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LE PROCESSUS HYPERTROPHIQUE ATTEINT LES VAISSEAUX DERMIQUES

Les Télangiectasies1.

Nous n’avons à décrire ici que les télangicctasies qui semblent être essentielles ou primitives, c’est-à-dire qui ne dépendent pas directement d’une lésion matérielle connue des organes de la circulation, ou d’une autre dermatose bien définie. On peut les diviser en :

1° Télangiectasies proprement dites des vaisseaux sanguins;

2° Lymphangiectasies ou télangiectasies des vaisseaux lymphatiques ;

3° Asphyxies réticulaires.

1° Télangiectasies proprement dites des vaisseaux sanguins. — - On doit les subdiviser en deux classes principales suivant qu’elles sont généralisées, diffuses, ou qu’elles sont disposées en plaques assez petites, nettement limitées, dispersées ça et là sur la surface des téguments.

A. Télangiectasies essentielles diffuses. — Il nous semble qu’on doit en distinguer divers degrés allant depuis les petites dilatations vasculaires qui zèbrent les téguments de Certains sujets très prédisposés aux varices, j usqu’aux types morbides dont nous allons dire quelques mots.

Il est relativement fréquent d’obsepver des dilatations vasculaires çà et là disséminées sur toute la surface de la peau, chez des sujets chez lesquels on voit de grosses veines bleues dilatées soulever les téguments des membres supérieurs et inférieurs.

L’extrême exagération de cet ordre de faits aboutit aux formes morbides suivantes, lesquelles sont fort rares.

a) Télangiectasies essentielles diffuses amorphes. — Les sujets qui en sont atteints présentent une rougeur généralisée diffuse des téguments. A la face existent de nombreuses télangiectasies. La coloration rouge des téguments s’efface momentanément par la pression du doigt. Quand on examine la peau avec quelque attention il est aisé de reconnaître que cette teinte n’est pas de l’érythème, mais qu’elle est uniquement due à un fin réseau de capillaires nettement ectasiés; çà et là se voient de plus grosses varicosités. Il n’y a ni prurit, ni brûlure, ni cuisson. Dans un cas de ce genre les effluves de haute fréquence longtemps continuées nous ont paru améliorer le malade : il prenait en même temps de l’hamamelis.

1 Voir en outre Tableaux d'ensemble , et notre article Télangiectasies de la Pratique dermatologique, dont celui-ci est le résumé.

TELANGIECTASIES

b) Télangiectasies essentielles diffuses en réseaux. — Dans les cas peu marqués de cette variété que nous avons vus, et qui rentrent presque dans le livedo (voir plus loin), il s’agissait surtout de femmes, plus rarement d’hommes, qui présentaient sur les cuisses, les jambes, les avant-bras, les seins quand ils étaient volumineux, des réseaux bleuâtres, violacés, plus rarement rosés. Leurs tractus constitutifs étaient sinueux, fort irréguliers de dimensions, de 2 à 3 millimètres de f

largeur en moyenne, a bords assez mal délimités; ils formaient dans leur ensemble des mailles presque toujours irrégulièrement losangiques, de grandeur variable, de 1 à 2 centimètres dans leur grand axe, lequel était dirigé dans le sens de la longueur des membres.

Ils s’effaçaient complètement ou presque complètement par la pression et par la distension des téguments ; ils s’accentuaient par la situation déclive, par la compression de la racine du membre, parle froid. Presque toujours les individus qui en étaient atteints nous ont paru être des acroasphyxiques. Nous n’avons pas observé chez eux de troubles marques de la sensibilité.

B. Télangiectasies essentielles en plaques. — Elles se divisent en deux grandes catégories suivant qu’elles sont congénitales ou acquises.

a) Congénitales , elles forment les nævi vasculaires sur lesquels nous n’insisterons pas ici, car nous les décrivons à l’article Nævi. Faisons remarquer que toute une série insensible de faits de passage relie étroitement ces nævi vasculaires, qui peuvent prendre du développement et devenir visibles à un âge quelconque de la vie, à la catégorie de faits que nous allons maintenant étudier.

b) Les télangiectasies essentielles en plaques acquises sont fort rares. Il y en a à peine une quinzaine de cas connus.

Les femmes semblent être beaucoup plus prédisposées à cette affection que les

Fig. 361.

Télangiectasies en plaques disséminées.

hommes.

Les antécédents morbides des sujets atteints sont des plus divers. On a signalé des maladies infectieuses, telles que l’érysipèle récidivant, la grippe, la syphilis ; des maladies chroniques, comme la lithiase biliaire, la néphrite chronique, le cancer. Certaines malades étaient obèses, la plupart fortement névropathes.

Il est presque toujours difficile de préciser l’époque du début : il est probable que

les télangiectasies en plaques peuvent se développer à tous les âges de la vie, dans l’enfance, dans l’âge adulte et dans la vieillesse.

