I. — ATROPHIES DES POILS. ALOPÉCIES
On peut les subdiviser en :
A. Acquises.
B. Congénitales.
ATROPHIES DES POILS ET ALOPÉCIES ACQUISES 619
A — ATROPHIES DES POILS ET ALOPÉCIES ACQUISES. a. — Atrophies propres des poils.
a) Trichoptilose.
Symptômes. — Dans l’affection que l’on a décrite sous le nom de trichoptilose (scissura pilorum, fragüilas crinium , irichoxerosis), le cheveu est pins ou moins sec : il est fendu soit à son extrémité, soit dans une grande étendue; de plus, il peut être éclaté latéralement.
Cette altération du poil est parfois symptomatique d’une affection parasitaire nettement caractérisée comme la tric-hophytie, ou d’une affection à longue durée du cuir chevelu, comme la séborrhée sèche et l’eczéma, ou bien enfin d’une maladie constitutionnelle grave comme les affections fébriles, la phtisie, la scrofule, les cachexies (Jackson). Sa médication consiste dans ces cas à traiter 1 affection qui en est la cause.
La trichoptilose se montre aussi indépendamment de toute autre maladie ; elle affecte alors le cuir chevelu, surtout chez les femmes, et assez fréquemment la barbe. Elle coïncide fréquemment chez la femme avec la trichorrhexis nodosa.
Ses conditions pathogéniques sont inconnues. Cependant Spiegler (Congrès de Paris 1900) aurait trouvé dans cette lésion un bacille mobile, de 3 à 6 u-, sporulé, dit-il, liquéfiant la gélatine, donnant sur gélose une culture blanche, avec laquelle cet auteur aurait reproduit la trichoptilose sur des cheveux sains. Ces recherches méritent d’être confirmées pour être admises : or, elles ne l’ont pas encore été.
La trichoptilose nous parait dépendre fort souvent d’un état de sécheresse exagérée du poil. (Voir ci-dessous ce que nous disons de la trichorrexis nodosa.)
Traitement. — Le traitement de cette lésion est peu satisfaisant. Nous conseillons de couper chaque poil au-dessus de l’endroit où il est fendu, et de remettre de temps en temps de l huile sur le bout des cheveux qui sont trop secs. Dans les cas les plus rebelles, on n a guère obtenu de résultats qu en faisant raser le malade pe ndant un certain temps. Les diverses préparations dites toniques ou antiseptiques du cuir chevelu (voir Alopécie et Séborrhée) ne semblent pas avoir d efficacité.
p) Trichorrhexis nodosa.
Symptômes. — L’affection que 1 on a décrite sous le nom de trichom hexis nodosa ( trichoclasia , clastothrix , nodosilas crinium, etc...) est caractérisée par ce fait que les cheveux se gonflent en un ou plusieurs points, et éclatent en quelque sorte à ce niveau : de telle manière que leurs fibres se séparent les unes des autres et forment à 1 extrémité des deux tronçons du poil qui aboutissent au renflement, deux bouquets qui se touchent par leur épanouissement. Puis l’adhérence devient encore moins forte et le poil se rompt.
Les malades ne sont avertis de l’existence de cette affection par aucune sensati on subjective. Ils s’aperçoivent que leurs poils cassent, et portent au bout cassé une sorte de renflement en pinceau. Si on les examine avec soin, on voit qu’un certain nombre d’entre eux présentent sur leur continuité de petits renflements grisâtres ou blanchâtres, nodulaires, que l’on prendrait au premier abord pour de petites lentes, mais qui sont plus arrondis, plus réguliers, et qui intéressent le poil dans toute sa circonférence. Leur nombre varie sur le même poil de un à
cinq : ils sont situés d’ordinaire au tiers de sa longueur. A la moindre traction le poil cède et se casse à leur niveau. D’ailleurs le bulbe ne semble pas être intéressé, et il ne se produit pas d’alopécie véritable.
L’affection siège à la barbe chez l’homme. On l’a aussi constatée au cuir chevelu et au pubis chez la femme ; d’après P. Raymond elle serait très fréquente en cette dernière région.
Depuis plusieurs années elle est devenue d’une extrême fréquence à l’extrémité des cheveux des femmes du monde, du moins à Paris. Chez elles, les cheveux sont fort secs; ils perdent leur couleur normale, deviennent un peu roux, crépitent parfois sous le peigne. Ils cassent à 5-10-15 millimètres de leur extrémité au niveau des nœuds de trichorrhexis qui se forment incessamment : et ils arrivent ainsi progressivement à se raccourcir. Nous avons vu assez souvent des dames qui arrivaient à n’avoir que des cheveux de quelques centimètres de longueur. Le plus souvent ils ont de 25 à 35 centimètres de long et semblent ne plus pousser, car ils cassent sans cesse au bout libre.
L 'étiologie de la trichorrhexis nodosa est fort obscure. La plupart des auteurs ont de la tendance à en faire une sorte de trouble trophique. P. Raymond et Menahem Hodara sont convaincus de sa nature parasitaire. Dekeyser a isolé un microcoque arrondi disposé par deux, quelquefois par quatre, qu’il considère comme l’agent pathogène de cette affection ( Congrès de Berlin , 1904). Hodara a décrit un bacille; il l’a cultivé ; Spiegler, Essen, Marcusfeld en ont aussi isolé et cultivé un. Sabouraud croit, et nous croyons avec lui, que c’est le résultat de la trop grande sécheresse des cheveux et de leurs trop fréquents savonnages.
Traitemeiit. — On a tout essayé contre cette curieuse maladie sans pouvoir arriver à aucun résultat utile. Citons parmi les médications recommandées les lotions matin et soir avec un mélange de 15 grammes de carbonate de potasse et de 150 grammes d’alcool dilué, les pommades au tannin et a l’huile de cade (Gamberini), une pommade composée de 50 centigrammes d’oxyde de zinc, de 1 gramme de soufre lavé et de 10 grammes d’onguent simple (Schwimmer), etc...
Wolfberg conseille l’expectation pure et simple ; mais il est probable qu’il vaut mieux raser la barbe pendant un certain temps et faire quelques frictions excitantes; E. Besnier préconise d’épiler tous’les poils altérés, et de faire jusqu’à la sortie du poil nouveau des applications de teinture de cantharides.
D’après notre expérience personnelle, il convient de conseiller aux femmes qui ont leur chevelure dévastée par cette affection :
1° De faire couper soigneusement tous les dix jours les cheveux au-dessus des nœuyds ;
2° De soigner la séborrhée ou le pityriasis simplex, parfois le pityriasis stéatoïde (séborrhéides circinées ou parakératoses psoriasiformes) du cuir chevelu par les moyens appropriés (voir ces mots) ;
3° De ne laver les cheveux que lorsque c’est indispensable, et, immédiatement après l’avoir fait de remettre de l’huile ou un corps gras quelconque sur les extrémités des cheveux;
4° On peut, si l’on croit à la nature microbienne de la maladie, faire des lotions parasiticides au pétrole ou au sublimé sur le bout des cheveux; mais, si on le fait, il convient d’y passer immédiatement un liniment huileux quelconque L.
1 Dans un intéressant article paru en juin 1905 dans le Journal of cutaneous cliseases, p. 246, M. L. Heidingsfeld émet l'idée fort judicieuse que l’on doit distinguer : 1° Une trichorrhexis
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y) Nodosité des foies ( Nodose hair : monilethrix) .
Symptômes. — Dans Paffection fort peu connue que l’on a décrite sous le nom de nodose hair ( aplasie intermittente ou nionili forme des poils de Virchow, atrophie en sablier d’Hallopeau), les cheveux présentent de nombreux rétrécissements occupant toute leur largeur; de telle sorte qu’ils prennent un aspect moniliforme assez régulier. Ils sont secs, minces, cassants, lanugineux, et d’ordinaire fort courts. Les parties étroites sont peu colorées; les parties renflées le sont davantage, etrenferment une assez grande quantité de pigment. La substance médullaire du poil est atrophiée même au niveau des nodosités.
Hallopeau a prouvé que le système pileux peut être pris dans sa totalité : c’est ainsi qu'il a pu retrouver cette difformité à la région présternale, aux aisselles et au pubis. Cette affection est d’après lui héréditaire au premier chef. Elle est parfois congénitale. Dans le cas fort remarquable qu’il a montré à la Société française de Dermatologie le 12 avril 1890, les cheveux avaient à peine de 6 à 10 millimètres de long et ils présentaient pour ainsi dire tous à leur base une papule circumpilaire ressemblant à un élément de kératose pilaire; il y en avait beaucoup de recroquevillés. On voyait çà et là des cicatrices blanches avec alopécie dues à l’évolution de ces papules. Il semble donc que la kératose pilaire ait des rapports très étroits avec l’affection qui nous occupe.
D’après E. Besnier, l’altération moniliforme des poils ne constituerait pas une maladie bien définie, mais un symptôme qui s’observerait dans divers états morbides, en particulier dans la pelade.
11 est possible que le monilethrix ne soit qu’une anomalie de développement du poil pouvant être symptomatique de diverses affections soit locales, soit générales. Mais ce ne sont encore là que des hypothèses.
Il ne faut pas confondre le nodose hair avec la canitie annelée. (Voir l’article Canitie.)
Le traitement doit être celui de la trichorrhexis nodosa, et, suivant les cas, celui de la kératose pilaire. (Voir ces mots.)
B. Alopécies proprement dites.
a') Alopécies qui dépendent d’une mauvaise hygiène du cuir chevelu.
Pour avoir leur maximum de vitalité, le cuir chevelu et les cheveux ne doivent pas rester souillés de saletés et de poussières, ils ne doivent être ni trop secs, ni trop huileux, mais souples et légèrement onctueux; aussi de trop incessants nettoyages à l’eau et au savon, ou aux diverses préparations alcooliques qui sont si employées sous le nom de frictions, peuvent-ils être nuisibles pour la conservation de la chevelure quand le sujet a le cuir chevelu sec.
