‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome second. Reactions cutanéesChapitre 3 sur 183 · VIII. Dermatoses papuleuses · texte numérisé non relu

VIII. Dermatoses papuleuses

t Prurits essentiels.

^ Généralisés.

Localisés.

( Urticaire vulgaire.

( Urticaire pigmentée.

( Prurits circonscrits avec lichénification. ( Prurits diffus avec lichénification.

( Eczémas.

( Dysidrose.

Prurigos diathésiques.

- Prurigo simplex.

^ Prurigo de Hébra.

( Prurigo Ferox.

| Dermatites polymorphes douloureuses.

Lichen plan.

Du prurit en général.

Etude du symptôme.

Déliuitiou. — On désigne sous le nom de prurit de la peau une douleur spéciale appelant invinciblement le grattage et ne dépendant pas de lésions cutanées prémonitoires appréciables. C’est, à notre sens, une véritable névrose de la peau L

1 Le prurit pour L. Jacquet est l’exagération de celles des sensations cutanées élémentaires, ou sensations eudermiques, qui émanent des fibres sensitives du nerf grand sympathique.

a Voilà mieux que la vieille définition classique : au lieu de cette naivc tautologie, la définition

Symptômes. — La caractéristique du prurit cutané vrai est, ainsi que nous venons de le dire en le définissant, de n’être consécutif à aucune lésion cutanée prémonitoire.

Il survient en quelque sorte spontanément, et se manifeste par des sensations assez variables comme nature et comme intensité, rarement continues, et survenant presque toujours par accès, ou par crises plus ou moins fréquentes.

Ces crises sont surtout provoquées par des écarts de régime, par les changements de température, par la chaleur du lit, par des mouvements violents, par un repos forcé, par des émotions morales, etc...

La sensation douloureuse débute en un point quelconque du corps ; puis peu à peu, parfois rapidement, elle prend une intensité terrible : le besoin de se gratter devient tellement impérieux que, lorsqu’il ne peut se satisfaire, le malade éprouve une véritable angoisse. Il se sert alors de ses ongles, d’un linge rude, d’une brosse, de tout ce qui lui paraît être le plus commode : dans beaucoup de cas, le grattage exaspère les sensations, les rend plus multiples, plus étendues, plus rebelles ; mais il faut bien reconnaître aussi que fort souvent le prurit cesse lorsque la peau est excoriée : la douleur de l’excoriation remplace alors la démangeaison, et le malade éprouve une sensation de soulagement, de détente nerveuse et de bien-être général quand il a ensanglanté les régions prurigineuses. Le traitement par excellence du symptôme prurit, on ne saurait trop le répéter, c’est, le grattage ; ce qui ne veut pas dire d’ailleurs que nous recommandions de se gratter pour traiter les dermatoses prurigineuses, car malheureusement le grattage abîme les téguments, crée des lésions cutanées difficiles à guérir, provoque des inoculations microbiennes, etc...

Tant qu’on n’a pas commencé à se gratter, on peut espérer éviter une grande crise de prurit; dès qu’on a commencé à le faire, il n’y a plus possibilité de l’enrayer : les sensations douloureuses se multiplient comme nous l’avons dit plus haut, et le malade est obligé de s’ensanglanter pour retrouver le calme, souvent même il n’y arrive qu’après avoir subi une véritable crise nerveuse pendant laquelle il est anxieux, haletant, parfois ruisselant de sueur, et offre l’aspect d’un véritable forcené.

Dans les cas relativement bénins on n’a qu’une crise de prurit au moment de se coucher ou quelque temps (de une demi-heure à une heure) après s’être couché. Cette crise nocturne se produit donc habituellement entre 9 heures du soir et une heure du matin. Quand elle est terminée, le malade peut dormir.

Dans les cas plus sérieux, il survient souvent une autre crise vers les cinq à six heures du soir. Dans les cas tout à fait graves, on en observe une troisième vers le matin. Enfin, il y a des sujets qui en ont à tout instant sous l’influence des moindres causes occasionnelles. Mais même alors la crise vespérale est presque toujours la plus longue et la plus terrible.

La durée de ces crises est éminemment variable suivant les sujets et pour un même sujetsuivant les heures de lajournée et suivant les jours. Leur durée moyenne est de quinze minutes à une heure. Dans les cas très graves elles peuvent persister

de M. Jacquet, simple et claire, synthétise les laits... transfère la notion de spécificité sensitive d’un ensemble de causes banales à un tissu diliérencié ; elle rend compte de l’association si fréquente du prurit et des troubles vaso-moteurs... » (Trémoltères).

