NODOSITÉS NON ÉRYTHÉMATEUSES DES ARTHRITIQUES
observer plusieurs poussées successives. Leur durée varie donc de quelques jours à trois ou quatre semaines : on en a vu persister pendant plusieurs mois.
Leurs sièges de prédilection sont les régions périarticulaires : coude, genou, poio'net cou-de-oied articulations de la main, etc., et les tissus fibreux qui recouvrent les os superficiels, rotule, malléoles, cubitus, omoplate, crête iliaque, os de la main, mais surtout os du crâne, frontal et occipital en particulier. Le plus souvent elles sont isolées, discrètes, bien distinctes les unes des autres; dans quelques cas rares, on les a vues devenir confluentes. Elles sont parfois très nombreuses.
Anatomie pathologique. — Leur siège anatomique est le tissu fibreux des ligaments, des tendons, du périoste et des aponévroses. D’après Hirschsprung qui a pu en faire une étude histologique, leur structure est celle du tissu conjonctif avec cellules fusiformes disposées en séries, séparées par une substance fondamentale assez homogène ; en quelques points on trouve des foyers de cellules a noyaux plus volumineuses que les cellules du tissu de granulation, les vaisseaux sont assez nombreux et par places il y a des cellules en voie de nécrobiose.
Il est intéressant de noter qu’elles coïncident souvent avec des symptômes de péricardite, parfois de pleurésie : il est permis de se demander s’il ne se fait pas du côté des tissus fibreux du péricarde un travail analogue à celui qui se produit du côté des tissus cutanés ou sous-cutanés.
Diagnostic. — Les nodosités dont nous venons de parler diffèrent : 1° de Y érythème noueux par leur absence de coloration ; 2° des autres tumeurs cutanées et intr ci-cutanées par leur évolution si spéciale : cependant il est parfois très difficile de les différencier des gommes syphilitiques et nous avons vu commettre à cet égard des erreurs par les syphiligraph.es les plus compétents. Le diagnostic se lera toujours à la longue, car les gommes ont une tendance naturelle à adhérer aux téguments et à s’ulcérer : le traitement spécifique pourra aussi trancher la difficulté. Nous croyons cependant que l’on peut presque toujours d’emblée arriver a poser ce diagnostic, en se fondant sur ce fait que dans la plupart des nodosités rhumatismales volumineuses on peut par une pression lente et prolongée exercée avec le doigt déterminer l’apparition d’une cupule de dépression fort
accentuée.
11 est également parfois très malaisé de les distinguer des exostoses : mais, comme nous venons de le dire, elles s’accompagnent parfois d’œdème sous-cutané appréciable parla pression prolongée, ce qui ne se voit pas avec les exostoses : en outre, elles ne font pas absolument corps avec l’os : il semble qu’on puisse les mobiliser
légèrement par une exploration minutieuse. (Voir le travail d’Audry sur les nodosités œdémateuses des joues : Soc. Fr. de Dermat.)
Traitement. — Il n’y a pour ainsi dire pas de traitement des nodosités non érythémateuses.
Contre les phénomènes douloureux, s’ils sont trop intenses, on donnera soit l’antipyrine, soit le salicylate de soude : en somme, le traitement de ces manifestations des états généraux dits arthritiques se confond avec le traitement général de
ces états.
Nous croyons toutefois que l’on doit avoir surtout recours à l’iode, aux préparations iodées, aux iodures, à l’iodure de potassium en particulier, soit seul à la dose
de 1 à 3 grammes par jour, soit combiné à la lithine, soit mélangé à l’iode de la manière suivante :
Iode . 1 gramme.
Iodure de potassium . 10 —
Eau distillée . 100
Prendre de une à trois cuillerées à café de ce mélange dans une tasse de lait le matin en se levant.
/. — OEDEME DUR TRAUMATIQUE
L’histoire de cet œdème est de date récente. Les cas de Secrétan, de Vuillet, de Borchard, de Cheinisse, de Raymond et Cestan, de Joffroy, d’Etienne (de Nancy), de Grünbaum, de Brouardel, etc... ont permis de fixer ce type clinique.
L’œdème dur traumatique siège surtout à la main, mais il peut aussi s’observer aux membres inférieurs.
