DESQUAMATION PERSISTANTE DES LEVRES
variables, en moyenne de b à 15 millimètres de diamètre : ils peuvent confluer et donner lieu à des serpiginisations irrégulières : ils sont discrets, peu nombreux, ou criblent la paume des mains, les faces palmaires et latérales des doigts.
Dans quelques cas l’épiderme épaissi desquame en lamelles épaisses et l’aspect est celui d’une kératodermie palmaire; plus souvent la squame épidermique est mince, et les îlots de desquamation sont passagers ; ils disparaissent en un point pour se reproduire en un autre.
Cette affection se rapproche singulièrement de la dysidrose : elle en diffère cependant par l’absence de prurit et d’exsudation séreuse.
Elle n’offre aucune gravité : mais elle est désespérante par sa ténacité et ses récidives.
Dubreuilb conseille de donner aux malades qui en sont atteints de Eiodure de sodium, de leur faire des applications la nuit de compresses imbibées d’une solution de résorcine au 1/100.
Nous pensons que le port pendant toute la nuit de gants de peau souple, imprégnés d’une crème salicylée au centième, ou d’une pommade au goudron ou à l’ichtyoi au 1/20, donne de fort bons résultats.
b. desquamation persistante des lèvres
Nous désignons sous ce nom vague et symptomatique une affection des plus rebelles que l’on croirait à un premier examen exclusivement limitée à la partie colorée des lèvres, et que l’on a décrite sous les noms de Psoriasis labiahs (Bateman). Pityriasis des lèvres (Rayer), Eczéma exfoliant des lèvres (E. Besnier, A. Doyon), Exfoliative inflammation ofthe lips, Cheilitis exfoliativa(R. Crocker1).
C’est, une maladie de l’adolescence et de la première moitié de* l’âge adulte. Elle débute insidieusement par une desquamation légère de la lèvre inférieure vers la jonction de sa partie externe avec sa partie supérieure (celle qui est en contact avec la lèvre supérieure quand la bouche est fermée), puis, peu à peu, l’état s’aggrave, et le plus souvent la région correspondante de la lèvre supérieure est atteinte à son tour. Les lésions ont leur maximum vers la partie médiane : de là elles vont, en s’atténuant un peu, vers les commissures.
Elles sont constituées par la production de squames croûteuses plus ou moins épaisses qui se détachent progressivement par leurs hords en se recroquevillant.
' En 1870, Volkmann a décrit sous le nom de cheilitis glandularis apostematosa une affection rare caractérisée par une inflammation chronique de la lèvre inférieure, surtout de sa partie rouge externe, mais aussi un peu de la muqueuse proprement dite : elle gagne parfois la peau voisine qui prend une teinte érythémateuse. La lèvre se tuméfie, devient tendue: les glandes muqueuses sont volumineuses, saillantes, leurs orifices sont dilatés. Par la pression on en fait sourdre une sécrétion muqueuse ou muco-purulente, et il existe en outre un suintement spontané variable de quantité qui tend à se concréter en croûtes plus ou moins épaisses. Quelques-uns do ces orifices ont véritablement l’aspect fistuleux, et il se développe parfois des lésions inflammatoires ressemblant à des furoncles et à des abcès de la lèvre. Cette affection est longue et rebelle, Volkmann guérit trois de ses malades par l’iodure de potassium à l'intérieur, des lotions au chlorate de potasse et des cautérisations légères au nitrate d’argent. Purdon, qui en a observé plusieurs cas en 1893, n’a pas été aussi heureux : ce qui lui a paru le mieux réussir, ç’a été des applications locales de la lotio nigra glycérinée (préparation de protochlorure de mercure), et des cautérisations au nitrate d’argent. — De nouveaux travaux nous semblent nécessaires pour admettre définitivement cette forme morbide. Nous nous demandons si des lésions de syphilis tertiaire ignorée n’ont pas pu donner le change aux observateurs.
En tous cas ce type morbide doit être soigneusement différencié de la desquamation persistante des lèvres.