Il est bon de brosser et de peigner tous les jours les cheveux sans trop irriter le cuir chevelu, sans agir sur lui mécaniquement avec trop de violence.
Les personnes qui portent constamment leur tête couverte de chapeaux lourds et hermétiquement clos perdent leurs cheveux avec beaucoup plus de rapidité que celles qui ont la tête habituellement découverte.
noclosa vraie que l'on n’observe qu’assez rarement et qui est certainement pathologique ; 2° Une pseudo- trichorrhexis nodosa que l'on rencontre très fréquemment à l’extrémité des cheveux et des poils de la barbe, lorsqu’on leur permet d'atteindre une grande longueur, et qu'on reste sans les couper pendant fort longtemps. (Voir le travail de cet auteur pour l’exposé des théories pathogéniques de cette lésion.)
Il est également mauvais d’exposer directement et pendant longtemps le cuir chevelu à l’action d’une source de chaleur intense, telle qu’un hec de gaz, une lampe à pétrole.
On ne doit pas imposer aux cheveux une direction qui ne leur est pas naturelle : les coiffures dites Henri 11 pour les hommes, les coiffures de femmes qui consistent à relever les cheveux et à tirer sur leur racine en sens inverse de leur direction normale, sont désastreuses pour les cheveux.
Il en est de même pour les crépons et les faux cheveux que portent les femmes et qui déterminent une chaleur exagérée du cuir chevelu.
La pression incessante des peignes et des épingles sur le cuir chevelu facilite la destruction des bulbes pileux.
L’usage habituel de la plupart des teintures rend les cheveux cassants et leur enlève de leur vitalité. Cependant, les personnes qui ont beaucoup de séborrhée peuvent employer sans trop d’inconvénients et même parfois avec un certain avantage quelques préparations, le henné en particulier.
Pour le traitement de ces alopécies, nous renvoyons à la thérapeutique générale, au chapitre hygiène de la chevelure.
h) Alopécies semblant dépendre d’états généraux.
Elles se divisent en deux grandes classes :
a. Les alopécies qui dépendent de maladies intercurrentes bien définies et d’autointoxications.
(L Les alopécies qui dépendent de troubles de la nutrition générale et de prédispositions héréditaires ou acquises.
a. — Alopécies dépendant de maladies accidentelles et d’autointoxications. — Elles comprennent :
1° Les alopécies consécutives à des maladies générales aiguës ;
2° Les alopécies consécutives à des maladies générales chroniques ;
3° Les alopécies consécutives à des affections d organes.
1° Alopécies consécutives à des maladies générales aiguës.
Symptômes. — A la suite des opérations chirurgicales, des accouchements, d’un grand nombre de maladies aiguës graves, parmi lesquelles nous citerons surtout la fièvre typhoïde, les formes de grippe auxquelles on a donné le nom d’influenza, les diverses lièvres éruptives, le rhumatisme articulaire aigu, etc., on voit les cheveux tomber avec plus ou moins d’abondance et de rapidité. Parfois la chute est tellement intense qu’en l’espace de quelques jours le cuir chevelu se dégarnit complètement ; c’est le processus auquel les anciens auteurs avaient donné le nom de defluvium capillorum .
Il est plus fréquent de n’observer qu’une chute de cheveux modérée ; presque toujours le processus morbide est disséminé et intéresse d’une manière uniforme la totalité de la chevelure.
Le cuir chevelu peut être blanc, lisse, propre, en apparence indemne de toute lésion ; fort souvent il coexiste soit de la séborrhée vraie, soit surtout du pityriasis du cuir chevelu.
Ces chutes de cheveux chez les convalescents ne sont, le plus souvent, que des accidents passagers. Bientôt, en effet, sous l’influence de simples soins d’hygiène,
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de quelques frictions excitantes ou même spontanément, les cheveux repoussent aussi touffus ou presque aussi touffus qu’avant la maladie. Il n’est pas rare de les voir changer de teinte.
Dans quelques cas cependant, il persiste de la séborrhée ou des séborrliéides, et l’on voit survenir tous les accidents qu’entraînent ces affections.
Les cheveux se détachent du cuir chevelu : ils ne se cassent pas ; parfois cependant ils sont divisés à leur extrémité libre (trichoptilo.se). Ils ne sont ni atrophiés, ni déformés vers leur point d’implantation ; ils ont un bulbe plein qui se présente à l’œil nu sous la forme d’un petit point blanchâtre un peu dur au toucher.
2° Alopécies consécutives à des maladies générales chroniques .
Symptômes. — Nous laisserons ici de côté les alopécies qui dépendent des intoxications chroniques comme le mercurialisme, l’arsenicisme, celles qui s’observent dans les grandes maladies microbiennes comme la phtisie, la lèpre, la syphilis, etc, . ., car elles ne rentrent pas dans le groupe que nous étudions.
Nous n’avons en vue dans ce chapitre que celles qui accompagnent l’anémie, la chlorose, le diabète, le cancer, etc...
Elles agissent d’ordinaire sans qu’il y ait de lésion du cuir chevelu appréciable à l’œil nu.
Dans la plupart de ces grands processus, la chute des phanères est assez lente, successive ; elle persiste pendant toute la durée de la maladie avec des oscillations diverses et résiste à toutes les médications locales. Il y a toujours disproportion évidente entre les lésions du cuir chevelu que l’on peut parfois constater et la rapidité de la chute des cheveux. Dans beaucoup de cas on trouve néanmoins du pityriasis, des croûtes graisseuses, ou de la séborrhée fluente, toutes lésions dont il faut tenir compte pour le traitement.
On n’a pas encore suffisamment étudié les altérations des cheveux et du cuir chevelu dans ces états généraux. (Voir la description des lésions des cheveux dans l’alopécie syphilitique : chapitre de la syphilis.)
Diagnostic. — Les alopécies de ces états généraux soit aigus, soit chroniques, se distinguent d’ordinaire avec assez de facilité, grâce aux commémoratifs fournis par les malades.
Toutes les fois que nous sommes consultés pour des alopécies qui nous paraissent hors de proportion avec les lésions locales du cuir chevelu, nous avons pris l’habitude d’examiner les ongles du malade et en particulier les ongles des pouces et des index. Quand il s’agit d’une alopécie tenant à un état général grave, on observe presque toujours vers la base de l’ongle (maladies aiguës) ou en certains points de son étendue (maladies chroniques) des dépressions transversales plus ou moins larges, plus ou moins profondes, suivant la manière dont les phanères ont été atteintes. Il faut que ces lésions soient symétriques, bilatérales, pour avoir de la valeur; car, lorsqu’elles sont unilatérales, elles sont le plus souvent en rapport avec des causes locales de malformation de l’ongle. Ce moyen, fort simple, met souvent sur la voie du véritable diagnostic, et l’interrogatoire ultérieur du malade vient presque toujours confirmer ce que les ongles ont enregistré.
S’il s’agit d’une alopécie intense consécutive à une maladie aiguë grave , les cheveux tombent à la moindre traction, par mèches, sur la totalité du cuir chevelu ; il y a ou il n’y a pas du pityriasis capitis ou des croûtes graisseuses; les ongles portent tout, à fait vers la matrice unguéale une profonde dépression transversale.
S’il s’agit d 'une maladie chronique grave , l’alopécie est plus lente, plus progressive, toujours diffuse, ce qui la distingue des alopécies prématurée idiopathique, séborrhéique, etc. Les ongles présentent des malformations, des sillons et des saillies transversales multiples. S’il y a une maladie locale du cuir chevelu coexistante, elle est hors de proportion avec l’intensité de l’alopécie.
(Voir les articles lèpre et syphilis pour la description des alopécies dépendant de ces affections.)
Traitement des alopécies consécutives aux états morbides généraux. — La première indication qui se pose est de traiter l’état général et de tonifier le malade avec des médicaments appropriés à l’affection dont il vient d’être atteint et à sa constitution. Les préparations arsenicales et phosphatées rendent de grands services quand l’estomac les tolère.
Si la chevelure est trop compromise, il ne faut pas hésiter à la raser complètement ; on répète cette opération tous les quatre ou cinq jours pendant deux ou trois semaines. Ce procédé radical est d’ordinaire fort mal accepté parles malades; mais il est de beaucoup le plus efficace, et il rend les applications des divers topiques plus faciles et plus rapides.
Si les cheveux ne tombent que d’une manière relativement modérée, on doit essayer de les conserver, surtout lorsqu’il s’agit de femmes ou de jeunes filles. 11 faut, dans ce cas, les démêler et les peigner avec précaution pour ne pas arracher et casser ceux qui ont encore de la vitalité. Par contre, on ne doit pas craindre d’ôter tous ceux qui n’adhèrent que faiblement et qui sont à bulbes pleins, car ils constituent autant de corps étrangers dont il faut débarrasser le cuir chevelu. Il faut d’ailleurs tenir la tête propre. (Voir hygiène de la chevelure pour la façon dont on doit la laver.)
Gomme médication locale, on peut se contenter de faire une friction quotidienne du cuir chevelu avec une des préparations suivantes :
Alcool à 80° . 80 grammes.
Alcool camphré .
Rhum .
Teinture de cantharides.
Glycérine .
Essence de santal, de Wintergreen . âà 5 gouttes.
Chlorhydrate de pilocarpine . 50 centigrammes.
Faire une friction légère sur le cuir chevelu une fois par jour.
Ou bien :
Teinture de jaborandi . 25 grammes.
Teinture de cantharides au 10e . 25 —
Liniment savonneux . 100 —
Mêler et agiter avant de s’en servir.
Faire une friction une fois par jour.
