DEUXIÈME TYPE OBJECTIF
LES URTICAIRES
Dans cet ordre de faits, sous l’influence du grattage, de la moindre friction, du frôlement le plus léger, la peau prurigineuse réagit immédiatement, et il se produit une élevure urticarienne L
1 Voir les recherches si intéressantes de L. Jacquet sur le rôle si important du traumatisme dans la production de furticaire.
Définition. — On désigne sous le nom d’ urticaire (cnidosis) une éruption caractérisée par deux éléments : 1° par l’apparition plus ou moins rapide d’efflorescences et d’élevures rosées ou rouges, parfois décolorées au centre, ressemblant à des piqûres d’orties, évoluant d’ordinaire avec rapidité; 2° par des sensations de prurit, de brûlure, de cuisson, de chaleur, de picotement et de tension, qui accompagnent l’éruption, ou, pour mieux dire, qui la précèdent.
L’urticaire n’est pas une dermatose bien définie ; c’est par excellence un mode de réaction de la peau spécial à tel ou tel individu, et, chez un même individu, dépendant de ses dispositions passagères. L’élément urticaire peut se retrouver dans une foule d’états morbides divers. C’est ainsi que l’urticaire peut compliquer toutes les affections parasitaires, qu’elle peut être l’éruption première du prurigo de Hébra, de la dermatite herpétiforme de Duhring ; elle est une des modalités éruptives les plus fréquentes des dermatites toxiques (voir Éruptions médicamenteuses) ; elle est un des épiphénomènes des kystes hydatiques, des maladies du tube digestif ou du système nerveux; chez les enfants, elle accompagne souvent les crises de dentition : pour Colcott Fox, toutes les éruptions infantiles autrefois décrites sous les noms de strophulus, de lichen urticatus, de varicellaprurigo, etc-..., ne sont que des variétés d’urticaire. (Voir plus loin l’article Prurigo.)
Pour faciliter l’étude de ce symptôme, nous distinguerons deux groupes principaux de faits :
A. Les urticaires aiguës ;
B. Les urticaires chroniques , à côté desquelles certains auteurs rangent la curieuse disposition cutanée, connue sous le nom de peau irritable ou à' autographisme. (Voir ce mot.)
Nous étudierons ensuite T urticaire pigmentée , qui, jusqu’à nouvel ordre, semble constituer une dermatose assez bien définie au point de vue objectif.
A. Urticaires vulgaires, aiguës et chroniques.
Symptômes. — L’urticaire aiguë débute brusquement, le plus souvent à la suite d’une indigestion, ou parce que le malade a pris un aliment ou un médicament qu’il ne peut tolérer grâce à une idiosyncrasie particulière, parfois sans cause appréciable. Elle peut s’accompagner de phénomènes généraux, d’une fièvre intense (( fièvre ortiée), et dans ce cas il est quelquefois difficile de la distinguer au premier abord de la scarlatine dont elle n’a pas la teinte, du mégalérythème épidémique et de l’érysipèle dont elle n’a pas l’uniformité, le bourrelet d’envahissement, et les localisations.
Le malade éprouve une sensation de prurit, de cuisson, de brûlure très variable, quelquefois intolérable; le grattage lui procure un soulagement momentané, mais sous son doigt naissent des élevures rouges, de formes diverses, arrondies ou irrégulières, le plus souvent aplaties à leur sommet, dures, saillantes, et formant des sortes de papules plus ou moins gigantesques.
Suivant leur aspect, on a distingué les variétés suivantes : quand les taches sont purement érythémateuses, c’est l 'urticaire maculeuse ; quand elles sont sinueuses et qu’elles forment des dessins par confluence, c’est X urticaire gyratèe , linéaire , figurée , circinée , etc...; quand la confluence est parfaite et les plaques fort étendues, c’est X urticaria conferta ; si la partie saillante centrale est d’un blanc brillant, alors que la périphérie est d’un rouge vif, c’est X urticaire porcelaine.
Dans X urticaire hémorragique ( purpura urticans), il y a une tache centrale
LES URTICAIRES
hémorragique entourée d’une auréole rouge ou violacée ; elle est discrète ou confluente, et forme dans ce dernier cas de larges placards hémorragiques.
Neumann désigne sous le nom d’ urticaire papuleuse ( lichen urticatus), une forme éruptive caractérisée par de petites élevures boutonneuses de la grosseur d’une tête d’épingle ou d’un pois, entourées d’une aréole rouge et que le malade excorie ; elle constitue une forme de passage entre les urticaires et les prurigos. (Voir ce mot.)
urticaire géante , tubéreuse de Hardy , est caractérisée par des élevures très
Fig. 223. — Élevures d’urticaire vulgaire (face interne de la cuisse droite).
saillantes de 5, 10 et même 15 centimètres de diamètre ; le centre en est alors le plus souvent d’un blanc mat, comme dans l’urticaire porcelaine.