Tout en admirant les si ingénieuses recherches de Jacquet sur le prurit, nous pensons qu’il est encore un peu discutable que cette sensation soit due à l’exagération des sensations cutanées élémentaires qui émanent des libres sensitives du sympathique ; c'est une hypothèse, rationnelle nous le voulons bien, et même probable, mais une simple hypothèse.

DU PRURIT EN GÉNÉRAL

pendant deux ou trois heures, pendant toute la nuit, ou être subintrantes.

Les douleurs arrivent alors à être tellement intolérables que la santé générale peut en être affectée : le prurit intense est en effet par lui-même une affection sérieuse qui conduit à l’amaigrissement, à l’épuisement nerveux, à la dépression ou à l’exaltation morale, parfois même à la folie et au suicide.

Marche. Durée. Terminaisons. — II est bien entendu que nous parlons ici du prurit dit essentiel, c’est-à-dire qui ne dépend ni d’une irritation externe mécanique ou caustique quelconque, ni de la présence d’un parasite, comme les poux ou les acares (voir plus haut). Sa durée est éminemment variable suivant les cas. Souvent il constitue une sorte de crise morbide que subit l’organisme, comme cela s’observe si souvent chez les sujets que l’on appelle en France des arthritiques nerveux, et dès lors il peut persister pendant plusieurs mois, et même pendant une ou plusieurs années avec des alternatives d’exaspération et de rémission; puis peu à peu il diminue; les crises perdent de leur intensité ; elles s’espacent et Unissent par disparaître avec des retours offensifs de plus en plus insignifiants.

Le prurit peut dépendre de variations barométriques ou thermométriques, et, suivant les sujets, exister en hiver ou en été, au printemps ou en automne.

Parfois aussi il tient à des causes d’irritabilité nerveuse, à des conditions défectueuses d’habitat, et il disparaît avec assez de rapidité en quinze jours, en un ou deux mois, lorsque l’on modifie totalement l’existence du sujet.

Étiologie. Pathogéuie. — Pour que ces dermatoses prurigineuses d’origine interne se développent, il faut, comme nous l’avons déjà dit plus haut :

1° Un terrain préparé par :

a) Une hérédité spéciale faite : a) surtout d’arthritisme, c’est-à-dire d’autointoxications des parents par suralimentation, défaut d’exercice au grand air, d’où le rhumatisme, la goutte, le diabète, etc. ; (à) de nervosité développée par le séjour dans les villes, le surmenage cérébral, les préoccupations, les affaires, etc..., l’abus du thé ou du café, de divers toniques actuellement en honneur, tels que la kola, la coca, le mathé, etc..., y) assez fréquemment d’alcoolisme ; 6) et, pour certaines variétés de prurit, de la prédisposition à la tuberculose, de la tuberculose elle-même, du cancer et de la syphilis.

b) Le sujet aggrave presque toujours lui-même cette hérédité en continuant les errements de ses ascendants, souvent en les exagérant. Il multiplie ainsi d’une singulière façon ses prédispositions morbides. 11 peut les créer de toutes pièces, s’il a une hérédité peu chargée, en vivant comme nous venons de le dire.

c ) Ces prédispositions sont fort augmentées si un organe important d’absorption, ou d’élimination, tube digestif, foie, rein, etc..., se trouve atteint, car l’organisme s’encrasse et s’intoxique dès lors avec encore plus de rapidité. Cela nous conduit à parler des causes déterminantes.

2° La moindre cause occasionnelle agit sur un terrain semblable pour déterminer l’explosion de la maladie.

Ces causes occasionnelles sont fort nombreuses, des plus variables suivant les sujets, et parfois même chez un même sujet1; elles peuvent être :

a) Externes, comme des traumatismes, des applications irritantes externes, l’action d’un parasite, poux, acare, etc...

1 Voir dans les Généralités ce que nous avons dit à propos de la nature, de l’étiologie et de la pathogénie des réactions cutanées.

b) Pathogénétiques, c’est-à-dire par ingestion d’une substance quelconque alimentaire ou médicamenteuse nuisible pour le sujet.

c ) Toxiques internes, comme dans les affections hépatiques (ictère), rénales, etc.

d) Réflexes, comme dans la grossesse (pruritus gestationis), dans certaines affections viscérales, en particulier dans les cancers abdominaux (E. Besnier, L. Wickham) ; à la suite de l’ovariotomie (nous en avons observé plusieurs cas).

e) Nerveuses vraies, et ceci est d’une extrême fréquence, comme dans les chocs nerveux, les émotions violentes, les chagrins, etc... 1

I Tout ce qui précède était déjà écrit, quand a paru dans la Pratique dermatologique (t. IV, 1904) le si remarquable article de L. Jacquet sur le prurit. On ne peut l’analyser, il faut le lire en entier. En voici quelques extraits :

II existe un prurit physiologique, déjà décrit par Hebra. Des démangeaisons d'apparence spontanées sont très fréquentes chez l’homme : elles sont favorisées par l'état de digestion, par la menstruation, l'insomnie, l’énervement, le surmenage; d’autres circonstances les inhibent : telles sont la concentration de l’attention, le travail cérébral.