Il suffit donc de formuler une lotion excitante alcoolique quelconque renfermant du rhum, de l’eau-de-vie, de l’alcool camphré, aromatisée soit avec l’alcoolat de mélisse, soit avec l’alcoolat de romarin. Si l’on veut la rendre plus efficace, on y incorpore un peu de quinine, de pilocarpine, de la teinture de jaborandi, de capsicum, de noix vomique, de cantharides, du chloral, du formol, du sublimé, etc.
Si les cheveux sont trop secs et cassants, on substitue les pommades aux lotions, ou tout au moins on combine ces deux moyens ; faire, par exemple, une lotion le
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matin, appliquer le, soir un peu de pommade sur le cuir chevelu, ou inversement. La pommade de Dupuytren est excellente : nous la prescrivons souvent.
Parmi les autres produits qui ont été préconisés pour faire repousser les cheveux, citons la pommade Philocome, à base d'extrait mou de quinquina, de moelle de bœuf et d’huile d’amande douce ; les pommades au soufre et au goudron au 1/10, etc...
Quand on ne fait usage que des lotions excitantes, il faut mettre de temps en temps sur les cheveux, dès qu'ils semblent être trop secs, soit un peu d’huile d’amande douce, soit un peu d’huile de ricin parfumée, soit un peu d’huile antique.
il est évident que lorsque ces alopécies se compliquent de pityriasis simplex, on de séborrhéides circinées ou de séborrhée, il faut faire le traitement de ces affections.
3° Alopécies consécutives à des affections d'organes. — Cette catégorie d’alopécies est encore fort mal connue. Elle existe néanmoins. Il est certain que les affections chroniques de l’utérus, de ses annexes, de l’estomac, de l'intestin, du foie, peut-être du cœur et des poumons, etc., exercent une action désastreuse sur la nutrition du cuir chevelu, souvent même sur celle des ongles qui présentent des dépressions transversales contemporaines des périodes de grandes chutes de cheveux. L’étude de ces variétés présente d’inextricables difficultés à cause de la lenteur du processus et de la présence d’autres causes locales et générales d'alopécie.
[L Alopécies dépendant de troubles de la nutrition générale. — Elles comprennent les variétés suivantes :
1 0 A lopécie sén île ;
2° Alopécie dite prématurée idiopathique, dans laquelle nous ferons rentrer les alopécies qui dépendent d’une mauvaise hygiène générale, ou d’une mauvaise constitution ;
3° Et peut-être Y alopécie séborrhéique.
1° Alopécie sénile.
D’après la plupart des auteurs, l’alopécie sénile est une des manifestations de l’atrophie cutanée sénile. Elle débute à un âge éminemment variable selon les personnes, et l’on observe à cet égard les inégalités les plus curieuses. Il y a des sujets qui conservent tous leurs cheveux jusqu’aux limites extrêmes de la vieillesse; d’autres au contraire les perdent par atrophie cutanée simple dès quarante à cinquante ans. Souvent il n’y a pas de concordance à établir entre la sénilité du cuir chevelu et celle du reste de l’économie.
Elle commence presque toujours par le vertex, et de là elle s’étend à tout le sommet de la tête gagnant en tache d’huile à partir de ce point central. Il est beaucoup plus rare de lui voir dégarnir d’abord les tempes. Elle laisse fréquemment intacte pendant un certain temps une région située vers la partie antérieure et supérieure du crâne, puis cet îlot de cheveux se rétrécit peu à peu et finit par disparaître.
D’ordinaire les poils grisonnent, puis blanchissent, leur bulbe s’atrophie, et ils tombent en laissant à découvert un cuir chevelu qui présente les caractères objectifs de l’atrophie cutanée sénile.
Bkocq. — Dermatologie. H.
Les autres régions velues du corps peuvent être affectées, mais toujours à un bien moindre degré que le cuir chevelu.
Certains auteurs prétendent que la localisation si spéciale de l’alopécie sénile tient à la minceur plus grande du cuir chevelu en ces points.
Les follicules pileux sont remplis de débris épithéliaux : les gaines de la racine du poil sont dégénérées et entourent souvent un follet très grêle. Dans beaucoup de follicules la papille a disparu. Le chorion est aminci, les lobules graisseux n’existent plus, le tissu cellulaire a diminué de volume ; il a subi par places de la dégénérescence vitreuse ou colloïde : çà et là se voient des granulations pigmentaires en foyer.
En somme, ce qui caractérise l’alopécie sénile, c’est l’atrophie lente et définitive des follicules pileux, l’aspect lisse, quasi ivoirin du cuir chevelu, l’absence d’affection décalvante nettement définie, sa localisation et l’àge du sujet.
2° et 3° Alopécie prématurée idiopathique et alopécie séborrhéique .
Nous désignons sous le nom d’ alopécie prématurée idiopathique une variété d’alopécie qui débute à une époque quelconque de l’âge adulte avant le milieu delà vie, et qui ne paraît dépendre d’aucune maladie soit générale, soit locale bien caractérisée. C’est Y alopécie progressive du cuir chevelu d’E. Besnier. Elle n’est, en somme, qu’une sorte d’alopécie sénile qui se développe chez des individus jeunes : elle en a les allures progressives et fatales, les localisations, la résistance au traitement.
Cette définition paraît claire; mais les faits cliniques le sont beaucoup moins. Dans la grande majorité des cas, on observe chez les malades qui présentent le syndrome de l’alopécie prématurée idiopathique d’autres affections du cuir chevelu plus ou moins développées auxquelles il est à la rigueur possible d’attribuer la clmte des cheveux. Celles qui sont de beaucoup les plus fréquentes sont le pityriasis du cuir chevelu et les séborrhées vraies.
Aussi voyons-nous constamment la confusion s’établir entre l’alopécie prématurée idiopathique, l’alopécie furfuracée (alopécie pityrode de Pincus) et les séborrhées. Cette réelle difficulté de préciser les limites de l’alopécie prématurée idiopathique et d’en observer des cas purs devait conduire fatalement à la négation même de l’existence de cette forme morbide. C’est ce qui est arrivé dans ces derniers temps. On a rayé l’alopécie prématurée idiopathique du cadre de la nosologie pour rattacher tous les faits qui portaient cette étiquette aux alopécies séborrhéiques. En effet, presque toujours les sujets qui paraissent atteints d’alopécie prématurée idiopathique ont en même temps soit un peu de pityriasis du cuir chevelu, soit un peu de séborrhée grasse : mais ils en ont fort peu, souvent d’une manière assez, intermittente, et cependant leurs cheveux tombent constamment, progressivement, avec une rapidité désespérante. Certes il est possible de soutenir qu’une infection séborrhéique appréciable par les seuls procédés de laboratoire est suffisante pour donner l’explication des faits dont nous parlons : mais c’est qu’alors les sujets ont une singulière prédisposition à la calvitie puisqu’une cause aussi minuscule produit des effets aussi désastreux, et c’est précisément cette idiosyncrasie si particulière qui constitue l’alopécie prématurée idiopathique. Nous estimons d'ailleurs que la description de cette affection se confond avec celle de V alopécie séborrhéique, et la symptomatologie suivante s'applique à ces deux formes morbides.
Dans l’alopécie prématurée idiopathique les cheveux adultes qui tombent sont
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remplacés par des cheveux de plus en plus grêles, de plus en plus fins, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un léger duvet lequel finit lui aussi par disparaître.
Cette alopécie affecte les mêmes localisations et la même marche que l’alopécie sénile et que l’alopécie séborrhéique. Comme elles, elle est symétrique; elle débute par le vertex, à l’endroit classique où elle forme rapidement ce que l’on appelle la tonsure; en même temps les parties latérales du front se dégarnissent; partant de ces points d’attaque, elle s’étend progressivement avec une rapidité variable suivant les cas, de telle sorte qu’on a pu décrire des variétés suraiguës-, aiguës, subaiguës : elle élargit de plus en plus le front, relève la limite antérieure des cheveux, dénude peu à peu tout le sommet de la tête en respectant parfois pendant un certain temps un petit îlot de cheveux à la partie antérieure et médiane du front et une bande plus ou moins étroite de cheveux qui va d’une tempe à l’autre en passant par le sommet de la tête et en s’amincissant de plus en plus à mesure qu’elle approche de la suture bipariétale.
La marche de cette affection est à peu près la même chez l’homme et chez la femme; chez cette dernière cependant elle peut commencer par les tempes ; mais presque toujours ces alopécies temporales de la femme tiennent à des mues physiologiques ou à des causes pathologiques que nous avons déjà signalées plus haut.
Elle continue ainsi à évoluer, dénudant progressivement toute la partie supérieure du crâne. Il persiste vers les tempes et vers la région occipitale, formant une demi-couronne à concavité antérieure, une bande de cheveux dont la largeur et l’épaisseur varient beaucoup suivant les sujets.
Aux régions alopéciques, le cuir chevelu est blanc, lisse, comme ivoirin; il semble aminci et souvent comme tendu sur les parties sous-jacentes : il est moins facile à mobiliser qu’à l’état normal.
Dans les premières périodes de l’alopécie constituée il existe encore des duvets en assez grande abondance et çà et là quelques poils volumineux : peu à peu ces vestiges de chevelure disparaissent eux-mêmes et la calvitie complète est constituée.
Anatomie pathologique. — D’après Pincus, l’alopécie prématurée idiopathique serait due à une sorte de transformation fibreuse du derme dont le tissu connectif s’épaissirait peu à peu et dont les mailles disparaîtraient progressivement en étouffant les divers éléments qu’elles contiennent, en particulier les papilles pileuses. Ce serait donc bien, comme l’a enseigné le regretté E. Vidal, une affection atrophique de cause vitale.
Nous devons encore une fois faire remarquer que pour certains dermatologistes cette affection se confond totalement avec l’alopécie séborrhéique.