Dans Y urticaire vésiculeuse ou bulleuse, le processus exsudatif est tel que la sérosité désagrège les cellules de la couche de Malpighi, et que la papule congestive de l’urticaire se surmonte d’un soulèvement vésiculeux ou bulleux, d’abord transparent, puis qui devient purulent, enfin croûteux, si le malade ne l’excorie pas. Cette forme, assez rare, est fort intéressante. Elle laisse souvent après elle des pigmentations brunâtres plus ou moins foncées qui disparaissent lentement. Elle est presque toujours confondue avec les pemphigus ; elle ressemble tout à fait aux éruptions de la dermatite herpétiforme dont elle ne présente pas les localisations
REACTIONS CUTANEES PURES
le groupement, le mode d’évolution. Cependant, dans les cas chroniques d’urticaire bulleuse, le diagnostic est d’autant plus difficile que la dermatite herpétiforme peut se compliquer d’urticaire; néanmoins la nature toujours urticarienne des lésions, et la possibilité de provoquer de l’urticaire factice chez les malades permettront le plus souvent de se prononcer. Il n’en est pas moins vrai qu’il y a de nombreux faits de passage entre ces formes morbides.
Lorsqu’un sujet est en puissance d’urticaire, il suffit du moindre frôlement de la peau pour faire apparaître l’éruption ; on peut donc alors par le frottement ou le contact en faire naître à son gré ; c’est là Y urticaire factice , dont on se sert assez fréquemment, ainsi que nous venons de le dire, pour assurer le diagnostic. (Voir les recherches de Jacquet.)
L’urticaire se développe sur toutes les régions du corps, même au cuir chevelu ; aux régions à tissu cellulaire fort lâche comme les paupières et le prépuce, elle détermine des gonflements œdémateux ( urticaire œdémateuse de Hardy) , assez effrayante pour le malade, mais sans la moindre gravité.
Elle peut envahir aussi la cavité buccale, le pharynx, l’épiglotte ; elle s’y caractérise par de la rougeur et de l’œdème, et y détermine parfois de la gêne marquée de la respiration. On sait que l’on a décrit de l’urticaire des bronches et du tube digestif ; mais nous n'avons pas à nous occuper ici de ces localisations.
Au point de vue de la marche, il faut distinguer, ainsi que nous l’avons dit en commençant : 1° les urticaires aiguës purement accidentelles, passagères, qui surviennent brusquement, et qui disparaissent en quelques heures, en deux ou trois jours, ou qui persistent parfois pendant sept ou huit jours en évoluant par poussées successives, et en se portant d’un point du corps à un autre.
2° Les urticaires chroniques ( urticaria perstans , urticaire récidivante) , dans lesquelles on voit le malade avoir des poussées successives parfois subintrantes d’urticaire pendant des mois et pendant des années. Ces affections sont assez fréquentes chez les enfants des villes âgés de quatre ou cinq mois à trois ans au plus; quand elles affectent la forme papuleuse, elles sont souvent chez eux la première phase du prurigo de Hébra. Chez les adultes, elles peuvent être la première phase de la dermatite herpétiforme. Dans ces cas, le malade est couvert de papules excoriées, de traces de grattage, de pigmentations. L’insomnie peut être complète; l’état général peut devenir grave par épuisement du système nerveux et mauvais état du tube digestif.
Que l’affection soit aiguë ou chronique, le grand caractère de l’élément éruptif constitutif de l’urticaire vulgaire est sa rapidité d’évolution : il apparaît, évolue et disparait en quelques heures ; dans les urticaires chroniques, des poussées nouvelles se produisent incessamment ou à certaines périodes sous l’influence de certaines causes occasionnelles. Parfois aussi la papule urticarienne est excoriée au sommet par les ongles du malade et le processus morbide est assez intense pour qu’il persiste pendant quelque temps à son lieu et place un petit élément papuleux et croûteux analogue à la lésion initiale caractéristique du prurigo.
Nous venons de voir que l’urticaire bulleuse pouvait laisser après elle des pigmentations ; ce phénomène s’observe également dans quelques cas fort rares d’urticaire chronique non bulleuse : les pigmentations ne s’effacent que peu à peu. Il ne faut pas confondre ces urticaires à pigmentations consécutives avec l’urticaire pigmentée (voir ce mot), laquelle constitue une affection bien à part.