Dans la crise de prurit il y a une première période de prurit minimum d’abord inconscient, puis perçu, mais toléré, puis insupportable. Le prurit minimum est erratique. Si le prurit est léger, le grattage le fait disparaître. Si le prurit est trop fort, le grattage plus fort entraîne la vaso-dilatation, augmente la cuisson, exaspère et étale la sensation.

Autour du foyer pruritique, en dehors de tout grattage, il y a une zone où la sensibilité est modifiée; il y a exaltation des sensations de tact, et zone d’hyperesthésie objective non consciente; ce n’est que du prurit latent : si l’excitation augmente, ce prurit en puissance devient du prurit réel.

Si, après la détente produite par le grattage, on explore la sensibilité, on constate la présence d'une zone d’hypoesthésie assez durable, [Bypoesthésie pruri- traumatique.)

De deux personnes soumises aux mêmes causes de prurit, l'une est à peine incommodée, tandis que l’autre se plaint de vives démangeaisons. Aucune excitation pruri gène ne suffit à produire la sensation pruritique... une excitation légère et banale peut faire éclater une sensation violente et spécifique. 11 faut donc admettre que toutes les causes provocatrices ne font que mettre en jeu une condition pathogénique univoque.

Or, il existe un perpétuel et réciproque échange d’impressions entre les centres nerveux, les tissus, les viscères et les terminaisons sensorielles et cutanées ; ce qui conduit à admettre entre périphérie et centre une véritable circulation nerveuse à circuit fermé dans lequel l’excitation circule, se conserve et par suite s’accumule... Des excitations qui,- isolées, paraissent impuissantes, deviennent efficaces quand elles s’accumulent ; car elles ont, malgré leur inefficacité apparente, augmenté l’excitabilité de l'organisme. Il existe en effet une sommation œstliésiogène, dont les effets se traduiront dans tous les modes sensitifs, douleur, prurit... : un cas de prurit peut être fonction de plusieurs causes associées dont chacune a agi cumulativement : sommation prurigène.

Les excitations périphériques, toxiques ou autres, n’ont que le rang de causes provocatrices; elles occasionnent des réactions sensitives d’autant plus intenses que les systèmes nerveux qu'elles sollicitent ont été déjà plus ébranlés.

Le prurit assaille celui dont les centres sensitifs ont héréditairement ou personnellement subi de multiples excitations antérieures, et sont en état d’équilibre sensitif instable . Une excitation faible peut donc en éveillant une énergie accumulée latente provoquer un effet énorme.

Toute cellule organique emmagasine plus ou moins longuement l’excitation qui a agi sur elle : c’est la mnémodermie prurigène.

L’énergie sensitive circule, s'accumule, se fixe, mais elle peut se déplacer : c’est la métastase sensitive. Cette énergie sensitive peut aussi se transformer,

(Voir en outre plus haut la définition du prurit d’après L. Jacquet.)

Neisser (Le prurit et les dermatoses prurigineuses ; Die deutsche Klinik , 1901) divise les états morbides qui s’accompagnent de prurit en trois groupes principaux ;

1° Le prurit se produit sous V influence de causes externes et sur la peau saine (parasites animaux, végétaux, etc.) ;

2° Le prurit provient d’une cause interne ; a) le prurit naît hématogène sous l’influence d’une substance chimique qui n’existe pas d’une manière normale dans l’organisme (diabète, ictère, goutte, carcinome, café, thé, alcool, morphine, etc.) ; b) le prurit est neurogène et peut être rattaché à une maladie nerveuse primaire fondamentale (maladie de Basedow. chorée, neurasthénie, etc.), ou bien il est de nature réflexe (grossesse, maladies utéro-ovariennes, etc.) ;

3 0 Maladies prurigineuses de la peau : a) dermatoses dans lesquelles le prurit n’est qu’un symptôme et une conséquence des lésions cutanées (eczémas typiques, pemphigus et dermatites herpétiformes, mycosis fongoïde, lichen ruber, etc.) : b) dermatoses urticariennes (œdème aigu, strophulus des enfants, prurigo de Hebra) ; c ) dermatite lichénoïde (lichen simplex circonscrit) que Neisser range dans les eczémas.

DU PRURIT EN GENERAL

Diagnostic. — Le diagnostic dn symptôme du prurit ne se discute pas, il s’impose.

Mais ce qui doit se discuter, c’est le diagnostic de la cause du prurit et de sa nature : c’est en effet de là que doivent découler le pronostic et le traitement.

