PITYRIASIS ROSE DE G IB E RT
donné le nom de pityriasis circinata. L’aspect plissé et comme vergefuroïde du centre s’observe aussi chez ces éléments, et nous ne saurions trop insister sur l’importance clinique de cette petite particularité qui, lorsqu’elle existe, permet de différencier le pityriasis rosé de Gibert de certaines parakératoses psoriasiformes disséminées.
D’ailleurs, il est difficile de dire à l’heure actuelle si dans ce groupe on doit établir des catégories et des formes distinctes. 11 est certain que cette dermatose a parfois des aspects très divers. Tantôt, elle n’est constituée que par quelques élé-
Fig. 301. — Pityriasis rosé de Gibert : plaque primitive sur le sein gauche.
ments circinés, discrets, semblables à ceux du pityriasis circiné marginé d’E. Vidal (voir plus loin), tantôt elle consiste en quelques plaques rosées discrètes, à peine apparentes, à peine squameuses; tantôt, au contraire, l’éruption est si rouge, si enflammée, si abondante, qu elle est comparable à une poussée aiguë d’eczéma; elle peut même se compliquer de cette dernière dermatose, s’eczématiser, surtout vers les parties latérales du tronc, sous l'influence du grattage ou d’applications irritantes; tantôt elle simule le psoriasis, tantôt la syphilis; tantôt les éléments éruptifs sont punctiformes, miliaires, etc... Mais son début par une plaque unique, son mode d’évolution, sa localisation, sa symétrie, sa desquamation line, lamelleuse, peu abondante, sa physionomie générale en un mot, permettront presque toujours de poser le diagnostic. (Voir plus loin.)
Elle ne s’accompagne qu’assez rarement de prurit intense, et cependant elle peut donner lieu à des démangeaisons des plus vives et des plus rebelles chez les névropathes et chez les intoxiqués alimentaires. Elle a une évolution cyclique et guérit spontanément en un laps de temps qui varie de quatre semaines à plusieurs
mois, mais qui est d’ordinaire de six à huit semaines. D’après Thibierge, elle ne récidiverait pas; mais des faits personnels nous permettent d’affirmer que cette proposition est trop absolue : les récidives sont possibles; elles semblent être fort rares.
Nous venons de dire que l’éruption du pityriasis rosé de Gibert pouvait s’eczématiser. 11 est des faits rares qui sont caractérisés : 1° par une plaque première arrondie, trichophytoïde, qui arrive graduellement à avoir d’assez grandes dimensions, à centre à peu près sain, un peu jaunâtre et squameux, à périphérie en
Fig. 302. — Pityriasis rosé de Gibert : forme typique.
activité constituée par des séries de papulo-vésicules groupées les unes à côté des autres, un peu plus irrégulièrement que dans l’herpès circiné typique, mais de manière, toutefois, à former un cercle assez net; 2° par une éruption secondaire de petits placards éruptifs, ça et là disséminés sans ordre aucun, siégeant surtout sur les membres et constitués par des papulo-vésicules des plus nettes; ces papulovésicules se groupent les unes à côté des autres, de façon à donner naissance à de toutes petites plaques, lesquelles ont de la tendance à évoluer d’une manière excentrique en guérissant par le centre. Le prurit est des plus modérés. La dermatose, dans son ensemble, a donc la physionomie générale et l’évolution du pityriasis rosé de Gibert : elle en diffère en ce qu’elle est vésiculeuse d’emblée. Quand on gratte avec l’ongle les plaques éruptives, on ouvre les vésicules et on obtient un suintement hémorragique et séreux relativement abondant.
Ces faits établissent d’intimes rapports entre les pityriasis rosés de Gibert d’une part, les eczémas vrais disséminés d’autre part. Nous verrons plus loin
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qu’il existe les mêmes rapports entre le pityriasis rosé de Gibert et certaines parakératoses psoriasiformes.
Anatomie pathologique. — L’examen histologique des éléments éruptifs du pityriasis rosé de Gibert révèle des altérations épidermiques beaucoup plus accusées qu’on ne le croirait au premier abord, mais au fond parfaitement banales. (Voir les travaux d’Hollmann, de Sabouraud, etc...)
Fig. 303. — Pityriasis rosé do Gibert : forme typique.
Elles dépendent simplement d'un processus congestif qui se produit dans les régions supérieures du derme, où il détermine de la dilatation du réseau vasculaire superficiel et du réseau papillaire, une infiltration cellulaire périvasculaire assez abondante au niveau des papilles et de la couche sous-papillaire, et un œdème accentué de toutes ces régions.