Les curieuses recherches de Jacquet ont démontré que, si l’on fait un enveloppement ouaté soigneux chez un malade atteint d’urticaire chronique, on supprime ;
LES URTICAIRES
le prurit, et l’on empêche l’urticaire cle se produire. Cet auteur tire de ces expériences fort intéressantes la conclusion que la lésion urticarienne semble être toujours une lésion factice consécutive aux traumatismes, et aux irritations extérieures de toute sorte .
Ce sont là des notions de la plus grande importance au point de vue de la pathogénie de beaucoup d’éruptions prurigineuses et de leur médication. (Voir les Généralités.)
Diagnostic. — Nous n’exposerons pas le diagnostic différentiel de
l’urticaire :
Erythèmes \ polymorphes J vésiculo-bulteuy
Graphique II. — Graphique schématique de l’urticaire destiné à montrer les affinités . de ce type morbide.
dans la majorité des cas, il s’impose. Nous avons déjà dit qu’il fallait surtout en • présence d’un cas de cette affection établir un diagnostic étiologique.
Voici par contre un graphique schématique destiné à montrer les rapports de l’urticaire avec les diverses dermatoses prurigineuses, les œdèmes, les érythèmes, etc... On en trouvera l’explication dans les Généralités au chapitre qui traite de la méthode graphique en dermatologie.
Anatomie pathologique. — L’élément urticaire n’est en réalité qu’une sorte d’œdème circonscrit de la peau. Les vaisseaux superficiels du derme sont dilatés, engorgés et laissent transsuder de la sérosité et des leucocytes. D’après Unna, il y a élargissement des fentes lymphatiques, le réseau élastique est distendu, déplacé, rompu par places : il n’y a pas de diapédèse dans les formes simples et aiguës.
Étiologie. — Pour avoir de l’urticaire, on doit y être prédisposé : nous renvoyons à l’étude de l’étiologie et de la pathogénie du prurit en général pour l’analyse des causes prédisposantes, c’est-à-dire du terrain. Voici d’autre part la nomenclature des principales causes occasionnelles qui favorisent l’apparition de cette dermatose. (Voir les importants travaux de Philippson, Torôk, Vas, Hari, sur cette question.)
A. Agents externes. — L’urticaire est provoquée par le contact de quelques substances irritantes dont les plus nocives sont l’ortie, certains animaux marins que l’on a justement appelés orties de mer, les parasites cutanés, tels que les puces, les punaises, les poux, les cousins, les chenilles processionnaires, etc... Masure a prouvé que du linge ayant été acccidentellement en contact avec les chenilles dites culs-bruns ( Liparis auriflua ) peut donner des poussées d’urticaire aux personnes qui le portent ensuite. En présence d’une urticaire, il faut toujours commencer par chercher le parasite.
B. Substances ingérées ( urticaria ab ingestis , dans laquelle rentre V urticaria febrilis qui en est l’expression la plus accentuée).
a) Aliments. — Parmi les aliments dont l’ingestion peut déterminer une éruption d’urticaire, nous citerons surtout la charcuterie, la sauce mayonnaise, la viande de porc fumée, le gibier, le veau, le blanc d’œuf, les œufs conservés, les fromages salés et fermentés, les concombres, les truffes, les poissons de mer, les crustacés, les coquillages, les moules en particulier, les huîtres, les escargots, les champignons, la farine d’avoine, les fraises, les framboises, les groseilles, les noix, les asperges, l’ail, l’oignon, les choux, la choucroute, les choux-fleurs, les crosnes du Japon (Buret), le melon, les glaces, le vin blanc, l’eau de Seltz, le champagne, l’alcool, le café, le thé.
L’urticaire de la première enfance reconnaît fort souvent pour causes du mauvais lait, une alimentation défectueuse de la nourrice, une alimentation solide prématurée.
b) Médicaments. — - (Voir Éruptions médicamenteuses .)
C . Affections diverses. — L’urticaire semble être favorisée par certaines affections générales ou locales, telles que les maladies du tube digestif, les dyspepsies, les gastrites chroniques, la dilatation stomacale, les maladies du foie, les kystes hydatiques (pénétration du liquide kystique dans la cavité abdominale), les vers intestinaux, les maladies des reins, les maladies des organes génito-urinaires, les fièvres intermittentes, la variole, la rougeole, la scarlatine au début, les maladies du système nerveux et en particulier celles de la moelle épinière, l’hystérie, le nervosisme, les émotions violentes, le choc opératoire, les accidents, le surmenage, etc...
