de l’herpès de la muqueuse génitale sont confluentes, le diagnostic devient beaucoup plus facile; les érosions consécutives sont en effet polycycliques et microcycliques, ce qui, comme font fait remarquer les vénéréologistes, constitue un caractère de toute première importance.

Cependant, il est bon, même dans ces cas, de ne pas trop s’avancer et d’établir quelques réserves. Il n’est pas rare en effet, de voir une éruption confluente d’herpès précéder l’apparition d’un chancre induré dont elle est en quelque sorte le symptôme prémonitoire. C’est le « piège au chancre » de A. Fournier. (Voir les ouvrages spéciaux pour plus de détails.) 11 faut donc dans ces circonstances se borner à déclarer au malade que, pour le moment, ce n’est pas de l'herpès, mais qu’il est nécessaire d’en surveiller l’évolution, et de regarder avec soin si l’une des érosions ne s’élargit pas et ne s’indure pas.

» y a des herpès ulcéreux qui creusent beaucoup plus que nous ne venons de le dire et qui mettent plusieurs semaines pour guérir. Ce sont ces cas qui présentent de réelles difficultés de diagnostic.

Traitement. — L’herpès de la peau ne se traite pas ; il n’y a qu’à laisser la lésion évoluer toute seule en évitant tout contact et tout topique irritant. A peine peut-on prescrire, si les malades l’exigent, des lotions à l’eau boriquée, des cataplasmes de fécule de pomme de terre s’il y a une réaction inflammatoire un peu vive, sinon une pommade à l’oxyde de zinc ou à l’acide borique, et un peu de poudre d’amidon.

L’herpès génital discret réclame des pansements biquotidiens qui comprennent : 1° une lotion soit avec de l’eau blanche coupée d’eau, soit avec du sulfate de zinc au 1/50, de l’eau de Labarraque, du vin aromatique très étendu, de l’eau de feuilles de noyer légèrement boriquée ou phéniquée, delà décoction de roses, de ratanhia, de tanin, de matico, etc. ; 2° l’application d’une poudre inerte quelconque renfermant de l’oxyde de zinc, du sous-nitrate et du carbonate de bismuth porphyrisés, du talc, et, suivant les cas, un peu de tanin (de 1/100 à 1/20) ; 3° l'interposition entre les plis cutanés d’un linge en toile fine et usée.

Si la poudre irrite, on peut, avant de l’appliquer, enduire les parties malades d’une fort légère couche de pommade à l’oxyde de zinc, de vaseline pure, d’onguent diachylon lanoliné (E. Besnier), ou de cérat lanoliné.

Si l’herpès ne guérit pas rapidement, on le cautérise avec une solution de nitrate d’argent au 1/30, au 1/20, ou même au 1/10, mais il faut pour cela que le diagnostic de la lésion soit indiscutable.

Dans les cas d’herpès labial, Leloir préconise de faire des applications de compresses ou d’ouate hydrophile imbibées d’une solution de résorcine (2 p. 100), ou

de thymol (1 p. 100), ou de menthol (3 p. 100), ou d’acide phénique (1 p. 100), ou de tanin (2 p. 100) dans de l’alcool à 90° ; on recouvre de gutta-percha laminée ; il faut renouveler ce pansement une douzaine de fois dans la journée. L’éruption herpétique avorte d’après lui à peu près sûrement quand on suit cette médication.

Dans l'herpès génital confluent il faut employer des topiques émollients, cataplasmes de fécule faits avec de l’eau boriquée, lotions d’eau de têtes de camomille et de têtes de pavots pure, ou additionnée, si le malade peut le supporter, d’un peu d’acide borique, bains de siège émollients, puis simplement vaseline ou cold-cream, ou axonge fraîche, ou poudre inerte suivant la tolérance de la malade, mais assez souvent la poudre cause des douleurs insupportables ; plus tard, l’onguent diachylon lanoliné ou la pommade à l’oxyde de zinc et au sous-nitrate de bismuth avec ou sans acide borique activent la guérison.

B. Herpès récidivants. — Il est toute une classe d’éruptions herpétiques bien étudiées depuis longtemps aux organes génitaux par les vénéréologistes , et dans ces derniers temps pour leurs autres localisations par les dermatologistes, en par-

Fig. 295. — Éruption herpétiforme groupée autour de la bouche, récidivant tous les mois

chez un jeune garçon de quinze ans.

ticulier par Dubreuilh, et que caractérise ce fait majeur qu’elles récidivent à intervalles plus ou moins longs, réguliers ou irréguliers, toujours dans une même région, pour ainsi dire à la même place.

Les trois variétés les plus importantes de ces herpès récidivants sont: \° L'herpès cataménial ou menstruel de la femme; 2° L'herpès récidivant des organes génitaux chez l'homme; 3° L'herpès récidivant buccal des syphilitiques .

