‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome second. Reactions cutanéesChapitre 58 sur 183 · MAL PERFORANT · texte numérisé non relu

MAL PERFORANT

Étiologie. — C’est une affection de la race nègre : elle s’observe au Brésil, et en Afrique sur la côte de Guinée. On l’a constatée en ITindoustan, à Madagascar, en Nouvelle-Calédonie, en Syrie (de Brun). Ce dernier auteur croit qu’ell^peut atteindre la race sémite.

Ce sont d’ordinaire des adultes qui en sont affectés; cependant les deux malades de de Brun étaient des fdlettes : ces deux cas nous paraissent un peu discutables.

Diagnostic. — L’aïnhum doit être distingué des amputations congénitales : en effet l’aïnhum ne siège qu’aux orteils, tandis que les amputations congénitales se font indistinctement à un niveau quelconque des membres supérieurs ou inférieurs. L’aïnhum est une maladie des pays chauds et d’individus bien conformés, tandis que les amputations congénitales sont de tous les pays et coïncident avec d’autres anomalies.

Les sclérodermies annulaires s’en distinguent par leurs localisations aux avant-bras, aux doigts des mains, beaucoup plus souvent à la jambe : elles n’ont pas la même évolution que l’aïnhnm, car elles n’aboutissent jamais à la section du membre, presque toujours au contraire elles arrivent h guérir en laissant des dépressions et des atrophies.

La lèpre mutilante diffère de l’aïnhum par ses troubles sensitifs, ses localisations aux doigts des mains et des pieds, l’atrophie des muscles thénar et liypothénar, les nodosités et l’épaississement des troncs nerveux, la présence du bacille de Hansen dans les taches cutanées ou dans les nerfs, etc...

Traitement. — Tout au début de l’aïnhum on peut essayer de faire des sections profondes perpendiculaires à la direction du sillon pour en opérer le débridement (da Silva Lima). Plus tard, lorsque la transformation fibreuse du pédicule est effectuée, il n’y a plus qu’à pratiquer l’amputation de l’orteil.

E. — PANARIS ANALGÉSIQUE OU PARÉSIE ANALGÉSIQUE A PANARIS DES EXTRÉMITÉS SUPÉRIEURES, OU MALADIE DE MORVAN

Cette affection bizarre est surtout connue à l’heure actuelle sous le nom de maladie de Morvan, du nom de l’auteur qui l’a le premier décrite. Elle est caractérisée par des douleurs névralgiques survenant par accès, par des phénomènes de parésie, d’anesthésie et d’analgésie, puis par des lésions cutanées profondes, consistant en exulcérations, phlyctènes, gerçures de la face palmaire des mains et des doigts, et surtout en production d’un ou de plusieurs panaris avec nécrose des phalanges. Elle a de grandes analogies avec la syringomyélie (voir ce mot); quelques auteurs ont voulu identifier ces deux affections. D’autres en on fait une lèpre larvée, et c’est cette dernière opinion qui semble prévaloir à l’heure actuelle. En tout cas, elle semble être en relation avec des lésions médullaires et des déformations osseuses. Elle est entièrement du domaine de la médecine et de la chirurgie générales.

F. — MAL PEREORANT

C’est Vésigné (d’Abbeville) qui a décrit le premier le mal perforant ; mais c’est Nélaton qui en a fait la première étude complète et précise.

Brocq. — Dermatologie. II.

Nous serons des plus brefs à propos de cette affection que l’on considère comme étant dn domaine de la chirurgie.

Étiologie: Pathogénie. — Elle s’observe chez l’adulte et le vieillard; elle est beaucoup plus fréquente chez l’homme que chez la femme. La station prolongée, les longues marches y prédisposent. L’alcoolisme et les intoxications professionnelles, le diabète, semblent jouer un certain rôle dans son développement. Mais elle est surtout la conséquence de certaines maladies nerveuses, et en particulier de l’ataxie locomotrice. Elle survient aussi dans la paralysie générale, la maladie de Friedreich, la paralysie infantile, la syringomyélie, la lèpre, etc...

Il est admis à l’heure actuelle qu’elle est consécutive à une névrite.

Symptômes. — Le mal perforant peut se localiser au pied, a la main et à la

bouche. Les sièges d’élection sont les ré tarsien, vers celle du cinquième métatarsien et vers le talon. Mais il peut aussi se développer à la partie saillante

gions situées vers la tête du premier méta-

Fig. 344. — Maux perforants plantaires géants et symétriques.

Fig. 345. — Maux perforants plantaires.

d’un orteil en marteau, à la face externe de l’articulation métatarso-phalangienne du premier orteil quand il est dévié, en un mot aux divers points des extrémités qui sont soumis à des pressions.

Il débute par un durillon qui devient douloureux à la suite de la marche, ou par une phlyctène. L’épiderme ne tarde pas à se perforer, puis il se reforme tout en restant douloureux; une nouvelle phlyctène se produit, et ainsi de suite, et peu à peu la peau sous-jacente s’ulcère. Parfois aussi il se fait tout d’abord une petite escarre : elle se détache et l’ulcère est constitué.

C’est une ulcération arrondie ou ovalaire, parfois irrégulière. Les bords sont épaissis, hyperkératosiques, taillés à pic : le fond est saignant, fongueux, irrégulier, recouvert de pus sanieux ou de croiites verdâtres ou noirâtres. Il existe souvent des décollements sous-épidermiques très anfractueux.

L’ulcération peut gagner en profondeur, atteindre les tendons, leurs gaines, les os, les articulations.

PHLYCTÉNOSE RÉCIDIVANTE DES EXTRÉMITÉS

Elle est complètement insensible, et parfois même cette anesthésie s’étend assez loin tout autour de la plaie.

Des troubles trophiques peuvent coexister : ce sont (d’après G. Achard et L. Lévi) des desquamations, de l’érythème, de l’eczéma, des lésions unguéales, des œdèmes durs du tissu sous-cutané, etc... (Voir les ouvrages spéciaux pour plus de détails, et pour le mal perforant buccal la thèse de Baudet (1898), les travaux de Manoha, de Guillain, de Capdepont et Rodier, etc...)

Traitement. — On doit avant tout tenir le malade couché, au repos absolu, et essayer des pansements simples. S’ils échouent, on curette les bords et les fongosités du fond. On résèque les séquestres. Enfin on peut pratiquer l’élongation du nerf.

G. — PHLYCTÉNOSE RÉCIDIVANTE DES EXTRÉMITÉS

(. Acrodermatites continues) .

Ch. Audry a donné, en 1901, le nom de phlycténose récidivante des extrémités à une affection antérieurement signalée et décrite en 1890 par Hallopeau, qui l’avait appelée acrodermatite continue. (Voir en outre les travaux récents de Carie (1902), de Bodin, Annales de Dermat., 1903.)

Audry en distingue trois formes : 1° type; 2° fruste; 3° maligne.

« 1° Forme type. — La maladie est caractérisée par la production incessante et indéfinie de phlyctènes purulentes qui se développent dans l’épaisseur de l’épiderme des extrémités digitales, plus rarement sur les orteils. Ces phlyctènes arrondies se terminent par la chute de leur couvercle épidermique qui laisse des surfaces érosives et suintantes, jamais ulcérées.

« Habituellement la lésion débute dans la rainure péri-unguéale, et, pendant les premiers temps, elle affecte tout à fait les allures d’une tourniole vulgaire. Au bout d’un certain temps, le même processus, c’est-à-dire la production de phlyctènes purulentes intra-épidermiques, s’étend à une partie des paumes des mains ou des plantes des pieds. Jamais dans cette forme la maladie ne dépasse les extrémités; mais elle gagne successivement tous les doigts.

« Les phénomènes subjectifs- sont variables; cependant il existe presque constamment du prurit ou de vives douleurs locales ou irradiées dans les bras. L’affection persiste pendant un nombre d’années illimité, avec des alternatives d’amélioration et d’aggravation ; mais elle ne guérit jamais. Au bout d’un certain temps, un ou plusieurs ongles tombent, en tout ou en partie, d’une manière définitive, et les extrémités des doigts se transforment en moignons lisses et ratatinés sur lesquels apparaissent encore des phlyctènes purulentes.

« L’étiologie est entièrement indéterminée. La maladie frappe indifféremment les deux sexes et débute à n’importe quel âge.

« 2° Formes frustes. — Elles comprennent quelques cas où l’on a vu des individus, hommes ou femmes adultes, offrir sur un ou plusieurs doigts de la main, ou sur un seul côté d’un seul doigt, des éruptions tantôt vésiculeuses, tantôt phlycténulaires et purulentes comme dans la variété type; les ongles sont respectés; il n’y a guère comme symptôme subjectif que du prurit. Aucune atrophie, aucun trouble de la sensibilité, aucune anomalie n’est notée dans l’état général. La maladie est indéfiniment récidivante.

« 3° Forme maligne progressive. — Elle est représentée par un seul cas de Frêche- Hallopeau. Après être restée trois ou quatre ans fidèle à son type ordinaire, la maladie affecta une extension progressive tout à fait maligne; le tégument se couvrit de phlyctènes purulentes, érosives, plus ou moins comparables aux lésions de l’impétigo herpétiforme, et le malade finit par succomber dans le marasme. » (Audry, Pratique Dermat ., t. III, p. 843-844.)

Chez ce malade il existait de la névrite, légère dans le cubital, intense sur un collatéral d’un orteil.

« Nous ne savons rien de précis sur l’origine de la maladie. Provisoirement, on peut la considérer comme le résultat d’une névrite périphérique entraînant des altérations trophiques de l’épiderme auxquelles s’associent des troubles infectieux causés par des microbes variables. » (Audry, loc. cit.)

Carie a publié, le 11 avril 1904, à la Société de Dermatologie, un cas de phiycténose récidivante qui coexistait avec une dermatite polymorphe douloureuse, et, en se fondant sur l’analyse rigoureuse des faits déjà publiés, il pense que cette coexistence de la phlycténose récidivante avec des symptômes de dermatite polymorphe douloureuse est loin d’être rare. Il croit qu’il est rationnel de rattacher cette petite affection à la vaste classe des dermatites polymorphes.

Nous n'avons observé que des formes frustes de cette affection. Elles nous ont paru être constituées par une infection stieptococcique et staphylococcique périunguéale, sous-unguéale, rétro-unguéale, avec envahissement lent et progressif, sous-épidermique, des régions voisines du doigt, création par ce processus d’un locus minoris resistentiæ sur lequel viennent se faire des poussées d’eczéma. Des pansements propres rigoureux avec ouverture des phlyctènes et des vésicules, et des badigeons répétés avec des solutions de nitrate d’argent au l/oO, ou au bleu de méthylène au 1/250 avec pansements simples à la pâte de zinc et enveloppements, nous ont donné des résultats : il nous a semblé en outre qu’il était utile de faire de temps en temps des applications de pommades énergiques au minium et au cinabre, ou bien au camphre, soufre et goudron, ou bien à l’huile de cade.

Hallopeau a recommandé des applications permanentes de compresses imbibées d’eau oxygénée à 12 volumes, étendue de 2 parties d’eau bouillie. En dernier lieu, il a reconnu que la radiothérapie semblait modifier très heureusement Révolution de cette dermatose. (Voir, sur ce dernier point, les publications d’Hallopeau et Gastou, de Danlos 1.)

//. — PEMPHIGUS TRAUMATIQUE 2

Définition et historique. — Nous désignons sous ce nom générique toute une série de faits qui ont été décrits sous des noms divers. D’après nous ils doivent être divisés en deux catégories.

1 11 nous est impossible de préciser ce que sont les faits décrits sous le nom de Phlycténose récidivante des extrémités. D’après ce que nous venons de dire, on voit que nous n'en avons pas observé de formes typiques. Nous devons donc provisoirement nous en tenir à l’opinion des auteurs précédents, et relier ce type morbide soit aux trophonévroses, soit aux dermatites polymorphes douloureuses.

2 Voir notre article de la Pratique dermatologique dont nous donnons ici le résumé et les deux travaux récents suivants: P. L. Bosellini: Sopra la epidermolisi bollosa ereditaria (Dermo epidermolisi), Giornale liai, delle malatiie V en. e délia pelle, 1906, p. 183-216; — et Mm0 E. Grandjean-Bayard: Étude sur le pemphigus congénital à kystes épidermiques. Thèse de Paris , 1906.

PEMPHIGUS TRAUMATIQUE

A. Dans l’une, il s’agit de sujets, d’ailleurs bien portants en apparence, qui ont naturellement dès leur naissance une prédisposition toute spéciale à voir se développer des bulles aux points du corps soumis à des pressions, à des frottements, et cela surtout pendant les chaleurs. Cette prédisposition semble être héréditaire et familiale. D’ailleurs elle n’entraîne, le plus souvent, aucune conséquence fâcheuse; elle constitue simplement une gêne, parfois une sérieuse entrave à la marche. Les bulles guérissent sans laisser la moindre cicatrice.

