‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome second. Reactions cutanéesChapitre 54 sur 183 · C. — GLOSSALGIE. GLOSSODYNIE · texte numérisé non relu

C. — GLOSSALGIE. GLOSSODYNIE

On désigne sous le nom générique de glossalgie tous les phénomènes douloureux qui se produisent sans lésion apparente du côté de la langue. On doit y faire rentrer le rhumatisme musculaire de la langue, les névralgies linguales à types ordinaires, affections pour l’étude desquelles nous renvoyons aux ouvrages de neuropathologie, et enfin la variété de névralgie linguale que Verneuil a décrite sous le nom d 'ulcérations imaginaires de la langue, et que l’on pourrait, ce nous semble, appeler glossodynie on glossalgie essentielle circonscrite.

Elle est en effet surtout caractérisée par de violentes douleurs localisées en un point fixe de la langue, de telle sorte qu’elle donne au malade l’illusion d’une ulcération ou d’une tumeur sans qu’il y ait la moindre lésion matérielle appréciable. C’est elle que nous allons rapidement étudier dans cet article. En somme ce n’est qu’une variété ou pour mieux dire qu’une localisation de la dermalgie.

Symptômes. — La glossodynie est, comme nous venons de le dire, essentiellement caractérisée par la fixité du point douloureux, lequel est le plus souvent situé vers le bord de l’organe, à la hauteur de la partie antérieure du V lingual, en avant de la jonction du bord de lalangue avec le pilier antérieur, dans la région dite foliée. Le malade y éprouve, soit d’une façon intermittente, et par paroxysmes avec

GLOSSALGÏE. GLOSSODYNIE

intervalles de repos complet, soit d’une manière continue avec des crises d’exaspération, une douleur aigue, lancinante, poignante, dilacérante, qui devient rapidement insupportable. Elle peut s’irradier autour du point central dans la moitié correspondante de l’organe. Elle s’exaspère souvent sous l’influence de la mastication, de la parole, des divers mouvements. Elle persiste presque toujours avec la plus grande ténacité pendant des mois ou pendant des années.

L’exploration directe de la langue montre qu’elle est lisse, souple, qu’elle ne présente ni ulcération, ni induration, ni tumeur, soit a la vue, soit au toucliei. Le goût et la sensibilité tactile sont normaux. Par contre, une papille un peu hypertrophiée, un sillon de la langue un peu accusé situés vers le loyer de la douleur suffisent pour convaincre le malade de l’existence d’une ulcération, souvent même d’un cancer pour lequel il vient consulter le médecin : c’est là en effet une des causes les plus fréquentes de la phobie du cancer de la langue, phobie îelativement fréquente et que connaissent bien tous les praticiens.

D’ailleurs il existe assez souvent au siège de la douleur un peu d’hypertrophie des papilles fungiformes et surtout filiformes; parfois on y voit des petits points d’un rouge vif, d’aspect déprimé ; les veines de la langue sont souvent dilatées.

Le pronostic est sérieux en ce sens que la maladie, tout en suivant une maiclie irrrégulière, peut durer fort longtemps, et que les moyens thérapeutiques connus n’ont pas toute l’efficacité désirable.

Étiologie. — La «lossodynie s’observe surtout chez les auto-intoxiqués névropathes, souvent chez les candidats au tahes, à 1 hypochondrie, a la paialysie générale, à d’autres maladies graves du système nerveux, et, d’après M. le professeur Hardy, chez d’anciens syphilitiques qui ont pris beaucoup de mercure. On a aussi incriminé le tabac, les appareils prothétiques, les dents cariées, etc... « C’est en réalité un syndrome névralgique qui serait 1 expression tantôt d une maladie du système nerveux central, tantôt de lésions nerveuses périphériques, et le plus souvent d’altérations complexes imputables à cette double origine. » (Bénard.)

Traitement. — Le médecin doit surtout faire un traitement moral. Il démontrera au malade qu’il ne présente à l’endroit douloureux ni lésion syphilitique, ni ulcère, ni cancer. Il le rassurera ; il lui fera comprendre que, si 1 affection dont il est atteint est ennuyeuse, elle n’a et ne saurait jamais avoir la moindie giavite. Il airive paifois que le sujet se laisse convaincre, qu’il retrouve un peu de calme, qu’il prête moins d’attention à ses douleurs, qu’il les étudie moins, et par suite qu il les diminue.

On soignera, s’il y a lieu, 1 estomac et 1 intestin . on regulariseia les gaide-iobcs. On surveillera les éliminations rénales.

S’il est goutteux on instituera une médication générale appropriée : nous croyons que dans ce cas la quinine peut rendre des services. Hardy recommande l’arsenic.

Il sera bon de calmer par tous les moyens possibles le système nerveux.

A. Fournier a fait connaître les bons effets que l’on pouvait retirer des bromures donnés à hautes doses (6 à 8 grammes de bromure de potassium par jour).

L’iodure de potassium et le mercure n’ont par contre pour ainsi dire jamais réussi. Il semble parfois qu’ils aggravent les symptômes, même chez les anciens

syphilitiques.

Comme médicaments nettement antinévralgiques on a recommandé l’acomtine ; c’est en effet une substance des plus efficaces, mais nous n’avons pas à insister ici sur les dangers et les difficultés de son administration. A côté d’elle, mentionnons l’antipyrine, l’exalgine, l’aspirine, le pyramidon, etc...

Au point de vue local, on interdira l’usage du tabac, du café, du thé, de tous les aliments irritants, trop chauds, trop froids, trop sucrés, trop épicés. On exigera du malade des soins minutieux de propreté de la bouche. On fera arranger les dents, arracher toutes les racines cariées, on supprimera les appareils prothétiques.

On prescrira des lotions fréquentes avec des préparations émollientes, eau d’orge, de guimauve, de pavots, etc..., pures ou additionnées soit de borate de soude, soit de bicarbonate de soude au 1/100, au 1/250, ou au 1/500.

Sur le point douloureux on pourra faire des badigeonnages avec de la glycérine phéniquée (Hardy), avec du menthol, avec des solutions cocaïnées fortes.

Dans les cas rebelles on a conseillé de faire : 1° des injections de morphine dans la langue, mais il faut alors procéder avec la plus grande prudence, car l’intoxication morphinique se produit dans ces cas avec beaucoup de facilité ; 2° la faradisation ou la galvanisation du nerf lingual, en plaçant le pôle positif sur le côté delà langue et le pôle négatif sur le cou ou derrière l’oreille ; 3° la section du lingual qui peut donner une amélioration de quelques jours, parfois d’un mois, rarement de deux mois, et après laquelle il se produit presque sûrement une récidive ; 4° l’excision du nerf ; 5° son élongation ; 6° enfin des cautérisations assez profondes de la langue, faites à l’endroit douloureux avec une fine pointe de galvanocautère ; cette dernière intervention, à laquelle nous nous rallions pleinement pour notre part, nous paraît tout à fait indiquée quand il y a quelque papille dénudée ou hypertrophiée au voisinage du point douloureux ; en la détruisant avec le galvanocautère on supprime peut-être une cause occasionnelle de la glossodynie, mais surtout on tranquillise le malade sanslui faire courir le moindre danger.

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