« Coup de marteau ou de tout autre outil, chute d’un corps pesant, souvent même simple effort avec extension forcée du membre, telle est généralement la nature du traumatisme qui aboutit à l’œdème dur Ce que l’on trouve au début est peu caractéristique : une tuméfaction plus ou moins étendue et plus ou moins accentuée au niveau du traumatisme, quelques ecchymoses, de la douleur... Les jours suivants, la tuméfaction, au lieu de diminuer, augmente; elle devient dure, rénitente. Au bout de trois semaines, l’œdème dur qui, à la palpation donne l’impression d’un coussinet élastique, est constitué. Il occupe le dos de la main sans empiéter jamais sur la face palmaire, il se confond insensiblement avec la peau de l’avant-bras et des doigts. Il est facile généralement de déplacer la tumeur œdémateuse, et de la faire glisser sur le métacarpe, lequel glissement provoque ordinairement un bruit de crépitation. A son niveau la peau est sèche, squameuse, luisante, plus ou moins violacée, ne se plisse pas, et ne garde pas l’impression du doigt. La sensibilité est restée intacte. Intacts également sont les mouvements du poignet ; par contre, ceux des doigts, au niveau desquels il existe souvent un
œdème mou, sont généralement gênés et douloureux, surtout en cas d’extension ♦
tant soit peu forcée... L’œdème dur persiste généralement deux à trois mois, parfois davantage... Et si le malade s’avise de se servir de sa main avant que l’œdème soit complètement disparu, le moindre traumatisme ou effort suffisent pour amener une recrudescence de tous les symptômes Du reste, dans les mêmes conditions, la récidive est possible, même après la guérison complète.
« Par la radiographie, on voit que les ombres correspondant aux os sont moins foncées que normalement. Grünbaum croit qu’il y a atrophie osseuse précoce.
« Ce qui semble le mieux convenir, ce sont les applications chaudes, bains chauds, compresses chaudes, bains d’air chaud à 50°-60u. » (R. Romme : Presse médicale, du 12 février 1904.)
Grünbaum a préconisé des injections avec une solution à 15 p. 100 de thiosinamine, à raison d’une seringue de Pravaz trois fois par semaine. (AToir à l’article Cheloïde pour cette médication.)
HYPERIDROSE ET BROMIDROSE
y. AFFECTIONS tenant a des troubles du fonctionnement
NORMAL DES GLANDES SUDOR1PARES ET POUVANT ÊTRE RATTACHÉES AUX TROPITONÉVROSES
Dans nos tableaux d’ensemble nous avons vu qu’on pouvait à ce point de vue distinguer deux ordres de faits essentiellement connexes d’ailleurs :
I les troubles fonctionnels proprement dits des glandes sudoripares ;
IL Les lésions cutanées qui se rattachent essentiellement aux troubles de fane-
tionnement de ces glandes.
I Troubles fonctionnels des glandes sudoripares.
Le produit de sécrétion des glandes sudoripares, la sueur, peut être modifié comme quantité et alors être trop considérable ( hyperidrose ), ou insuffisant (ani- ”) ■ il peut être aussi modifié comme qualité, comme odeur (bromidrose osrrndrose) comme couleur ( chromidrose ), comme composition chimique ( midi ose ).
D’après les recherches d’Unna, les glandes sudoripares interviendraient egalement dans la production de la séborrhée. (Voir ce mot.)
1° et 2° Hyperidrose et Bromidrose
^quantité normale de sueur exhalée par le corps humain s’exagère beaucoup dans certains états morbides fébriles généraux, dont la suette miliaire est le prototype, au début et à la terminaison de certaines pyrexies, dans certaines affections nerveuses localisées comme la migraine, dans certains états cac me i
Nous laisserons complètement de côté ces faits, qui sont du ressort de la médecine générale, et nous n'envisagerons sous le nom d’hypendrose que les cas encoie fort nombreux dans lesquels l’augmentation de la sécrétion sudorale est independante de toute autre maladie bien définie.
symptômes. — Ces hyperidroses dites essentielles se divisent tout naturellement en hyperidroses généralisées et hyperidroses localisées ou ep/udroses.