Comme nous l’avons dit plus haut en présence d’un malade atteint de prurit, il faut tout d’abord minutieusement rechercher s’il n’y a pas une cause externe quelconque et surtout des parasites, poux, punaises, puces, ou acares, qui causent ce prurit,

Quand on est sûr que le prurit n’est pas d’origine externe, on doit étudier avec soin le malade, son hérédité, sa constitution, ses divers organes, ses éliminations, ses habitudes, son alimentation, son état moral, etc., pour préciser les conditions pathogéniques du symptôme.

Presque toujours d’ailleurs ces conditions pathogéniques sont complexes et s’intriquent : le prurit n’est qu’une résultante provenant de causes fort diverses ; cependant il est assez ordinaire qu’il y en ait une majeure qui paraisse être la plus importante, et qui constitue la dominante étiologique (1).

Pronostic. — Il découle de ce que nous venons de dire. Si le prurit tient à des éliminations imparfaites, à une affection d’organe, il a le pronostic de êitte cause.

S’il dépend uniquement de surmenages et d’une existence agitée, il disparaîtra par le séjour à la campagne, à la montagne, ou dans une station hydrominérale appropriée.

S’il se relie à une crise de neuro-arthritisme, il guérira par des moyens à peu près analogues, mais en un laps de temps beaucoup plus long.

Traitement du prurit en général. — Nous ne saurions trop répéter que pour traiter un prurit on doit étudier le malade afin de préciser quelles sont les conditions étiologiqnes qui ont présidé à la genèse de l’affection. Pour les prurits généralisés on examinera les urines, l’état des divers viscères, celui du système nerveux. Pour les prurits localisés on explorera le rectum, les organes génitaux, les fosses nasales. Si l’on reconnaît l’existence d’une lésion quelconque pouvant expliquer le développement du prurit, on tâchera de la combattre par des moyens appropriés, soit locaux, soit généraux, et en même temps on emploiera contre le prurit lui-même une des nombreuses médications que nous allons maintenant énumérer. Ainsi donc, avant toute chose, quand il s’agit de traiter un prurit, on doit rechercher si ce prurit reconnaît une cause tangible, et s’efforcer de supprimer cette cause quand c’est possible.

La formule qui précède est simple, et même quelque peu ridicule dans sa banalité, et cependant en pratique on a le tort de ne pas s’y conformer.

Trop souvent d’ailleurs la cause du prurit n’est pas évidente, ou ne peut être supprimée. On en est alors réduit à instituer un traitement purement symptomatique que nous allons faire connaître.

Contre le phénomène prurit lui-même il y a deux séries de moyens à employer, les uns internes, les autres externes.

Traitement interne. — Tout sujet atteint de prurit doit se soumettre à un régime des plus rigoureux. Il doit s’abstenir de tabac, de café, de thé, de chocolat, de liqueurs, d’alcool de toute nature, de vin pur, de vin frelaté même coupé d’eau.

1 Voir clans les Généralités ce que nous disons de la dominante étiologique.

de bière alcoolisée, de charcuterie, de veau, d’œufs pas frais, de poissons et de coquilles de mer, de crustacés, de conserves de poissons, de gibier, de truffes, de fromages salés et fermentés, d’aliments épicés et salés, de tomates, d’épices, de fraises, de choux et de choux-fleurs, d’oseille. (Voir Régime.)

Son alimentation consistera en eau naturelle ou en eau minérale alcaline quelconque, lait, viandes rôties et grillées, légumes cuits et fruits cuits. Dans les cas sérieux on exigera le régime lacté exclusif (E. Besnier, A. Doyon).

On régularisera les garde-robes, les diverses fonctions, en particulier les fonctions utérines chez la femme.

S’il y a une maladie interne définie, telle que le diabète, une affection du foie ou des reins, etc..., on instituera une médication appropriée.

On surveillera avec le plus grand soin l’état du système nerveux : on recommandera d’éviter autant qu’on le pourra les émotions vives, les préoccupations morales et intellectuelles, les fatigues de la vie d’affaires. On recommandera le séjour prolongé à la campagne, ou mieux dans de hautes altitudes, avec de l’exercice au grand air modéré, régulier, adapté aux moyens physiques du sujet.

S’il en est besoin, on prescrira une médication sédative soit par les douches chaudes à 35°-38°, avec la pomme d’arrosoir ou le jet brisé, de une à cinq minutes de durée, quotidiennes ou bi-quotidiennes, soit par l’administration interne de substances exerçant sur le système nerveux une action calmante et n’ayant pas d’effet nuisible sur les téguments : nous plaçons à leur tête les diverses préparations de valériane, en particulier l’extrait de valériane, le valérianate de zinc, le valérianate d’ammoniaque qu’il est bon d’administrer en capsules, ou en solution dans de la tisane de tilleul et de feuilles d’oranger aromatisée avec de l’eau de fleurs d’oranger.

