C. Le pityriasis rubra pilaris
D. Les parapsoriasis;
E. Les parakératoses psoriasi formes.
Voyons tout d’abord d’une manière générale quels sont les grands caractères distinctifs de ces divers types morbides.
A. L e pityriasis rosé de Gibert est caractérisé dans sa forme typique : 1° par son début par une plaque unique ovalaire, abords assez nettement arrêtés ; 2° puis par l’apparition au bout de quelques jours d’une éruption secondaire composée d’éléments multiples, maculeux ou circinés; 3° par son évolution cyclique; 4° par l’aspect des éléments qui au début son t des macules rosées à limites assez mal définies, présentant au centre qui semble être un peu déprimé une desquamation blanche lamelleuse, qui plus tard s’étalent et offrent l’aspect de médaillons plus ou moins grands à périphérie d’un rose plus vif, finement squameuse, à centre jaunâtre et comme plissé ; 5° Les squames sont fines, blanchâtres, sèches, non stratifiées; 6° quand on les enlève doucement, progressivement par le coup d’ongle ou par une curette, on arrive surtout à produire un fin purpura traumatique, plus rarement à faire saigner les papilles, mais on ne peut décoller d’assez larges lambeaux d’épiderme et découvrir ainsi (voir ci-dessous) une surface rouge, lisse, lui-
' Le lecteur est prié de se reporter pour la facile intelligence de ce qui va suivre aux divers graphiques des dermatoses dont nous allons parler.
DERMATOSES ROUGES ET SQUAMEUSES
santé, analogue à celle du psoriasis typique : parfois au-dessous des squames on trouve un derme légèrement humide présentant de fines dépressions punctiformes, comme s’il existait des soupçons de vésicules épidermiques. Ces signes donnés par le grattage s’observent surtout aux régions où la peau est fine.
A côté des formes pures, indiscutables du pityriasis rosé de Gibert, on distingue :
a) Des formes dans lesquelles : 1° on ne peut découvrir de plaques primitives; 2° les éléments éruptifs sont disposés en plaques ou médaillons de grandeur assez irrégulière; 3° leurs limites sont assez précises; 4° ils ont à l’état adulte moins nettement que les éléments du pityriasis rosé typique une bordure rose d’activité et un centre moins coloré plissé, parfois ils sont dans toute leur étendue caractérisés par une rougeur squameuse assez uniforme ; 5° les signes fournis par l’examen des squames et par le grattage sont identiques à ceux que nous venons de mentionner; 6° il y a souvent du prurit; 7° l’évolution est cyclique.
Ces faits constituent, au point de vue objectif, une série insensible de faits de passage allant du pityriasis rosé de Gibert typique vers les faits que nous avons catalogués séb or rhéides ou par akér atoses psoriasi formes disséminées à type de pityriasis rosé de Gibert (voir plus loin).
b) Des formes dans lesquelles : 1° les médaillons éruptifs sont assez peu nombreux, prennent lentement des dimensions considérables, sont nettement circinés; 2° ils siègent sur le tronc et surtout vers les grands plis articulaires; 3° ils sont peu ou point prurigineux; 4° ils évoluent avec une extrême lenteur.
C’est la variété qu’E. Vidal avait décrite sous le nom de Pityriasis circiné et mctrginé.
B. Le psoriasis dans sa forme la plus parfaite est caractérisé : 1° par sa disposition en éléments de grandeurs fort variables allant comme dimensions de celles d’une tête d’aiguille à celle de la paume de la main et plus nettement arrêtés comme limites; 2° par des squames blanches ou d’un blanc jaunâtre, toujours absolument sèches, stratifiées, qui prennent un aspect de plus en plus nacré par le grattage; 3° par la possibilité d’enlever par le grattage doux et progressif des couches successives de ces squames, et enfin de décoller des parties sous-jacentes par lambeaux appréciables comme étendue une dernière fine lamelle épidermique ; 4° par V existence au-dessous de cette lamelle épidermique d' une surface rouge, lisse et luisante , sur laquelle, dans les formes absolument typiques, se voit, soit immédiatement après le décollement de la dernière couche épidermique, soit au bout de quelques secondes , un petit piqueté hémorragique plus ou moins accentué selon les cas, qui tache notablement en rouge un linge blanc pressé sur la lésion ; 5° le derme sous-jacent aux squames est d’un rouge plus ou moins vif, peu ou point infiltré dans les cas récents, plus ou moins épaissi dans les cas anciens, surtout aux membres inférieurs et quand il y a eu du grattage ; 6° le prurit manque dans l’immense majorité des cas; 7° l’évolution se fait par poussées successives, soit subintrantes, soit séparées par des intervalles de calme plus ou moins complet : deux des caractères essentiels de cette affection sont qu’elle est éminemment rebelle, qu’elle est aprurigineuse; 8 0 histologiquement, elle a pour caractère distinctif, d’après Sabouraud et Munro, de présenter dans les squames stratifiées des séries de micro -abcès amicrobiens.