L’urticaire accompagne assez souvent chez certains sujets d’autres dermatoses, et en particulier le prurigo de ITébra, les dermatites polymorphes douloureuses, les eczémas papulo-vésiculeux, les névrodermites, etc... En somme les sujets dont
LES URTICAIRES
la peau réagit dans le sens de ces dermatoses ont de la tendance à réagir aussi dans le sens urticaire.
Nous ne saurions trop insister sur ce fait que ce sont les sujets dits en France arthritiques, et surtout les arthritiques nerveux, qui sont atteints d’urticaires chroniques ( urticaire rhumatismale de Hardy).
Traitement. — Ce qui précède montre que pour traiter avec quelque logique un cas d’urticaire, il faut étudier le malade, et préciser : 1° la nature du terrain sur lequel évolue l’affection; 2° les causes occasionnelles qui lui ont donné naissance. Cela fait, on sera capable d’instituer une médication appropriée.
Traitement prophylactique. — Lorsque la genèse de l’urticaire est dominée par l'action d’un agent extérieur irritant ou d’une substance nuisible ingérée, le traitement interne n’a pas très grande importance; il est bien évident qu’il faut avant tout supprimer la cause de la maladie, lorsque cette cause est tangible. Nous conseillons néanmoins, même alors, de soumettre les malades à un régime sévère pendant quelques jours, car parfois ces urticaires accidentelles peuvent être le point de départ d’urticaires persistantes.
Dans l’urticaire de cause externe, on supprimera donc l’agent irritant parasite ou autre ; il faut se défier des langes de laine et de coton et des langes malpropres chez les enfants; dans l’urticaire pathogénétique on interdira l’usage de l’aliment ou du médicament incriminé, et, suivant les besoins, on ordonnera un vomitif, un purgatif ou un éméto-cathar tique.
Cette simple médication à laquelle on ajoutera deux ou trois jours de diète lactée ou tout au moins d’alimentation fort légère avec des viandes rôties ou grillées, des purées de légumes secs, de la laitue ou de la chicorée cuite, suffira dans la grande majorité des urticaires aiguës accidentelles pour tout faire disparaître.
Traitement interne. — Dans les cas plus intenses ou à pathogénie moins nette et plus compliquée, on sera obligé de recourir à un traitement beaucoup plus rigoureux.
On s’attachera tout d’abord à réglementer l’alimentation. Quand l’urticaire est intense et rebelle, et lorsque les malades peuvent le tolérer, on doit prescrire le régime lacté exclusif, en employant du lait pur de bonne qualité et en le faisant prendre par petites quantités fréquemment renouvelées. S’il est mal supporté par l’estomac, on le coupe d’un peu d’eau de Vichy ou d’eau de Vais; s’il constipe, on y ajoute le matin un peu de magnésie ou de manne ; s’il donne de la diarrhée, on y ajoute de l’eau de chaux. On continue ce régime rigoureux jusqu’à la disparition totale de l’urticaire, puis on ne reprend que peu à peu l’alimentation ordinaire en permettant d’abord des purées de légumes secs ou de farines de céréales, des viandes blanches (sauf le veau, le dindon, l’oie), des fruits cuits (pommes, poires ou pruneaux), des légumes verts cuits (chicorée, laitue, escarolle, céleri, cardons, petits pois et haricots verts), du bouillon dégraissé, du pain grillé. Quand on étend le régime, on observe soigneusement le malade et on supprime de son alimentation tout aliment dont les premières ingestions ont semblé coïncider avec une poussée nouvelle. Comme boisson, on recommandera d’abord les eaux minérales alcalines pures, Vichy (Célestins ou Lardy), Vais (Saint-Jean), Royat (César ou Saint-Mart), Alet, Fougues, etc. Suivant la constitution du malade, on les choisira fortes ou faibles. Peu à peu on permettra du vin de bonne qualité en petite quantité et coupé d’eau, ou mieux de la bière légère non alcoolisée ou de la bière de malt coupée d’eau minérale alcaline faible.
Si l’urticaire se relie à une affection de l’estomac, on traitera le malade par le régime et par les moyens appropriés. Il en sera de même pour les affections hépatiques et intestinales. Nous devons dire un mot de la constipation habituelle qui accompagne si souvent l’urticaire chronique ; on emploiera contre elle le massage abdominal, quand l’urticaire le rendra possible ; l’eau de Châtel-Guyon prise à jeun avant les repas, les sels de Carlsbad, les eaux minérales purgatives pourront rendre des services; nous conseillons de pins d’essayer les purgatifs suivants : le soir, en se couchant, on prendra de une à trois pilules de podophyllin à 3 centigrammes chaque avec 5 milligrammes d’extrait de belladone, ou bien des pilules d’euonymine, ou des pilules de cascara sagrada ou de cascarine, des capsules d’huile de ricin, etc... Si le malade aime mieux se purger le matin, on lui prescrira de prendre en se levant de une cuillerée à café à une grande cuillerée à soupe de sulfate de soude ou de sulfate de magnésie, de une cuillerée à café à deux grandes cuillerées à soupe de citrate de magnésie granulé dans un peu d’eau sucrée, de 5 à 30 grammes de manne en larmes dans du lait, etc...
