ATROPHIES CUTANÉES SECONDAIRES OU SYMPTOMATIQUES
des, post-éruptives, post syphilitiques (Balzer), macules vergeluroïdes, etc. (voir l’excellent article de Balzer : t. IV de la Pratique Dermat. , p. 7db ).
D’après Balzer ce sont des lésions chroniques, limitées au derme et au corps papillaire sous forme de macules flasques et circonscrites, ordinairement arrondies, avec phénomènes inflammatoires peu intenses, amenant une disparition circonscrite du tissu élastique, sans réparation consécutive, et traduites par l’existence dans le derme d’une lacune cupuliforme facilement perceptible au
doigt.
Elles sont consécutives à des dermatoses diverses dans lesquelles des éléments éruptifs papuleux ou maculeux ont évolué vers l’atrophie (syphilis, tuberculose, érythème, etc...) 2 (Balzer).
Elles sont d’ordinaire multiples. Pour notre part nous les avons surtout observées chez des syphilitiques chez lesquels elles criblaient littéralement les téguments de tout le tronc, des épaules, des bras et des cuisses. Elles étaient surtout visibles
sur le thorax.
Symptômes. — Leur forme est assez régulière, arrondie ou ovalaire; elles sont
disposées comme les éruptions auxquelles elles succèdent. Leurs limites sont assez nettes. Leurs dimensions moyennes sont de 5 à 15 millimètres comme petit axe, de un centimètre à deux centimètres et demi comme grand axe : elles peuvent être punctiformes; le plus souvent elles ont la grandeur moyenne dune pièce de 50 centimes. A leur niveau la peau est d’ordinaire d un blanc mat ou bleuâtie . au début elle peut être rouge ou rouge brunâtre, ou simplement rosée. Les téguments sont amincis et plissés, comme trop grands pour l’étendue de la plaque. Au toucher on éprouve une sensation de minceur et de dépressibil i té notable de la peau; il semble qu’il existe à ce niveau une cupule avec éraillure du derme, limitée par une bordure plus ou moins nette; il n’y a aucune sensibilité anormale, pas d anesthésie.
Le développement de ces lésions est pour ainsi dire insidieux : jamais nous n’avons assisté à leur évolution, jamais nous ne les avons prévues, et nous ne savons pas dans quelles conditions elles se produisent.
Balzer distingue cependant :
1° Un stade papuleux ou d'infiltration ; 2° un stade intermédiaire dans lequel la dépression cupuliforme se perçoit au centre de l’élément en voie de régression . < e stade même dans des cas où la lésion semble très avancée est encore capable de se terminer par la réparation de la peau; 3° un stade d' atrophie définitive dans lequel la macule, d’abord rosée ou violacée légèrement, devient progressivement plus blanche, nacrée et prend enfin l’apparence d’une vergeture indélébile. » (Balzer).
Anatomie pathologique. — (( Les macules atrophiques circonscrites examinées à leur stade initial, encore rouges, rosées ou violacées, après ou pendant la disparition de la lésion papuleuse prémaculeuse, présentent une infiltration de petites
1 II est probable que toutes ces dénominations ne s’appliquent pas à un seul et meme type morbide. 11 faudrait soumettre toutes les observations publiées à une critique serrée et repient ic
cette étude sur de nouvelles bases.
- Il ne faut pas les confondre avec des cicatrices laissées par des dermatoses connues, en particulier au niveau du tronc avec les taches blanches atrophiques et périfolliculaires qui criblent la poitrine et le dos de certains sujets qui ont eu de l’acné vulgaire. (Voir Iwanow : Arcli / dermat. and. Syph., t. LX1V, p. 369.) (Voir en outre ce que nous disons plus haut a propos du lupus érythémateux, et plus loin ce que nous disons à propos de la pseudo-pelade.)
cellules autour des glandes, autour des follicules pileux et surtout autour des vaisseaux du derme, principalement dans sa couche supérieure, moins autour de ceux du corps papillaire.
« Quand la macule atrophique bien limitée est arrivée au stade d’atrophie définitive... l’infiltration cellulaire périvasculaire tend à disparaître. Le tissu élastique est fort diminué surtout au-dessous du chorion papillaire, et vers le centre de la lésion. Les fibres conjonctives ont leur apparence normale. L’épiderme est aplati et aminci. » (Balzer.)