Tout autour de ce type rayonnent des séries nombreuses de types plus ou moins adultérés qui le relient par des gammes insensibles de faits de passage aux autres types cliniques voisins. Il est actuellement à peu près impossible par la seule ana-
REACTIONS CUTANEES PURES
lyse des faits cliniques d' établir entre eux des lignes de démarcation précises. Sabouraud a cependant donné une caractéristique anatomo-pathologique qu’il considère comme absolue du psoriasis : d'après lui toute dermatose présentant dans ses squames des micro-abcès amicrobiens doit être considérée comme étant un psoriasis. Inversement toute dermatose squameuse ne présentant pas de microabcès amicrobiens n'est pas du psoriasis1.
Quoi qu’il en soit, voici comment on peut approximativement schématiser les séries de faits non typiques que nous venons de mentionner.
a) Les éléments se produisent autour des follicules pileux; ils sont minuscules, rouges et squameux : faits allant vers le pityriasis rubra pilaris (groupe assez peu important au point de vue clinique).
b) 1° Les éléments ont les dimensions, la configuration de ceux du psoriasis typique, mais 2° ils ont une teinte infiniment moins accentuée; elle est d’un rose pâle, parfois même un peu bistre; 3° il n’y a pas la moindre trace d’infiltration dermique; 4° les squames sont fines, furfuracées; elles deviennent plus blanches et plus nacrées par le grattage, mais elles sont peu ou point stratifiées ; 5° elles sont assez adhérentes, et par le grattage progressif on arrive aux régions où la peau est fine à faire saigner par places les papilles, par places à développer un fin purpura, de telle sorte que les minuscules taches sanguines que laisse sur un linge blanc le contact prolongé avec la plaque ainsi grattée, sont hors de proportion avec le piqueté rouge que Ton a provoqué, et qui est fait d’un peu d’hémorragie vraie et de beaucoup de purpura : il est impossible de décoller par lambeaux appréciables la dernière couche de l’épiderme corné et par suite d’obtenir la surface rouge lisse et luisante de la forme typique; 6° il n’y a pas de prurit; 7° l’évolution est fort lente.
Ce sont des séries de faits qui vont vers les parapsoriasis.
c) 1° Les éléments sont d’ordinaire assez volumineux et assez rares, nettement circonscrits; 2° ils ont une tendance marquée à envahir les grands plis cutanés, et au lieu d’y affecter la forme de placards arrondis ou ovalaires comme dans le psoriasis typique, ils tendent à se mouler longitudinalement sur le pli lui-même, occupant son fond et ses parties latérales; 2° les squames sont épaisses, un peu jaunâtres, stratifiées; 4° elles blanchissent par le grattage; on arrive avec facilité à .soulever en masse la dernière couche cornée, et, quand on l’a fait avec beaucoup de précaution, il est possible d’avoir une fort large surface rouge lisse et luisante, ne présentant pas le moindre piqueté hémorragique ou n’en présentant que vers les bords; par contre il est possible de voir sur cette surface un suintement notable de sérosité, comme s’il y avait un processus accentué d’exosérose évoluant vers la production de vésicules superficielles; 5° le derme est d’un rouge vif, d’aspect inflammatoire; 6° le prurit est presque constant; 7° la lichénification est fréquente; il n’est pas rare d’observer de l’eczématisation par périodes.