Les autres médicaments internes qui nous ont paru pouvoir rendre des services contre le prurit sont l’acide cyanhydrique et l’eau distillée de laurier-cerise, lecastoréum, basa fœtida, le musc. Ce ne sera qu’en dernière analyse que l’on aura recours au chloral, aux bromures et aux opiacés, en particulier à la morphine aux doses de 0gr, 005 à 0 gr, 02 en solution le soir dans du tilleul. Il en est de même de trois autres substances préconisées dans ces derniers temps, l’antipyrine, le citrophène et le salicylate de soude ; leur action est des plus infidèles, et elles donnent assez souvent lieu à des éruptions qui viennent compliquer la scène morbide. Cependant nous avons vu parfois un cachet de 0gl',50 à un gramme d’antipyrine supprimer la crise vespérale et permettre au malade de passer une bonne nuit.

Parmi les autres substances préconisées à l’intérieur contre le prurit et qui semblent avoir eu quelque efficacité dans certains cas, citons encore : l’acide phénique à la dose de 0 gr, 05 à 0gl',30 par jour, soit sous forme de sirop renfermant de 0 gr, 01 à 0gr, 05 d’acide phénique par 20 grammes de sirop simple, soit sous forme de pilules faites avec de la poudre et de l’extrait de gentiane ou de valériane, l’extrait de guaco recommandé par Butte, la quinine à hautes doses qui réussit parfois chez les auto-intoxiqués nerveux lorsque le prurit revient par accès, labelladone que l’on devra surtout essayer sous forme de teinture à doses infinitésimales, l’atropine recommandée par E. Besnier et A. Doyon, le datura stramonium, la jusquiame, l’arsenic, et en particulier le bromure d’arsenic à la dose de 5 dixmilligrammes à l milligramme après chaque repas, la pilocarpine en injections sous-cutanées, le chlorure de calcium, etc...

DU PRURIT EN GÉNÉRAL

Le traitement du prurit par les acides a été préconisé par de nombreux auteurs. En dehors de l’acide phénique que nous avons déjà cité, on a surtout employé l’acide lactique, l’acide tartrique, l’acide citrique. Lucide sulfurique (Kohler) sous la forme de limonade sulfurique à 3 pour 200, à la dose d’une cuillerée à soupe toutes les deux heures.

Chez les ovariotomisées atteintes de prurit rebelle, il est indiqué d’administrer de l’extrait d'ovaire : cette méthode nous a donné dans plusieurs cas des résultats complets et inespérés.

Albert Robin préconise l’asepsie stomacale quand le prurit coïncide avec des fermentations du tube digestif. Il donne au milieu du repas : 1° un des cachets suivants :

Érythrol .

Fluorure de calcium

Magnésie .

Pour un cachet.

5 centigrammes.

2° une cuillerée de la solution suivante :

50 centigrammes.

300 grammes.

Fluorure d’ammonium

Eau .

L’ électricité soit sous forme de bains hydro-électriques à courants sinusoïdaux, soit sous forme d’électricité statique (Bains statiques secs sans étincelles), pour les prurits généralisés, soit surtout sous forme d’effluves de haute fréquence pour certains prurits localisés a été fort préconisée dans ces derniers temps. Son action nous a paru variable suivant les sujets; nous devons reconnaître qu’elle a parfois très bien réussi; parfois elle a totalement échoué.

La Radiothérapie nous a donné d’incontestables succès dans des cas tout particulièrement rebelles de prurit circonscrit : on sait avec quelle prudence il convient d’utiliser ce procédé.

La compression locale peut rendre quelques services.

Nous croyons que le massage bien fait, pratiqué avec des préparations onctueuses pures, ou additionnées de doses infinitésimales de sapolan, ou d’ichtyol, ou d’acide phénique, ou de menthol, etc... exerce une action sédative et même curative dans les prurits généralisés rebelles.

Certaines stations hydrominérales ont un effet calmant incontestable dans les prurits rebelles. A leur tête comme efficacité nous devons citer : Schlangenbad en Allemagne, Néris en France, puis Ragnères-de-Bigorre, Ussat, Aulus, Bains, Plombières, Bourbon-Lancy, Saint-Gervais en France, Ragaz en Suisse, Wilbad en Wurtemberg, Gastein en Autriche, etc... La plupart d’entre elles agissent à la fois par leurs eaux qui sont onctueuses et douces à la peau, sédatives pour l’état général, par leur climat, par le calme qui y règne, par l’extériorisation du milieu habituel.