S’il en est besoin, on favorisera la diurèse par des médicaments appropriés ; mais le meilleur est sans contredit le lait, auquel on peut associer quelque tisane (chiendent, queue de cerises, orge), ou même le sirop des cinq racines.
Si l’état nerveux du malade est par trop prononcé, on s’efforcera de le modifier; selon les cas, on prescrira des distractions, des voyages, des médicaments appropriés, tels que les bromures, auxquels nous préférons, quand ils suffisent, les valérianates, l’extrait de valériane, l’asa fœtida. Le valérianate d’ammoniaque en particulier administré en capsules ou en solution dans de la tisane de tilleul additionnée d’ean de fleurs d’oranger (de 1 à 3 cuillerées à soupe) et d’eau distillée de laurier-cerise (1 cuillerée à café) rend dans beaucoup de cas des services signalés et fait dormir les malades.
L’urticaire paludique se traitera par de hautes doses de quinine ou par les préparations arsénicales.
Il sera bon dans les cas chroniques qui surviennent chez les auto-intoxiqués nerveux de traiter la constitution (voir Généralités et article Eczéma) ; on leur prescrira donc de prendre pendant fort longtemps des eaux minérales alcalines, des préparations de bicarbonate de soude, de carbonate de lithine, de gentiane, etc., toutes substances que l’on combinera suivant les indications particulières.
Contre le symptôme urticaire lui-même, on a proposé quantité de médicaments; on a essayé l'opium, l’atropine (Schwimmer), la belladone, le musc, le castoréum, les bromures, le chloral, le salicylate de soude (Pietrzycki), la quinine, l’antipyrine (Nitot) qui réussirait dans les cas d’origine nerveuse (or, l’on sait que ce médicament donne fort souvent des éruptions urticariennes), l’ammoniaque liquide à la dose de L2 à 15 gouttes dans un peu d’eau, trois ou quatre fois par jour (Hardy), l’arsenic et en particulier les eaux de la Bourboule, les sulfureux, le soufre, l’acide sulfurique, les sulfites et les hyposulfites, fort préconisés en Amérique, le chlorure de calcium (Netter), etc., etc.
Les substances qui nous ont paru être le moins inefficaces sont les vaso-moteurs, c’est-à-dire la quinine, l’ergotine et la belladone; cette dernière sous forme de teinture. On peut, comme le faisait E. Vidal, donner la quinine seule et à doses moyennes; il en administrait pendant quinze jours consécutifs de 50 à 60 centigrammes par jour; puis, il la cessait pendant quelque temps pour recommencer ensuite à la faire prendre pendant une nouvelle période de deux semaines. Si la maladie résistait il arrivait graduellement jusqu’aux doses physiologiques.
LES URTICAIRES
Il nous paraît préférable de prescrire la quinine combinée aux deux autres médicaments que nous venons de nommer et à doses fractionnées, sauf dans l’urticaire paludique, où l’on doit la donner à doses massives. C’est ainsi que nous formulons : bromhydrate ou chlorhydrate de quinine 5 centigrammes, ergotine, 5 centigrammes, extrait de belladone de 1 à 2 milligrammes, excipient et glycérine Q. s. pour une pilule. De 8 à lb par jour toutes les deux heures, par une ou par deux à la fois.
Dans les cas d’antécédents goutteux des plus nets, nous employons les pilules à la quinine, au colchique et à la digitale, d’après la formule si connue que nous modifions de la manière suivante : bromhydrate de quinine o centigrammes, extrait de colchique 1 centigramme, poudre de feuilles de digitale 2 centigrammes, excipient et glycérine Q.s. pour une pilule. De 2 à 8 par jour.
Ce traitement, combiné avec le régime lacté, nous a permis de faire disparaître assez vite certaines urticaires chroniques des plus rebelles. Il réussit également fort bien chez les enfants : on peut alors prescrire ces médicaments sous la forme de potion, et y ajouter de l’eau distillée de laurier-cerise. Il y a des malades qui sont réfractaires à la quinine et chez lesquels ce médicament exaspère ou provoque les poussées d’urticaire.