Cette affection, qu’on ose à peine traiter de maladie, a été surtout étudiée en Allemagne. C’est Goldscheider 1 qui, en 1882, en a donné la première description sous le nom de Heredüdre Neigung zur Blasenbildung , c’est-à-dire de tendance héréditaire à la formation de bulles, et d’ Acantholysis bullosci.

C’est Yépidermolyse bulle use héréditaire de 11. Kôbner, la tendance héréditaire à la formation de bulles sous V influence d'un traumatisme de Blumer.

B. Dans la deuxième catégorie de faits, il s’agit de dermatoses caractérisées par des productions de bulles incessantes quoique avec de nombreux intervalles de repos; elles se font toujours aux mêmes régions, — surtout aux points qui sont soumis à des pressions ou à des traumatismes, — mais peu à peu les téguments s’altèrent à ce niveau, prenant de plus en plus l’aspect cicatriciel, et dès lors il s’y forme des kystes épidermiques comme c’est la règle dans les dermatites polymor¬

phes douloureuses circonscrites à tendances cicatricielles et dans beaucoup d’autres dermatoses évoluant vers la cicatrice. La grande caractéristique de cette autre variété de bulles d’origine congénitale est donc la tendance à la formation de cicatrices, ce qui donne à l’affection une physionomie assez spéciale de troubles trophiques.

Les premiers faits Connus de cette variété sont dus à YVickham Legg, qui en a publié deux cas, en 1883, sous le nom de Pemphigus congénital .persistant. E. Vidal la décrivit en 1889, sous le nom de Lésions trophiques d'origine congénitale à marche progressive, et nous-même, en 1890, sous le nom de Pemphigus successif à kystes épidermiqiœs .

Il existe entre ces deux formes de nombreuses analogies et de fréquents laits de passage ; aussi certains auteurs ont-ils pu en faire une seule et même atfection. Telle est l’opinion d’Hallopeau et de Wallace Beatty.

A . Pemphigus héréditaire traumatique simple .

Symptômes. — Sous l’influence d’une irritation mécanique quelconque, pression,

frottement, marche, souvent même contact d’un instrument comme celui d une aiguille à tricoter, d’un vêtement un peu serré comme les bottines, les jarretières, le corset, le faux col, le ceinturon, les bretelles, etc., les couches superficielles de

l’épiderme se soulèvent et sont détachées des couches profondes par de la sérosité

transparente ; en un mot, il se forme une phlyctène ou, pour mieux dire, une ampoule.

Assez souvent, ce n’est que vers le printemps, et surtout en été, que les malades souffrent de cette infirmité qui siège alors au talon, à la partie inférieure du pied

et au niveau des orteils après la moindre marche.

Ces bulles sont transparentes; leur contenu est séreux, un peu jaunâtre et alcalin; il se trouble légèrement par l’ébullition et l’acide nitrique. Elles sont bien tendues, plus rarement flasques. Leurs dimensions varient de celles d’un pois à celles d’une noix et même davantage. Elles sont rarement hémorragiques ; elles peuvent devenir séro-purulentes, surtout si elles se rompent et si elles s’infectent

secondairement. D’ordinaire, si les malades prennent quelques précautions, elles se résorbent peu à peu, s’affaissent, se dessèchent et disparaissent en quelques jours; l’épiderme décollé se détache et tombe en laissant au-dessous de lui un épiderme nouveau reformé, sans cicatrices.

Leurs sièges de prédilection sont toutes les surfaces qui sont exposées à des pressions, orteils, plante du pied, talon, paumes des mains et face palmaire des doigts, poignets, coudes, épaules, ischions, fesses, genoux, cou, muqueuse buccale, œsophage, etc. Tous les téguments en un point quelconque du corps peuvent présenter cette lésion, pourvu qu’ils soient soumis à un traumatisme suffisant.

Il est assez fréquent de voir cette prédisposition congénitale à la formation de bull es devenir de moins en moins marquée à mesure que le sujet avance en âge.

Les sensations douloureuses qui accompagnent la formation de ces phlyctènes sont éminemment variables selon les cas. Presque toujours elles sont nulles ou à peu près nulles. L’hyperidrose semble favoriser la production de ces soulèvements épidermiques (Grünfeld).

D’après Blumer, ils se développent en quelques minutes, en une demi-heure, en une heure, après une friction douce de la peau.

La plupart des malades qui sont atteints de cette affection présentent des ongles secs, cassants ou même mal formés.

Anatomie pathologique. — L’examen des bulles a été très complètement fait par Blumer.

Le décollement des couches superficielles de l’épiderme se produit d’ordinaire au niveau de la partie supérieure du corps muqueux; il est rare que les prolongements interpapillaires soient intéressés.

La paroi supérieure de la bulle est formée par la couche cornée, par le stratum granulosum et par un nombre variable de couches cellulaires du corps muqueux; de sa face profonde se détachent des franges épidermiques ou des conduits de glandes sudoripares.

La paroi inférieure comprend une sorte de détritus reposant sur les cellules du corps muqueux qui recouvrent les papilles.

F. Engman et W.-H. Mook ont trouvé après Stanislawski une disparition totale ou presque totale du tissu élastique au niveau des couches papillaires ou souspapillaires du derme; et ils font jouer à cette importante altération un rôle considérable dans la pathogénie des bulles. ( The Journal of Cutané ous diseases, fév. 1906, p. 55).

La réparation se fait tout simplement par reconstitution graduelle de la couche cornée.

Étiologie. Pathogénie. — Nous ne reviendrons pas ici sur tout ce que nous avons dit sur l’influence prépondérante du traumatisme.

Le fait majeur qui domine l’histoire de cette affection, c’est l’hérédité de cette prédisposition à la formation des bulles. C’est une sorte de malformation familiale : mais elle n’est pas fatale pour tous les membres de la famille. On peut en constater l’existence à la fois chez plusieurs frères et sœurs, avec une prédominance marquée pour le sexe masculin, et cela pendant plusieurs générations successives.

Comme nous l’avons déjà dit, dans la plupart des cas ce curieux phénomène se produit surtout pendant la saison chaude, du printemps à l’automne; il manque ou n’est que fort peu marqué pendant l’hiver.

PEMPHIGUS TRAUMATIQUE

On a proposé beaucoup de théories pour expliquer la pathogénie de ces accidents. Ce qui nous paraît être le plus simple, c’est d’admettre une malformation héréditaire des téguments, telle que l’adhérence des couches superficielles de l’épiderme est diminuée.

Traitement. — On ne connaît bien évidemment aucune médication efficace. On ne peut que conseiller aux personnes qui sont atteintes de cette infirmité d’éviter tout frottement, toute pression forte, tout traumatisme dans la mesure du possible.

Elles ne doivent manger que des aliments divisés d’avance et réduits en palpe. En été, elles doivent éviter la marche autant quelles le peuvent.

On leur donnera des préparations toniques et vaso-motrices, comme les préparations de fer, et surtout le quinquina, la quinine, l’ergotine.

Localement il faut recommander des lotions astringentes au tanin, à l’eau de feuille de noyer, à l’alun, des applications de tannoforme, etc. Ce ne sont là que des indications théoriques qui n’ont été sanctionnées par aucun résultat pratique réel.

B. Pemphigus congénital à tendances cicatricielles (pemphigus successif à kystes épidermiques).

Il semble résulter d’observations indiscutables que le type morbide que nous allons décrire comme congénital peut se développer dans la seconde enfance, pendant l’adolescence et même chez l’adulte.

Symptômes. — Les bulles se montrent dès la naissance ou dès les premiers mois de la vie. Elles peuvent être tout d’abord fort nombreuses, même généralisées à toute l’étendue des téguments, plus souvent elles se circonscrivent en quelques régions du corps. Presque toujours même, lorsqu’elles ont été tout d’abord généralisées, elles finissent par prendre ce dernier caractère.

Elles sont alors surtout localisées aux extrémités, aux mains, à leur face dorsale, aux pieds, aux talons, au pavillon de l’oreille, plus rarement sur les membres, quoiqu’elles soient fréquentes aux genoux et aux coudes, enfin à la muqueuse linguale et buccale, peut-être aux fosses nasales et au rectum.

Elles se développent avec rapidité, sans cause appréciable, le plus souvent sans souffrances, parfois avec des sensations de brûlure ou de cuisson L

Elles sont bien tendues, transparentes ou hémorragiques dès leur apparition; elles sont presque toujours fort irrégulières comme si elles résultaient de la confluence de plusieurs bulles voisines. Elles peuvent se troubler et même suppurer. Le plus souvent elles se dessèchent peu à peu par résorption : il se forme une mince croûtelle ou une squame qui se détache en laissant un épiderme reformé; puis, au bout d’un laps de temps variable, tout le cycle recommence. D’après Bettmann, le liquide des bulles est alcalin : il ne contient que quelques rares cellules

éosinophiles et pas de micro-organismes.

Ce qui fait l’individualité de ce type morbide, c’est que peu à peu les régions sur lesquelles se produisent habituellement les bulles subissent un processus de cicatrice d’abord superficiel, puis de plus en plus profond. Le derme reste rouge, plus ou moins pigmenté; il s’amincit peu à peu, arrive jusqu’à l’état de pelure d’oignon,

1 Ces faits sont alors extrêmement voisins de certaines formes circonscrites, avec production de cicatrices et de kystes épidermiques, des dermatites polymorphes douloureuses.

et, il s’y forme avec une assez grande abondance de petits kystes épidermiques blancs, ou un peu jaunâtres, analogues à des grains de milium, de la grosseur d’une petite ou d une moyenne tête d’épingle, ressemblant au premier abord à de toutes petites pustules ou à des perles. Quand on déchire l’épiderme, on voit que ces points sont constitués par une matière blanchâtre solide, épidermique et sébacée.

Ces atrophies cicatricielles du derme s’observent surtout aux pieds, à la plante, au talon, aux poignets, mais elles atteignent leur maximum aux coudes et aux genoux : la peau y est amincie, tendue, d’un rouge sombre ou d’un blanc mat; l’épiderme y est plissé, comme froissé. Parfois, comme dans un cas d’Hallopeau, les cicatrices sont saillantes, gaufrées, chéloïdiennes, d’apparence ortiée, fort étendues.

Nous avons vu dans un cas où la muqueuse nasale était atteinte, survenir assez fréquemment des épistaxis. Bettmann a signalé, outre les épistaxis, des hémorragies rectales. Cette tendance aux légères hémorragies au niveau des bulles semble être assez fréquente dans cette affection.

La peau des malades est sèche, xérodermique, parfois même ichtyosique ; elle présente de la kératose pilaire.

On peut en outre observer dans ces cas des troubles trophiques de nature variée, des dystrophies unguéales diverses et mal caractérisées, de la leucoplasie (Bettmann).

Marche. Évolution. — Il semble que dans cette forme morbide, la tendance à la production des bulles diminue sensiblement à mesure que le sujet avance en âge. Peu a peu les bulles se circonscrivent de plus en plus : elles peuvent même cesser de se produire, et la maladie n’est plus alors caractérisée que par les plaques cicatricielles que nous avons décrites : mais elle offre aussi parfois une tendance désespérante à la production de bulles nouvelles : c’est une sorte de pemphigus successif permanent, parfois solitaire.

Anatomie pathologique, — D’après Bettman, les bulles se forment dans le corps muqueux : il ne peut dire si l’épiderme est tout d’abord complètement séparé- du corps papillaire. Elles renferment de 6 à 8 p. 100 de cellules éosinophiles. (Voir plus haut les recherches de F. Engman et W.-H. Mook : Journal of Cul. dis., fév. 1906.)

D’après Darier qui a étudié un des malades d’Hallopeau, le corps papillaire disparaît; un tissu de cicatrice se développe dans le derme, de petits amas de cellules lymphoïdes s’infiltrent dans ses mailles; les capillaires sont abondants.

« Les kystes miliaires sont limités par la couche malpighienne à laquelle succèdent, comme dans l’épiderme normal, une couche granuleuse peu riche en éléidine, une couche lucide et une couche cornée. La cavité du kyste est exclusivement remplie de couches concentriques de cellules cornées. Des coupes transversales montrent que ces kystes présentent, dans leur partie profonde, un prolongement épidermique, comme une queue, dans lequel il est facile de reconnaître le conduit excréteur d'une glande sudoripare.

« Il résulte de ces faits qu’il s’est développé secondairement, en pareil cas, un processus phlegmasique, et que les nodules miliaires sont constitués par des conduits sudoripares momentanément oblitérés. » (Hallopeau, d’après Darier.)