Pathogénie. — On a tout d’abord expliqué la formation des macules atrophiques par une dissociation mécanique de la trame conjonctivo-élastique du derme produite par une infiltration cellulaire serrée (théorie mécanique de Kaposi, Balzer, Reblaub et Yasiliu). On a soutenu que les cellules rondes sorties des vaisseaux provoquaient la dissolution et la destruction des fibres élastiques (théorie de la phagocytose des fibres élastiques). On a pensé que la fonte des éléments élastiques est le résultat d’une action directe exercée sur eux par les agents pathogènes qui ont déterminé la lésion prémaculeuse et qui ont été amenés dans la peau par le sang (théorie hématogène microbienne et toxique). Enfin on a soutenu que ces lésions étaient d’origine tropho-neurotique et on les a rapprochées des neurosyphilides d’Unna.
Étiologie. — Ces lésions s’observent surtout dans le cours de la syphilis secondaire, et on pourrait presque leur donner le nom proposé par Balzer et Mibelli de syphilides maculeuses atrophiantes. Maison les a constatées aussi à la suite d’érythèmes ( Érythème atrophiant de G. Pellizzari, — ery thème polymorphe dissociant de Balzer, Reblaub et Yasiliu, anétodermie érythémateuse de Jadassohn : voir plus haut). Pospelow les a vus survenir à la suite de purpura (purpura air ophicans). On a décrit un érythème ortié atrophiant (Hallopeau-Nikolsky) dans lequel la lésion primitive avait l’aspect de l’urticaire. Ce processus se produit d’une manière en quelque sorte spontanée chez des sujets porteurs de lésions de lupus érythémateux, et Heuss se demande si l’atrophie maculeuse de la peau n’est pas due parfois à l’action des toxines de la tuberculose; elle rentrerait donc alors dans le groupe des tuberculides.
Rappelons ici les atrophies cutanées décalvantes que l’on observe dans la pseudopelade.
<c Heuss propose de ranger aussi dans les atrophies maculeuses secondaires de la peau : 1° Les atrophies maculeuses cutanées consécutives à des tumeurs , principalement à des tumeurs de nature conjonctive, notamment des chéloïdes; 2° Les atrophies maculeuses de la peau avec formation consécutive de tumeurs, en particulier de chéloïdes. » (Balzer.)
Diagnostic. — L’atrophie maculeuse circonscrite de la peau se distingue nettement des vergetures linéaires qui n’en ont pas la forme et qui ont une topographie spéciale. Elle diffère de la sclérodermie arrivée au stade d’atrophie par sa limitation si spéciale, du sycosis lupoïde par la localisation de cette dernière affection et par l’absence d’antécédents nets de folliculites.
Traitement. — A notre sens il est nul. On a proposé de soigner tout spécialement la maladie qui précède l’atrophie maculeuse : le conseil est bon à suivre, car il est d’un intérêt capital de poursui vre avec le plus grand soin la disparition totale de toute dermatose : mais le plus souvent on ne soupçonne point en présence
ACRODERMATITIS CHRONICA ATROPHICANS 647
d’une affection cutanée donnée qu’il se développera ultérieurement une atrophie maculeuse.
Hl AUTRES AFFECTIONS QUE L’ON PEUT RATTACHER
AUX ATROPHIES CUTANÉES
1° Kraurosis de la vulve.
Breisky a décrit en 1885 sous le nom de Kraurosis (xpaupow, je dessèche) une atrophie spéciale des téguments des organes génitaux externes de la femme.
Le début est d’ordinaire insidieux, quoique l’affection soit prurigineuse. Peu à peu l’attention est attirée sur elle soit par la persistance du prurit, soit par la gêne que cause l’atrésie de la vulve. A l’examen on trouve les grandes lèvres amincies, les petites lèvres sont réduites à un simple repli ; le mont de Vénus est aplati et le clitoris semble être rudimentaire. L’orifice vaginal est rigide et rétréci.
Les téguments sont raides, épaissis, peu mobiles : la muqueuse est sèche et comme vernissée : on y remarque des plaques épidermiques grisâtres, ardoisées, ou franchement leucoplasiques. Il existe souvent des fissures douloureuses. Parfois le prurit est atroce, paroxystique, parfois il coexiste des sensations de tension, de
brûlure et des irradiations névralgiques.
Il semble que cette affection puisse aboutir à la dégénérescence épithéliomateuse
qui débute au niveau d'une des plaques épidermiques.
Au point de vue histologique il existe (Peter, Martin, Arnoux)de l’hyperkératose marquée : les cellules du corps de Malpighi sont altérées, ont des noyaux gros, transparents, et sont souvent dissociées par des leucocytes. Le derme est sclérose : le tissu élastique y est atrophié. Les vaisseaux sont atteints d’endopénvasculante.
(Marcel Sée : Pratique Dermat.).