Mais, en dehors de ces trois groupes que nous allons étudier, Y herpès récidivant pour ainsi dire pur ou essentiel, existe chez l’homme et surtout chez la femme, se reproduisant à des intervalles éminemment variables, suivant les cas et suivant les périodes dans un même cas, tantôt tous les quinzejours, tantôt tous les mois, tous les deux mois, une ou deux fois par an, parfois à des intervalles extrêmement irréguliers. Tout d’un coup, brusquement, sans que le malade puisse reconnaître quelle est l’influence occasionnelle provocatrice qui a agi, il se produit une sensation de brûlure, de cuisson, de picotement, et, presque toujours sans fièvre, l’éruption apparaît. Elle siège en des régions variables suivant les sujets, mais d’ordinaire toujours la même pour un même sujet. Les points d’élection sont les lèvres, supérieure ou inférieuie, les fesses chez la femme, la région lombaire.

ÎIEKPÈS RÉCIDIVANTS

Fig. 296. — Herpès récidivant du poignet Fig. 297. — Herpès récidivant cataménial

gauche. de l'index droit.

jours en relation avec les époques menstruelles, soit qu’ils surviennent quelques heures ou quelques jours avant l’apparition des règles, pendant leur durée, ou dès leur terminaison. D’ordinaire, ils en annoncent la venue. Ils se produisent chez elle en un point quelconque du corps, mais surtout aux lèvres, à la vulve, à la fesse.

Herpès récidivant génital. — L’herpès récidivant des organes génitaux est l’apanage de l’homme. Il est chez lui d’une ténacité désespérante. Après quelques phénomènes prémonitoires de cuisson, de prurit, parfois de vives douleurs, l’éruption apparaît sous la forme de quelques vésicules qui évoluent rapidement. Cette poussée est suivie de beaucoup d’autres à des intervalles variables qui peuvent être fort courts au début (poussées subin trantes), mais qui, dans la plupart des cas, finissent par être de plus en plus longs.

Les poussées semblent survenir à la suite de certaines causes occasionnelles telles que les excès de coït, et surtout les coïts avec des femmes différentes, les fatigues de toute sorte, les écarts de régime alimentaire; parfois aussi elles se produisent en dehors de toute cause appréciable, et avec une telle persistance qu’elles peuvent devenir la cause d’états neurasthéniques, de mélancolie et d’idée fixe.

Dans la majorité des cas (Diday et Doyon disent toujours), l’herpès récidivant génital est consécutif à une affection vénérienne quelconque, syphilis, chancre mou ou blennorragie.

Herpès récidivant buccal. — A. Fournier a décrit, chez les syphilitiques, un herpès récidivant buccal qui se produit surtout sur les parties latérales de la langue pendant les premières années de la maladie, et qui est constamment pris pour de véritables manifestations spécifiques.

le cou, les doigts, etc. Ces poussées éruptives finissent souvent par produire, au point où elles se renouvellent, un aspect cicatriciel plus ou moins accentué, parfois pigmenté, et même dans quelques cas une sorte d’œdème chronique de la région .

(Voir le mémoire de W. Dubreuilh et F. Dorso, Annales de Dermat., 1901, p. 1025.)

Herpès cataménial. — Chez la femme, ces herpès récidivants sont presque tou-

Il se présente sons l’aspect d’une petite érosion grisâtre, arrondie, isolée, ou réunie à d’autres analogues, de façon à former des plaques plus ou moins importantes, à contours polycycliques. Il s’accompagne d’ordinaire de sensations de cuissons et d’élancements.

Il récidive avec une ténacité désespérante, malgré les traitements antisyphilitiques, et il réclame surtout une médication hygiénique alimentaire et locale. En effet, les écarts de régime, l’usage des mets épicés, en provoquent fréquemment l’apparition.

Traitement. — Contre l'herpès récidivant des lèvres, de la fesse, des doigts, etc., on doit essayer de mettre les malades dans des conditions absolues de bonne hygiène (voir Généralités), et on les engagera à faire des lotions quotidiennes ou biquotidiennes sur les régions intéressées, dans l’intervalle des poussées, avec de feau-de-vie camphrée, ou même avec de l’alcool camphré, s’il est supporté par les téguments.

Contre V herpès récidivant des organes génitaux, on essayera localement de tanner la peau des régions atteintes par des lotions astringentes biquotidiennes, par des lotions avec de l’eau aussi chaude qu’on pourra la tolérer, par des solutions de sulfate de zinc, de sulfate de cuivre, de sublimé, de nitrate d’argent, par des applications de poudres sèches et d’ouate, ou par des préparations morphinées, cocaïnées, à l’essence de menthe, etc..., contre les douleurs : mais tout cela sera le plus souvent inutile. Nous nous sommes bien trouvé parfois de faire des cautérisations avec le crayon de nitrate d’argent.

Il est nécessaire dans ces cas de soumettre le malade à une hygiène rigoureuse. Le mariage et la fidélité à une seule femme sont des éléments de guérison : on doit prendre des soins minutieux de prop reté, surtout après chaque rapport sexuel : s’il y a un phimosis, on pratiquera la circoncision : on évitera les fatigues et les excès de toutes sortes; on traitera l’état général.

Les eaux d’Uriage ont donné d’excellents résultats dans quelques cas rebelles.

On a également recommandé les eaux de Saint-Gervais, de Schinznach, de Luchon, etc.

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