Diagnostic. — Le diagnostic du Pemphigus héréditaire traumatique simple s’impose. Il n’est pas nécessaire de l’exposer ou de le discuter.

PELADE

Il en est autrement du Pemphigus congénital à tendances cicatricielles, et il

conviendrait de discuter les relations de ce type morbide .

Avec les faits qui ont été étiquetés dermatite polymorphe douloureuse circonscrite avec cicatrices consécutives et kystes épidermiques et qui en diffèrent par les phénomènes douloureux intenses éprouvés par les malades, par la non-congé-

nitalité, etc...1?

Avec le pemphigus solitaire et successif des anciens auteurs?

Avec les faits qui ont été publiés ça et là sous des noms divers, ichtyose congénitale, ichty ose congénitale avec bulles, pemphigus foliacé congénital, érythrodermie congénitale ichtyosiforme avec hyperépidermotrophie, etc...?

Traitement — Le traitement du pemphigus congénitalà tendances cicatricielles est inconnu. On s’inspirera en présence d’un cas de cette allection des règles que nous avons posées à propos du pemphigus traumatique simple d’une part au point de vue de la médication générale, et à propos des dermatites polymorphes douloureuses d’autre part au point de vue pansement local.

I ALOPÉCIES tenant a une affection du système nerveux

Ce groupe que nous croyons nécessaire d’établir, est encore mal défini, et ses limites sont on ne peut plus indécises.

Le type de l’alopécie nerveuse est l’alopécie qui se produit dans certains cas, a la suite de la blessure ou de la section d’un nerf. Le cuir chevelu est lisse, ivoiiin,

totalement glabre comme dans les pelades.

II est évident que nombre d’affections générales graves agissent sur le système pileux par l’intermédiaire du système nerveux ; telle est la maladie de Basedow, dans laquelle on a observé l’alopécie totale. (Voir Jacquet : Pelade par piojectiles

intracrâniens; Soc. de dermat., mars 1906.)

Il est possible que certaines affections locales du cuir chevelu qui s’accompagnent d’alopécie, comme la sclérodermie, certaines pelades, reconnaissent pour origine première des lésions nerveuses.

Mais, en somme, nous ne pouvons rien dire de précis, et ce chapitie, que 1 on soupçonne important, réclame des recherches nouvelles.

Dans l’état actuel de la science nous nous croyons autorisés à annexer provisoirement la pelade à ce groupe morbide.

PELADES

Définition. — En France, les dermatologistes donnent le nom de pelade à des alopécies à marche habituellement rapide, le plus souvent circonscrites au cuii chevelu et à la barbe sous forme de plaques parfaitement glabres, arrondies ou ovalaires, plus ou moins larges et nombreuses suivant les cas, au niveau desquelles le cuir chevelu est blanc, lisse, parfois comme déprimé et décoloré ; mais il peut se produire aussi une chute totale ou presque totale des cheveux et des poils des régions velues du corps. C’est Yalopecia areata des pays étrangers.

Historique — L’histoire de la pelade est l’une des plus curieuses de la pathologie au point de vue de la fluctuation des opinions régnantes sur sa nature et sa pathoo-énie. Il est probable que cette affection était connue des anciens : Celse en a décrit

la forme habituelle sous le nom d’ alopécie, et, sous le nom d ’ophiasis, il en a précisé une forme spéciale qui s’observe beaucoup chez les enfants. Mais la pelade ne commença à être véritablement étudiée qu’avec Bateman. Bazin, en attribuant à cette affection comme champignon pathogène le microsporon Audouini décrit par Gruby, créa la théorie parasitaire, et en ht une variété de teigne.

Mais peu à peu on discuta le bien fondé de cette opinion ; on démontra que les cas vraiment dignes du nom de pelade ne renfermaient pas de champignons pathogènes, et en Allemagne Bœrensprung et Hebra émirent la théorie trophoneurotique. Elle fut rapidement adoptée en France par de nombreux auteurs parmi lesquels il n’est que juste de citer au premier rang Horand de Lyon. Vers 1875-1880 personne ne croyait plus en France à la nature parasitaire et contagieuse de la pelade.

Ce fut alors que de nouveaux faits cliniques vinrent troubler la quiétude de certains dermatologistes de notre pays. On publia des cas de contagion; on protesta contre la libre admission des peladiques aux écoles, et ce mouvement de réaction aboutit au magistral rapport sur la pelade présenté en 1888 à l’Académie de médecine par E. Besnier. Cependant contagionnistes et anticontagionnistes couchaient encore sur leurs positions, quand parurent en 1897 les retentissantes recherches de Sabouraud concluant à l’origine microbienne de la pelade. Le public médical fut vivement ému, et les mesures de restriction contre les peladiques sévèrement exécutées. Mais la plupart des dermatologistes français n’hésitèrent pas à protester contre les conclusions du brillant mycologiste. Ce nouveau mouvement de réaction a pris un corps définitif avec les travaux récents de Jacquet qui constituent une nouvelle et très scientifique contribution à la théorie trophoneurotique. Actuellement encore ce sujet n’est nullement épuisé. Les partisans des deux théories restent en présence : on a cependant la sensation nette que la théorie parasitaire a perdu et perd encore énormément de terrain.

Il est profondément regrettable que l’on ne puisse pas arriver à une entente définitive; car cette question de la contagiosité ou de la non-contagiosité de la pelade est une véritable question sociale d’une importance pratique considérable. De nombreux peladiques sont journellement exclus des écoles et des services publics comme contagieux, alors que tout porte à croire que les faits de contagion, s’ils existent, sont extrêmement rares. Nous disons, s’ils existent, pour observer dans un ouvrage didactique comme celui-ci la plus stricte impartialité : mais nous devons ajouter que, depuis que nous les avons recherchés avec enquête précise et minutieuse, nous n’en avons pas constaté un seul, et, pour notre part, nous sommes convaincus de la non-contagiosité de la forme morbide à laquelle on donne le nom de pelade vulgaire L

Symptômes. — Forme vulgaire ( pelade en aires circonscrites).

Mode de début. — Dans l’immense majorité des cas le début de la pelade est insidieux : ce n’est qu’accidentellement, en faisant sa toilette devant une glace, la femme en se faisant coiffer, l’homme en allant se faire couper les cheveux, qu’on s’aperçoit de l’existence d’une plaque dénudée sur le cuir chevelu. Parfois cependant le malade se souvient d’avoir eu vers la région qui sera atteinte quelques

1 Nous avons fait nommer en 1904 à la Société française de dermatologie une commission chargée d’examiner de près les faits de contagion et d’épidémie de pelade nouveaux qui seraient publiés, et d’établir leur bien ou leur mal fondé. Jusqu’ici aucun fait probant pour la théorie parasitaire n’a été apporté.

PELADE

sensations de prurit, de fourmillements, d’engourdissement, de chaud ou de froid, de sensibilité anormale : c’est la cryesthésie prépeladique de Jacquet. Le même auteur a signalé la fréquence dans la phase de début de céphalées, de névralgies, de fluxions dentaires.

Période délai. — Dès que l’affection est constituée, les cheveux deviennent ternes et secs, ils s’amincissent à leur point d’émergence; leur bulbe s’atrophie. Suivant l’expression si vraie d'E. Besnier, ils sont en quelque sorte sidérés et cadavérisés i ils tombent dès lors, ou cassent a 1 ou 2 millimétrés de Icul point d’émergence soit spontanément, soit sous la moindre traction.

La plaque de pelade est caractérisée par ce fait que la chute des cheveux s’est produite ou semble s’être produite assez rapidement, en quelques jours, plus rarement en quinze ou vingt jours, sur un point circonscrit : l’affection figure donc des plaques assez nettement arrondies, plus rarement ovalanes, qui s étendent peu à peu par leurs bords en tache d’huile. Au centre la peau devient glabre, lisse, blanche, et dans beaucoup de cas elle semble se déprimer et en quelque sorte s’atrophier : c’est la pelade achromateuse de Bazin.

Parfois, surtout dans les formes étendues, elle est le siège d’une sorte d’œdème ou d’épaississement. Elle semble alors avoir perdu son élasticité : elle se laisse facilement plisser et mobiliser : ce caractère fait partie du syndrome hypotonique

de Jacquet.

Parfois aussi ou y voit de petites télangiectasies : parfois les veines cutanées semblent plus volumineuses au niveau des vastes déglabrations peladiques.

Plusieurs auteurs ont décrit de l’érythème au début des plaques peladiques : plus tard la peau est au contraire à leur niveau d une blancheur assez caiactéiis tique comme nous l’avons dit plus haut. Sur ce fond blanc, se voient souvent sou> forme de points noirs plus ou moins accentués les orifices des follicules pileux et des glandes sébacées dilatées, par lesquelles on peut faire sourdre en les exprimant de petits cylindres de sébum. Il existe en effet fréquemment dans la pelade une exagération notable des fonctions des glandes sébacées et sudoripares. Nous avons signalé ce fait dès 1892.

Assez souvent, au lieu d’être absolument lisse, la surface des plaques picscnte ça et là quelques cheveux minces, décolorés, fragiles : on peut en prenant des précautions, les arracher avec leur bulbe, ce qui les distingue des cheveux de la teigne tondante de Gruby-Sabouraud. Les plaques peuvent aussi être irrégulièrement parsemées de quelques petits poils noirs, cassés à peu de distance de Icm point d’émergence et qui viennent sans eflort quand on les saisit avec la pinte . ce sont les variétés objectives qui ont été décrites sous le nom mauvais de fausses pelades par Bazin, et qui ont depuis été dénommées pelades pseudo-londantes par

Lailler, pelades à cheveux fragiles par E. Besnier.

Les bords de la plaque pendant sa période d’extension sont assez caractéristiques : au premier abord ils paraissent bien délimités, mais ce n’est qu’un aspect trompeur; en réalité on y trouve des cheveux amincis à leur point d émergence et qui vont tomber ou se casser, des cheveux cassés à 2 millimètres environ de leur point d’émergence dressés sur le cuir chevelu, venant sous l’influence dune traction très modérée, à bulbe atrophié, constituant le véritable cheveu peladique que nous allons étudier. On le trouve non seulement a la limite appaientc de la plaque, mais encore dans une zone de S a 10 millimètres tout autoui, au milieu di cheveux qui paraissent sains à l’œil nu, mais qui pour la plupart sont déjà atteints

par le processus, car, lorsqu’on exerce sur eux une traction modérée en. masse, on en arrache ou l’on en casse une grande quantité. C’est là d’ailleurs le procédé le plus pratique pour se renseigner sur l’étendue réelle du mal.

Cette forme banale ou vulgaire de la pelade est caractérisée au cuir chevelu par la formation d’une plaque, plus souvent de deux ou de plusieurs plaques de dimensions variables, pouvant aller de celles d’une pièce de 50 centimes en argent à celles

de la paume de la main et même davantage.

Leur siège le plus ordinaire est la région de la tonsure et les parties avoisinantes vers l’occiput, surtout latéralement. Parmi les autres localisations fréquentes citons : la nuque surtout vers la bordure, où la pelade est d’une ténacité désespérante, où les piaques alopéciques durent en moyenne de six mois à un an, la région temporale où elles atteignent parfois surtout en arrière de Toreille de très grandes dimensions.

Quand il existe une très grande plaque vers la bordure, elle s’étend d’ordinaire non seulement en tache d’huile, mais encore par adjonction successive d’un certain nombre de petites plaques satellites qui se développent à son voisinage, sont d’abord indépendantes, puis fusionnent avec elle.

Fig. 346. — Pelade vulgaire à foyers multiples. La pelade peut, atteindre toutes les

régions velues du corps, mais elle siège surtout à la tête, au cuir chevelu et à la barbe, un peu plus rarement aux sourcils et aux cils.

Au point de vue de sa topographie, on a posé les trois lois suivantes :

« 1° Quand plusieurs plaques se forment chez le même sujet, elles ont de la tendance à se disposer sur des points symétriques des deux côtés du corps ;

« 2° La pelade affecte une prédilection manifeste pour certaines régions déterminées de la face ou du crâne ;

« 3° Les plaques qui se forment simultanément ou successivement sur un même côté de la tête se groupent fréquemment d’une façon si caractéristique qu’on est autorisé à parler d’une systématisation de la pelade. » (Débu, Pratique Dermat ., t. III.)

La symétrie des plaques de pelade est surtout frappante à la barbe, en particulier des deux côtés du menton vers le point d’émergence du nerf maxillaire inférieur. Nous avons déjà vu que les trois localisations les plus communes de la pelade au cuir chevelu sont la nuque, la tempe, la région rétro et sus-auriculaire.