1 Lest très net, et fort satisfaisant pour l’esprit. Ce critérium semble devoir être accepté dans un avenir plus ou moins rapproché, lorsque des recherches de contrôle suffisamment étendues auront bien mis en lumière toute la valeur de ce micro-abcès amicrobien. Nous sommes donc tout disposés à l'adopter. Nous ne pouvons le faire encore à l’heure actuelle pour deux raisons principales : 1° la première, parce que les histologistes sont encore loin de s'entendre sur la constance et sur l’importance de ce micro-abcès, parce qu’on ne l'a pas encore suffisamment recherché dans toutes les dermatoses squameuses ; 2° la deuxième, parce que nous avons tenu à établir les types morbides que nous décrivons dans les réactions cutanées sur des constatations cliniques objectives faciles à faire, à analyser, à la portée du grand public médical. (Voir pour plus de détails sur ce point notre travail d’avril 1906 [Annales de dermat.) en collaboration avec le Dr Ayrignac).
DERMATOSES ROUGES ET SQUAMEUSES
Ce sont des séries de faits qui vont vers V eczéma séborrhéique psoriasi for me, c'est-à-dire vers les variétés de nos séborrhéides ou mieux de nos parakératoses psoriasi formes qui ont de la tendance à s eczématiser .
d) 1° Les éléments ont la configuration, les dimensions, et à peu près les localisations de ceux du psoriasis typique; 2° ils ont une teinte d’un rouge bien moins vif ; et un aspect de superficialité des plus frappants; 3° les squames sont fines, sèches, peu ou point stratifiées, adhérentes; 4° elles blanchissent par le grattage progressif, mais on n’arrive pas à détacher d’un coup la dernière couche squameuse, et à avoir la surface rouge, lisse et luisante du psoriasis typique ; on excorie assez facilement les papilles dermiques et on obtient assez aisément ainsi des hémorragies punctiformes; 5° le derme est peu ou point infiltré, parfois cependant un peu lichénifié, ce qui se produit quand il y a du prurit; 6° le prurit est variable.
Ce sont des séries de faits qui vont vers nos séborrhéides ou parakératoses psoriasiformes sèches disséminées. Ils sont regardés par la plupart des auteurs comme de véritables psoriasis à type un peu avorté (voir parakératoses psoriasiformes).
é) 1° Il n’y a qu’un fort petit nombre d’éléments éruptifs, parfois un seul, plus souvent plusieurs, mais ils ont une grande étendue; 2° ils siègent surtout sur la continuité des membres, sur le cou, au cuir chevelu, ou dans un pli articulaire ; 3° les squames sont d’ordinaire sèches, grisâtres, adhérentes, peu stratifiées; 4° par le grattage elles deviennent blanchâtres, mais on ne peut arriver à décoller facilement une dernière lamelle épidermique qui laisserait à nu une surface rouge, lisse et luisante : on n’obtient que du purpura punctiforme et parfois ça et là quelques petites hémorragies par excoriation des papilles; 5° le derme est d’un rouge bistre ; il est parfois un peu infiltré, assez souvent lichénifié ; 6° le prurit est en effet fort fréquent, et il semble que des névrodermites véritables aiment à se greffer sur cette lésion ; 7° l’évolution est des plus lentes.
La forme précédente s’eczématise avec facilité et on se trouve alors en présence d’éléments psoriasiformes sur lesquels se produisent d’incessantes poussées eczémateuses.
Ces faits établissent d'étroites relations entre des éruptions de psoriasis circonscrits , discrets , ci larges éléments, et les variétés éruptives de nos parakératoses psoriasiformes que caractérisent de larges plaques rares, prurigineuses, à lichénification ou à eczématisation faciles (voir Parakératoses psoriasiformes).
G. Le pityriasis rubra pilaire dans sa forme typique est essentiellement carac¬
térisé :
1° Par son début sous la forme : a) d’un pityriasis capitis plus ou moins abondant; b) d’une kératodermie érythémateuse diffuse symétrique des paumes des mains et des plantes des pieds; c ) de petits cônes noirâtres circumpilaires de la face dorsale des phalanges; d) de petites papules rosées circumpilaires, de la grosseur moyenne d’une tête d’épingle siégeant surtout aux avant-bras, aux jambes, à la face dorsale des mains, mais pouvant aussi se montrer d’abord, quoique plus rarement en un point quelconque du corps; 2° à l'état adulte l’éruption est composée : a) de papules rouges ou rosées, acuminées, coniques, circumpilaires, squameuses et sèches à leur sommet qui est constitué par l’infundibulum pilaire, développées les unes à côté des autres, mais discrètes, de manière à donner au toucher une sensation de râpe; b) de plaques uniformes constituées par la confluence des papules primitives, d’un rouge plus ou moins vif, mais presque toujours un peu
bistre, à bordures assez nettes, pouvant avoir une très vaste étendue sur les membres et sur le tronc; c) elles sont recouvertes de squames d’un blanc grisâtre, présentant çàet là un petit piqueté noirâtre correspondant aux follicules; ces squames sont stratifiées, deviennent plus blanches par le grattage, mais s’effritent avec moins de facilité que celles du psoriasis; 3° le prurit est une exception ; 4° l’évolution est des plus lentes.