Phénomènes concomitants. — On a signalé dès le début de la chute des cheveux une plus grande tendance aux sueurs au front et au vertex, un peu plus d’enduit graisseux aux mêmes points, ou bien un peu plus de desquamation épithéliale, parfois un peu de prurit déterminant du grattage inconscient. En somme, d’après E. Besnier, il peut coexister, suivant les cas, de l’anidrose ou de l’hyperidrose, de la séborrhée ou de l’astéatose, du pityriasis capitis ou un état lisse du cuir chevelu, du prurit avec ou sans rougeur légère ou une absence totale de sensations morbides.
Ces « phénomènes accessoires péripilaires ont une certaine action sur l’activité du processus atrophique, et le traitement qui les supprime ou les ralentit, ralentit
par cela même l’activité du processus alopécique; mais il ne l’arrête pas. Chacun de ces phénomènes accessoires peut amener à lui seul une chute momentanée du poil, mais non son atrophie progressive; chacun d’eux peut exister sans produire l’alopécie». (E. Besnier.)
Étiologie. Paihogénie. — L’alopécie prématurée idiopathique débute avant le milieu de la vie. Elle ne commence pas d’ordinaire avant l’âge de vingt ans : nous l’avons cependant observée dans quelques cas rares dès l’âge de dix-sept à dix-huit ans. Elle est fréquente à partir de vingt-huit ans.
Les femmes sont moins souvent atteintes que les hommes. Dans leur jeunesse elles sont sujettes à des alopécies passagères, presque toujours généralisées ou temporales, en relation avec les mues physiologiques dont nous avons déjà parlé, et qui s’exagèrent parfois sous l’influence de troubles utérins ou vasculaires, de la chloro-anémie ou des auto- intoxications. Plus tard cependant, vers l’âge de quarante ans, on voit survenir chez elles des alopécies progressives temporales et surtout sincipitales à développement excentrique, dont il est pour ainsi dire impossible d’arrêter l’évolution.
L’alopécie prématuiée idiopathique est héréditaire dans certaines familles, mais cette hérédité n’est pas constante.
Elle est fréquente chez les personnes qui ont une mauvaise hygiène générale, qui se livrent à des travaux intellectuels prolongés, qui veillent tard, qui ont des soucis, de violentes préoccupations morales, des affaires absorbantes, une alimentation défectueuse, qui se livrent à des excès, surtout à des excès vénériens, qui ont des affections des organes génitaux. On a incriminé avec raison la mauvaise hygiène du cuir chevelu, le manque de soins, l’emploi journalier de lotions aqueuses et même alcooliques, l’usage de coiffures lourdes non ventilées, etc.
Les chaleurs exceèsives semblent parfois agir d'une manière déplorable sur les phanères et provoquer des chutes accentuées de cheveux.
Si les femmes présentent moins souvent cette alopécie que les hommes, c’est qu’elles prennent plus de soin qu’eux de leur cheveux. Elles évitent de les lavera grande eau, ne portent pas de chapeaux antihygiéniques, et surtout ne se livrent pas à des travaux intellectuels prolongés.
Nous avons cependant le regret de constater que depuis quelques années le nombre de femmes qui sont atteintes de cette affection, de séborrhée huileuse ou de pityriasis capitis avec chute rapide des cheveux, augmente dans d’inquiétantes proportions. C’est que les coiffures qu’elles ont adoptées dans ces derniers temps sont beaucoup plus nuisibles aux cheveux que par le passé : elles les dessèchent, ne leur laissent pas leur direction habituelle, les ondulent ou les frisent, emploient beaucoup de peignes et d’épingles; les chapeaux sont beaucoup plus lourds; on se sert fréquemment de fausses perruques partielles; on utilise beaucoup les teintures; enfin les conditions d’existence de la femme se modifient de plus en plus : elle aborde les carrières réservées jusqu’alors à l’homme, et elle se livre par suite à des travaux intellectuels exagérés ; s’exposant donc aux mêmes conditions défectueuses d’hygiène que l’autre sexe, congestionnant sans cesse le cerveau et par suite l’extrémité céphalique tout entière, elle subit les mêmes conséquences pathologiques.
Assez fréquemment le séjour au bord de la mer exerce une influence pernicieuse sur la chevelure. Il y a des plages où les femmes commencent à perdre leurs cheveux en abondance dès qu’elles y sont depuis dix ou quinze jours.
ATROPHIES DES POILS ET ALOPÉCIES ACQUISES
La cause première, essentielle, de l’alopécie prématurée idiopathique pour E. Viciai, c’est la disposition préalable du sujet, sa prédisposition à la déchéance pilaire, la débilité particulière de son système pileux de la tête, débilité qui fait partie de la constitution même de l’individu. Les conditions secondes, adjuvantes ou excitantes, sont fort, nombreuses; mais d’après E. Besnier, elles ne sont qu accessoires, peut-être parfois déterminantes : aussi constituent-elles la base des indications thérapeutiques.
Diagnostic. — Les éléments sur lesquels repose le diagnostic de l’alopécie prématurée idiopathique sont les suivants : 1° jeunesse relative des sujets ; 2° chute progressive et fatale des cheveux qui deviennent de plus en plus grêles et fins ; 3° localisation analogue à celle de l’alopécie sénile; 4° absence de toute affection locale du cuir chevelu pouvant expliquer cette chute des cheveux, ou tout au moins inégalité flagrante entre les affections coexistantes et la rapidité de la chute.
L’alopécie prématurée idiopathique diffère donc de l’alopécie sénile par le jeune âge relatif de ceux qui en sont atteints; de l’alopécie séborrhéique vraie par 1 absence de séborrhée huileuse ou par le peu d intensité de cette séborrhée quand elle existe; de l’alopécie par pityriasis simplex ou par séborrhéide circinée par 1 absence de ces affections ou par leur peu d’intensité quand elles coexistent; de l’alopécie par kératose pilaire par l’aspect uniforme, lisse, du cuir chevelu, pai la régularité de la disposition de l’alopécie, par son début vers la région de la tonsure.
Les mues alopéciques et les alopécies temporaires des femmes qui sont en î dation avec des troubles menstruels ou utérins, etc., diffèrent de 1 alopécie atrophique simple par leur généralisation, leur durée limitée et leur guérison facile.
Répétons encore une fois que l’alopécie sénile, 1 alopécie prématuiée idiopathique, et l’alopécie séborrhéique peuvent être considérées comme ne constituant qu’une seule et même forme objective d’alopécie.
Traitement de l’alopécie prématurée idiopathique i.
L Traitement général. — La plupart des malades qui sont atteints d alopécie prématurée idiopathique sont des arthritiques dans le sens actuel du mot, c cst-a dire des individus qui ne brûlent pas assez; souvent aussi ce sont des surmenés
intellectuels. Partant de ces principes généraux d’étiologie, nous conseillons ce
qui suit :
1° Quand c’est possible, le malade devra adopter une hygiène alimentaire appropriée à son genre de vie : s il habite la ville et s il est oisit, il doit avoii une noui riture presque exclusivement végétale, il doit s abstenir des aliments d épargné tels que les alcools sous toutes leurs formes, le calé, le thé, les préparations de kola, de coca, de maté, etc. ; il ne fera pas usage d oseille, de tomates, de fruits acides, et sous aucun prétexte d’aliments conservés, fermentés ou faisandés.
Quand, habitant la ville, il se livre à des travaux intellectuels considérables, on ui permettra en outre un peu de poisson Irais s’il le digère et s il n est pas sujet a ’urticaire, aux prurits ou aux eczémas, et un peu de poulet et de viande de boucherie d’excellente qualité.
S’il vit au grand air ou s’il se livre à des exercices physiques prolongés, la question de l’alimentation devient bien moins importante. On se contentera de lui recommander de manger le plus de légumes qu’il le pourra, de ne jamais faire
Voir l’article Séborrhée pour le traitement de l’alopécie séborrhéique.
d’excès de table, de n’user qu’avec modération de l’alcool, du café et du thé, sauf les jours où il subira de grandes fatigues physiques.
En somme, il faut proportionner l’alimentation aux dépenses de l’organisme pour arriver à une sorte d’équilibre parfait entre les recettes et les éliminations.
2° Le malade devra éviter soigneusement tout ce qui peut lui congestionner la tête et par suite le cuir chevelu.
a ) Le sujet aura toujours les pieds, les jambes et les genoux chauds.
Tous les matins il fera des frictions fortes sur les membres inférieurs avec de l’eau de Cologne, de l’esprit de lavande, de l’eau-de-vie camphrée ou même de l’alcool camphré, de l’alcoolat de Fioravanti : il fera des flagellations avec de l’eau froide suivies d’une friction. S’il est forcé de se livrer à un travail intellectuel prolongé, il ne le fera que les jambes enveloppées dans une couverture, et au besoin les pieds dans une chancelière ou sur une bouillotte.
b) Il devra avoir des digestions parfaites pour éviter les bouffées congestives de la tête qui sont si fréquentes après les repas.
Ainsi que nous . l’avons dit plus haut, les repas ne seront jamais copieux : ils seront suffisants; il faut toujours sortir de table en ayant une certaine sensation de faim. On doit manger lentement, bien mâcher, ne pas boire beaucoup à la fois aux repas. On se trouve souvent fort bien de ne boire comme unique boisson aux repas qu’une infusion aussi légère et aussi brûlante que possible par gorgées.
c) Il devra ne jamais être constipé.
Ce précepte est encore de la plus haute importance, surtout pour les habitants de la ville et pour les femmes. On recommandera l’emploi régulier de mesures hygiéniques, telles que : la marche le matin de bonne heure, le massage du gros intestin dès le réveil, le massage de VS iliaque au moment où Ton se présente à la garde-robe (ce que Ton doit faire tous les jours à heure fixe, etc.). Si ces moyens échouent, ce qui arrive par malheur trop fréquemment, on aura recours aux méthodes ordinaires, à l’électricité, à l’usage des pruneaux cuits avec du séné, du psyllium, de la graine de lin, des capsules d’huile de ricin, etc. .
d) Les femmes ne porteront pas de corsets serrés qui leur compriment l’estomac et gênent les digestions et la circulation. Elles n’auront pas, comme le veut la mode actuelle, le cou comprimé par des cols très montants et extraordinairement étroits. Cette dernière prescription s’adresse également aux hommes, surtout à ceux qui se penchent en avant pour écrire.