REACTIONS CUTANEES PURES
et en laissant au-dessous un derme rouge, sensible, assez souvent sillonné de fissures irradiées plus ou moins profondes, parfois sanguinolentes, et perpendiculaires au bord libre. Ces squames peuvent donc être noirâtres par suite de la production de petites hémorragies et de la dessiccation du sang exsudé. Le plus souvent elles sont d’un blanc jaunâtre. Elles se détachent peu à peu, finissent par tomber spontanément pour être bientôt remplacées par d’autres et ainsi de suite.
Quand on veut les enlever dès que leurs bords commencent à se soulever, on détermine de la douleur, et, si l’on insiste, on déchire le corps papillaire et on provoque des hémorragies.
Les sensations qu’éprouvent spontanément les sujets sont des sensations de tension, de gêne, d’éclatement lorsqu’ils veulent ouvrir la bouche, parfois de cuisson et. de brûlure. Les mouvements des lèvres sont gênés.
Fig. 299.
Desquamation persistante des lèvres.
D’ailleurs les lésions peuvent exister à des degrés fort variables, depuis une légère desquamation sèche, jusqu’à la production rapide et incessante de squames croûteuses, épaisses, noirâtres, qui constituent une véritable difformité.
Les lèvres sont d’ordinaire tuméfiées. Il coexiste presque toujours un certain état de tuméfaction, de rougeur avec légère teinte opaline surajoutée de la muqueuse buccale : nous allons insister dans le paragraphe suivant sur cette importante particularité.
L’évolution de cette affection est essentiellement chronique : sa durée est fort longue; cependant il est habituel de la voir diminuer peu à peu d’intensité à mesure que le sujet avance en âge, puis elle finit par disparaître.
Sa cause première est inconnue. E. Besnier la considère comme une séborrhée des lèvres ; et fait remarquer, ce qui est souvent exact, qu’elle coïncide avec une séborrhée plus ou moins intense du visage et du cuir chevelu.
Nous croyons, comme nous le disons plus loin, qu’elle est la manifestation sur la région externe des lèvres d’un état particulier de toute la muqueuse buccale, état qui se développe surtout chez des sujets névropathes, un peu lymphatiques, issus d’intoxiqués ou de goutteux.
Le pronostic sans être grave est donc un peu réservé.
Le traitement est très délicat et peu satisfaisant.
On doit instituer une médication interne et une hygiène générale appropriées à l’état particulier du. sujet, plus souvent aux états que l’on désigne en France sous le nom de neuro-arthritisme.
On prescrira de nettoyer les lèvres avec du cold-cream frais sans odeur, puis avec de l’eau de guimauve ou de sureau : on y tiendra constamment appliquée une pommade au beurre de cacao et à l’huile d’amande douce, ou à l’axonge, ou au cérat frais, additionné de 1/100 d’acide salicylique ou de résorcine, ou de 1/10 d’ichtyol ou de goudron. Ces soins suffisent souvent à maintenir les lèvres en bon état apparent, mais il faut les continuer sans trêve sous peine de voir les lésions se reproduire immédiatement.
Dans les cas rebelles, Stelwagon a conseillé de badigeonner les parties malades
G L 0 S S 0 - S T 0 M À T 1 T E SUPERFICIELLE DIFFUSE DES AUTO-INTOXIQUÉS 309
toutes les six heures avec de l’acide lactique d’abord dilué pour tâter la susceptibilité du malade, puis pur, jusqu’à ce qu’il se produise un certain degré d’irritation ; on répète ces badigeons après un intervalle de repos qui varie de quatre à dix jours, et comme pansement habituel on emploie une pommade à l’ichtyol et à ’acétanilide.
E. Vidal et E. Besnier ont conseillé de faire dans les cas rebelles des scarifications linéaires quadrillées, répétées tous les huit jours. Il semble que par ce procédé on puisse modifier la vitalité des régions atteintes : mais il faut pour cela de fort nombreuses séances.