Tout autour de ce type pur rayonnent des faits de passage : nous serons brefs sur ce sujet à cause de son peu d’importance pratique : les cas auxquels nous faisons allusion en ce moment sont en effet des plus rares :
a) Faits caractérisés : 1° par des plaques d’un rouge bistre un peu effacé, recouvertes d’épaisses squames plus ou moins nacrées, siégeant vers les coudes et les genoux ; 2° les squames sont plus adhérentes que celles du psoriasis : on ne peut, avec la même facilité que dans le psoriasis, arriver par le grattage sur une surface rouge, lisse et luisante, parsemée d’un piqueté hémorragique; 3° il y a tout autour des grandes plaques des cônes ou des papules circumpi- 1 ai res.
Faits établissant des traits d'union entre le pityriasis rubra pilaire et le psoriasis typique des coudes et des genoux.
b) Faits caractérisés : 1° par des papules circumpilaires à base rosée, à centre acuminé et squameux, çà et là disséminées par petits groupes sur le corps, plus rarement sur les membres; 2° peu de tendance à former des plaques uniformes et squameuses.
Faits établissant des traits d'union : d'une part, avec le psoriasis péripitaire disséminé ; d'autre part, avec les séborrhéides pèripilaires. (Voir Dermatose figurée mëdio-thorcicique , variété péripitaire .)
c) Faits caractérisés par la formation de larges plaques lisses, unies, d’un rouge bistre, un peu pâles, légèrement squameuses, avec papules périphériques un peu aplaties ressemblant à des éléments de lichen plan.
Faits établissant des traits d'union, au point de vue objectif, entre le pityriasis rubra pilaire et le lichen plan. (Voir en outre l’article Lichen plan pour la description de faits d’un autre ordre qui, partant du lichen plan, vont vers le pityriasis rubra pilaire : ils présentent des papules acuminées, développées sur des éruptions types de lichen plan).
D. Les éruptions dites parapsoriasis se présentent sous trois aspects assez distincts.
a) Le parapsoriasis en gouttes est caractérisé par : 1° des taches arrondies ou ovalaires de 3 à 10 millimètres de diamètre, assez nettement limitées, disséminées çà et là, sans ordre aucun, sur les membres et sur le tronc, très rarement à la face, aux mains et aux pieds, d’un rose pâle; 2° elles sont recouvertes de squames qui peuvent être de deux ordres ; — ou bien les squames sont à peine perceptibles à l’état normal, mais deviennent très nettes par le coup d’ongle, et prennent alors un aspect franchement nacré; elles sont fort adhérentes, minces, parfaitement sèches, peu stratifiées ; le grattage provoque surtout du purpura traumatique au niveau de la tache et au niveau des régions voisines en apparence saines, rarement il y a des hémorragies punctiformes, de telle sorte que le linge blanc pressé sur cette surface en apparence ensanglantée ne se tache pas; pas de surface lisse, luisante, parsemée d’un piqueté hémorragique analogue à celle du psoriasis; — ou bien les squames forment une sorte de pain à cacheter, mince, peu adhérent, exactement posé sur la tache; 3° il n’y a pas la moindre infiltration dermique;
DERMATOSES ROUGES ET SQUAMEUSES
4° pas le moindre prurit ; 5° l’évolution est fort lente; G0 la résistance aux divers traitements est extraordinaire.