D’ailleurs toutes les variétés de grandeur, de multiplicité sont possibles.

On distingue à cet égard :

1° Une forme vulgaire banale, caractérisée par l’apparition d’une, plus souvent de deux ou trois plaques disséminées çà etlàsur le cuir chevelu, et dont les dimen-

PELADE

s ions moyennes varient de celles d’une pièce de 1 franc à celles d’une piece de 5 francs.

2° Une forme à petites plaques multiples disséminées çà et là sur tout le cuir

chevelu et simulant parfois l’alopécie syphilitique en clairières.

3° Une forme à grande plaque unique presque toujours en bordure, occipitale

ou temporale, avec petites plaques satellites péiiphéiiques.

Fig. 347. — Pelade en couronne : type d’ophiasis de Celse, chez un jeune garçon.

4° A cette forme doit se rattacher E ophiasis de Celse remis en lumière dans ces derniers temps par Sabouraud, et à côté duquel on peut également rangei les pelades en couronne . Tous ces faits sont caractérisés par la formation de bandes de déglabration vers les limites du cuir chevelu, soit vers l’occiput, soit vers les tempes, soit vers le front : elles affectent une disposition générale symétrique et persistent pendant fort longtemps. Parfois par extension graduelle et progressive elles arrivent a gagner le cuir chevelu dans sa totalité et a piendie 1 aspect d une pelade décalvante. Ce seraient, d’après Sabouraud, des pelades de l’enfance : mais cette opinion est trop exclusive.

5° Peut-être doit-on aussi distinguer une forme dans laquelle le cuir chevelu est déprimé, atrophié, et à la périphérie de laquelle on ne trouve pas l’utricule peladique de Sabouraud (voir plus loin) : c’est la péladoïde en aire unique atrophodermique de cet auteur. La plaque est unique et située d’ordinaire au milieu du

cuir chevelu. , . ,

6° Les pelades à plaques multiples et extensives qui sont caractérisées pai te

très nombreuses plaques çà et là disséminées sur toute l’étendue du cuir chevelu, de grandeurs variables, quelques-unes de la dimension d’une piece de 5 francs et

même davantage, beaucoup de la dimension d’une pièce de 2 francs, de 1 franc et

même plus petites, tendant à se réunir de manière à former d’assez vastes nappes irrégulières.

7° La forme précédente conduit tout naturellement à la dernière forme que nous distinguions, la pelade décalvanle. Dans ce cas, la chute des poils se produit avec la plus grande rapidité sur de vastes surfaces. Assez fréquemment le début est insidieux, et se fait, comme dans la forme vulgaire, par une ou plusieurs plaques, qui persistent seules pendant plusieurs semaines, puis, brusquement, en quelques jours, sous l’influence d’un choc subi par le système nerveux, parfois sans raison appréciable, la déglabration totale s’effectue. La pelade décalvante peut aussi débuter d’emblée. Lorsqu’elle est constituée, le cuir chevelu est dénudé totalement; il présente un aspect blanc, Fig' ^8‘ ~ Pelade^en^bordmc chez une ionmie psse^ ivoirin. Il se plisse facilement

sur les parties sous-jacentes en formant de volumineux bourrelets : il semble être comme œdématié.

Les poils peuvent dans ces formes tomber sur toutes les autres parties du corps

notamment à la barbe, aux sourcils, aux cils, aux aisselles, au pubis, sur le devant de la poitrine, sur les membres. Il y a des cas dans lesquels il ne reste plus un seul duvet sur toute la surface des téguments.

PELADE

Modifications de la sensibilité. — On peut observer des troubles de la sensibilité au niveau de la plaque de pelade : tantôt il y a hypoesthésie et même anesthésie véritable, tantôt au contraire il existe de l’hyperesthésie.

D’après Nachtigall, la sensibilité serait exagérée pour le courant faradique. On a constaté depuis longtemps que l’aire peladique offre plus de résistance aux topiques irritants que les tissus sains. Kaposi a démontré que l’injection de pilocarpine ne provoque pas de sudation au niveau des plaques, tandis que les tissus sains p é ri phér i que s r éa g i ss e n t .

Étude des poils peiadiqucs. — Dans la pelade les poils atteints offrent des lésions

remarquables, bien qu’on ne puisse pas dire cependant qu elles soient absolument pathognomoniques. Nous avons vu plus haut qu’au niveau des plaques certains poils se détachent en totalité avec une atrophie de leur racine, que d’autres au contraire cassent à 3-6 millimètres de leur point d’émergence en laissant des tronçons qui parsèment surtout la zone d’extension.

Quand on examine au microscope un de ces cheveux entiers, on voit que la gaine vitreuse de la racine manque presque complètement, et surtout que le poil n’a pas un bulbe creux vivant comme celui des poils adhérents que l'on arrache; il est terminé par une sorte de moignon informe, arrondi au bout en massue irrégulière, singulièrement aminci, parfois même comme effilé tant il est atrophié. Cette extrémité, vestige de la racine, peut être droite, ou contournée, ou courbée

en bec de canne. Elle est partiellement dépigmentée. La tige du poil est amincie, atrophiée et décolorée à sa partie inférieure dans une étendue qui varie de 2 à

5 milllimètres environ.

Les cheveux cassés ont, comme nous l’avons dit, une longueur qui varie de 3 à

6 millimètres. Leur racine très atrophiée, très courte, se termine immédiatement par un léger renflement massué formant un bulbe plein d’ordinaire fort réduit et décoloré. Leur extrémité libre est pigmentée et presque toujours effrangée en pinceau, presque comme dans la trichorrexis nodosa; plus rarement elle est coupée en biseau ou fourchue. Elle est plus volumineuse que le point d’implantation, de telle sorte que dans son ensemble le poil a pu être comparé à un point d’exclamation. On a décrit sur quelques-uns de ces tronçons des renflements qui s’échelonnent en alternant avec des parties amincies et qui leur donnent un aspect moniliforme : ces renflements seraient constitués par une sorte d’éclatement du cheveu dont les cellules seraient longitudinalement dissociées, ce qui expliquerait son

extrême fragilité.

Marche. Durée. Terminaison. — Rien de plus variable que Dévolution d une pelade.

La pelade vulgaire à une ou plusieurs plaques guérit d’ordinaire, quand elle siège au milieu du cuir chevelu, spontanément en un laps de temps qui varie de trois à six mois. Les cheveux fragiles et cassés s’éliminent totalement ; l’affection cesse de s’étendre ; la plaque alopécique se recouvre d’abord d’un fin duvet décoloré, qui se produit dans la majorité des cas d’abord vers le centre, puis peu à peu gagne toute l’étendue, et graduellement ce duvet se transforme en poils adultes. Assez fréquemment, et ce fait se produit surtout à la barbe, les poils repoussent blancs, en particulier chez les sujets qui ont dépassé quarante ans ; mais parfois les cheveux, après avoir été d’abord blancs, finissent par reprendre leur coloration normale. Il est possible, lorsque la pelade n’a pas été traitée, que cette repousse soit incomplète, et que la plaque soit moins garnie qu’auparavant, qu’elle ait en

certains points de son étendue des cheveux plus grêles que les cheveux normaux.

Quand la pelade siège à la bordure du cuir chevelu, en particulier à la nuque, sa durée est d’ordinaire beaucoup plus longue.

La guérison est donc la règle dans cette pelade vulgaire, mais les récidives sont fréquentes. Elle peut même récidiver avec une désespérante ténacité pendant de longues années : ce sont les pelades perpétuelles d’E. Besnier. Certains sujets voient des plaques se reproduire tous les ans aux mêmes époques ; certains autres ne sont atteints que tous les deux ou trois ans ; d’autres le sont d’une manière tout à fait irrégulière. La pelade doit être classée parmi les affections les plus récidivantes qu’il y ait.

La pelade ophiasique est tout particulièrement tenace : on l’a vue persister pendant de longs mois ; elle peut même ne guérir qu’incomplètement.

La pelade décal vante est d’ordinaire fort rebelle. Les malades peuvent rester sans le moindre duvet pendant fort longtemps : nous avons vu dans certains cas les duvets reparaître après dix-huit mois, deux ans, quatre ans même chez un de nos malades. Quand les duvets deviennent visibles, tout n’est pas fini; Il peut se passer encore beaucoup de temps avant que les cheveux adultes ne se reforment, et ce laps de temps peut être traversé par des rechutes partielles ou totales. Souvent même lorsque les cheveux adultes se sont reproduits, il peut rester des plaques au niveau desquelles on ne trouve que des duvets (et ce sont les plaques par lesquelles le processus a débuté), ou bien il se reproduit incessamment en certains points des plaques de pelade plus ou moins considérables, plus ou moins bien circonscrites. On a signalé de ces récidives à propos des couches, à propos des règles. Inversement les pelades graves de l’enfance guérissent fréquemment au moment de la puberté.

Il est possible qu’après une pelade décalvante les cheveux et les duvets du corps reprennent toute leur force et soient aussi nombreux qu’auparavant, mais il est aussi fort possible que le système pileux reste bien moins fourni.

C’est dans cette forme que le rôle pathogène de la séborrhée huileuse semble être le plus grand : l’observation nous a depuis longtemps prouvé que lorsque les traitements classiques de la pelade ne réussissent pas dans cette variété, le traitement de la séborrhée huileuse est parfois suivi des meilleurs effets.

Lésions unguéales. — Les ongles peuvent être altérés dans les pelades décalvantes. Ils sont d’ordinaire tous atteints ; ils peuvent même tomber. Quelques auteurs (Audry, Arnozan, etc...), ont signalé ces lésions unguéales dans des pelades circonscrites en plaques, et on a noté qu’elles pouvaient précéder les manifestations peladiques. L’aspect des ongles atteints est variable : tantôt il s'agit simplement de leuconychie ; plus souvent les ongles sont grisâtres, jaunâtres, amincis, dépolis, piquetés et striés longitudinalement; ils rappellent un peu l’altération dite en moelle de jonc. Parfois ils s’épaississent, s’effritent par leur surface libre, ou se décollent du derme sous-unguéal. Dans quelques cas rares, ils se détachent totalement, tombent, et ne laissent à leur place qu’une lame cornée irrégulière, inégale, en desquamation.

D’ordinaire symétriques bilatérales, atteignant dans la plupart des cas plusieurs doigts ou même tous les doigts, les lésions unguéales peuvent être limitées aux pouces où elles offrent habituellement leur maximum d’intensité, ou aux ongles des pouces, des index et des médius.

Elles sont tout à fait comparables aux lésions pilaires, et tiennent elles aussi à une sorte de sidération de la matrice qui ne produit plus du tout de matière

PELADE

unguéale, ou qui ne produit que des lamelles cornées qui ne s’élèvent pas jusqu’à la formation de l’ongle vrai. (Voir le travail de Grover William Wende : The Journal of Cul. dis., p. 517, déc. 1005.)

Anatomie pathologique. — Nous avons déjà vu quelles sont les lésions du poil peladique. Au point de vue histologique on constate que les cellules de la moelle disparaissent graduellement à mesure qu’on se rapproche de la racine : le canal médullaire n’existe plus vers le point d’implantation du cheveu; en cet endroit cet organe est transformé en un petit cylindre plein, décoloré, aminci. Les cellules corticales sont aussi altérées ; elles se dissocient par places et le cheveu éclate longitudinalement : c’est en ces points qu’il se brise. Les granulations pigmentaires en grande partie disparues sont groupées en petits amas.

Ces lésions atteignent leur maximum vers la papille, ce qui se comprend sans peine, car ce ne sont pas des lésions qui se sont formées peu à peu sur un cheveu primitivement sain; ce sont uniquement des malformations; c’est-à-dire que le cheveu a été produit tel qu’on l’observe par une papille à fonctionnement vicié. D’ailleurs aucune de ces lésions n’est pathognomonique de la pelade : elles peuvent s’observer dans d’autres dystrophies pilaires. Gomme l’a fort bien dit E. Besnier, elles dépendent uniquement de la sidération de la papille.

Sabouraud a signalé de l’achromie de la couche génératrice de l’épiderme. Les follicules sont déformés; leur conduit peut être alternativement rétréci et dilaté au point de former de véritables kystes. On y trouve d’ordinaire un ou plusieurs follets avortés, tordus ou pelotonnés. Dans les pelades très anciennes les follicules sont atrophiés et transformés en cordons fibreux.

Il existe une infiltration cellulaire autour de la base des follicules et au tour des vaisseaux; pour Unna, elle serait composée de cellules conjonctives; pour Sabouraud de lymphocytes et de mastzellen, ce qui le conduit à admettre qu’il s’agit d’un simple trouble de nutrition.

Les vaisseaux sanguins et lymphatiques sont dilatés d’après Robinson, et on y observe de petites thromboses.