E. Vidal donnait l’éther sous la forme de sirop ou de potion dans les accès de suffocation déterminés par de l’urticaire des bronches. L'esprit de Mindererus, l’esprit de Sylvius et les autres antispasmodiques rendront des services dans ces cas.
On peut conseiller une saison d’eaux minérales aux malades atteints d’urticaire chronique; il faut les envoyer, d’après leur constitution, à des eaux bonnes soit pour ce que l’on appelle de l’arthritisme, soit pour le système nerveux. On recommandera surtout Néris, Schlangenbad, Ragaz, Plombières, Wildbad, Bagnères-de- Bigorre (source du Salut et du Foulon) ; dans quelques cas particulièrement rebelles les eaux de la Bourboule sont indiquées.
Gomme dans les prurits rebelles les douches sédatives chaudes sans pression, prolongées, et l’électrothérapie sous la forme de bains statiques secs et de courants de haute fréquence nous ont paru réussir dans des cas tout à fait rebelles.
Traitement externe. — Bien que le traitement externe soit d’après nous moins important que le traitement interne pour la guérison de l’urticaire, le médecin devra cependant l’instituer avec le soin le plus minutieux. Pour de plus amples détails, nous renvoyons a l’article Prurit, car le traitement local des deux affections est pour ainsi dire le même. Nous nous contenterons de signaler ici ce qui est plus particulier à l’urticaire.
Soins hygiéniques. — Les vêtements du malade seront flottants, on ne mettra ni bretelles, ni jarretières, ni ceinture, ni corset pouvant exercer des pressions sur les téguments; il n’y aura en contact direct avec la peau que des linges en toile fine et usée. La température de l’appartement sera tempérée, mais plutôt un peu fraîche : enfin la peau sera soigneusement nettoyée de tous les parasites et de toutes les impuretés qu’elle peut présenter. (Voir plus haut Traitement prophylactique.) Mais on ne la fatiguera ni par des lavages, ni par des frictions trop fréquentes.
Bains et lotions. — Comme pour la plupart des autres dermatoses, les bains dans l’urticaire ont leurs partisans et leurs détracteurs acharnés.
Les bains prolongés ou mieux continus soulagent beaucoup les malades dans certains cas d’urticaire chronique. Quand on ne peut les donner ainsi, mieux vaut
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user de bains forts courts, tempérés. Les meilleurs sont alors les bains d’amidon vinaigrés (un litre d’amidon par bain) : ce sont avec les bains de tilleul, de têtes de camomille et de glycérine les seuls que nous permettions. Cependant on a aussi recommandé les bains au borate de soude (40 à 00 grammes par bain), les bains alcalins, les bains sulfureux, les bains à l’alun (500 grammes par bain), au sublimé (de 5 à 10 grammes par bain). Quand lé malade sort du bain, il ne faut pas le frotter; il faut se contenter de l’éponger et de le sécher vivement, mais avec précaution, en se servant pour cela de linges en toile fine et usée; puis on le poudre d’amidon de la tête aux pieds. Presque toujours les bains aggravent V éruption.
Aussi beaucoup de praticiens préfèrent-ils aux bains les simples lotions. Les lotions sont faites matin et soir et toutes les fois que les souffrances du malade sont trop vives. Il vaut mieux les faire chaudes. On se sert pour cela soit d’eau de têtes de camomille, de fleurs de sureau, ou de racine de guimauve, additionnée d’eau blanche ou de vinaigre, de une à. trois cuillerées à soupe par verre, soit d’eau de Cologne, soit d’eau phagédénique coupée, suivant les cas, d’une à trois parties d’eau, soit d’eau phéniquée au 1/50, au 1/100, au 1/200, soit d’une solution de chloral au 1/50 ou au 1/100, additionnée ou non d’un 1/4 d’eau distillée de lauriercerise (E. Vidal) ; puis on poudre le malade, sans essuyer, avec de la poudre d’amidon.
Les mélanges pulvérulents prescrits pour remplacer la simple poudre d’amidon renferment de la poudre de lycopode, de la poudre de talc, de l’oxyde de zinc, du sous-nitrate, çlu carbonate de bismuth très finement porphyrisés ; on rend ces poudres plus actives contre le prurit en y incorporant un 1/10 de salicylate de bismuth, un 1/50 de camphre, un 1/50 ou un 1/100 d’acide salicylique.