Il semblerait, d’après Civatte, que des tuberculides papulo-squameuses peuvent à certaines périodes de leur évolution revêtir cet aspect.
b) Le parapsoriasis lichênoïde est caractérisé par : 1° des papules minuscules, de la grosseur d’une tête d’épingle, aplaties, brillantes, parfois déprimées et d’aspect atrophique, allant, comme couleur, du rose pâle au rouge bleuâtre; 2° assez souvent elles sont recouvertes de minces squames sèches, non stratifiées, ne se décollant pas en masse par le coup d’ongle et ne laissant pas une surface rouge lisse et luisante comme dans le psoriasis; 3° ces éléments tendent à se grouper pour former des réseaux à travées sinueuses et irrégulières, encadrant des zones plus ou moins larges de peau saine; parfois aussi elles forment des plaques irrégulières de contours; 4° elles sont localisées au tronc et aux membres; 5° elles ont une évolution des plus lentes.
A ce groupe assez mal délimité se rattachent des faits de passage vers la troisième variété de parapsoriasis, vers le lichen plan typique , vers le lichen plan atrophique, vers les atrophies cutanées.
c) Le parapsoriasis en plaques est caractérisé dans ses formes typiques : 1° par des plaques de grandeurs variables, mais presque toujours de plusieurs centimètres de diamètre, disséminées ça et là, sans ordre aucun, sur les membres et sur le tronc; 2° leur teinte est d’un rose très pâle, souvent un peu bistre; 3° il n’y a pas la moindre infiltration du derme; 4° les squames peuvent manquer ; il est plus fréquent qu’elles existent; elles sont fines, sèches, non stratifiées; 5° par le grattage on développe surtout un fin purpura traumatique aux régions où la peau est très fine; on ne peut arriver sur une surface rouge, lisse et luisante, avec piqueté hémorragique comme dans le psoriasis; 6° il n’y a pas de prurit; 7° l’évolution est des plus lentes; 8° la résistance aux divers traitements est extrême.
Partant de ce type, il y a des séries de faits de passage qui vont :
a) Vers les atrophies cutanées en plaques : les éléments éruptifs présentent, en effet, dans certains cas, de petites stries brillantes, atrophiques, plus ou moins nombreuses et accentuées.
P) Vers le mycosis fongoïde : l’éruption est alors prurigineuse et elle a de la tendance à se lichénifier et à infiltrer les téguments.
E. Le groupe éruptif auquel nous avons donné le nom de Parakératoses psoricisif ormes (nos anciennes séborrhéides psoriasiformes) est assez mal défini : il comprend plusieurs séries de faits assez distinctes les unes des autres : il constitue un groupe d’attente, ou, pour mieux dire, une sorte de caput mortuum dans lequel on précisera sans doute, peu à peu, des types cliniques assez différents.
D’une manière générale les Parakératoses psoriasiformes sont caractérisées au point de vue objectif :
1° Par une disposition en plaques plus ou moins étendues, assez nettement circonscrites; 2° par une rougeur plus ou moins vive du derme qui est peu ou point infiltré ; 3° par des squames peu épaisses, peu ou point stratifiées, d’ordinaire assez adhérentes; 4° elles ne se décollent pas par le coup d’ongle en larges lambeaux des couches sous-jacentes, de manière à laisser une surface rouge, lisse et luisante, parsemée d’un piqueté hémorragique, comme dans le psoriasis typique, mais par le grattage progressif on arrive surtout à provoquer du purpura traumatique et parfois quelques hémorragies punctiformes; 5°lc prurit est assez fréquent, même parfois il est très vif.
REACTIONS CUTANEES PURES
Voici quelles sont les particularités que présentent les principaux groupes mor bides de faits que nous y distinguons :
Première catégorie de faits : Formes sèches.
a) Formes sèches à éléments multiples çà et là disséminés sans ordre, sur toute l’étendue des téguments : entre cette forme et le psoriasis vrai il existe une série insensible de faits de passage (voir plus haut).
b ) F ormes sèches à plaque unique ou à éléments rares: les sièges d’élection sont le cou, le cuir chevelu, le pli du coude, la région olécranienne, le pli des aisselles, etc... Elles sont presque toujours le siège de prurits intenses, et elles se lichénifient. Au cuir chevelu, elles se recouvrent souvent de squames nacrées, fines, stratifiées, fort épaisses, extrêmement adhérentes. — Ces formes établissent des faits de passage : d'une part vers les psoriasis , d’ autre part vers les prurits circonscrits avec lichénification, et vers les formes humides des parakératoses psoriasi formes (voir ci-dessous).