Cette affection est fort rare. Elle semble se développer surtout entre vingt-cinq et cinquante ans. Sa nature et sa pathogénie sont inconnues. Peut-être n’est-ce qu’un état atrophique secondaire à d’autres dermatoses primitives, prurit, pertes, cancer, abus vénériens, etc... (Ph. Jung); peut-être est-ce une trophonévrose comparable aux sclérodermies localisées. Gaucher et Louste croient que c est une
affection d’origine syphilitique.
L. Perrin (Annales de Dermat ., 1901, p. 21) pense que le kraurosis et la leucoplasie ne sont que deux degrés d'une seule et même altection.
Ileitzmann et Ohmann Dumesnil conseillent de racler et de curetter les plaques, puis de faire des applications caustiques diverses. Arnoux et Orthmann préfèrent les exciserau bistouri. On instituera en outre un traitement symptomatique pour les divers troubles morbides ressentis par les malades (leucorrhée, prurit, douleurs). (Voir Marcel Sée, loc. cit.; et Boursier, Journal de Médecine de Bordeaux,
15 mai 1904.)
2° Acrodermatitis chronica atrophicans.
C Herxheimer et Hartmann ont décrit sous ce nom (1902-l90o : voir Archiv. f. Dermat. und Syph., t. LXI, p. 57 et 255). une affection distincte de la sclérodermie, qui débute au niveau des surfaces d’extension des extrémités par de la rougeur avec infiltration, et qui aboutit peu à peu à l’atrophie de la peau. La teinte des téguments varie suivant les périodes du rouge bleuâtre, ou rouge brunâtre.
Les téguments et le tissu sous-cutané sont amincis : la peau est légèrement plissée, semblable à du papier à cigarettes froissé : le tissu graisseux sous-cutané a disparu. Les duvets sont tombés en totalité ou en grande partie : la sécrétion des glandes sudoripare est notablement diminuée. Parfois il y a un peu de desquamation. En général à la période d’atrophie les extrémités sont froides. Il peut se produire dans quelques cas, surtout au voisinage du coude, de véritables tumeurs souscutanées qui, au bout d’un certain temps, s’atrophient et se fondent avec les plaques atrophiques de la région.
Cette affection siège surtout aux mains, mais les pieds peuvent aussi être intéressés. Elle envahit d’abord la face dorsale des mains et les surfaces d’extension des articulations des doigts ; puis les coudes sont atteints. Les muscles sous-jacents sont indemnes.
Il s’agit dans ces cas d’un processus inflammatoire qui siège dans les couches moyennes du derme; il commence autour des vaisseaux et se transforme en atrophie. Dans le territoire de l’infiltration le nombre des fibres élastiques a diminué.
L’évolution est fort lente. L’étiologie obscure.
C. Herxheimer et Hartmann croient que cette affection est identique comme nature à i’érythromélie, à l’atrophie idiopathique diffuse de la peau, à l’atrophie en plaques de la peau. Elle en diffère par la période d’infiltration inflammatoire du début.
Aux atrophies complètes de la peau, c’est-à-dire aux atrophies qui portent sur tous les éléments constitutifs du derme, on pourrait rattacher en outre deux grands processus morbides qui sont très voisins l’un de l’autre à beaucoup d’égards au point de vue lésions histologiques et évolution : nous voulons parler du lupus érythémateux et de la pseudo-pelade .
Pour nous conformer à l’usage établi en France nous décrivons toutes les dermatoses qui revêtent l’aspect objectif du lupus érythémateux au chapitre Tuberculose cutanée. Nous allons donner ici un tableau schématique de la pseudopelade.
3° Pseudo-pelade.
Neumann a sans doute parlé le premier de cette forme morbide dans son Traité des Maladies de la peau sous le nom d’ alopécie circonscrite ou orbiculaire ; mais la première description précise en a été donnée par nous en 1885, puis en 1888.
Symptômes. — La pseudo-pelade débute pour ainsi dire toujours d’une manière insidieuse, sans que le sujet qui en est atteint soit averti par la moindre sensation douloureuse, par la moindre réaction inflammatoire perceptible. Cependant il éprouve parfois un peu de prurit. Ce n’est qu’accidentellement, presque toujours en se faisant couper les cheveux ou en se faisant coiffer, qu’il s’aperçoit d’une ou de plusieurs plaques alopéciques, et, quand il examine alors avec soin le cuir chevelu, il découvre une quantité plus ou moins considérable de minuscules points d’attaque.
Dans les premières périodes du mal, la pseudo-pelade se caractérise d’ordinaire par de nombreuses petites plaques alopéciques (; pseudo-pelade à petites plaques multiples) qui criblent le cuir chevelu vers la partie médiane du vertex, vers la. partie supérieure et médiane de la région occipitale, plus rarement dans sa totalité.