é) On ne travaillera pas à côté de becs de gaz ou de lampes à pétrole, car ces sources de lumière dégagent une quantité de chaleur considérable qui congestionne rapidement ceux qui en font usage. Nous croyons que la lumière la plus hygiénique est celle de la lampe à huile, de la lampe Carcel.
f) Quand on a travaillé cérébralement avec beaucoup d’activité pendant une heure et demie ou deux heures de suite, le cerveau se trouve fortement congestionné. Il est bon de se reposer pendant quelques minutes en se promenant dans la pièce où Ton se trouve, ou mieux au dehors, puis on peut reprendre son travail. Il faut éviter autant que faire se peut les contentions d’esprit trop prolongées et trop intenses.
g) C’est dans le même ordre d’idées qu’il faut recommander aux malades d’éviter, dans la mesure du possible, les idées fixes, les trop grands soucis, les grosses affaires entraînant de lourdes responsabilités, en un mot les excès de toutes sortes.
3° S’il existe chez le malade une affection organique quelconque, il faut la traiter.
ATROPHIES DES POILS ET ALOPÉCIES ACQUISES
De toutes les affections d’organes, il nous a semblé que les affections utérines ou péri-utérines étaient celles qui exerçaient l’influence la plus désastreuse sur le système pileux : toutes les fois qu’on sera consulté par une femme pour une alopécie, il faudra donc, avec toute la discrétion désirable, s’enquérir du bon fonctionnement ou du bon état des organes génitaux : on fera comprendre à la malade toute 1 importance de cette question et 1 on interviendra si c est utile. ^
Nous n’insistons pas à propos des autres viscères : on doit passer en revue 1 économie tout entière et faire le nécessaire.
4° Il faut traiter l’état général du sujet si c’est utile. (Voir les Généralités.)
50 y a-t-il une médication interne directe de V alopécie prématurée idiopathique ?
Nous ne connaissons pas un seul médicament qui, administré à l’intérieur, soit par la bouche, soit en injections sous-cutanées, ait la vertu d'enrayer ce processus
alopécique. . .
Les deux médicaments qui nous ont paru donner les moins mauvais résultats
sont l’arsenic donné soit sous forme d’acide arsénieux, soit sous forme d’arsémte de potasse (liqueur deFowler), soit sous forme d’arséniate de soude ou d’arsemate de strychnine, et la série des phosphates et des glycérophosphates. Mais ces préparations sont assez souvent mal tolérées par 1 estomac des malades, et il ne faut pas perdre de vue qu’avant toute chose on doit obtenir dans cette affection, qui est une dystrophie, un fonctionnement parfait de tous les oiganes.
II. Traitement local. — Il peut se présenter en pratique deux cas assez différents : ou bien l’alopécie prématurée idiopathique ne se complique d’aucune autre affection locale appréciable du cuir chevelu, ce qui est rare; ou bien elle se coinplique d’une autre affection.
a) Il n'y a pas d'affection locale appréciable du cuir chevelu. — La logique voudrait que dans ce cas on ne fit pour ainsi dire aucune médication locale, el qu’après un examen approfondi de la constitution et des divers organes du sujet, on se contentât d’instituer une médication générale appiopriée. Mais cette i5ne de conduite n’est presque jamais favorablement appréciée par les malades qui
■consultent surtout le médecin pour qu’il leur donne un topique.
Une bonne combinaison consiste à faire pratiquei une Diction le soii avec un pétrole purifié coupé d’un peu d’huile d’amande douce, et le matin avec une solution alcoolique au 1/100 de formol additionné de 1/100 à 1/50 d’acide acétique (voir
plus loin les formules).
Quand le cuir chevelu et les cheveux sont par trop secs, on peut ^c joi nei a prescrire un mélange huileux quelconque (voir Hygiène de la chevelure). Quan , malgré les lotions que nous venons d’indiquer, les cheveux restent trop onctueux, ce qui est rare, on peut pratiquer en outre de temps en temps des lavages avec
une solution au 1/50 ou au 1/100 de cristaux de soude.
Les hommes porteront autant que possible les cheveux coupés couits, î s eui
laisseront leur direction naturelle.
Si la médication précédente semble ne pas convenir après quelques semaines ou quelques mois de traitement, on peut donner la prescription suivante, ou tout*'
autre similaire :
1« Deux ou trois fois par semaine, passer sur le cuir chevelu 1 un peu de pom-
« voir pour la façon de procéder le chapitre Hygiène de la chevelure.
made de Dupuytren ou Tune des nombreuses pommades qui ont été indiquées par les auteurs : nous employons souvent de la très belle vaseline additionnée de T5 centigrammes de résorcine et de 25 centigrammes de pilocarpine pour 20 grammes.
Quand la chute des cheveux persiste, nous faisons ajouter de 20 centigrammes à 50 centigrammes de teinture de cantharides, et en dernier lieu nous avons recours aux pommades soufrées :
Chlorhydrate de quinine. .
Chlorhydrate de pilocarpine
Soufre précipité .
Vaseline pure .
Baume du Pérou .
( ââ 35 centigrammes.
2 grammes.
Ose 50
Remplacer le soufre par du goudron dans cette pommade si elle irrite le cuir chevelu.
2° Le lendemain matin du jour où l’on a mis la pommade, passer sur le cuir che velu du coaltar saponiné coupé de quatre à huit fois son volume d’eau chaude, ou tout autre mélange un peu excitant et siccatif, tel que les divers pétroles du commerce, la préparation suivante :
Ammoniaque liquide . 10 grammes.
Rhum . 100 —
Eau de feuilles de noyer . 140
Si le cuir chevelu est encrassé, le décrasser avec de l’acétone ou de la liqueur d’Hoffmann .
Si avec ce traitement les cheveux deviennent trop secs, on met un peu plus de pommade ou bien on en emploie une qui contienne comme excipient, au lieu de vaseline, un mélange de 15 grammes d’huile de ricin ou d’huile d’amande douce et de 4 ou 5 grammes (suivant les saisons) de beurre de cacao.
Si au contraire le cuir chevelu devient trop graisseux, on diminue le nombre des applications de pommade; on n’en passe sur le cuir chevelu que des quantités infinitésimales, et on prend pour faire les lotions du lendemain des liquides plus siccatifs comme l’éther de pétrole (pétrole à 0,70), et les solutions alcalines dont nous avons parlé plus haut.
Mais il faut bien se garder de tomber dans des exagérations thérapeutiques et d’encrasser les cheveux par d’épaisses pommades ou d’irriter le cuir chevelu par des substances trop excitantes pour le sujet, lesquelles provoquent un processus inflammatoire, donnent des pellicules, déterminent du prurit, et souvent précipitent le processus alopécique.
b) Il existe un degré plus ou moins prononcé de pityriasis capitis ou de séborrhée grasse. — Il faut avant tout dans ces cas soigner le pityriasis ou la séborrhée. (Voir les articles qui traitent de ces affections.)
Exemple de prescription. — 1° Les lundis et jeudis passer le soir sur le cuir chevelu en écartant les cheveux suivant des raies un peu de pommade à l’oxyde jaune d’hydrargyre au 1/20; en enlever tout de suite l’excès avec de petits tampons d’ouate hydrophile sèche, de manière à nettoyer en quelque sorte le cuir chevelu ; 2° les mardis et vendredis matin, y passer du pétrole; 3° les autres matins y passer soit du coaltar saponiné coupé de quatre à huit fois son volume d’eau chaude, soit une solution alcoolique de formol au 1/100; 4° nettoyer de temps en temps, mais
ALOPÉCIES CONGÉNITALES
seulement quand cest vraiment utile, le cuir chevelu à grande eau avec de 1 eau boriquée chaude et du savon au goudron et au panama.
Quand V alopécie prématurée idiopathique se complique dé un peu de séborrhée grasse , nous prescrivons d’ordinaire d’appliquer le soir en massant le cuir chevelu une pommade au soufre et au savon noir au 1/10, renfermant 1/100 de résorcine et ayant de la belle vaseline comme excipient. Le lendemain matin, on peut faire, selon la pratique d’E. Besnier, un savonnage du cuir chevelu avec de l’eau de son ou de l’eau boriquée et du savon au goudron et au panama ou du savon au solvéol ou au naphtol. Mais nous préférons ne procéder à ce grand nettoyage que de temps en temps quand il est vraiment indispensable, et nous prescrivons de faire le matin des frictions du cuir chevelu soit avec de 1 ethei de pétrole, soit avec de l’eau bicarbonatée ou boratee, soit avec un mélange d alcool et d’acétone, soit avec de la liqueur d’Hoffmann, soit avec une des nombreuses lotions que nous indiquons à l’article séborrhée.
B. — ALOPÉCIES CONGÉNITALES 1
Les alopécies congénitales sont des difformités rares. Il est probable que des causes diverses interviennent dans leur pathogénie. A l’heure actuelle leur étude
est fort obscure.
On peut néammoins dès maintenant diviser avec Audry les alopécies congénitales
en deux groupes principaux :
1° Les alopécies congénitales essentielles primitives ;
2° Les alopécies congénitales secondaires à d’autres processus pathologiques eux-mê m es congénitaux.
1° Alopécies congénitales essentielles primitives. — L’alopécie congénitale essentielle primitive est constituée par ce fait que le sujet qui en est atteint présente en un point du corps ou sur la totalité des téguments une atrophie complète ou incomplète du système pileux totalement indépendante de toute affection antérieure; elle ne consiste en somme qu’en une anomalie de développement.