Deuxième catégorie de faits. — Formes humides ou suintantes ou eczémati sées.
a) Variété des plis, forme vulgaire ( eczéma séborrhéique vrai). Cette forme est caractérisée : 1° par soi! siège au niveau des grands plis articulaires, aines, pli interfessier, creux axillaires, nombril, plis rétro-auriculaires, conque de l’oreille, plis des paupières, plis mammaires, etc... ; 2° par ce fait majeur que l’éruption se moule sur le pli cutané, et affecte, par suite, une forme essentiellement longitudinale ; 3° par sa teinte d’un rouge spécial ; 4° par la présence visible, à sa surface, de vésicules qui suintent plus ou moins abondamment; 5° par la possibilité de déceler parfois par le grattage méthodique progressif à la surface des lésions qui paraissent avésiculeuses de petits puits arrondis ou ovalaires, un peu suintants d’aspect, assez souvent hémorragiques, qui semblent correspondre à des vésicules histologiques ; 6° par le prurit qui est, pour ainsi dire, constant.
Ces formes établissent des séries de faits de passage au point de vue objectif vers les eczémas vésiculeux vrais.
b) Variété à plaque unique ou ci larges éléments rares. — Cette forme est caractérisée : 1° par son siège, soit au niveau d’un pli cutané, soit autour de l’anus, soit même sur la surface d’extension d’un membre; 2° par ce fait qu’il n’y a parfois qu’une ou deux plaques éruptives, mais qu’elles peuvent avoir de 10 à 20 centimètres de grand diamètre et plus; 3° par son aspect d’eczéma vésiculeux nummulaire géant suintant; 4° par une teinte bistre ou rouge jaunâtre assez particulière du derme qui est lichénifié ou même infiltré; 5° par un prurit qui est d’ordinaire assez intense.
Cette forme établit, au point de vue objectif, des séries de faits de passage entre les psoriasis et les parakératoses psoriasi formes d’une part, et d'autre part avec les eczémas nummulair es vrais.
c) Variété éry thro dermique . — Elle est caractérisée : 1° par sa tendance à gagner assez rapidement en tache d’huile en partant de points d’attaque qui sont d’ordinaire situés au niveau des grands plis cutanés, et à envahir toute ou presque toute l’étendue des téguments ; 2° par la rougeur vive et la tuméfaction du derme; 3° par la coexistence de zones d’eczématisation très suintantes et de zones au niveau desquelles il n’y a que de la rougeur et de la desquamation plus ou moins lamelleuse.
PITYRIASIS ROSÉ ÜE GIBERT
Cette forme établit des liens étroits entre les parakératoses psoriasi formes et les diverses érythrodermies exfoliantes généralisées . (Voir ce mot.)
Troisième catégorie de faits. — Parakératose psoriasiforme ayant V aspect du pityriasis rosé de Gibert. — Cette forme est caractérisée : 1° par des taches ou des plaques plus ou moins nombreuses, d’une grandeur qui varie de celle d’une lentille à celle d’une pièce de 2 francs et même plus, disséminées çà et là, sans ordre aucun, sur le tronc et sur les membres ; 2° elles sont d’un rouge plus ou moins vif, assez nettement limitées, parfois uniformes dans toute leur étendue, parfois affaissées au centre; 3° elles sont recouvertes de squames sèches, peu épaisses, que le grattage rend plus nacrées; 4° il est impossible, par ce grattage, d'obtenir une surface rouge, lisse, luisante, parsemée d’un piqueté hémorragique comme dans le psoriasis; mais on détermine parfois quelques hémorragies punctiformes et surtout du purpura traumatique; parfois on y décèle de petits puits arrondis ou ovalaires semblant correspondre à des vésicules histologiques; 5° le prurit est variable; 6° l’évolution est d’ordinaire cyclique.
Cette forme établit des liens très étroits entre les parakératoses psoriasi formes et le pityriasis rosé de Gibert.
Tel est le schème clinique des éruptions rouges et squameuses qui rentrent dans notre deuxième section des Réactions cutanées pures. Cette large vue d’ensemble était nécessaire pour permettre au lecteur de comprendre la constitution de ce vaste groupe, de saisir les caractères différentiels des formes morbides que nous y distinguons et les étroites affinités objectives qui les relient en un seul et même faisceau.
Nous allons maintenant aborder l’étude succincte de chacune de ces affections.