C. — GLOSSO-STOMATITE SUPERFICIELLE DIFFUSE DES AUTO-INTOXIQUÉS NERVEUX
Nous désignons ainsi un état inflammatoire subaigu à peine ébauché comme intensité, mais extrêmement rebelle et prolongé, qui s’observe chez des sujets héritiers de goutteux, ayant une mauvaise hygiène, séborrhéiques le plus souvent, et d’une sensibilité nerveuse exagérée. Il peut se développer dès la jeunesse, souvent aussi à la ménopause : il est plus fréquent chez la femme que chez l’homme ; les sujets qui en sont atteints sont assez souvent des dyspeptiques; parfois même ils ont de l’entérite muco-membraneuse.
Cette affection est objectivement caractérisée par un état particulier de toute la muqueuse buccale que nous qualifierons volontiers de préleucoplasique comme aspect, mais qui semble ne pas évoluer vers la leucoplasie vraie. Elle est comme tuméfiée et les saillies dentaires normales sont imprimées sur les bords de la langue d’une part, d’autre part et surtout sur la face interne des joues où se voient des séries linéaires de dépressions arrondies et de saillies en crêtes correspondant aux dents et à leurs interstices : il existe en particulier une longue crête postéroantérieure, avec crêtes secondaires verticales courtes, correspondant à l’interligne des deux arcades dentaires supérieure et inférieure. La muqueuse est rouge, mais d’un rouge légèrement voilé de blanc, comme si l’on avait jeté un très mince voile de mousseline sur un fond rouge vif. A certaines incidences de lumière, et en certains points, à la partie médiane de la face interne des joues par exemple, elle semble être franchement opaline.
La langue est assez souvent d'un rouge vif, desquamée, les papilles fungiformes forment relief. Les gencives sont d’un rouge vif vers les dents, suivant un liseré de 1 à 2 millimètres de large ; sur le reste de leur étendue, elles sont légèrement opalines comme les joues, parfois en desquamation; dans quelques cas même, elles offrent un aspect légèrement mamelonné, quasi velvétique.
Les lèvres sont atteintes de la même manière : mais en outre elles offrent pour ainsi dire toujours à un degré plus ou moins prononcé la lésion connue sous le nom de desquamation persistante des lèvres, lésion décrite à tort d’après nous sous le nom de séborrhée des lèvres. Nous croyons que la desquamation persistante des lèvres et l’état particulier de la muqueuse buccale que nous venons d’esquisser forment un seul et même syndrome morbide atteignant tonte les muqueuses labiale, buccale et souvent pharyngée.
Nous avons également assez souvent noté la coïncidence sur la face interne des joues et des lèvres d’un semis de petites granulations jaunâtres de la grosseur
d’une tète d’épingle, groupées en série et faisant une saillie appréciable au toucher. (Voir maladie de Fordyce.)
11 se produit chez ces malades des poussées inflammatoires incessantes, fort douloureuses, pendant lesquelles les muqueuses se tuméfient encore davantage, de telle sorte que la mastication, la parole deviennent pénibles et difficiles. Ces poussées se produisent sous l’influence de lamoindre cause occasionnelle, constipation, crise diarrhéique, ingestion d’une substance nuisible, contact direct avec la muqueuse buccale d’une substance irritante, dentifrice, aliment, tabac, etc., secousse nerveuse, etc...
Ce qu’il y a de remarquable, c’est que ces états pénibles durent souvent pendant de longues années avec des périodes d’aggravation et d’atténuation, qu’ils disparaissent parfois complètement ; parfois aussi ils persistent pour ainsi dire indéfiniment, mais ils n’aboutissent que bien rarement à la formation de véritables éléments de leucoplasie. En ce sens, comme nous l’avons dit plus haut, ce ne sont donc pas vraiment des états préleucoplasiques. Ce sont des processus diffus, congestifs; ce ne sont pas des processus évoluant vers les dégénérescences cellulaires.
Le traitement doit être le traitement de l’eczéma des auto-intoxiqués nerveux au point de vue général, au point de vue local celui des leucoplasies irritables. (Aroir ces divers chapitres.)