D’après certains auteurs, E. Besnier entre autres, on devrait distinguer dans ce
groupe de faits :
a) Une alopécie congénitale vraie, consistant en l’absence de développement des follicules pileux, état qui coexiste fort souvent avec d’autres arrêts de
développement ;
b) Une pseudo-alopécie congénitale ou alopécie congénitale temporaire qui ne consiste qu’en un simple retard de développement des poils, lesquels apparaissent dans le cours du premier mois ou de la première année de la vie.
IA alopécie congénitale essentielle primitive peut être circonscrite en un point
limité du corps ou généralisée diffuse.
Circonscrite, elle semble être fort rare. Elle se présente dans ce cas sous la forme de plaques bilatérales parfaitement glabres, plus ou moins symétriques, situées vers la partie moyenne de la suture fronto-pariétale, aux bosses frontales, à la tempe, peut-être dans la sphère du grand nerf occipital. A leur niveau le cuir chevelu peut être lisse, souple, normalement pigmenté, sans aspect atrophique ou cicatriciel, et ne présenter que quelques poils de duvet, ou bien être véritablement
1 Voir pour plus de détails notre article de la Pratique dermatologique dont celui-ci n’est qu'un résumé.
atrophique : ces lésions sont définitives et stationnaires. On a noté la coexistence de cataractes congénitales, d’arrêt de développement du maxillaire inférieur, d’hydrocéphalie.
Diffuse et plus ou moins généralisée , l’alopécie congénitale est relativement plus fréquente. C’est une difformité presque toujours familiale. Les deux sexes semblent pouvoir être également atteints. On a noté la coexistence d’anomalies unguéales et dentaires.
L’enfant peut naître sans poils et l’alopécie peut persister totale pendant toute la vie (cas de Rayer) : c’est Yatrichie complète de certains auteurs; elle est extrêmement rare.
D’ordinaire l’enfant peut naître sans poil, ou avec quelques duvets qui tombent au bout de deux ou trois mois (cas d’Abraham); puis peu à peu on voit repousser ça et là des duvets assez nombreux ( oligotrichie de certains auteurs), puis quelques poils. Presque toujours les cils et les sourcils finissent par se développer plus ou moins complètement ; certains sujets ont un petit nombre de 'poils aux aisselles, au pubis, sur le devant de la poitrine, aux narines, aux joues, au cuir chevelu. Les cheveux qui se développent succèdent à du fin duvet; ils sont rares, fragiles, tombent fréquemment pour repousser, tomber de nouveau et ainsi de suite.
Dans cette variété la peau est lisse, souple, fine, comme transparente.
D’après Schede, Jones-Atkins et P. Ziegler, qui ont pratiqué des examens histologiques, les glandes sébacées et sudoripares seraient normales; au-dessous de l’épiderme qui est également normal, il existe dans le derme des sortes de cylindres épithéliaux formés de 5 ou 6 couches de cellules et munis d’une lumière centrale, sans cheveux, sans papille pileuse : ce sont des gaines de poils qui ne peuvent arriver à fournir un poil complet et vivace.
L’alopécie congénitale serait par conséquent due à une insuffisance de développement et de fonctionnement des bulbes pileux et non à leur absence totale.
Certains auteurs ont cependant mentionné, dans quelques cas, l’absence histologique de tout vestige de bulbes pileux.
2° Alopécies congénitales secondaires à d'autres processus pathologiques. — Dans certains cas, il s’agit de nævi du cuir chevelu à la surface desquels la peau est glabre ou simplement couverte de duvets.
Beaucoup plus souvent il s’agit de l’affection à laquelle on a donné le nom d 'aplasie monili forme ou intermittente des cheveux et qui a été étudiée par divers auteurs sous les dénominations de pi li annulati , nodositas pilorum , nodose haïr, trichonodose, monilethrix, etc.
Dans cette série de faits l’enfant vient d’ordinaire au monde avec des cheveux normaux, du moins en apparence, puis il les perd au bout de la sixième ou huitième semaine de la vie. On ne voit plus dès lors se produire que quelques cheveux rares, grêles, forts courts, qui se brisent à quelques millimètres de leur point d’émergence, ou qui tombent pour être remplacés par d’autres analogues et ainsi de suite. Ces débris informes de poils sont constitués par des séries de renflements plus colorés et d’étranglements plus clairs, lesquels se succèdent avec une surprenante régularité, d’où les noms de cheveux annelés ou moniliformes qu’on leur a donnés. Quelques-uns sont disposés en pinceau à leur extrémité brisée. Un bon nombre sont enroulés dans les follicules pileux qui forment des saillies acuminées analogues à celles de la kératose pilaire.
D’ordinaire, le cuir chevelu est atteint dans sa totalité ainsi que les sourcils et la
ATROPHIES UNGUEALES
barbe : cependant on a cité des cas dans lesquels les sourcils, les cils et la barbe étaient conservés.
Les sujets qui sont atteints de cette difformité présentent à un degré fort accentué de la kératose pilaire.
Le monilethrix est presque toujours, comme nous venons de le voir, une affection diffuse; cependant il peut dans quelques cas fort rares être circonscrit en plaques.
(Faits d’Archambault, de Gilchrist, etc...)
Nous pensons que l’on doit rapprocher de ces faits des anomalies fort curieuses de la chevelure que nous avons eu à trois reprises l’occasion d’observer chez des jeunes filles : il s’agissait de larges plaques, soit occipitales, soit temporales, mais surtout occipitales, où les cheveux, sans aucune altération visible du cuir chevelu, étaient grêles, fins, très frisottants, extrêmement secs, moins colorés qu’aux régions où la chevelure était normale, et tombaient dès qu’ils avaient atteint la longueur de quelques centimètres; leur adhérence était des plus minimes, ils cédaient tacitement à la traction1. Hallopeau et Rubens Duval ont montré à la Société de dermatologie en juin 1902 deux petites filles, les deux sœurs, chez lesquelles les cheveux dans leur totalité présentaient une dystrophie pilaire caractérisée par des cheveux blonds, minces, clairsemés, peu adhérents et qui tombaient spontanément dès qu’ils
dépassaient un centimètre de longueur. ?
Enfin nous devons signaler quelques faits rares dans lesquels il semble qu une
pelade ayant existé chez la mère, même à une époque bien antérieure a la conception de l’enfant, ait pu contribuer à développer chez lui dès sa naissance une alopécie pins ou moins complète et étendue offrant tous les caractères d’une alopécie
peladique.
Le diagnostic des alopécies congénitales est relativement facile grâce aux commémoratifs fournis par les malades ou par leur entouiage.
Il n’y en a qu’une variété qu’on puisse distinguer par ses- seuls caractères
objectifs, c’est le monilethrix.
L’existence de duvets nombreux peut donner quelque espoir de développement ultérieur des poils; mais quand plusieurs années se sont écoulées sans qu il soit survenu aucun changement perceptible, le pronostic devient sérieux.
IL — ATROPHIES UNGUÉALES
Les atrophies unguéales peuvent être congénitales ou acquises.
A. — Atrophies unguéales congénitales.
Elles sont des plus rares ;
On a signalé :
L’absence totale des ongles ;
Des malformations tenant à ce que les ongles sont incomplètement formés ou a peine ébauchés sur un ou plusieurs doigts : l’ongle est constitué par une petite masse cornée irrégulière et fendillée vers la lunule : le reste du lit unguéal est lisse
et uni (Dubreuilh.)
* On trouve dans la littérature médicale d’assez nombreux faits dans lesquels il s agit de plaues au niveau desquelles les cheveux ne poussent pas, ou bien sont minces, ou courts et comme risés et frisés : il n’y a pas eu de pelade antérieure ; il n’y a pas de parasites. Certains autrui s îs ont décrits sous les noms de cheveux fragiles, d agénésie vilaire, etc...
Les ongles peuvent être rétrécis, incurvés dans le sens antéro-postérieur, très fortement convexes dans le sens transversal, de manière à former une sorte de demicylindre. Cette disposition se rapproche de la déformation des ongles en cornet (voir hypertrophies unguéales).
B. — Atrophies unguéales acquises dites essentielles.
Les atrophies unguéales acquises (ony chair ophies) se produisent aux divers âges de la vie sous l’influence de causes multiples. Parmi elles les plus fréquentes sont les onyxis rebelles quelle qu’en soit l’origine, microbisme, parasitisme (favus et trichophytie), lèpre, syphilis, etc..., le traumatisme violent, le psoriasis (atrophie de l’ongle du cinquième orteil ), les grandes érythrodermies, les lésions du système nerveux, certaines maladies des nerfs, la maladie de Morvan, la syringomyélie, les pelades généralisées, etc.... Elles peuvent aussi se développer sans aucune cause appréciable, et ce sont ces atrophies unguéales dites essentielles que nous allons décrire.
Les atrophies unguéales dites essentielles surviennent d'ordinaire dans le cours de la seconde enfance entre six et douze ans, un peu plus rarement dans l’adolescence et la jeunesse : quand elles débutent dans l’âge adulte, ce sont presque toujours d’anciens syphilitiques qui sont atteints. 11 est d’usage dans ces cas obscurs d’invoquer des troubles trophiques. Ce qui semblerait légitimer cette hypothèse, c’est que ces lésions sont d’ordinaire symétriques; parfois même elles atteignent simultanément ou successivement tous les ongles des mains, tous les ongles des pieds; dans quelques cas elles se localisent soit aux mains, soit aux pieds, dans quelques cas encore elles n’affectent qu’un ou deux doigts à une seule main ou aux deux mains.
Symptômes. — On peut en décrire trois types cliniques principaux :
1° Dans un premier type, sans aucun symptôme d’inflammation ni de tuméfaction, ni de rougeur de la matrice rétro-unguéale et du derme sous-unguéal, la lame cornée normale de l’ongle se pointillé, se raie longitudinalement, devient terne, se strie, et finit par s’effriter en minces lamelles cornées. L’ongle s’use de la sorte et au bout d’un certain temps il a totalement disparu. On voit à sa place une sorte de surface déprimée, inégale, d’un rose sale, rétrécie transversalement et longitudinalement, recouverte de lamelles cornées sèches, en desquamation, qui gênent souvent le malade parce qu’elles « accrochent ». Du côté de la matrice unguéale il existe une espèce de glacis qui se termine d’une manière assez nette en angle saillant vers la surface cornée dont nous venons de parler.