Thibierge et Ravaut (Soc. de dermat., 9 nov. 1905 et Soc. méd. des hôpitaux, 1er déc. 1905) ont fait connaître de remarquables succès qu’ils ont obtenus par la ponction lombaire dans des prurits rebelles se reliant au lichen plan, au prurigo diathésique d’E. Besnier, au lichen circonscrit, et aux eczémas secs prurigineux. Il y aurait peut-être là une précieuse ressource dans les cas de prurits sine materiâ qui auraient résisté à toutes les autres médications.

Traitement externe. — Le traitement externe du prurit ne constitue qu’un palliatif; néanmoins il rend souvent de grands services en permettant aux malades de calmer un peu leurs crises pendant quelques instants.

Les prurigineux doivent se délier de l’eau et du savon. Comme l’a fort bien montré Leredde, les savonnages fréquents peuvent provoquer, ou développer, ou entretenir des prurits intenses chez les sujets prédisposés.

Tout prurigineux ayant la peau sèche devra se nettoyer avec du cold-cream frais ou du cérat sans eau frais ou de la très belle vaseline, à la rigueur avec de l’eau qui aura longuement bouilli avec de la guimauve ou du sureau.

Les topiques recommandés contre le prurit sont des plus nombreux. Ils se divisent entrois groupes : 1° les lotions ; 2° les pommades , les pâtes, les colles , les gélatines ; 3° les emplâtres, les pellicules, en un mot les topiques qui forment occlusion .

1° Lotions. — Dans les lotions nous faisons rentrer les bains qui peuvent être prolongés et continus, c’est-à-dire de plusieurs heures ou de plusieurs jours de durée, ou bien assez courts, de dix à vingt minutes. Les plus efficaces semblent être les bains de tilleul, de camomille, d’amidon, purs ou additionnés d’un litre de vinaigre. Il faut s’en défier. Les malades s’y trouvent souvent soulagés ; dès qu’ils en sont sortis ils sont souvent repris de crises encore plus violentes.

E. Besnier et A. Doyon recommandent de remplacer le bain par l’enveloppement d’une partie ou de la totalité du corps à l’aide de toiles très fines de caoutchouc. Pour la nuit ou pour les cas sérieux ils font interposer entre la ^toile de caoutchouc et la peau des pièces de tarlatane ou de tint, moites de solutions diverses, bien étanchées avant d’être appliquées, tiédies, couvertes de toile imperméable aussi fine que possible et soigneusement maintenues avec des bandes de tarlatane souples et fines. Ils se servent d’ordinaire pour ces enveloppements d’eau bouillie ou d’eau de pluie additionnée de 5 pour 100 de glycérine, quelquefois de décoction de 1 à 5 pour l 000 de feuilles de coca, et ils commencent toujours par des applications simples; c’est seulement en cas d’insuffisance qu’ils ajoutent au liquide des substances médicamenteuses, toujours à des doses très faibles au début, et d’autant plus faibles que la surface enveloppée est plus considérable; par exemple par litre d’eau 5 à 10 grammes de vinaigre commun ; 0gr,25 à 1 d’acide phénique; 0gr,25 à 1 cl’acide salicylique; de 1 à 5 d’acide tartrique, borique, etc.;

1 à 10 de bicarbonate de soude ; 0 gr,25 à 2 de borate de soude ; 1 à 10 de salicylate de soude avec autant de bicarbonate de soude ; 0gr, 01 à 0 gl>, 03 de deutochlorure de mercure; 1 à 10 cl’ichtyol; 5 à 25 de coaltar saponiné. (E. Besnier et A. Doyon traduction de Kaposi, 2e éd.)

Quant aux lotions proprement dites, presque toutes les substances légèrement caustiques ou calmantes ont été essayées. Par ordre d’efficacité nous citerons les lotions avec de l’eau très chaude1, les lotions avec de la décoction de racine d’aunée, de houblon (Lupulin), de têtes de camomille, de pavot ou d’eau de son : on peut ajouter à ces liquides du vinaigre (de 1 à 4 cuillerées à soupe de vinaigre par verre), de l’eau blanche, de l’eau phagédénique (même quantité que pour le vi-

1 C’est de beaucoup le meilleur moyen pour calmer une crise de prurit. On prend de l’eau bouillie extrêmement chaude, chaude à ne pouvoir en supporter le contact avec la main, pas assez cependant pour brûler la peau : on y trempe un gros tampon d’ouate hydrophile, on l’exprime doucement, puis on l’applique en pressant un peu sur la région prurigineuse ; on l’écarte quand l'impression de brûlure est trop vive, puis on l’applique de nouveau et ainsi de suite pendant deux ou trois minutes; ensuite on poudre et on recouvre de toile fine, ou bien on fait l’un des autres pansements indiqués.

