PITYRIASIS ROSÉ DE GIBERT
qu’elle avait donné à cette affection. Nous avons eu l’occasion d’observer plusieurs cas de trichophytie vraie disséminée dont révolution se rapprochait fort de celle du pityriasis rosé (début par une plaque d’inoculation première, production ultérieure de plusieurs plaques d’inoculation secondaire), et dont l’aspect était tellement voisin de celui des éléments circinés du pityriasis rosé que nous nous sommes toujours crus obligés de procéder à la recherche du champignon.
La plaque primitive du pityriasis rosé de Gibert est fort difficile à distinguer d’une parakératose psoriasiforme : tout ce que l’on peut dire, c’est qu’elle est plus circinée, que son évolution est plus rapide ; mais il sera prudent de rester sur la réserve jusqu’à l’apparition de l’éruption secondaire qui viendra lever tous les doutes.
A la période d'état, le pityriasis rosé de Gibert est surtout difficile à différencier des poussées aiguës de parakératoses psoriasiformes à petits éléments que l’on observe parfois chez des sujets atteints depuis longtemps de parakératoses psoriasiformes torpides soit au cuir chevelu, soit aux plis cutanés. Le diagnostic reposera sur l’existence d’une plaque primitive dans le pityriasis rosé de Gibert, sur l’absence d’un élément ancien de parakératose psoriasiforme, sur l’existence de médaillons circinés nets avec épiderme plissé au centre.
Mais il y a des cas où le diagnostic est d'une difficulté réellement suraiguë. Il semble, comme nous l’avons dit dans nos travaux, qu’il y ait des formes éruptives intermédiaires aux deux types morbides. (Voir plus haut la différenciation objective des éruptions rouges et squameuses, et plus loin l’article parakératoses psoriasiformes.)
Une erreur dans laquelle tombent souvent les médecins ordinaires consiste à confondre le pityriasis rosé avec des syphilides secondaires. Il suffit de signaler la possibilité de cette méprise. La roséole syphilitique n’est pas squameuse ; elle peut être circinée, mais c’est fort rare ; on n’y observe pas de plaque primitive.
Les formes suraiguës du pityriasis rosé peuvent être confondues avec des érythèmes, avec des éruptions artificielles , etc... : il suffira pour les en distinguer de rechercher avec soin un élément éruptif non adultéré, dont la circulation, la pâleur et le plissement épidermique du centre lèveront tous les doutes.
Il est inutile de retracer les caractères objectifs qui permettent de distinguer le psoriasis vrai et Y eczéma vrai du pityriasis rosé : les différences entre ces affections sont par trop considérables.
Le graphique de la page 324 permet de se rendre compte de la constitution de ce groupe et de ses affinités.
Traitement. — On peut se contenter de faire le diagnostic, de rassurer le malade en lui affirmant que son affection guérira spontanément et sûrement, et de lui conseiller de simples mesures d’hygiène.
Il est cependant préférable de lui prescrire certaines applications qui auront un effet moral salutaire.
Au point de vue interne on recommandera un régime alimentaire sévère, surtout s’il y a du prurit. Dans ce cas, nous nous sommes bien trouvé de l’administration de l’eau distillée de laurier-cerise, et surtout de la teinture de belladone. On surveillera l’état du tube digestif et l’on donnera des laxatifs, s’il en est besoin.
Beaucoup de dermatologistes font prendre des bains sulfureux tous les deux jours, et engagent les malades à se frictionner vigoureusement dans l’eau du bain, soit avec de l’eau sulfureuse, soit même avec du savon noir. Le soir, si l'on veut
faire un traitement énergique, on enduit les points malades avec une pommade soufrée au 1/10. On a aussi conseillé les préparations mercurielles; nous avons traité plusieurs malades par des lotions biquotidiennes avec de la liqueur de van Swieten, et par des applications de pommades au turbith, au précipité jaune ou au calomel au 1/30.
Graphique XIV. — Graphique schématique destiné à montrer la constitution du pityriasis rosé de Gibert et ses affinités.
N’ayant retiré aucun bon effet de ces médications perturbatrices, nous préférons renoncer à ces topiques énergiques qui exercent souvent une action irritante nuisible sur les téguments et donnent lieu à des éruptions artificielles intenses qui viennent compliquer et masquer l’éruption primitive. Il en est de même des préparations fortes de résorcine, d’ichtyol, de goudron, pures ou mélangées au soufre.
E. Besnier, conseille de prendre tous les deux jours un bain tiède avec du son ou de l’amidon, dans lequel on met, suivant l’irritabilité des téguments du malade, de 25 à 50 grammes de borate de soude. « On peut y associer avec avantage les onctions à l’onguent de zinc salicylé, résorciné, boraté, ou soufré, etc., mais en débutant par des doses légères de 1 à 2 p. 100 en moyenne. Si l’éruption persiste, et si la peau a quelque tolérance, on peut avoir recours à des préparations plus actives renfermant par exemple de 1 à 10 grammes de naphtol £> pour 50 grammes de lanoline et 50 grammes de vaseline, ou bien de 1 à 2 grammes de résorcine, d’acide salicylique, de baume du Pérou, de 1 à 10 grammes de soufre précipité pour 100 grammes d’excipient. Les onctions se font le soir au coucher; le lendemain matin on fait des lotions savonneuses tièdes, puis les surfaces sont poudrées à l’amidon et recouvertes de linge fin. » (E. Besnier et A. Doyon.)
On peut aussi employer un mélange de glycérine et d’eau distillée de lauriercerise, le glycérolé d’amidon pur ou additionné d’un peu d’acide salicylique ou d’acide tartrique, la pommade à l’oxyde de zinc pure ou additionnée d’un 1/100 ou d’un 1/60 d’essence de menthe, enfin toutes les préparations calmantes connyes, si les téguments s’enflamment et s’il y a des démangeaisons.
Les malades atteints de pityriasis rosé de Gibert doivent être divisés au point de vue thérapeutique en deux catégories :