Leur siège initial est des plus variables. Cependant presque toujours elles se montrent d’abord aux membres supérieurs ou aux membres inférieurs. Elles semblent aussi être beaucoup plus fréquentes en ces régions; cependant le tronc tout entier peut en être littéralement criblé.

Elles se présentent sous la forme détachés dont les dimensions moyennes varient de celles d’une tête d’épingle à celles d’une pièce de 1 franc en argent; la plupart ont une surface à peu près égale à celle d’une pièce de 20 centimes en argent, mais on en voit, surtout aux jambes, qui atteignent les dimensions d’une pièce de 2 francs et même davantage. Leurs limites, quand on les regarde d’un peu loin, sont assez nettes: mais, quand on les examine de très près, ceslimites apparaissent au contraire assez imprécises, car les dilatations vasculaires serrées qui les constituent envoient quelques fins prolongements dans les téguments voisins. Elles ne font nullement saillie sur la surface des téguments, mais à leur niveau il n’y a pas non plus de dépression. Leur forme générale est ovalaire : quelques-unes, surtout parmi les plus petites, sont arrondies ; il y en a peu de franchement irrégulières. A la face interne et antérieure des cuisses leur grand axe est dirigé de haut en bas et de dehors en dedans, aux jambes il est vertical, sur les parties latérales du tronc il est obliquement dirigé d’arrière en avant, de haut en bas, suivant la disposition générale des éruptions de cette région; sur l’abdomen il est transversal. Ailleurs la configuration des plaques est assez nettement arrondie.

La face est fort rarement envahie, mais on y observe des varicosités disséminées: les paumes des mains et les plantes des pieds ont jusqu’ici été toujours trouvées indemnes.

La teinte des plaques varie suivant leur localisation du rouge vineux et violacé, au rouge vif et clair. Elle s’atténue par le séjour au lit; elle s’accentue par la station debout et par la compression des membres vers leur racine. La plupart s’effacent complètement ou presque complètement par la pression digitale directe, ou par la distension des téguments.

En les regardant de fort près, il est facile de s’assurer qu’elles sont constituées par de très fines télangiectasies arborisées, agglomérées, d’un rouge plus ou moins vif. An niveau de certaines d’entre elles il existe une ou plusieurs varicosités bleuâtres dont la teinte tranche sur celle des plaques.

Il ne semble pas que la température des téguments soit abaissée à leur niveau : les divers sensibilités y sont normales.

Suivant la phase de l’affection et suivant les sujets, leur nombre est éminemment variable. On peut n’en observer que quelques-unes disséminées çà et là sans ordre apparent sur les membres supérieurs et inférieurs. Par contre, les téguments peuvent être littéralement criblés. Sur une de nos malades nous en avons compté près de 500.

L’épiderme peut être légèrement plissé à leur surface, et comme parcouru par de très fines lignes qui se coupent perpendiculairement ou obliquement, formant ainsi un fin quadrillage, dont les losanges intermédiaires offrent une minuscule facette brillante. Parfois l’aspect des téguments est un peu atrophique. Parfois on trouve à leur surface une desquamation furfuracée ou lamelleuse.

Parfois aussi, il existe à leur niveau en un ou plusieurs points des taches blanchâtres de forme générale arrondie quoique ayant des limites un peu irrégulières, de la dimension moyenne d’nne tête d’épingle, qni donnent à l’œil l’impression

TÉLANGIECTASIES

d’une cicatrice souple. Cette particularité nous paraît assez importante, car il serait fort possible qu’il y eût des faits de passage entre certaines télangiectasies en plaques et certains faits d’atrophies cutanées en plaques.

Pathogéaie. — On a édifié plusieurs théories pathogéniques pour expliquer le développement des télangiectasies essentielles: 1° la théorie névropathique, pai dilatation paralytique des réseaux vasculaires du derme ; 2° la théorie mécanique, par gêne de la circulation générale; 3° la théorie toxique , par toxicité rénale ou hépatique par exemple. Nous n’hésitons pas à affirmer qu’aucune de ces théories ne nous paraît pouvoir être appliquée aux cas que nous avons observés. (Voir le cas de Mosny, observé chez un saturnin : Soc . méd. des hôpitaux de Paris, 10 nov. 1905).

Traitement. — On doit avant tout rechercher la cause des télangiectasies. et s’efforcer de la combattre.