Cette altération est probablement celle qu’Unna a désigné sous le nom de Schizonychie : elle est relativement fréquente chez les anciens syphilitiques ; nous l’avons vue se développer chez eux aux divers âges de la vie, affecter les dix ongles des mains, et rester définitive.
2° Le deuxième type s’observe au contraire surtout chez les enfants et les jeunes gens. La matrice rétro-unguéale se gonfle, se tuméfie, constitue une sorte d’épais bourrelet rougeâtre rétro-unguéal, un peu sensible au toucher. L’ongle se forme mal; il ne se produit plus de lame cornée brillante et polie, mais de la simple hyperkératose; peu à peu l’ongle normal casse, s’effrite, disparaît complètement, et il n’en reste plus qu’un léger vestige sous la forme de lamelles cornées striées plus ou moins épaisses, lesquelles peuvent elles-mêmes finir par ne plus se produire. Peu à peu alors la matrice revient sur elle-même; le bourrelet rétro-unguéal pâlit
ATROPHIES UNGUÉALES
et s’affaisse, et l’atrophie définitive est constituée. Cependant dans quelques cas de cette variété nous avons vu les ongles repousser. Cette affection envahit d’ordinaire
Fig. 384. — Lésions d’atrophie unguéale par décollement de la table externe de 1 ongle
d'avant en arrière.
progressivement plusieurs doigts de la main, quelquefois les dix ongles des mains et ceux des pieds.
Fig.
o- 335 Dystrophies unguéales diverses ; cannelures et sillons transversaux, dépressions
transversales, décollement de l'ongle d'arrière en avant, exfoliation du lit de 1 ongle chez un peladique séborrhéique.
.3° Notre troisième type d’atrophie unguéale a été déjà décrit sous le nom de Décollement des ongles. Alors que dans le type précédent l'atrophie marche d’arrière en avant, ici elle évolue d’avant en arrière. L’ongle se relève progrès-
si vement par sa partie antérieure, au niveau de laquelle il blanchit et s’amincit se séparant de plus en plus du derme sous-unguéal lequel est recouvert de minces lamelles cornées, ou même est lisse et uni sans trace d’hyperkératose. Parfois l’ongle ne se relève pas : il reste étroitement appliqué sur le lit unguéal, mais il n’a plus avec lui aucune adhérence. Le décollement progresse ainsi lentement d’avant
Fig. 386. — Processus mixte d’atrophie unguéale par tuméfaction de la matrice rétro
et sous-unguéale.
en arrière. Il est rare cependant qu’il arrive jusqu’à la matrice rétro-unguéale en déterminant la chute totale de l’ongle et son atrophie complète. Presque toujours le décollement s’arrête au tiers antérieur, à la moitié, plus rarement aux trois quarts de l'étendue de la surface unguéale. L’évolution de cette lésion est d’ailleurs
Fig. 387. — Processus mixte d’atrophie unguéale par hyperkératose sous-unguéale.
assez capricieuse : elle peut s’améliorer, rester stationnaire, s’aggraver par périodes. Elle affecte un ou plusieurs ongles des doigts et des orteils.
Traitement. — Il y a bien peu de chose à dire à propos du traitement de ces atrophies unguéales. On doit autant que possible remonter à la cause et tâcher de la modifier : si on ne la trouve pas, il n’y a, pour ainsi dire, rien à faire.
On a cependant recommandé comme applications locales les pommades à base de goudron ou d’huile de cade, en particulier les glycérolés cadiques (voir Psoriasis pour les formules), les divers emplâtres, emplâtre rouge, emplâtre de Vigo, emplâtres à l’ichtyol, au goudron, à l'huile de cade, à l’huile de foie de morue, les doigtiers en caoutchouc, etc. L
1 Sous le nom de atropines familiales des cheveux et des ongles , Ch. Nicolle et Halipré ont publié le cas d’un sujet dont les cheveux étaient rares, courts, frêles, peu colorés, peu adhérents, et dont les ongles étaient dystropbiés, striés, friables, atrophiés, ou en état d’byperkératose à la suite d’infections microbiennes surajoutées. La plupart des individus de la famille de ce
ATROPHIES UNGUEALES
Onychorrhexis. — Dubreuilh adonné le nom onychorrhexis à une affection caractérisée par une fine striation longitudinale des ongles accompagnée de fissuration et de fragilité.
« Dans les cas peu intenses, l’ongle conserve sa forme générale, mais sa surface présente une série de fines cannelures longitudinales parfaitement égales et parallèles, mesurant de 1/3 à 1/2 millimètre de large et parfois interrompues. —Dans les cas plus accusés, chacune des cannelures est surmontée d’une double ou d’une quadruple rayure due à 1 éclatement et a la desquamation d une ou deux couches superficielles de substance unguéale se faisant suivant la ligne de faite de la cannelure. Il en résulte que la surface de l’ongle est grise, terne, rugueuse et paraît rayée longitudinalement comme par une foule de traits d’aiguille, par une râpe ou par du sable fin. En même temps, l’ongle est aminci, son bord libre est lissuré et irrégulièrement cassé. Il n’y a pas d inflammation, pas d alléiation du lit ou de la sei tissure de l’ongle. Dans les cas très intenses, la lame unguéale est aplatie, les fissures du bord libre atteignent la partie adhérente de l’ongle et sont douloureuses. La maladie affecte certains ongles seulement ou quelquefois tous les ongles des doigts et même ceux des orteils.
« L’étiologie de l’onychorrhexis ne paraît pas univoque. Certains cas datent de l’enfance et durent toute la vie sans changement ; d’autres surviennent à la suite de troubles nerveux généraux, se développent rapidement et guérissent en quelques mois. » Parfois il semble que l’eczéma, le lichen plan, la pelade causent des lésions analogues à celles de l’onychorrhexis (Dubreuilh : Pratique Devinât .) .
Sillons ou dépressions transversales des ongles. — Toutes les lois qu un sujet est atteint d’une maladie générale grave, la malnutrition de l’organisme se fait sentir sur l’épiderme et sur ses annexes, sur les poils et sur les ongles. Il en résulte que ces derniers sont moins bien formés qu’à l’état normal pendant une période de temps qui correspond à la maladie et à la convalescence. 11 se produit ainsi sm les ongles, et en particulier sur ceux des pouces, des sillons transversaux plus ou moins profonds, plus ou moins larges suivant 1 intensité et la longueur du pio-
cessus.
On peut donc, en étudiant la surface des ongles des mains, reconnaître chez un sujet l’existence antérieure des troubles morbides les plus divers pourvu qu ils aient altéré la nutrition de tout l’organisme. Ce sont là des constatations qui ont parfois une très grande importance, par exemple quand il s’agit de préciser si un état général quelconque intervient dans la pathogénie d’une alopécie. (Voir Alopécies consécutives à des maladies générales.)
Dans les maladies qui affectent le système épidermique d une manière spéciale comme dans la scarlatine par exemple, ces sillons transversaux sont tout particu¬
lièrement accentués. (Voir en outre Érythrodermies exfoliantes.)
Les dermatoses qui siègentaux extrémités des doigts et des orteils, peuvent aussi, surtout quand la matrice rétro-unguéale est atteinte, déterminer la production de sillons transversaux, mais ces sillons sont alors presque toujours inégaux, rugueux, pressés les uns contre les autres, tandis que ceux qui dépendent des affections générales sont réguliers et le plus souvent (saut parfois dans les scarlatines et dans les érythèmes scarlatiniformes) à bords parfaitement lisses.
malade présentaient des anomalies de développement analogues des poils et des ongles ; cer tains d’entre eux otfraient en outre des signes de dégénérescence physique et mentale.
Il est inutile d’ajouter que ces sillons avancent régulièrement d’arrière en avant suivant les lois de la croissance de l’ongle, et qu’ils finissent dès lors par disparaître au bout d’un laps de temps qui varie de cinq à sept mois. (Voir 'pour plus de détails : Curtis, Journal of the Amer. Med. Assoc., 5 août 1905 ; et Eger Lésions des ongles après les maladies aiguës, Berliner Klin. Wochens., 1905 p. 607.)
D. — LE PROCESSUS ATROPHIQUE
PORTE SUR TOUS LES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DU DERME : ATROPHIES CUTANÉES 1
/. — ATROPHIES CUTANÉES PRIMITIVES OU ESSENTIELLES
On peut décrire sous le nom d 'atrophies cutanées primitives ou essentielles un certain nombre de lésions cutanées qui sont objectivement et anatomiquement caractérisées par ce fait que d’emblée, sans dermatose antérieure, les téguments s’amincissent, et que certains de leurs éléments constitutifs disparaissent plus ou moins complètement. Ce processus lent de destruction porte d’ordinaire sur le tissu conjonctif, le tissu élastique, les fibres musculaires lisses du derme, sur l’épiderme et sur les glandes cutanées.
Ces atrophies peuvent être généralisées à une grande étendue des téguments ou a leur totalité, ou bien être disposées en plaques circonscrites assez bien limitées.
A. Atrophies cutanées primitives généralisées.
L’atrophie cutanée primitive généralisée peut être congénitale, ou se produire à un âge plus avancé.
Congénitale, elle s’observe chez des sujets mal développés, dégénérés, fils d’alcooliques, d’épileptiques, de syphilitiques, etc. Le tégument est lisse, aminci, presque sans pannicule adipeux sous-cutané : il est très vulnérable, et s’ulcère facilement.
Le type même de l’ atrophie cutanée primitive généralisée non congénitale est l’atrophie sénile.