DU PRURIT EN GÉNÉRAL

naigre); les lotions à l’eau-de-vie camphrée ou même à l’alcool camphré, les lotions à l’acide salicylique en solution alcoolique, à l’éther sulfurique ; les lotions au borax pur ou associé à l’alcool camphré et à la glycérine (Duhring) ; les lotions au bromure de potassium à 1 ou 10 pour 100, au chloral à 1 ou 5 pour 100 additionnées ou non d’eau distillée de laurier-cerise ; les lotions au chloral camphré, au sublimé au l/'J 000 ou au 1/500, à l’eau chloroformée, à l’acide cyanhydrique médicinal dont on met 4 à 8 grammes dans 500 grammes d’eau distillée de laitue

ou de lait d’amandes; les lotions au cyanure de potassium au 1/500, au sulfate de cuivre au 1/100 ou au 1/500, au goudron, à l’ichtyol (ichtyol 10 à 50 grammes, pour eau 1 000 grammes) ; au naphtol à 1 ou 2 pour 100, au thymol mélangé à la glycérine et à l’alcool, à l’extrait fluide de grindelia robusta dilué d’eau, à la décoction de feuilles de coca, à la belladone, à la jusquiame, à l’aconit, au tabac (de 2 à 4 grandes feuilles de tabac non travaillées pour un demi-litre d’eau chaude), à l’extrait de ciguë, à la créoline (créoline de 3 à 5 grammes, pour huile de graine de lin 100 grammes), enfin et surtout les badigeons de nitrate d’argent au 1/50, au 1 /30, au 1/20 et même au 1/10, lesquels ne sont guère applicables qu’aux prurits localisés, et les lotions phéniquées, au 1/200, au 1/100, et même au 1/50: (mettre par exemple dans un verre d’eau chaude pure ou d’infusion de têtes de camomille chaude de l à 4 cuillerées à soupe d’une solution mère d’acide phénique au 1/20). Duhring associe la potasse à l'acide phénique dans la proportion de 1 partie de potasse pour 2 parties d’acide phénique.

Mais qiland on se sert de toutes ces lotions et applications, il faut faire grande attention aux susceptibilités cutanées du sujet. Souvent, surtout quand on emploie V acide phénique, le sublimé , le chloral , V ortho forme, etc.., on provoque des éruptions artificielles ; et, plus on continue les applications, plus on exaspère le mal. On voit alors tout se calmer en supprimant ces topiques et en se servant de simples poudres inertes.

Après les lotions, on applique des pommades, ou l’on se contente de poudrer avec des poudres inertes, poudre d’amidon, de lycopode, etc... E. Besnier recommande fort dans les prurits rebelles les poudres d’amidon additionnées de 5 à 25 pour 100 de sous-nitrate et de carbonate de bismuth et d’oxyde de zinc, et de 1 à 3 pour 100 d’acide salicylique.

2° Pommades, Pâtes , Colles, Gélatines. — Toutes les substances actives que nous venons d’énumérer en parlant des lotions ont été incorporées dans des pommades et dans des gélatines (voir ce mot)’, et cela avec les combinaisons les plus diverses. Nous nous contenterons de donner quelques indications.

Pour les prurits généralisés la préparation de beaucoup la meilleure nous paraît être une pâte à l’acide phénique, combiné ou non avec l’acide cyanhydrique, l’acide salicylique au 1/100, le menthol au 1/200 ou au 1/100. On l’incorpore au coldcream frais ou à l’axonge fraîche à la dose de 1 pour 150, pour 100, pour 80, ou même pour 60 d’excipient. On parfume avec un peu d’essence de thym, ou de menthe et on épaissit avec beaucoup d’oxyde de zinc et de kaolin. On fait deux onctions par jour, le matin et le soir, sur les parties malades avec cette préparation ; on en enlève l’excès avec un linge fin, puis on poudre avec de la poudre d’amidon. Si l’on est tourmenté dans l’intervalle de ces pansements par une crise de prurit, il faut, si on le peut, refaire le pansement, lotionner avec de l’eau phéniquée chaude, appliquer la pâte, puis la poudre. On peut aussi se servir, comme excipient de ces préparations phéniquées, de l’onguent de zinc fait avec parties égales d’oxyde de zinc et de vaseline (E. Besnier).

L’ichtyol, le thiol, le sapolan, le tuménol sont de bons antiprurigineux. Nous employons souvent le thiol et Eichtyol en badigeons sous la forme de solutions aqueuses allant du 1/40 au 1/5 : on sèche et on applique par-dessus une pâte ou une colle de zinc. On peut incorporer ces diverses substances à des pâtes de zinc. 11 en est de même pour les goudrons, pour l’huile de cade, pour la résorcine qui est un antiprurigineux de premier ordre et que l’on prescrit en lotions à 1 ou 2 pour 100 ou en pommade au 1/100.