Quand il s’agit de télangiectasies que l’on ne peut rattacher à une maladie de peau bien caractérisée, on doit examiner avec le plus grand soin le sujet pour voir s’il n’y a pas chez lui quelque cause de gêne de la circulation générale ou locale qui puisse expliquer la production des dilatations vasculaires. On sait, en outre, qu’il se développe fréquemment des télangiectasies faciales chez certains sujets à la suite de congestions faciales répétées, dites bouffées de chaleur, lesquelles surviennent sous l’influence des excès de travail, des idées fixes, des émotions vives, du froid aux pieds habituel, de la constipation, de troubles génito-urinaires, de la compression exercée par un corset ou par un col trop serrés, de contacts irritants incessants tels que l’air, le froid, le vent, le feu, etc.

Le traitement hygiénique général devra reposer sur les données précédentes:

Nous ne connaissons guère de médicament interne qui agisse réellement contre ces dilatations vasculaires; cependant l’hamamelis virginica, la teinture de marrons d’Inde et l’ergot de seigle ont depuis longtemps une telle réputation d’efficacité qu’on est autorisé à les prescrire.

Localement on peut détruire les télangiectasies: 1° par les scarifications linéaires quadrillées que l’on fait très serrées le long des vaisseaux en tâchant de les diviser et de les rediviser le plus possible, et que 1 on repète tous les huit joui s,

Angioma serpiginosum. — R. Crocker désigne sous ce nom une affection rare qui a pour la première fois été décrite par Hutehinson sous le nom de infeclive angioma ou nævus-lupus. tille consiste en de petits éléments vasculaires, d'un rouge brillant, enchâssés dans la peau: ils se réunissent de façon à former de petits groupes, puis ils s’étendent périphériquement en guérissant au centre et en formant ainsi des circinations d'un demi-pouce environ de diamètre.

De nouveaux éléments se développent constamment un peu en dehors des plaques, et 1 affection s’étend- ainsi en gardant une apparence générale gyratée, avec de petits éléments constitutifs analogues comme aspect à des grains de poivre de Cayenne. Leur teinte pâlit parfois un peu par la pression, mais pas toujours, comme dans 1 angiokéi atome.

Des recherches nouvelles sont nécessaires pour préciser la nature réelle de ces faits : il semble aue leur point de départ soit souvent un naevus vasculaire. Hutehinson les rapproche du lupus. Lassar qui en a décrit un cas, en fait une forme de lupus érythémateux, et il est probable qu’en réalité son cas était analogue à notre lupus érythémateux télangiectasique à aspect d'angiokéra-

l°l)arier qui a vu des préparations provenant d'un cas de White, pense qu’il s'agissait d’un angiosarcome spécial. D’autres examens histologiques ont lait reconnaître dans d’autres cas la structure du nævus vasculaire simple. . L , ,. , , , ,

11 est donc possible qu’il ne s’agisse ici que d un syndrome ; mais toute cette etude est a reprendre.

(Voir R. Crocker, loc. cit., p. 906.) .......

Le seul traitement rationnel que l'on puisse conseiller pour de semblables lésions est lelectio-

lyse. (Voir nævus vasculaire.)

2° Par l’électrolyse négative, en employant de fines aiguilles en platine iridié avec lesquelles on cathétérise en quelque sorte les vaisseaux, et par lesquelles on fait passer un courant de 2 à 3 milliampères pendant quinze à vingt secondes de façon à décomposer les dilatations vasculaires ;

3° Par les effluves de haute fréquence ;

Fig. 362. — Réseaux vasculaires sur la face interne de la cuisse gauche.

-4° Par une très line pointe d’électrocautère portée au rouge sombre avec laquelle on volatilise la dilatation en un ou plusieurs points, en ayant soin d’agir exactement sur elle à la profondeur voulue ;

5° Par la photothérapie.

On a encore préconisé pour les plaques circonscrites des applications de collodion élastique ordinaire, ou de collodion non riciné.

Pour 1 es télangiectasies diffuses on a recommandé des massages, des applications

LES NÆVI

de solutions de chlorhydrate d’ammoniaque à 2 p. 100, ou encore des applications de pommades à l’adrénaline, à l’hamamelis et au savon noir dont on gradue l’énergie suivant le degré de tolérance des téguments. Mais ces derniers moyens locaux n’ont pas une bien grande efficacité.

2° Lymphangiectasies cutanées essentieli.es. — Nous ne faisons que signaler ces

lésions qui sont fort rares et du domaine de la chirurgie.

3° Asphyxies réticulaires ou livedo. — Réseaux vasculaires. — Il est assez fréquent d’observer chez certains sujets ayant l’habitus extérieur de ce que l’on appelait autrefois le lymphatisme, fortement acro-asphyxiques, des réseaux bleuâtres plus ou moins accentués suivant les cas, violacés et livides aux membres inférieurs, moins colorés, quelquefois même légèrement rosés aux bras, aux seins, etc..., constituant une sorte de réticulum dont les mailles varient comme dimensions de 5 à 15 millimètres de diamètre1.

LE PROCESSUS HYPERTROPHIQUE

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