Atrophie sénile ou régression sénile de la peau.
Tout le monde connaît l’aspect de la peau sénile. A mesure que l’on avance en âge, mais à une époque de la vie très variable suivant les sujets, la peau perd sa tonicité, son aspect lisse et souple, sa consistance élastique. Des rides apparaissent au visage, à l'angle externe des yeux, au front, à la face dorsale des mains, au cou, puis peu à peu la peau entière subit son involution.
Elle devient dès lors plus pâle avec parfois quelques arborisations vasculaires
' Voir aux Tableaux d'ensemble quelques mots de généralités sur les atrophies cutanées. Voir en outre le travail récent de Paul Rusch : Beitrage zur Kenntniss der idiopathischen llautatrophie : ( Arch . für Derm. und Syph.. Band LXXXI, 1-3 Heft.) C'est une étude des plus consciencieuses où l'on trouvera de nombreux documents et une bibliographie soignée. Nous regrettons de l’avoir connue trop tard pour pouvoir t'utiliser.
11 est bien évident que certaines atrophies cutanées doivent être rattachées aux trophonévroses (voir ce que nous en disons à la classification) . Mais il est encore fort difficile de préciser des catégories nettes dans les atrophies cutanées, et, provisoirement, nous en donnons une description d'ensemble.
ATROPHIES CUTANÉES PRIMITIVES OU ESSENTIELLES
apparentes ; elle est sèche, l’épiderme desquame assez souvent d’une manière visible : il semble que le pannicule adipeux sous-cutané s’atrophie; les téguments paraissent trop grands pour les parties sous-jacentes : ils donnent en outre une impression générale d’amincissement.
Cette peau ainsi modifiée devient plus vulnérable : certains microbes y végètent avec plus de facilité. IV s’y développe des plaques de séborrhée concrète, des verrues séborrhéiques, des cornes cutanées, des épithéliomes, etc. En outre des taches
pigmentaires criblent d'ordinaire les parties découvertes.
Les glandes cutanées et surtout les sébacées s’atrophient progressivement.
Unna a étudié très complètement l’histologie de la peau sénile. L’épiderme est atrophié d’une manière générale et hyperpigmenté. Les papilles sont courtes, peu prononcées : les vaisseaux sanguins sont dilatés. Le chorion est diminué d épaisseur; on y trouve des fibres élastiques basophiles auxquelles Unna donne le nom d’élacine, qui, se combinant avec le tissu conjonctif normal, forment ce qu’il appelle la collacine. 11 existe de petits amas cellulaires autour des vaisseaux (Voir Unna pour plus de détails).
Il est certain qu’avec des soins d’hygiène bien entendus on peut retarder dans une certaine mesure l’apparition de l’atrophie sénile de la peau. En employant peu nu point les savons, en se servant pour se laver des corps gras et surtout du coldcream, en exécutant des massages appropriés on peut enrayer le développement précoce des rides. *
B. — Atrophies cutanées primitives circonscrites.
Elles se subdivisent en :
a') Congénitales ;
b') Acquises ;
a') Atrophies cutanées primitives circonscrites congénitales. — Elles sont d’une •extrême rareté : nous en avons dit quelques mots à l'article nævi atrophiques.
h') Atrophies cutanées primitives circonscrites acquises. — Ces processus morbides sont peu connus et des plus obscurs. Il est probable qu’un certain nombre de ceux que nous allons énumérer ne sont pas des atrophies cutanées primitives, mais bien des atrophies cutanées secondaires (voir plus loin).
Parmi les atrophies cutanées primitives circonscrites nous signalerons surtout :
a. Les atrophies partielles idiopatiques proprement dites qui occupent des surfaces assez étendues et parfois tout un segment du corps. — On pourrait ranger dans ce groupe V aplasie lumineuse progressive (voir ouvrages de Neurologie ), le xeroderma pigmentosum de Kaposi (voir ce mot) que quelques auteurs désignent même sous le nom d ' atrophoderma pigmentosum. En dehors de ces types morbides bien nets, cette variété d’atrophie cutanée est des plus rares ; elle peut être •congénitale ou acquise : elle siège surtout aux membres supérieurs ou inférieurs, mais elle peut intéresser aussi la tête et le tronc. La peau est amincie, jaunâtre ou brunâtre, flasque et plissée en rides fort nombreuses.
Il est probable que c’est dans ce groupe qu’il faut faire rentrer le deuxième type •de xérodermie de Kaposi dans lequel « les téguments sont blancs, tendus sur les parties sous-jacentes, amincis, fort sensibles, recouverts d’un épiderme terne, ridé, en desquamation : la lésion date de l’enfance, et est limitée soit aux membres
Brocq. — Dermatologie. II.
supérieurs (mains et avant-bras), soit aux membres inférieurs (pieds et jambes). » Sous le nom à’ atrophies idiopathiques diffuses de la peau on a décrit des faits
rares, fort disparates à un premier examen, qui ne semblent pas répondre à un type défini, et que nous nous contenterons de mentionner.
Ces lésions s’observent chez, des adolescents et des adultes vigoureux. Comme les formes suivantes, elles débutent sous la forme de taches d’un rouge clair avec télangiectasies centrales. Elles s’étendent progressivement en devenant plus fon-
ATROPHIES CUTANÉES PRIMITIVES OU ESSENTIELLES
cées ; à leur niveau la peau est déprimée, recouverte ou non de squames minces et sèches, extraordinairement amincie : elle arrive progressivement à prendre une teinte blanchâtre. Ces lésions envahissent le tronc et les membres, la face; le scrotum et les muqueuses sont d’ordinaire respectés. (Voir les travaux de Pospelow, de Colombini, de Buchwald, de Touton, de Nikolsky, de Bronson, d’Elliot, de Heuss, etc., et l’article deThibierge dans la Pratique Dermat.).
(ü>) Les atrophies primitives circonscrites proprement dites disposées en plaques. — L’étude de cette variété de lésions est encore fort incomplète : la plus grande confusion règne sur ce point dans les auteurs :
On peut en distinguer provisoirement les variétés suivantes :
1° V atrophie partielle idiopathique d’E. Vidal et Leloir « affection rare, qui n’occupe que des points limités de la peau, sous la forme de taches blanchâtres, jaunes ou d’un brun clair, arrondies ou ovalaires », de 2 à 6 centimètres de diamètre, et dont la teinte se fonce parfois à mesure qu’elles sont plus anciennes : à leur niveau la peau est amincie, flasque, et se plisse avec la plus grande facilité (E. Vidal et Leloir).
Ce sont des lésions tout à fait voisines des morphées avec lesquelles elles sont intimement reliées par des faits de passage (voir Sclérodermies en plaques). Elles ont également d’étroits rapports avec le lupus érythémateux, le lichen plan atrophique, et la pseudo-pelade (voir plus loin). On pourrait les ranger dans les trophonévroses.
%° Anétodermie érythémateuse de Jadas*ohn. — Jadassohn a décrit sous le nom d 'anétodermie érythémateuse une variété d’atrophie maculeuse de la peau (Heuss, Monatshefte f- prak. Dermat. 1901, t.XXXH; qui survient d’une manière insidieuse, se développe lentement, et est caractérisée par la formation indolente de taches variant du rouge pâle au rouge bleuâtre, plus rarement de papules de la grosseur d’une lentille ou d’une noix : à leur niveau l’épiderme est plissé, et d’ailleurs complètement normal : au toucher, ces lésions donnent la sensation d’une dépression Elles disparaissent lentement au bout de plusieurs semaines ou de plusieurs mois en laissant dans la peau des pertes de substance blanches, ressemblant à des cicatrices sous-épidermiques. Le visage et le coté de l’extension des membres supérieurs ainsi que la région -supérieure du tronc sont les sièges de prédilection de cette affection, qui parait atteindre surtout les personnes du sexe féminin arrivées à l’âge moyen de la vie. Il n’y a pas de troubles subjectifs.
Thibierge (Le lupus érythémateux à forme d’atrophodermie en plaques : Annales de Dermat., déc. 1905), croit que ces faits doivent être rattachés au lupus érythémateux. Le cas de de Beurmann et Gougerot (Dermite faciale atrophohypertrophique en aires à progression excentrique, d’origine indéterminée, peut être tuberculeuse : Soc de Dermat. 9 nov. 1905) est très probablement lui aussi une forme spéciale de lupus érythémateux. Les faits de Nielsen (1890), de Heuss (1901), de du Castel ( 1901 , peuvent être interprétés de la même manière.
On voit que, dans cette hypothèse, ces faits rentrent dans le groupe des atrophies cutanées secondaires et non plus dans les atrophies cutanées primitives. On devrait donc les classi lier dans les macules atrophiques circonscrites. (Voir plus loin.)
Histologiquement ces lésions sont caractérisées par une inflammation chronique ayant pour point de départ les vaisseaux du derme et de la couche papillaire, suivie delà disparition totale par places de l’élastine sans aucune tendance au retour
à l’état normal. Au point de vue de la pathogénie, il s’agit probablement d’une dermatose hématogène, autotoxique, peut-être, comme nous venons de le dire, d’un processus de l’ordre des lupus érythémateux U
3° White — spot disease. — Westhergen 1901, puis Johnston et Sherwell en 1903, ont décrit une affection uniquement caractérisée par des taches blanches situées sur la poitrine, les épaules, le cou, situées parallèlement aux plis de flexion de la peau, rondes ou ovales, d’un blanc crayeux, d’un volume variant de celui d’un grain de chènevis à celui d’un haricot, faisantun peu saillie au-dessus du niveau de la peau, à surface lisse, souples au toucher. À l’examen histologique il n’existe qu’une hypertrophie du collagène sans processus destructif appréciable. Il semble cependant que ces lésions évoluent peu à peu vers une atrophie ponctuée ou striée des téguments. Les auteurs pensent que cette singulière affection doit être rapprochée de l’atrophie symétrique de la peau.