Les glandes sébacées seraient atrophiées pour Giovannini. Sabouraud insiste au contraire sur leur énorme développement, du moins dans certains cas de pelade décal vante.

Il n’a pas été possible de déceler de microbes dans le derme et dans l’épiderme. Par contre Sabouraud a démontré en 1896 la présence constante dans ce qu’il appelle la pelade séborrhéique d’un très abondant bacille, son micro-bacille séborrhéique.

Étiologie. Pathogénie. — Nature de la pelade. — Ceci nous amène à dire quelques mots des théories qui sont formulées à l’heure actuelle sur la nature delà pelade. Elles sont au nombre de deux principales : la théorie parasitaire ou séborrhéique de Sabouraud, la théorie réflexe ou nerveuse de Jacquet. En voici le résumé succinct d’après le très bel article Pelade de Déhu de la Pratique Dermatologique.

I. Théorie séborrhéique de Sabouraud. — « D’après Sabouraud, dans la pelade les follicules seraient au début infectés par le micro-bacille de la séborrhée : les infundibula pilaires dilatés et transformés en utricules peladiques contiennent des cocons où fourmillent les microbacilles, et cette infection n’existe que sur l’aire alopécique et sur la zone des cheveux caducs, elle cesse brusquement au delà. De ces faits, Sabouraud conclut que le microbacille est l’agent pathogène de l’alopécie,

— Dermatologie. IL

Brocq.

que la calvitie n’est qu’une variété chronique de séborrhée, et que la pelade peut être considérée comme une séborrhée aiguë circinée.

« Ultérieurement il a été amené à admettre deux groupes de pelades absolument distinctes par leur étiologie et leur symptomatologie : d’une part la pelade ophiasique, caractérisée parle développement des plaques alopéciques sur la bordure du cuir chevelu, notamment à la nuque, et par l’absence constante de toute espèce de microbes; d’autre part, la pelade de Bateman, constituée par des disques circonscrits siégeant sur la région centrale du cuir chevelu et en rapport constant avec le microbacille de la séborrhée.

« Or les pelades ophiasiques étant les plus fréquentes, les plus caractéristiques, la théorie séborrhéique perd le caractère qu’elle avait tout d’abord d’une théorie pathogénique générale de la pelade; elle n’est plus qu’un essai d’interprétation de certains cas particuliers d’alopécie en disques de la zone centrale du cuir chevelu ». (Déhu, loc. cit.).

Cette distinction des pelades en deux grandes variétés (pelade ophiasique, pelade de l’enfance; pelade séborrhéique, pelade de l’adulte), ne repose malheureusement pas sur une observation clinique rigoureuse. Il est probable que la séborrhée ne joue dans la pelade que le rôle d’une association morbide fréquente, mais non constante; et il faut bien reconnaître qu’on n’a jamais pu jusqu’ici reproduire expérimentalement la pelade par la friction des régions velues, par l’inoculation des infundibula pilaires, exécutés avec le microhacille séborrhéique et même chez des sujets en puissance de pelade (L. Jacquet. Voir la thèse de Spiral).

D’autre part les faits de contagion qui ont été publiés par presque tous les vieux auteurs français sont actuellement tenus en suspicion par les partisans de la théorie nerveuse. Us disent que leur réalité n’a jamais été établie scientifiquement, qu’il s’est agi probablement de coïncidences ou même d’erreurs de diagnostic.

Les épidémies de pelade elles-mêmes, celles qui ont été décrites dans les collèges, dans les casernes, sont actuellement regardées comme apocryphes. Il convient en effet de remarquer que, depuis qu’on s’est mis à enquêter fort sérieusement dans ce sens, on n’a jamais pu observer une épidémie réelle de pelade. Il s’agit encore ici de coïncidences et nullement de faits de contagion, et surtout d’erreurs de diagnostic : on prend pour de la pelade les alopécies circonscrites consécutives aux impétigos, aux folliculites, aux furoncles, aux coups; parfois même on confond pelades et trichophyties.

Il n’en est pas moins vrai que cette question n’est pas encore définitivement jugée : il convient d’attendre un certain temps avant de déclarer qu’il n’existe aucune forme d’alopécie en aires qui soit contagieuse : on devra soumettre à une sérieuse enquête et à une critique serrée tous les faits de contagion ou d’épidémie de pelade qui seront publiés.

Ce que l’on peut et ce que l’on doit dire dès maintenant, c’est que, si la pelade est contagieuse, elle ne l’est que bien rarement, ou pour parler plus correctement, s’il existe des formes d’alopécie en aires qui soient contagieuses, elles sont bien rares. On ne s’expliquerait pas en effet avec une hypothèse inverse comment la pelade n’est pas sensiblement plus fréquente dans la population ouvrière et pauvre que dans les milieux riches : or des statistiques semblent établir que les classes élevées de la société sont les plus éprouvées. Il est à peine utile de rappeler que les cas abondent où l’on voit les peladiques ne prendre absolument aucune mesure de prophylaxie et ne contaminer personne dans leur entourage.

PELADE

Dans l’état actuel de la science rien ne peut donc faire admettre l’hypothèse de la nature microbienne de la pelade.

IL Théorie trophonèvrotique . — On a fait remarquer en faveur de cette théorie que les lésions des poils peladiques semblent être d’ordre trophique, que les médications qui paraissent le mieux réussir sont des irritants locaux, des sédatifs et des toniques du système nerveux, que dans certains cas les secousses nerveuses favorisent l’évolution de la maladie.

En 1886, Max Joseph a provoqué des alopécies peladiformes en sectionnant un nerf, et ses expériences ont été reproduites: on doit en conclure : « 1° que certains traumatismes nerveux de la région cervicale peuvent produire des alopécies en aires identiques à la pelade; 2° que ces alopécies ne sont pas dues exclusivement à l’interruption de la circulation nerveuse, car elles ne siègent pas nécessairement dans le territoire du nerf lésé ; de plus elles sont ordinairement passagères, même quand la solution de continuité du tronc nerveux est définitive. » (Déhu. loc. cü.).

Pontoppidan a vu une pelade bilatérale symétrique survenir trois semaines après l'ablation de ganglions carotidiens, et ce fait n’est pas unique. Des pelades se sont même développées à la suite de traumatismes accidentels de la face ou de la tête.

La pelade coexiste assez fréquemment avec certaines affections nerveuses, en particulier avec le vitiligo. On a décrit une pelade vitiligineuse. Il est bon toutefois de ne pas confondre pelade et vitiligo, ce que l’on fait couramment pour ces lésions quand elles siègent à la barbe. Lorsque les poils sont simplement décolorés, mais solides, il s’agit de vitiligo simple : lorsque les poils adultes n’existent plus sur la plaque achromique, c’est que la pelade est venue compliquer le vit iligo.

La pelade se développe parfois à la suite de violentes émotions : sous leur influence une pelade jusque-là bénigne peut subir un coup de fouet, et même prendre rapidement les allures d une décalvante.

Certaines maladies générales, et parmi elles il faut signaler au premier rang la syphilis favorisent le développement de la pelade.

Il semble exister chez certains sujets une prédisposition à la pelade : il est vraisemblable qu’elle consiste au moins pour une part dans un déséquilibre des fonctions nerveuses et spécialement dans l’exagération de l’excitabilité réflexe. Tous les observateurs ont en effet constaté comme Lailler l’extrême fréquence de la nervosité chez les sujets peladiques... La prédisposition peut être individuelle, elle peut être aussi familiale, enfin elle peut être héréditaire : 1° un sujet atteint de pelade engendre des enfants qui naissent glabres et demeurent tels temporairement ou définitivement; 2° des enfants nés de parents ayant eu la pelade deviennent peladiques à leur tour plusieurs années après leur naissance et même à l’àge adulte ; 3° Enfin on peut voir de l’alopécie congéni tale chez des enfants dont les parents n’ont jamais été atteints de pelade. Il s’agit alors d’un trouble d’évolution qui se manifeste presque toujours par des malformations multiples, en particulier par le retard ou l’arrêt de développement des ongles et des dents... On pourrait objecter que ces faits doivent être distingués de la pelade vraie; mais les relations étroites qu’ils présentent avec les cas d’alopécie congénitale par hérédité peladique, prouvent qu’il est impossible de tracer une ligne de démarcation entre les deux types morbides... » (Déhu, loc. cit.).

III. Théorie dystrophique de Jacquet. — a D’après Jacquet, la pelade est une

dermatose banale, caractérisée par des dépilations locales et des troubles fonctionnels auxquels peuvent participer tous les organes de la peau : troubles glandulaires se manifestant par l’exagération ou la diminution des sécrétions sébacée et sudorale; troubles vasculaires, révélés par l'érythème peladique initial, l’œdème, l’anémie cutanée, les varicosités sous-peladiques; troubles nerveux consistant en névralgie spontanée ou latente, hyperesthésie ou anesthésie superficielle ou profonde; enfin troubles dermiques caractérisés par Yhypotonie du tissu conjonctif, élastique et musculaire lisse, d’oii résultent la flaccidité, l’atrophie de la peau et l’altération des réflexes cutanés. »

« Ces réactions des téguments peladiques, fréquemment liées à des troubles atténués, mais diffus du système pilaire tout entier (séborrhée, hyperidrose, hypotonie, lésions des poils et alopécie diffuses), constituent ce que Jacquet appelle Y atmosphère directe locale de lapelade.

« La dermatose est favorisée par une prédisposition dont les principaux facteurs sont : l°la déséquilibration nerveuse : 2° une viciation organique complexe révélée par l’analyse hémo-urologique ; 3° Y hérédité.

« La pelade, ainsi préparée par des causes lointaines et profondes, est déterminée et fixée par des irritations locales partant d’un point quelconque des neurones centripètes (pelades réflexes) et sans doute aussi des centres (pelades centrales).

« Les pelades réflexes sont les mieux connues; leur point de départ très variable, peut être viscéral [gastrique, intestinal (nous avons observé un malade chez lequel les récidives de pelades suivaient de quelques jours régulièrement des crises de constipation opiniâtre) broncho-pulmonaire, génital] ou périphérique, auriculaire, et surtout dentaire.

« Ces causes diverses peuvent se combiner entre elles et avec d’autres conditions d’ordre général, de façon à réaliser des groupements complexes de facteurs étiologiques ou Sommations peladogènes.

« Simples ou associées, les irritations locales déterminent dans les appareils en connexité fonctionnelle immédiate avec elles une série de troubles réactionnels sympathiques qui constituent Y atmosphère peladique locale indirecte.

« Le mieux étudié de ces syndromes réflexes est celui que provoque la lésion ou l’éruption des dents ( syndrome odontopalhique ou né o- dentaire). Les éléments les plus habituels sont : l’érythrose faciale, l’hyperthermie ou l’hypothermie, l’adénopathie, l’hypertrophie amygdalienne, la névralgie spontanée ou latente et l’hyperesthésie superficielle et profonde; enfin, comme réaction plus tardive, la dépilation diffuse ou en aires, la pelade L »

« La localisation de ce trouble trophique n’est pas fortuite; elle se fait de préférence sur certaines régions qui méritent le nom de zones peladophores, et qui correspondent à des territoires d’ innervation minima physiologique, et la pelade se systématise sur les points qui sont plus directement en connexion nerveuse avec la région où siège l’épine peladogène.

« Cette systématisation est fréquemment troublée par des causes locales extérieures créant sur les régions pilaires des points de moindre résistance, c’est-à-dire d'innervation minima pathologique (Lésions inflammatoires, parasitaires ou traumatiques de toute sorte, compression par les peignes, etc...). Souvent aussi la pelade

1 Nous avons souvent vu la pelade des adolescents et des jeunes gens coexister avec l'évolution des dents de sagesse. La pelade est surtout fréquente de sept à quatorze ans, et de vingt à trente ans, c’est-à-dire aux époques de la vie qui correspondent à la deuxième dentition et à l’évolution des dents de sagesse.

PELADE

éclôt au point de convergence de deux facteurs locaux, l’un interne, l’autre externe (; rayonnement alopéciant d’une folliculite, etc.).

« De ces données pathogéniques découle logiquement la conclusion suivante, déjà vérifiée par l’expérience, c’est que, pour guérir la pelade, il faut d’abord faire cesser la cause du syndrome sympathique réflexe, c’est-à-dire supprimer l’épine irritante peladogène.

« En résumé, la pelade est une dermatose banale, réalisant « l’unité de pathogénie dans la variété et la multiplicité d’étiologie. » C’est une maladie à la fois générale par la viciation organique qui la prépare, et locale par son point de départ parfois multiple aux extrémités muqueuses ou cutanées des neurones sensitifs. » (L. Jacquet, résumé par P. Déhu, Pratique Dermat ., t. III.)