Parmi les autres lotions prescrites, citons les solutions alcooliques d’aconitine au 1/250 (Kaposi), un mélange conseillé par Hardy et qui renferme 1 gramme de bichlorure d’hydrargyre et de chlorhydrate d’ammoniaque pour 1 000 grammes de lait d'amandes, l’atropine au 1/1 000, l’eau chloroformée, les solutions de salicylate de soude, d’acide benzoïque, de borax au 1/30, d’acide cyanhydrique médicinal au 1/100 (de 3 grammes à 10 grammes pour 500 grammes d’eau), toutes les solutions faibles d’acides, acide acétique, citrique, nitrique, chlorhydrique, les diverses préparations camphrées, etc...
Pommades et Pâtes. — Avant d’appliquer les poudres, on peut mettre sur les points les plus atteints des pommades, ou mieux des pâtes épaisses à l’oxyde de zinc composées de parties égales de vaseline et d’oxyde, additionnées de 1/2 à 1 p. 100 de menthol ou de cocaïne, ou bien de 1/2 à l p. 100 d’acide phénique ou d’acide salicylique; de 1/10 d’ichtyol, ou de sapolan, etc... Parfois le simple cold-cream frais ou le mélange de vaseline et de lanoline, ou le glycérolé d’amidon rendent des services.
Enveloppements. — Les recherches de L. Jacquet (voir plus haut) sur les effets de l’enveloppement dans l'urticaire, conduisent à se demander si l’on ne pourrait pas utiliser ce procédé dans quelques cas rebelles. Malheureusement il n’est guère pratique d’envelopper toute la surface des téguments. Cependant dans les cas où une urticaire rebelle se localise plus spécialement en certaines régions, on est, ce nous semble, autorisé à l’essayer. (Voir Généralités pour le mode opératoire.)
Marche a suivre en présence d’un cas d’urticaire. — On doit, avant toute chose^ rechercher si l’urticaire ne dépend pas de la présence d’un parasite quelconque-
LES URTICAIRES
Si l’urticaire est aiguë, accidentelle, le régime pendant quelques jours, au besoin un purgatif léger, de la quinine s’il y a de la fièvre, localement des lotions vinaigrées chaudes et de la poudre d’amidon, suffisent pour la faire disparaître dans la grande majorité des cas.
Si elle est chronique et rebelle, il faut, ainsi que nous l’avons expliqué plus haut, instituer une médication appropriée à la cause de l’affection, ou tout au moins aux divers troubles viscéraux qui l’accompagnent. Si la pathogénie n’est pas très nette, il vaut mieux, au lieu de tâtonner, mettre d’emblée le malade au régime lacté (voir plus haut les détails), sans autre médication interne, puis, si le mal persiste, lui prescrire les pilules à la quinine, à l’ergotine et à la belladone dont nous avons donné la formule, ou du chlorure de calcium.
Au point de vue local, on fera des lotions vinaigrées ou phéniqu'ées ; sur les points les plus douloureux on mettra un peu de pâte à l’oxyde de zinc, et l’on poudrera avec de la pondre d’amidon. Le linge de corps du malade sera imprégné de poudre, et il couchera dans des draps fins également remplis d’amidon.
Si cette méthode échoue, on aura recours aux autres moyens que nous avons indiqués.
B. Urticaire pigmentée.
Définition, — On donne le nom d 'urticaire pigmentée à une affection des plus rares, caractérisée par des élevures ortiées, rouges ou rosées, auxquelles succèdent des taches saillantes ou aplaties de coloration brunâtre plus ou moins accentuée qui persistent pendant fort longtemps. C’est Nettleship qui en 1869 en a publié le premier cas ; c’est Sangster qui lui a donné le nom d ' urticaria pigmentosa en 1878. (Voir la très belle étude de E. Graham Little : The British Journal of Dermat octobre-novembre 1905, janvier 1906.)
Symptômes. — Cette curieuse dermatose débute dans la première enfance, parfois quelques jours seulement après la naissance, parfois beaucoup plus tard, mais presque toujours dans les deux ou trois premiers mois de la vie. Cependant on l’a vue survenir à un âge avancé, à cinquante-six ans. (Darier, Soc. Fr. de Dermat. et de Syph., 6 avril 1905.)
Elle se caractérise d’abord par une éruption de plaques érythémateuses de quelques centimètres de diamètre, sur lesquelles se produisent des élevures d’un rouge vif : les éléments de début peuvent être bien nettement des éléments d’urticaire avec centre blanchâtre, surélevé, et zone périphérique rouge. Au bout d’un laps de temps qui varie de quelques heures à quelques jours, les élevures s’affaissent, mais elles se pigmentent en même temps, et prennent graduellement une teinte jaune clair, café au lait plus ou moins foncé, ou même brunâtre.