L’œdème envahit l’épiderme, et en même temps il se fait une diapédèse leucocytaire assez abondante dans le corps muqueux de Malpighi. Il en résulte un certain degré d’œdème parenchymateux de ces cellules, et surtout de l’œdème interstitiel avec un léger degré d’acanthose et de parakératose. Cette parakératose à peine marquée au début et par places, peut en certains points s’accentuer davantage, aboutira la disparition du stratum granulosum et à la production de cellules cornées nucléées.
D’autre part, l’œdème interstitiel du corps muqueux peut augmenter en certains Brocq. — Dermatologie. II. 21
REACTIONS CUTANEES PURES
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points et aboutir à l’état auquel Unna a donné le nom d’état spongoïde (spongiose d’E. Besnier), et à la formation de sortes de vésicules irrégulières et assez mal délimitées, lésion histologique que l’aspect objectif ne permet pas de soupçonner, à moins de pratiquer le grattage méthodique dont nous avons parlé plus haut. Ces vésicules contiennent un certain nombre de cellules migratrices du type leucocytes mononucléaires dits macrophages. (Sabouraud, Revue pratique des mal. eut., syph. et vén ., p. 53, 1902).
11 a été jusqu'ici impossible de trouver un microbe pathogène sérieux dans les éléments éruptifs du pityriasis rosé de Gibert.
Étiologie. Patliogénie. — Nous ne savons pour ainsi dire rien de précis sur ce point.
Le pityriasis rosé de Gibert s’observe à tout âge, mais surtout entre douze et quarante-cinq ans : il est un peu plus fréquent chez la femme que chez l’homme. 11 semble être plus commun vers le printemps. Jacquet a constaté que la plupart des sujets qui en sont atteints présentent de la dilatation d’estomac, et nos observations personnelles confirment ce fait. Les syphilitiques à la période secondaire voient assez souvent se développer chez eux cette éruption : on sait quelle est la fréquence des parakératoses psoriasiformes chez les syphilitiques pendant les deuxième, troisième et quatrième années de leur maladie.
Il convient de reconnaître que les allures du pityriasis rosé de Gibert sont tout à fait spéciales. Son début par une plaque primitive qui donne l’idée d'un point d’attaque ou d’inoculation, d’une sorte de chancre, puis l’apparition, après une courte période d’attente simulant la période d’infection, d’une éruption généralisée symétrique ayant tout à fait les allures d’une éruption par infection générale de l’organisme, enfin son évolution spontanée vers la guérison au bout d’un laps de temps presque cyclique quoiqu’un peu variable de durée selon les cas, tous ces caractères obligent à considérer cette affection comme une sorte de pseudo-exanthème infectieux analogue à la roséole secondaire de la syphilis, dépendant d'une infection générale de l’économie, dont la porte d’entrée serait peut-être (mais ceci nous semble fort douteux) la plaque primitive.
Par contre, de son étude histologique fort serrée, Sabouraud conclut que le pityriasis rosé de Gibert doit être placé à côté des érythèmes polymorphes comme un érythème vésiculeux de cause interne à déterminer.
Diagnostic. — Quand le pityriasis rosé de Gibert offre ses caractères typiques, la grande plaque unique du début, l’éruption secondaire ordinaire, et ses localisations habituelles sur les épaules, le cou, les parties latérales du tronc, on le reconnaît d’emblée pourvu qu'on en ait vu un cas. Mais il n’en est pas toujours ainsi, et c’est une des dermatoses qui prête le plus aux erreurs de diagnostic.
Au début, lorsque le malade s’aperçoit de la plaque primitive alors qu’elle existe seule, ce qui est fort rare, il est très difficile de distinguer cette plaque primitive d’une trichophytie cutanée ou d’une parakératose psoriasi forme.
Elle diffère de la trichophytie cutanée par son siège habituel en des régions couvertes, par l’absence d’autres manifestations morbides du trichophyton, par sa limitation moins précise, par sa forme moins géométriquement circulaire, enfin par l’impossibilité de trouver à son niveau le champignon pathogène. Ce diagnostic
peut être assez malaisé. Qu’il nous suffise de rappeler que l’Ecole de Vienne a pendant fort longtemps confondu le pityriasis rosé de Gibert avec les formes généralisées de la trichophytie cutanée, d’où les noms d’herpès tonsurans maculosus