Faisons remarquer que cette conception revient à faire de la pelade un type de réaction cutanée. Il semble que, lorsqu’un sujet est orienté dans le sens peladique, toute cause occasionnelle peut provoquer l’apparition de plaques de déglabration. Nous citons même avoir observé dans cet ordre d’idées l’apparition de plaques peladiques au lieu et place de crises de goutte chez des névropathes.

Diagnostic. — Dans les pelades décalvantes le diagnostic s’impose. 11 n’y a guère que les alopécies généralisées, suites de grandes pyrexies, comme l’érysipèle, la scarlatine, la fièvre typhoïde, qui puissent la simuler; mais dans ces cas, les commémoratifs sont des plus nets et ne permettent pas le doute. D’ailleurs l’alopécie n’y est pas absolue, totale, comme dans la décalvante : quand les longs cheveux se détachent, il y a déjà des duvets et des poils de repousse sur le cuir chevelu.

Les alopécies consécutives à V administration de V acétate de thallium prennent aussi parfois les allures d’une décalvante. On doit être prévenu, de ce fait et ne pas manquer de rechercher cette intoxication quand on se trouve en présence d une alopécie diffuse à marche rapide.

Les alopécies marginales consécutives aux parakératoses psoriasif ormes, aux eczémas séborrhéiques du cuir chevelu, et aux folliculites qui les compliquent parfois, peuvent simuler les pelades en couronne, c’est-à-dire I ophiasis. 11 en est de même des alopécies frontales marginales de certains séborrhéiques. Mais dans ces cas la déglabration des aires envahies n est d’ordinaire pas totale : on y trouve des cheveux adultes conservés et sains, parsemant en quinconce la surface atteinte. L’alopécie est définitive.

\d alopécie par frictions que l’on observe parfois à la région occipitale chez les nouveau-nés diffère de la pelade par sa localisation, sa forme à grand diamètre transversal, l’aspect du cuir chevelu qui n’est nullement lisse, ivoirin, mais au niveau duquel on trouve des poils usés.

Les pelades en aires circonscrites peuvent être simulées par les affections suivantes :

1° L’ alopécie syphilitique en clairières. Nous avons vu qu’il existe une forme spéciale de pelade à petites plaques simulant à s’y méprendre l’alopécie spécifique. Cependant dans l’alopécie syphilitique les clairières sont d’ordinaire plus petites, mal limitées, vagues de contour, le cuir chevelu y est moins lisse et nacré.

La syphilis peut d’ailleurs se compliquer de pelade vraie.

2° Le traumatisme . — A la suite d’un coup, d’une forte contusion, il peut se faire une alopécie circonscrite peladiforme. Les commémoratifs, la non-extension périphérique de la plaque, la guérison rapide feront le diagnostic.

La pression des peignes, des épingles, des postiches détermine la formation de plaques glabres qu’il est facile de reconnaître.

3° La simulation. — Certains hystériques, des enfants qui veulent échapper à l’école, certains névropathes spéciaux auxquels on a donné le nom de trichotillomanes, arrachent parfois avec la main ou avec la pince à épiler les cheveux d’une aire circonscrite pour simuler la pelade. Le diagnostic est relativement facile à faire : les limites de la plaque ainsi créée sont ou trop nettes ou trop irrégulières : on ne trouve ni cheveux fragiles ni cheveux cassés vers les bordures : tous les poils ont une adhérence normale : enfin la surface même de la plaque est criblée des follicules pilo-sébacés normaux et n’a pas l’aspect ivoirin de la pelade.

4° Le favus. — il ne saurait être confondu avec la pelade ni a la période d’état où l’on trouve des godets, une zone d’inflammation nette du cuir chevelu, des cheveux engainés, l’achorion, ni à la période de cicatrice où l’on trouve des cicatrices définitives déprimées, atrophiques, à bordures irrégulières.

5° Les teignes tondantes. — Il en est de même pour la teigne tondante de Gruby- Sabouraud au niveau de laquelle le cuir chevelu, grisâtre, est criblé de poils cassés à gaine blanche squameuse constituée par les amas des spores du microsporon Audouini, et pour les diverses trichophyties du cuir chevelu; cependant il existe certaines formes de trichophyties peladoïde s dans lesquelles le diagnostic ne peut guère se faire d’une manière précise que par l’examen microscopique des poils cassés. De même dans certaines pelades pseudo-tondantes ou pelades à cheveux fragiles, il peut être prudent de procéder à cet examen pour éviter des erreurs.

6° L’ alopécie séborrhéique. — Elle diffère nettement de la pelade par ses localisations et sa configuration. Mais la pelade peut venir la compliquer : on la reconnaîtra dans ce cas à l’aspect blanchâtre, lisse, uni du cuir chevelu, et surtout à sa limitation en plaques arrondies empiétant d’ordinaire sur les zones respectées par la calvitie séborrhéique.

7° Les impétigos et les furoncles. — Quand ils siègent au cuir chevelu, ils peuvent provoquer des chutes de cheveux autour des follicules infectés : ces alopécies forment des plaques glabres, arrondies, plus ou moins considérables suivant les sujets et suivant l’importance du processus inflammatoire pathogène : elles v arient d’ordinaire de la dimension d’une pièce de 20 centimes en argent a celles d’une pièce de un franc; nous en avons vu qui atteignaient après un furoncle considérable les dimensions d’une pièce de o francs. Les alopécies post-impétigineuses se reconnaissent grâce aux commémoratifs, à leur multiplicité, à l’irrégularité de leurs bords, à leur localisation ordinaire au vertex. Les alopécies post-furonculeuses sont tout à fait peladiformes d’aspect : leur diagnostic est cependant presque toujours facile grâce à la cicatrice centrale rouge et déprimée d'un furoncle qu’elles présentent : elles guérissent d’ordinaire avec facilité.

8° Notre pseudo-pelade (voir ce mot). — Cette forme morbide diffère totalement de la pelade par la multiplicité et la petitesse des points d’attaque, par l’irrégula¬

rité des bords des plaques constituées, par l’atrophie du cuir chevelu, par la présence de cheveux engainés, par l’absence de cheveux peladiques, par la constitution d’une alopécie cicatricielle définitive.

Des caractères analogues et en outre la présence de folliculites péripilaires et de symptômes inflammatoires nets distinguent l’acné décalvante (, folliculites épilantes et décalvantes de Quinquaud ) de la pelade vraie.

Il en est de même pour notre sycosis lupoïde qui siège à la barbe et dans lequel les phénomènes inflammatoires sont des plus marqués.

PELADE

9q Le lupus érythémateux. — Au cuir chevelu, à sa période d’activité, cette dermatose est toujours accompagnée d’une rougeur plus ou moins squameuse caractéristique ; à sa période d’atrophie elle a formé une cicatrice définitive abords irréguliers que l’on ne saurait confondre avec la pelade.

10° La sclérodermie. — Au cuir chevelu la sclérodermie en plaques s’accompagne d’alopécie : mais presque toujours elle affecte en cette région une forme allongée, en fuseau ; le derme à son niveau est lardacé ou atrophié ; on aperçoit parfois à sa

périphérie le lilac ring caractéristique.

11° Le vitiligo. — Il peut être fort difficile, surtout à la barbe, de différencier le vitiligo d’avec la pelade. Les deux affections peuvent coexister (voir plus haut). Dans le vitiligo vrai et pur les cheveux sont décolorés, mais ont leur volume et leur adhérence normaux. Dès que la pelade intervient ces caractères des cheveux sont

modifiés.

Diagnostic étiologique. — Il ne suffit plus a 1 heuie actuelle de poset un diagnos tic de pelade. Si l’on a lu avec quelque attention ce qui précède, on doit comprendre que le pronostic et le traitement d’une pelade dépendent de ses causes premières, et l’on doit tâcher de les préciser autant que possible.

On étudiera donc à fond tout sujet atteint de pelade; on recherchera quel est ie fonctionnement général de son organisme, quel est l'état de son système nerveux, de ses dents, de son estomac, de son intestin, de ses organes génitaux, etc... Parfois les commémoratifs, en permettant d’établir que le système nerveux a subi des ébranlements, que l’organisme a été infecté, etc..., permettront d’orienter la médication.

Pronostic. — Il découle de tout ce que nous venons de dire : il est très variable selon les cas.

La pelade peut n’être qu’un accident passager et sans retour qui disparaîtra au bout d’un laps de temps variant de trois à cinq mois. Elle peut, grâce à des causes permanentes, persister avec la plus grande ténacité, aboutir à une décalvante totale, parfois définitive. Elle peut, grâce a des causes intermittentes, récidiver h des dates variables avec une persistance vraiment désespérante. (Voir plus haut.)

Nous avons établi que les pelades décalvantes sont les plus graves, que, parmi les pelades circonscrites, les plus lentes dans leur évolution sont les pelades marginales, en particulier celles de la nuque.

Signalons en outre certaines pelades de la barbe qui évoluent en tache d huile avec la plus grande lenteur, et qui, guérissant en un point, gagnent par un autre, de façon à parcourir la presque totalité des régions mentonnières, sus- et soushyoïdiennes, parfois la lèvre supérieure.

Cette forme de pelade successive totale peut se voir aussi, quoique plus rarement,

au cuir chevelu.

Traitement. — Quoiqu’on ait de plus en plus de tendance à admettre que les alopécies peladiques sont des troubles trophiques, la certitude totale n’est pas faite sur ce point, et, tant qu’elle ne sera pas absolue, on ne sera pas autorisé à déclarer nettement que tous les peladiques peuvent s’affranchir de toute mesure prophylactique.

Certes, il est abusif de leur fermer les écoles, les usines, les grandes administrations, de les traiter comme de véritables teigneux. Nous avons réclamé et nous réclamons encore et de plus en plus pour eux leur libre admission dans toutes les

agglomérations : mais nous croyons utile toutefois de ne le faire qu’en édictant certaines prescriptions prophylactiques dérivées de celles qu’a si magistralement formulées E. Besnier en 1888.

Traitement prophylactique. — Mesures de prophylaxie générale. — Les sujets atteints de la pelade peuvent réclamer leur admission ou leur conservation dans les établissements publics, sous bénéfice d’une enquête minutieuse (voir plus loin), ouverte par les médecins de ces établissements.

On prendra toutes les mesures nécessaires pour protéger les sujets sains contre les contacts médiats ou immédiats avec les régions atteintes de pelade, pour que les objets de toilette et les coiffures restent rigoureusement individuels.

On instituera tout de suite un traitement énergique de l’affection. Les cheveux, seront tenus courts sur toute la tête; la barbe sera rasée ou coupée ras aux ciseaux; chaque matin, les parties malades seront lavées à l’eau chaude et au savon, sans préjudice des moyens thérapeutiques que nous allons indiquer. Il faudra continuer à prendre toutes ces précautions longtemps après la guérison confirmée, de peur que cette guérison ne soit imparfaite ou qu’il n’y ait des récidives. (E. Besnier).

Mesures de prophylaxie spéciale. — Tout sujet atteint de pelade qui demande son admission ou sa conservation dans un établissement public, doit faire l’objet d’une enquête médicale approfondie qui déterminera le mode de début, la marche de l’affection, l’état du cuir chevelu, et qui décidera, d’après tous ces éléments, si on peut l’admettre ou le conserver dans un milieu susceptible d’être contaminé.

Pour les asiles et les écoles de la première enfance, dans les écoles primaires et dans les externats, il sera possible d’admettre ou de conserver les peladiques, pourvu qu’ils aient la tête couverte, et qu’ils soient soumis à une médication convenable.

Pour les internats, écoles supérieures et spéciales, etc., on ne prononcera la nonadmission ou l’exclusion temporaire que pour des cas particulièrement suspects au point de vue contagieux, car la surveillance y est facile, et l’on peut compter sur les sujets pour l’observation rigoureuse du traitement et de la prophylaxie.

Dans tous les cas où des sujets peladiques conservés par tolérance dans une agglomération quelconque seraient manifestement devenus le point de départ de cas nouveaux, cette tolérance cessera immédiatement et tous les malades seront renvoyés l.

Traitement curatif. — Traitement général. — Quand on a à traiter un sujet atteint de pelade, il est nécessaire de s’enquérir des circonstances diverses qui ont présidé au développement de l’affection et de l’état général du malade. S’il est peu satisfaisant, il faut instituer un traitement approprié, et ne pas oublier que pour la plupart des auteurs la pelade est une trophonévrose et se relie au surmenage, aux émotions violentes, etc... On prescrira le séjour à la campagne, à la montagne, les voyages prolongés, l’exercice corporel, la suppression complète des excès de tout genre, en particulier des excès de travail et de contention d’esprit, le calme intellectuel et moral. On traitera le lymphatisme, l’anémie, le nervosisme, si ces

1 II est inutile d'ajouter que ceci nous paraît purement théorique, car, depuis que notre attention a été sérieusement attirée sur ce point, nous n'avons pas encore observé une seule épidémie vraie de pelade, mais encore une fois, dans un ouvrage de la nature de celui-ci, nous ne pouvons pas négliger les opinions de certains dermatologistes éminents, qui sont encore des contagionnistes convaincus.