Peu à peu l’éruption s’accentue par production d’éléments nouveaux, de telle sorte que, lorsque la maladie est complètement développée, l’aspect de l’enfant est caractéristique. Il est tacheté de plaques surélevées, ortiées, rouge vif, de taches pigmentaires plus ou moins foncées, plus ou moins saillantes, ou complètement planes si elles sont anciennes. La grandeur de ces plaques varie de celle d’une lentille à celle d’une pièce de 50 centimes et plus ; elles sont arrondies, ovalaires ou irrégulières. Parfois elles sont tellement abondantes, surtout sur le tronc, qu’il y a à peine quelques intervalles de peau saine. Les poussées urticariennes spontanées et le prurit peuvent faire absolument défaut (Darier.)
Les plaques pigmentées affaissées redeviennent rouges et turgescentes par le frottement : c’est là leur caractère distinctif et majeur.
Brocq. — Dermatologie. II.
L’éruption a pour sièges de prédilection les parties antérieures et latérales du thorax, le dos, l’abdomen, puis les membres ; la face est assez souvent envahie.
La maladie évolue par poussées successives soit subintrantes, soit séparées par des intervalles plus ou moins longs d’accalmie.
De plus, à certains moments variables, et plus rapprochés en été qu’en hiver, il se produit des sortes de poussées érythémateuses caractérisées par une rougeur diffuse qui envahit les plaques, leur donne une coloration rouge foncé ou livide, et gagne même les espaces intermédiaires de peau saine. Les démangeaisons sont des plus intenses. Ces poussées congestives se compliquent parfois de soulèvements vésiculeux ou bulleux de l’épiderme.
L’irritabilité des téguments peut être extrême au début, et le grattage détermine alors des lésions artificielles très accentuées.
On a distingué trois formes d’urticaire pigmentée :
1° La forme nodulaire, dans laquelle les plaques saillantes sont de beaucoup les plus nombreuses ;
2° La forme maculeuse, dans laquelle les plaques aplaties et purement maculeuses dominent ;
3° Enfin, la forme mixte, qui est en réali té la plus fréquente.
Presque toujours l’affection s’atténue à mesure que le sujet avance en âge; on lui a décrit trois grandes périodes; 1° une période d'augment ou de développement, d’une durée d’un an environ, pendant laquelle il se produit de nouvelles plaques ;
2° une période d'état qui dure de deux à cinq ans, pendant laquelle il ne se forme
plus de nouvelles plaques, mais il survient des poussées congestives ; 3° une période de déclin, pendant laquelle les taches disparaissent peu à peu, et qui dure plusieurs années .
Anatomie pathologique. — D’après Raymond, à l’excellente thèse duquel nous renvoyons pour plus de détails, l’urticaire pigmentée doit être considérée comme
production d’élevures ortiées, et la nutrition du tissu conjonctif du derme qui est infiltré, comme fa démontré Unna, d’éléments cellulaires spéciaux, les mastzellen ; ces mastzellen, qui s’observent en grand nombre au niveau des plaques, semblent constituer, au point de vue histologique, le caractère majeur de cette dermatose. Mais sa nature réelle est en réalité totalement inconnue. Pour Darier c’est une affection spéciale totalement distincte de l’urticaire vraie et que l’on doit peut-être rapprocher de la xanthomatose.
Diagnostic. — Le diagnostic de l’urticaire pigmentée repose surtout sur l’aspect objectif de l’éruption, sur l’époque du début et le mode d’évolution. Elle se différencie assez nettement des érythèmes, des dermatites herpéti formes, du xanthélasma, du xeroderma pigmentosum, etc... Elle diffère des taches lépreuses par la limitation des éléments, la conservation totale de la sensibilité à leur niveau, leur érectilité, leur évolution. Il y a parfois chez les adultes des urticaires qui laissent après elles des pigmentations brunâtres; mais celles-ci s’effacent rapidement, et ne présentent pas la persistance des lésions de l’urticaire pigmentée vraie que nous venons de décrire.
Traitement. — Le traitement de l’urticaire pigmentée est mal connu : jamais encore on n’a obtenu de résultat thérapeutique satisfaisant.
On a essayé à l’intérieur des médicaments vaso-moteurs, belladone, valériane,
NÉVRODERMITES OU PRURITS AVEC LICHÉNIFICATION
crgoti'ne, quinine; à l’extérieur, on a expérimenté les lotions avec des solutions d’acide phénique, avec de l’eau chloroformée, enfin diverses pommades, en particulier les glycérolés (Raymond). On doit, d’après cet auteur, proscrire les bains trop chauds et surtout les bains sulfureux qui peuvent être le point de départ de poussées nouvelles. (Voir Traitement de C urticaire vulgaire1 .)