Dans les prurits localisés, on peut utiliser les préparations de cocaïne, sous forme d’oléate ou de chlorhydrate, pure ou combinée avec une autre substance, et incorporée au 1/50 ou au 1/25 dans du cold-cream frais, de l’axonge fraîche, ou de la lanoline additionnée d’un peu d’huile d’olive.

Dans les mêmes cas, la morphine au 1/100 réussit parfois aussi bien, sinon mieux que la cocaïne à laquelle on peut d’ailleurs l’associer.

Parmi les autres pommades qui rendent de réels services dans les prurits, citons : le glycérolé tartrique d’E. Vidal (acide tartrique 1 gramme pour glycérolé d’amidon à la glycérine neutre pure, 20 grammes), les pommades au naphtol p au 1/10 ou au 1/20, les pommades au camphre, au soufre, les pommades au cyanure de potassium au 1/500 ou au 1/200, etc...

Les gélatines ou colles (voir ce mot) rendent de réels services dans les prurits. On emploie surtout les gélatines à l’oxyde de zinc, additionnées d’essence de menthe ; elles ont l’avantage de constituer des enduits adhérents et protecteurs.

Parfois ce sont les topiques les plus simples, poudres inertes, ou cold-cream frais qui soulagent le mieux les malades; c’est surtout vrai dans les prurits généralisés.

o° Enduits imperméables et emplâtres. — Les recherches de L. Jacquet (voir plus haut) ont confirmé toute l’importance et l’efficacité de la médication par occlusion dans les prurits. L’enveloppement par le caoutchouc modifie parfois assez énergiquement l’état de la peau pour rendre supportables des prurits jusque-là rebelles à tout traitement. On applique le caoutchouc directement sur les parties malades ou bien l’on interpose entre elles et la feuille imperméable de la tarlatane pliée en plusieurs doubles et trempée dans une solution calmante quelconque. (Voir plus haut.)

Les emplâtres, fort en honneur à l’heure actuelle, ont, comme le caoutchouc d’ailleurs, l’avantage de rendre les grattages difficiles, toutau moins peu offensifs, et de prévenir ainsi les lésions cutanées et les crises douloureuses auxquelles ils donnent lieu dans certains cas.

On en emploie de beauconp de variétés : les plus usités sont les emplâtres à l’huile de foie de morue pure ou phéniquée ou naphtolée (voir Généralités), les emplâtres simples, les emplâtres à la résorcine, à l’ichtyol, etc... On les laisse en contact avec les téguments le plus longtemps possible, quarante-huit heures lorsqu’on le peut. Ils présentent sur le caoutchouc l’avantage d’être des topiques à la fois imperméables et médicamenteux : mais ils sont souvent irritants pour les téguments, aussi faut-il s’en défier.

Les pellicules et les traumaticines médicamenteuses ont les mêmes propriétés et les mêmes inconvénients. Les vernis nous ont semblé moins nuisibles.

Parmi les autres agents recommandés nous devons surtout citer les poudres inertes que l’on peut rendre plus efficaces en y incorporant de l’acide salicylique, du salicylate de bismuth, du camphre, etc...

Les scarifications linéaires quadrillées et les cautérisations superficielles avec la

LES PRURITS SANS LÉSIONS CUTANÉES VISIBLES

pointe fine du galvano ou du thermocautère ont été employées avec un certain succès dans les cas les plus rebelles. On a même été jusqu’à pratiquer la résection des troncs nerveux se rendant aux régions atteintes. (Voir plus haut ce que nous disons du massage et de l’électricité.)

Marche a suivre en présence d’un cas de prurit. — Nous ne reviendrons pas ic[ sur le traitement interne, nous croyons avoir été assez explicite à cet égard. Au point de vue de la médication externe, s’il s’agit d’un cas de prurit modéré, il suffira de faire quelques lotions avec de l’eau fort chaude additionnée de vinaigre ou d’eau blanche, d’appliquer une pâte épaisse à l’oxyde de zinc ou au sous-nitrate de bismuth, additionnée ou non de 1/200 ou de 1/100 de menthol, ou de 1/50 d’acide tartrique, puis de saupoudrer avec de la poudre d’amidon.

S'il s’agit d’un prurit rebelle, on emploiera tout d’abord les préparations d’acide phénique : on le prescrira en lotions et en pommades; et, si ces moyens échouent, on aura recours aux gélatines menthées et aux enveloppements. Ce n’est qu’après avoir épuisé ces moyens qu’on essayera les autres procédés que nous avons indiqués.

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