PELADE

divers états morbides existent. Nous signalerons en particulier l’hydrothérapie, les douches froides sur la colonne vertébrale, les douches sulfureuses chaudes (E. Besnier et A. Doyon), les frictions alcooliques générales ou sur la colonne vertébrale, l’électricité statique, le solénoïde, les bains hydro-électriques, comme d’excellents moyens qui permettront de triompher de certaines pelades décal vantes quasi généralisées qui résistent aux médications locales. En somme, il faut calmei 1 inhabilité du système nerveux et tonifier l’organisme. C'est dans cet ordre d’idées que l’on se trouvera bien de prescrire, selon les cas, à l’intérieur, les valérianates, l'huile de foie de morue, l’iodure de fer, l’arséniate de soude, la strychnine, le quinquina, les glycérophosphates, etc...

Le D1 D. Bulkley conseille une alimentation substantielle dans laquelle il entre beaucoup de beurre, de graisse et de lait; les phosphates etle poisson sont, d apiès lui, excellents. 11 croit que la strychnine et l’acide phosphorique sont des médicaments très efficaces.

Nous avons l’habitude de prescrire aux peladiques déprimés de prendre du 1er au lo de chaque mois, au milieu de chaque repas, de 1 à 3 milligrammes d arséniate de soude, et du 16 au 30 de chaque mois une préparation de glycérophosphates.

Les eaux de Néris, de Luchon, d’Aix-la-Chapelle, d’Uriage, de Spa, de la Bourboule, etc., rendront des services dans les cas les plus rebelles.

Rappelons que, lorsqu’on a trouvé une lésion d’organe capable par voie réflexe de causer ou d’entretenir une pelade, il faut se hâter de la traiter . on feia donc surveiller et arranger les dents, on soignera l’estomac, le tube digestif, les organes génito-urinaires; on combattra la constipation, etc...

Ceci rentre dans la médecine générale, et nous n insistons pas davantage.

Traitement local. — A. Formes vulgaires. — Quand il n’y a qu’une plaque ou que quelques plaques peu étendues, on peut ne pas sacrifier toute la chevelure, pourvu que l’on surveille les régions pileuses tous les jours avec le plus grand soin. S’il y en a une grande quantité, le mieux est de raser toute la tête et de faiie porter une perruque au malade, car les soins deviennent ainsi infiniment plus faciles. Cependant on pourra essayer tout d’abord de traiter les femmes sans saciifier leurs cheveux, mais pour peu que la maladie continue a progresser, on les engagera fortement à prendre cette mesure radicale. Pour les enfants en bas âge, il n’y a pas d’hésitation à avoir. Dès quel on s aperçoit chez eux de 1 existence de plaques de pelade, il faut leur faire couper les cheveux courts ou même raser la tête au rasoir.

On recommandait autrefois de circonscrire les plaques par un cercle d épilation . on arrachait tous les cheveux sains qui les entouraient dans un rayon de quelques millimètres. C’était une mesure excellente, mais qu’il était bien difficile de faiie exécuter convenablement en ville; aussi la rasure était-elle plus pratique. Si 1 on a des raisons sérieuses de croire qu’il s’agit d’une forme contagieuse de pelade (?), on tâchera de pratiquer ou de faire pratiquer l’épilation ou la rasure . On épile de nouveau dès que les cheveux sont assez longs pour permettre de le faii e. Quand on emploie le rasoir, on fait raser une ou deux fois par semaine, suivant les cas. Mais depuis que l’on croit généralement que la pelade est un trouble trophique, ces mesures ne sont plus guère employées.

On se contente maintenant de maintenir la tête très propre; on la savonne toutes les fois que c’est nécessaire; lorsqu’on a quelques raisons de soupçonner la possibilité de la contagion, on doit savonner tous les jours les parties malades.

Quand il n’y a qu’une plaque ou qu’un fort petit nombre de plaques, on peut, suivant le conseil d’E. Besnier, les dissimuler en les colorant avec du noir de fumée, un bouchon de liège carbonisé, de l’encre de Chine, des cosmétiques noirs, des solutions de nitrate d’argent, ou même en collant à leur surface des rondelles d’emplâtres médicamenteux (Yigo) garnies ou non de cheveux de la même nuance que ceux du malade : mais, lorsque Ton est forcé de raser toute la tête, l’adulte, homme ou femme, doit porter une perruque aussi légère que possible, et qu’E. Besnier recommande de poser sur une petite coiffe de linge fin recouvrant le cuir chevelu, afin de pouvoir la maintenir en parfait état de propreté.

Quand la tête est préparée, on applique les divers topiques dont on a fait le choix pour hâter la guérison. Ces topiques sont fort nombreux et pour la plupart excellents ; nous allons d’abord indiquer ceux qui nous paraissent offrir le plus de garanties de succès.

Presque toutes les méthodes rationnelles employées contre la pelade consistent en deux séries d’opérations :

1° Applications sur les points malades de topiques très irritants ; 2° frictions générales sur toute la région velue menacée avec une solution excitante moins énergique .

Pour le cuir chevelu, E. Vidal fait appliquer sur les plaques malades de petits vésicatoires bien camphrés qui en débordent les limites de quelques millimètres ; on les enlève dès qu'ils commencent à prendre, c’est-à-dire dès qu’on voit que l’épiderme se plisse et est soulevé par un peu de sérosité; s’il se forme une phlyctène, on la crève et on laisse sécher en pansant avec de la poudre d’amidon. Après beaucoup d’essais pour obtenir une substance liquide vésicante facile à manier, E. Vidal a fait fabriquer par un de ses anciens internes en pharmacie, Bidet, un vésicatoire liquide dont il suffit de passer une seule couche avec un pinceau sur les surfaces malades, pour obtenir le degré d’irritation nécessaire. Si le cuir chevelu est trop sensible, et si une seule couche du vésicatoire produit une phlyctène trop accentuée et une réaction trop vive, on ajoute du chloroforme au liquide vésicant : si au contraire une seule couche du vésicatoire ne produit pas d’effet utile, on en met deux couches.

Il est tout à fait exceptionnel que l’on soit obligé de passer trois fois de suite le pinceau sur la même place pour obtenir un commencement de vésication. Quand les plaques de pelade sont trop nombreuses, on ne les couvre de vésicatoires que successivement afin de ne pas agir sur de trop grandes surfaces et d’éviter tout accident du côté de la vessie. Lorsque les traces du premier vésicatoire ont disparu^ on en pose un second, et ainsi de suite. Il est bon de raser les plaques après chaque vésicatoire.

Il est de plus nécessaire de faire matin et soir des frictions énergiques sur tout le cuir chevelu avec un mélange irritant quelconque : voici celui que prescrivait E. Vidal :

Ammoniaque liquide . 1 à 3 cuill. à café.

Rhum . 1 à 3 cuill. à soupe.

Eau de feuilles de nover . 1 verre.

On peut encore employer de la même façon l’eau sédative de Raspail.

Si les cheveux rougissent sous l’influence de l’ammoniaque, on remplace ce mélange par de l’alcool camphré. Il est bon d’exciter le cuir chevelu en le brossant plusieurs fois par jour avec une brosse rude.

PELADE

Dans la pelade du visage, E. Vidal se servait aussi parfois de vésicatoires, mais il se contentait le plus souvent de faire raser le malade chaque jour et de lui prescrire des badigeonnages avec de la teinture de cantharides pure ou mélangée avec de la teinture de romarin en proportions convenables (de 1/5 à moitié), suivant l’irritabilité de la peau.

On peut formuler ces badigeonnages pour la barbe et les sourcils de la manière suivante : tous les matins, après s’être rasé, faire sur les points malades, en. en dépassant les bords, un badigeon énergique avec un des liquides suivants :

Teinture de cantharides . 30 grammes.

Teinture de romarin . de 10 à 30 —

Ou teinture de benjoin.

Immédiatement après, faire sur toute la région velue une friction avec le mélange suivant :

Alcoolat de Fioravanti .

Alcool camphré. . . .

Teinture de cantharides Teinture de romarin. .

( ââ 100 grammes.

J àà 10 à o0 grammes.

Ce mélange, qui est excellent, peut être employé pour le cuir chevelu; nous le faisons alterner d’ordinaire avec le mélange d’ammoniaque, rhum, eau de feuilles de noyer, prescrit par E. Vidal.

Voici le traitement méthodique recommandé par E. Besnier. « Quand les cheveux ont pu être coupés ras, chaque matin , on fait laver la tête à l’eau chaude à l’aide d’un savon de goudron, d’ichtyol, de naphtol, etc., et on fait ensuite une friction rapide générale avec une petite quantité d’un Uniment alcoolique faible renfermant de 5 centigrammes à 50 centigrammes de saloi ou d’acide salicylique pour 125 grammes d’alcoolat de lavande. Cette friction chez les sujets qui ont, à la suite des applications précédentes, le cuir chevelu squamulaire et les cheveux secs, est suivie d’une friction huileuse légère selon le type des formules de Lassar.

Huile de ricin, de pied de bœuf, etc . 100 grammes.

S a loi ou acide salicylique . de 0e1’, 23 à 1 —

Teinture de benjoin, baume du Pérou . Q. s. p. aromatiser.

« Dans les cas les plus ordinaires on frictionne la peau de la tête, tous les soirs, avec une petite quantité de la pommade suivante :

Baume du Pérou, acide salicylique. résorcine. àà 1 gramme.

Soufre précipité . 10 —

Lanoline, vaseline, . àà 30 —

« Chez les sujets hyperidrosiques, hyperstéatosiques, pendant la saison chaude, au lieu de Ponction précédente, on prescrit une friction avec la poudre d’amidon simple ou additionnée de 1 à 5 p. 100 de soufre précipité, d’aristol, de salol, de sous-nitrate de bismuth, etc.

«Chez les malades qui n’ont pas pu couper leurs cheveux, on emploie ces moyens le plus souvent possible selon les cas ou selon la saison, mais toujours au moins une ou deux fois par semaine.

« E. Besnier est un partisan convaincu de l’épilation de la zone périphérique des

plaques, zone de protection, jusqu’à ce que la pince de l’épileur ne rencontre plus qiie des cheveux solides résistant à la traction.

«Dans lescasoii le malade fait lui-même son traitement, il prescrit comme topique irritant, de faire chaque matin sur les plaques chauves et sur la zone tonsurée périphérique, une friction légère avec une boulette de coton imprégnée de quelques gouttes du Uniment suivant :

hydrate de chloral . 5 grammes.

Éther officinal . 25 —

Acide acétique cristallisant . de 1 à 4 —

« On obtient, par ce moyen, une tuméfaction légère qui ne risque jamais d’être trop énergique, et que l’on peut exercer tous les jours, ou tous les deux, trois ou quatre jours.

« Si l’action est insuffisante, on élève suivant les cas pour la même formule la dose d’acide acétique cristallisant à 2 ou à 3 grammes, et l’on a atteint, à ce dernier chiffre, la limite d’énergie du Uniment à confier au malade.

« C’est quand il faut agir énergiquement, et au début du traitement, que nous préconisons particulièrement les badigeonnages des parties alopéciques, avec l’acide acétique qui, employé pur, constitue un moyen d’action douloureux mais très énergique. Jamais nous ne mettons cet agent entre les mains des malades; nous réservons son emploi pour les cas rebelles; nous l’appliquons alors pur, à l’aide d’une boulette de coton ou d’un pinceau de charpie bien étanché, en évitant le coulage sur les parties voisines. La surface badigeonnée prend rapidement une teinte blanc d’argent, en même temps que la périphérie se congestionne vivement ; la douleur, très variable selon les sujets, est toujours vive, et se prolonge quelquefois dans la journée. Les jours suivants il se produit une épidermite exfoliaçite, quelquefois exsudative, dont la durée dépasse celle qui suit la vésication simple, et dont l’action peut être considérée comme se prolongeant en moyenne pendant deux semaines. Le malade peut rester pendant ce temps sans avoir à s’occuper du traitement local. Sile sujet estjeune, pusillanime, si la surface à irriter est grande, s’il y aune grande irritabilité tégumentaire, l’acide acétique peut être étendu, au moment de l’application, de chloroforme, d’éther officinal, ou de teinture d’iode, etc. Mais, dans tous les cas, à dose faible ou forte, en applications quotidiennes ou éloignées, c’est à l’acide acétique que nous donnons la préférence, parce que c’est l’agent dont l’action sur le follicule pileux et sur la fonction pigmentaire est la plus certaine. » (E. Besnier et A. Doyon. Traduction de Kaposi, 2e édit.)