L’hyperidrose est précédée parfois d’une sensation désagréable de picotement ou d’une sensation de resserrement, d’oppression, due pour llebra a 1 accumulation dans les vaisseaux des papilles du sang dont la présence excite les nerfs cutanés La sueur suinte des orifices glandulaires, couvre la peau et ruisselle sous loi me de gouttelettes. Quelque généralisée qu’elle soit, elle est toujours plus accentuée en certaines régions du corps qui sont le front, le cuir chevelu, les aisselles, les an e et les plis génitaux, la partie antérieure de la poitrine, la paume des mains et la plante des pieds. Elle se complique parfois de certaines éruptions dites sudorales,
telles que les miliaires et les sudaminas. (Voir un peu plus loin. ) l’influence
L’hyperidrose généralisée s’observe surtout chez les sujets obeses, sous 1 influence d’une vive émotion, d’une impression nerveuse subite ou intense, ou bien < une élévation de température ou d’un exercice plus ou moins violent, (.ctiunes p sonnes y sont prédisposées : ce sont en grande majorité des sujets nerveux, ? 5 ■
riques ou auto-intoxiqués ; mais c’est presque toujours aux états dits 1 27
Brocq. — Dermatologie. II.
arthritiques que se rattachent les éphidroses rebelles. Il est sûr que le système nerveux joue un rôle très considérable dans la production exagérée de la sueur. Il agit soit directement, soit par voie réflexe.
Les hyperidroses localisées ou éphidroses sont beaucoup plus fréquéntes que les hyperidroses généralisées. Comme nous venons de le dire, elles sont communes chez les sujets dits arthritiques et surtout chez les arthritique^ nerveux. Rien de plus banal chez eux que Thyperidrose frontale et crânienne, laquelle se relie à la séborrhée et contribue dans une certaine mesure à la calvitie. (Voir article Séborrhée pour toutes les questions théoriques et pratiques qui se rattachent à ce sujet.) Un bel exemple d’éphidrose réflexe est Thyperidrose axillaire qui survient chez la plupart de ceux qui se déshabillent en public (Aubert).
Eu dehors de cette circonstance purement accidentelle, Téphidrose axillaire constitue une véritable infirmité : les femmes sont souvent obligées de garnir de caoutchouc leurs vêtements à ce niveau, et l'odeur qu’elles exhalent, surtout lorsqu’elles sont rousses, est bien connue. Il en est de même pour les organes génitaux et les plis inguinaux où cette sécrétion exagérée peut déterminer de l’intertrigo, entretenir des éruptions eczémateuses, provoquer des hydrosadénites (aisselles), etc...
On a cité des cas dans lesquels Téphidrose se limitait hémiplégiquement à un coté du visage, du tronc, à un membre ( hémidrose ). Elle accompagne parfois les accès de migraine : ce sont là des phénomènes vaso-moteurs qui sont en relation avec des troubles nerveux et qui sont étudiés dans les ouvrages de neurologie.
On a également signalé Téphidrose quotidienne qui apparaît pendant la mastication, et qui est une éphidrose réflexe d’origine gustative.
Les deux variétés d’éphidrose les plus importantes à connaître au point de vue pratique sont les éphidroses de la paume des mains et de la plante des pieds, pour lesquelles on est consulté à chaque instant.
Unna les divise en deux groupes, suivant que les extrémités sont chaudes par exagération de la circulation, ou froides par stase sanguine. Audry distingue les extrémités frappées d’asphyxie bleue, et celles qui présentent de l’anémie blanche. Dans les premiers cas les pieds et surtout les mains sont épais, mous, capitonnés ; dans le second les extrémités sont fines, d’un blanc jaunâtre, connue chlorotiques. (Audry).
Nombre de personnes ont les paumes des mains constamment humides : quand on les essuie, on voit immédiatement la sueur sourdre de tous les petits orifices glandulaires ; ce phénomène s’accentue surtout pendant Tété et sous l’influence des moindres émotions. Cette infirmité rend certaines professions manuelles fort difficiles sinon impossibles.
Il en est de même pour la plante des pieds; et comme cette dernière région est soumise à la pression de tout le poids du corps et à un enveloppement presque constant parles bas et les chaussures, les inconvénients s’exagèrent beaucoup; l’épiderme peut se macérer, se ramollir, devenir blanchâtre, se soulever même sous forme d’ampoules et se détacher complètement ; le derme est rouge et congestionné : les pieds deviennent sensibles ; la marche est parfois impossible et les malades exhalent une odeur fétide assez caractéristique.
Bromidrose ou Osmidrose.
Le mot Osmidrose désigne le phénomène des sueurs odorantes, pour ainsi dire essentielles, et celui de Bromidrose s’applique aux sueurs fétides, particulièrement a celles des pieds. (Audry.)