« Si la pelade occupe la région velue de la face, le visage entier doit être lavé matin et soir, à l’eau chaude additionnée pour une demi-cuvette, d’une cuillerée à café d’un alcoolat à volonté, dans lequel on aura incorporé une substance légèrement excitante et aromatique, et même théoriquement antiparasitaire. »

« Les plaques alopéciques limitées par une bordure d’épilation, — que la barbe alentour ait été rasée, ou qu’elle soit conservée, — sont frictionnées tous les matins, avec une boulette de coton imprégnée d’un liniment faible tel que le suivant :

IJyd rate de chloral. . . . de 1 à 4 grammes.

Éther officinal . 25 —

Acide acétique cristallisant . de UK1',50 à 2 —

« Les applications sont réitérées ou interrompues, selon l’état de la peau, de

PELADE

façon à la maintenir légèrement hyperémiée et à peine excoriée, surtout s’il s’agit de dénudations étendues.

« Si la pelade est étendue aux membres et au tronc, les auteurs recommandent les bains excitants, sulfureux, sulfo-salins, les bains électriques, les frictions excitantes avec le gant de crin arrosé d’un liquide approprié, par exemple :

Alcoolat de Fioravanti . )

Alcoolat de lavande . ) aa ~<oU

Salol .

grammes.

(E. Besnier et A. Doyon. Traduct. de Kaposi, 2e éd.)

lels sont les deux traitements qui ont eu le plus de vogue en France contre la pelade.

A l’heure actuelle, nous prescrivons ce qui suit :

1° Toutes les fois que l’état du cuir chevelu le permet, quand les téguments ne sont plus irrités, faire sur les plaques malades en empiétant sur les bords, un badigeon aune seule couche avec le mélange suivant : acide phénique neigeux, hydrate de chloral, teinture d iode fraîche, ââ parties égales : couper ce mélange pour commencer de trois fois son volume d’alcool à 66°, puis peu a peu l’employer pur s’il ne cause pas une trop forte vésication.

2° lous les soirs, faire sur tout le cuir chevelu, y compris les plaques malades quand elles ne sont pas trop irritées, une friction avec le liquide suivant :

Acide acétique cristallisable . 5 grammes.

Teinture de Cantharides . 20 —

Teinture de romarin . 25

Alcoolat de Fioravanti . 50

Alcool camphré . 150

3’ Quand les plaques ne sont pas trop irritées, après la friction précédente y mettre pour la nuit la pommade suivante :

Teinture de cantharides.

Soufre précipité .

Goudron purifié .

Vaseline pure .

Baume du Pérou. . . .

| ââ 2 grammes.

0er,60

4U Le lendemain matin, décrasser les plaques avec de la liqueur d’Hoffmann. Nous estimons d’ailleurs qu’il est bon de ne pas toujours continuer la même méthode thérapeutique, et qu'il faut employer successivement divers procédés.

Voici, dans le même ordre d’idées, la formule de la lotion excitante n° 1 usitée à l’hôpital Saint-Louis :

Alcool camphré . 100 grammes.

Essence de térébenthine . 15

Ammoniaque . 5

Bailler conseillait de raser les surfaces malades de la tête deux fois par semaine et la barbe tous les jours, puis de faire, matin et soir, des frictions vigoureuses avec un des mélanges suivants :

Alcool camphré . . . .

Baume de Fioravanti .

Teinture de cantharides M. s. a.

| ââ 100 grammes, de 25 à 30 —

Ou bien :

Baume de Fioravanti .

Alcool camphré . âà 100 grammes.

Teinture de pjrèthre . )

Ammoniaque liquide . 6 —

Alcool à 90° .

Sulfate de quinine. . .

Essence de bergamotte Essence de Wintergreen M. s. a.

100 grammes.

Nous avons dit plus haut que Bazin, persuadé delà nature parasitaire de la pelade faisait dans cette affection son traitement habituel des teignes. Hardy employait au début une médication parasiticide ; il prescrivait de laver pendant quelques jours, matin et soir, le cuir chevelu avec une solution de sublimé au 1/500, puis de frictionner les points malades avec la pommade suivante :

Camphre. . . .

Turbith minéral

Axonge .

1 gramme.

Plus tard il n’utilisait cette pommade que le soir; le matin, il ordonnait de frictionner avec un des liniments excitants que nous venons de mentionner.

Cette méthode est fort rationnelle et mériterait d’être utilisée si l’on a jamais à traiter des pelades manifestement contagieuses : on donnera dans ces cas un soin tout spécial à la circonscription des plaques par l’épilation. L’emplâtre de Vigo que certains auteurs font appliquer constamment, sauf irritation trop vive, sur les plaques malades, mériterait d’être employé dans les mêmes circonstances.

Jacquet a beaucoup insisté dans ces derniers temps sur l’importance considérable des méthodes mécaniques dans le traitement de la pelade. Il a montré que le massage vigoureusement pratiqué sur les téguments peladiques, réveille leur tonicité et stimule leur nutrition. Tous les malades doivent triturer énergiquement leurs aires malades, les presser, les malaxer en tous sens, quinze, vingt, cinquante fois par jour. Ce massage, très facilement applicable à la barbe, devient plus difficile à exécuter au cuir chevelu ; cependant avec un peu d’habitude, les malades arrivent vite à le pratiquer eux-mêmes. Pour qu’il soit possible, il faut ménager la plaque peladique et n’employer en même temps comme médication excitante locale que des topiques médicamenteux produisant une irritation faible et permettant à la peau de supporter les manœuvres assez brutales de la trituration cutanée.

Procédé plus actif que le massage simple, Y acupuncture a pour but de provoquer une hypérémie passagère, mais renouvelable à volonté, favorable au réveil de la vitalité pilaire et utile à la repousse des poils.

Pour la pratiquer, on pique, par pressions répétées, avec une petite brosse en soie de porc (une brosse à dents un peu dure remplit ces conditions), l’aire alopécique et sa bordure ; en quelques secondes, la peau devient rouge, chaude, et chez quelques sujets pulsatile. On peut aller jusqu’à cinq ou six irritations quotidiennes et même davantage en prenant pour règle de s’arrêter au point où l’irritation tend à devenir exsudative. (L. Jacquet).

PELADE

Nous devons, en terminant, dire quelques mots des autres procédés, qui semblent assez rationnels et qui ont été préconisés soit en France, soit à l’étranger. Ce sont : les courants continus, la faradisation, les effluves locales de haute fréquence, la photothérapie, la radiothérapie 1 II fort préconisée en ce moment, les scarifications linéaires quadrillées, les injections sous-cutanées de sublimé, le massage, le brossage vigoureux des plaques, les sinapismes, les lotions éthérées, les teintures d’aconit, de piment, de vératrine, l’huile de macis, le goudron, l’huile de croton (dont on doit interdire l’usage parce qu’elle peut déterminer de l’alopécie irrémédiable par suppuration et destruction du follicule pileux), le thapsia, l’esprit de savon de potasse, l’acide salicylique, l’acide chlorhydrique, l’acide phénique, topique excellent quand il est bien manié et qui peut rendre de réels services (voir plus haut), la résorcine, l’acide lactique dont nous recommandons l’emploi comme caustique en solutions aqueuses appropriées comme force à la limite de résistance des téguments du malade, (de 1/3 à 1/25), l’essence de Wintergreen, la teinture de cannelle, etc.

Robinson et R. Crocker recommandent surtout la chrysarobine incorporée à de l’axonge ou à un mélange d’huile et de lanoline dans la proportion de 1/10 ou de 1/15: on en frictionne matin et soir les parties malades. Mais il faut ne s’en servir que sur le cuir chevelu, et encore dans ce cas, est-elle parfois mal tolérée et donnet-elle lieu à l’apparition d’érythèmes et d’inflammations vives. Cette substance serait, d’après eux, un topique des plus efficaces : elle aurait l’avantage d’être à la fois un parasiticide et un stimulant.

Les badigeons répétés de teinture d’iode et les applications de collodion iodé au 1/30 (Butte et Châtelain) constituent un excellent moyen de traitement.

Enfin on a beaucoup employé la pilocarpineà l’intérieur et à l’extérieur. A l’intérieur, on a administré la teinture de jaborandi. et fait des injections sous-cutanées de pilocarpine. A l’extérieur on frictionne matin et soir les parties malades avec une pommade contenant 1 partie d’extrait de jaborandi pour 4 parties d’axonge.

Quelle que soit la méthode de traitement que l’on choisisse, il faut se souvenir

I a Le 2 novembre 1900 Kienbôch présenta à la Société médicale de Vienne le premier cas de pelade traité par les rayons X et apparemment guéri : depuis lors les observations se sont multipliées.,. 11 semble que c’est à une stimulation papillaire qu'il faut attribuer les résultats obtenus, stimulation due très probablement à une modification d’ordre chimique. La méthode d’application doit, d’après Holzknecht, varier suivant les lésions. Si une partie du cuir chevelu est atteinte, si la lésion progresse rapidement, il faut irradier à la fois cheveux sains et parties glabres. La repousse complète sera un peu plus longue à se faire ; mais, en procédant ainsi, les foyers latents, s’il en existe, seront atteints, et, par suite, la guérison définitive sera plus rapide. Plus le nombre et l’étendue des plaques sont limités, plus l'irradiation isolée de chaque foyer est indiquée.

On devra se servir de rayons peu pénétrants, correspondant au n° 4 ou 5 du radiochromomètre de Benoist, et la quantité totale que l'on fera absorber à chaque point malade devra être telle qu’elle ne produise qu'un peu d’hypérémie, autrement dit le premier degré de la radiodermite . Cette quantité peut être évaluée, d'une façon générale, à 3 ou 4 II. Une période de quinze jours devra séparer chaque séance.

L’expérience montre que les résultats sont différents sur des sujets présentant des lésions objectivement identiques. Les uns sont améliorés, les autres restent stationnaires, et il n’est pas possible de déterminer a priori, comment se comportera tel ou tel cas. (Belot. Traité de radiothérapie).

il est entendu que l’on retrouve ici les différences au point de vue thérapeutique que nous avons signalées entre les pelades récentes et circonscrites, plus faciles à guérir, et les pelades anciennes ou généralisées, infiniment plus résistantes.

La radiothérapie ne doit d’ailleurs, à notre avis, être considérée que comme une méthode d'exception, réservée aux cas rebelles. (Voir Ernst Bender : Zur Rôntgentherapie der Alopecia areata : Dermat. Zeitschrift, Bd. XIII, H. 3).

II en est de même de la photothérapie très préconisée autrefois par Finsen dans la pelade, et que l’on néglige maintenant de plus en plus.

des deux règles suivantes qui dominent la médication de la pelade : il faut irriter le cuir chevelu autant qu’il est possible de le faire, étant données la susceptibilité du malade et les obligations de la vie ; mais l’action irritante ne doit jamais dépasser la vésication superficielle ; il ne faut jamais produire ni une suppuration diffuse, ni une pustulation folliculaire et périfolliculaire, de peur d’amener la destruction du bulbe pileux, ce qui serait suivi d’une alopécie définitive.

B. Pelades décalva?ites. — Dans les pelades décalvantes , les malades auront à se soigner avec la plus grande persévérance pendant plusieurs mois et même plusieurs années. Il vaut mieux dans ces formes étendues employer des topiques d’assez faible intensité pour ne pas provoquer des irritations trop vives. D’ailleurs chez les névropathes il faut se défier des topiques douloureux qui peuvent provoq uer des crises nerveuses et par suite des poussées de déglabration.

Lorsque ces pelades décalvantes s’accompagnent de séborrhée intense il est utile d’instituer le traitement de la séborrhée huileuse par la lotion soufrée ou par les pommades à l’huile de cade et au soufre (voir article Séborrhée).

Quand la guérison arrive, les plaques se recouvrent d’abord, comme nous l’avons dit plus haut, d’un fin duvet. Il faut le raser ou l’épiler et continuer le traitement : peu à peu, le duvet devient plus fourni, plus volumineux ; enfin il se transforme en poils solides. Nous avons vu que parfois ces premiers poils sont blancs ; on peut espérer chez les sujets encore jeunes leur faire reprendre leur couleur primitive en leur faisant subir une, deux ou même plusieurs épilations, ou en frictionnant les plaques avec de l’acide acétique. (Voir plus haut.)

ÉRUPTIONS MONOMORPHES A DISTRIBUTION

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